C’EST-A-DIRE LA DIFFUSION DES SYMPTOMES SYPHILITIQUES DANS L’ÉCONOMIE
J’ai recherché et étudié avec soin les diverses influences sous l’empire desquelles s'étaient trouvés, avant et après la contagion, les malades atteints de sy philidepa pilleuse, af in d’apprécier le rôle qu’avaient pu jouer, chez eux, ces influences, dans le développement de la syphilis constitutionnelle; et j’ai obtenu des résultats identiques à ceux que m’avaient fournis précédemment les recherches faites à ce sujet, dans
l'érythème syphilitique. J’ai vu, par exemple, que ni les âges, ni les sexes, ni les idiosyncrasies, ni les tempéraments, ni les constitutions, ni le genre d’alimentation, ni les excès, ni les maladies, ni les saisons, ni les contagions réitérées, ni la multiplicité des chancres, ni leur siège, ni leur degré d’ulcération, ni leur durée, ne pouvaient être considérés comme des causes de la généralisation des symptômes syphilitiques dans l’économie.
Les deux seuls faits qui, à raison de leur fréquence, m’ont paru avoir une liaison assez étroite avec l’apparition de la syphilide papuleuse, pour qu’on dût les considérer comme les causes probables de celte manifestation générale, sont : l’induration des chancres, qui existait 23 fois sur 28 cas de chancres bien constatés; en second lieu, l’analogie des symptômes présentés par les sujets qui s’étaient successivement infectés l’un par l’autre, c’est-à-dire l’existence de symptômes constitutionnels chez les femmes qui, à l'époque où elles étaient atteintes de symptômes primitifs, avaient communiqué les chancres précurseurs de la syphilide papuleuse.
Or, le premier de ces faits, c’est-à-dire l’induration, ne donne pas la raison absolue, immédiate, du développement delà syphilide papuleuse, car l’induration elle-même a une cause à laquelle il faut remonter. L analogie constante des symptômes présentés par la femme et par l’homme qu’elle a infecté, me semble, au contraire, donner la dernière
raison de celle action pathogénique en vertu de laquelle le chancre qui, dans tant de cas, n engendre pas d’accidents généraux, a produit ici la syphilide papuleuse. Je n'ai cependant pu confronter que onze des sujets atteints de syphilide papuleuse, avec les femmes qui leur avaient communiqué des chancres; mais dans ces onze cas, j’ai constamment vu que les femmes avaient été atteintes de chancres dont 1 influence détermina chez elles des accidents constitutionnels. De sorte que ces onze faits, joints aux trente et un faits semblables constatés déjà dans l’érythème, et à ceux que nous fourniront, je le dis par anticipation, les autres genres de syphilide, me portent à conclure : que l’existence des symptômes syphilitiques généralisés, chez un certain nombre de sujets , antérieurement infectés de chancres les uns par les autres, et l’absence de tout symptôme de syphilis générale, chez un certain nombre d’autres sujets qui se sont successivement communiqué des chancres, expliquent l’apparition de la syphilide papuleuse, et en général, celle de toutes les autres syphilides, sans qu’il soit nécessaire d’aller chercher, parmi les causes communes des maladies, la raison de ces manifestations générales, attendu que ces deux modes d’action des chancres, démontrent qu’il existe deux espèces de chancres contagieux, constituant deux maladies différentes, l’une très-anciennement connue, et qui consiste en un ulcère purement local, l’autre connue seulement
depuis la fin du quinzième siècle, et commençant également par un ulcère contagieux ayant la propriété d’exercer immédiatement sur l'économie, une influence délétère, en vertu de laquelle se développebientôtunesériedesymptômes qui constituent la maladie constitutionnelle désignée sous le nom de syphilis. Mais j’ai déjà développé longuement cette importante question de pathogénie syphilitique, dans le chapitre consacré à l’érythème. Il serait superflu d’entrer ici dans de plus longs détails. Je renvoie donc le lecteur aux considérations que j’ai exposées à ce sujet, dans le 10e paragraphe du second chapitre de ce traité.