‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilisChapitre 47 sur 63 · TYPES PRINC1PAIX DE LA SYPHILIDE PISTILEISE · texte numérisé non relu

TYPES PRINC1PAIX DE LA SYPHILIDE PISTILEISE

PREMIER TYPE

SYPHILIDE PUSTULEÜSE ACNÉIFORME.

Un charretier, âgé de 34 ans, est admis, le 10 octobre 4843, à rhôpital du Midi, salle 5, lit 29. Il est atteint d’une syphilide acnéiforme disséminée sur toute la surface de la peau, et de papules humides de l’anus et des espaces interdigitaux des pieds. Il rapporte qu’il a été atteint, il y a dix ans, d’un bubon d’emblée qui a suppuré. Aucun traitement général n’a été fait pour ce bubon, qui n’a été suivi d’aucun accident consécutif. il a contracté, il y a quatre mois, un chancre avec une tille publique. Ce chancre était situé en arrière de la couronne. On en voit la cicatrice indurée qui sera persistante. Il n’a été

traité que par des modificateurs locaux. Il y a des ganglions tuméfiés, durs et indolents dans les aines. C’est huit à dix semaines après la contagion, avant même la cicatrisation du chancre, que la syphilide pustuleuse, et les papules humides de l’anus et des orteils, ont commencé à paraître, sans prodromes. Ces éruptions, dont l’évolution s’est faite avec une grande lenteur, se présentent aujourd'hui avec l'aspect suivant: la face et le front paraissent, à première vue, couverts d’une couperose vulgaire. On y voit un grand nombre de petites pustules, à hase rouge et dure, et contenant une faible quantité de pus. Parmi ces pustules, sont de petites indurations tuberculeuses, rouges, légèrement squameuses, qui ont eu des ampoules purulentes à leur sommet. Ce sont ces indurations tuberculeuses, persistant après les pustules, qui, par la teinte cuivrée qu’elles commencent à prendre, indiquent le mieux la nature syphilitique de cet acné de la face. Les membres supérieurs, particulièrement les faces postérieures et externes des avant-bras, sont semés de pustules ayant beaucoup d’analogie avec celles de Yucne simplex. La plupart ont encore leur petite ampoule purulente, qui est aplatie et traversée par un poil; leur hase est dure, sans élévation, et d’un rouge cuivré. A la place des pustules dont l’ampoule purulente s’est déchirée et a formé de petites croûtes, on trouve sous ces croùtesuue surface lenticulaire, sans saillie, d’un rouge sombre et cuivré, avec une petite cicatrice déprimée et centrale, au niveau d’un follicule. La face antérieure du tronc ne présente qu’un petit nombre de ces pustules; la face postérieure, au contraire, en ofire un grand nombre dont les ampoules purulentes ont presque toutes disparu. Il reste des cicatrices lenticulaires, d’un rouge cuivré, comme celles dont je viens de parler ; et de véritables papules cuivrées qui servaient de base à quelques pustules. Les cuisses sont presque dépourvues de pustules, mais les jambes en sont couvertes; chaque follicule pileux en présente, pour ainsi dire, une. La plupart des pustules ont encore dans cette région le caractère de l’ecne simplex, les autres ont les caractères de 1 ecthyma. Le cuir chevelu est parsemé de petites croûtes

brunes ou jaunâtres, comme dans la plupart des sypliilides précoces. L’anus est entouré de papules humides. Six des espaces interdigitaux des pieds présentent des papules humides eutlammées, très-douloureuses et sécrétant une humeur fétide. Le malade est mis à l’usage de l’iodure de potassium, à la dose de 2 grammes d’abord, puis de 3 grammes par jour.

La modification apportée aux' symptômes syphilitiques par ce traitement était peu sensible au bout d’un mois. Les ampoules purulentes avaient disparu, mais de toutes parts s’élevaient des papules sur les bases mêmes des pustules. Le proto-iodure de mercure est substitué à l’iodure de potassium, à la dose de 5, puis de 10 centigrammes par jour. Deux mois de ce traitement firent complètement disparaître les éruptions syphilitiques. L’éruption de la face s’effaça avec rapidité, ce qui montra bien qu'elle n’avait que l’apparence de la couperose vulgaire, ii laquelle le malade n’avait d’ailleurs jamais été sujet avant l’infection syphilitique.

DEUXIÈME TYPE

hYPHILIDE IMPÉTIGINEl’SE SUPERFICIELLE (ACCIDENT CONSÉCUTIF PRÉCOCE).

Un menuisier, Agé de trente ans, ayant les apparences de la constitution scrofuleuse, est admis, le 14 octobre 1842, à l’hôpital du Midi, salle 1, lit 20. Cet homme, qui est atteint d’une syphilide pustuleuse , à forme impétigineuse, déclare qu’il a eu, pour premier accident vénérien, unchancre’au mois d’avril 1842. Ce chancre, qui est cicatrisé depuis trois semaines seulement, a laissé, en arrière de la couronne du gland, une cicatrice déprimée, qui est encore indurée d’une manière caractéristique. Il a été pansé, dès son début, avec de la charpie imbibée devin aromatique, tandis que le malade buvait de la décoction de salsepareille.

Deux mois environ après l’apparition de ce chancre, survinrent des maux de tète nocturnes, du malaise et de la faiblesse. L’éruption pustuleuse qui existe aujourd’hui a paru six se-

maines après le début des symptômes généraux, à peu près à trois mois et demi de la contagion. Elle est répandue sur toute la surface de la peau, et revêt la forme impétigineuse excepté aux jambes, où les pustules appartiennent à l’ecthyma. Le cuir chevelu présente un grand nombre de ces pustules à la période croùteuse. Les croûtes sont isolées, jaunes ou brunâtres, et granulées; elles ne diffèrent pas de celles que l’on rencontre sur le cuir chevelu, dans le cours de l’érythème syphilitique et de presque toutes les syphilides superficielles.

Le front offre une dizaine de pustules, dont plusieurs ont des bases élevées, d’un rouge cuivré, et des croules jauues enchâssées dans une ulcération.

La face a, de même, un assez grand nombre de pustules impéligirieuses à croûtes flavesceiües, mais qui sont trèssupqrfioielles. Leur base n’est pas ulcérée, et elles n'ont pas d auréole cuivrée; déporté que*si Ion n’avait que ces pustules, il serait difficile d’en reconnaître la véritable nature.

Les membres supérieurs et le tronc sont le siège d’un petit nombre de pustules împétigineuses, les unes isolées, les autresTeunies par groupes; quelques-unes, sur le thorax et les épaules, sont ulcérées; leurs croûtes sont enchâssées dans les bords des ulcérations. La plupart, au lieu de bases ulcérées, en ont de saillantes, papuleuses; et après la chute de la croûte, il reste de vraies papules d’un rouge sombre.

La peau du scrotum est partout d’un rouge sombre; elle est recouverte de croûtes minces, jaunâtres, ressemblant à celles de 1 eczéma impétiginoïde. Les cuisses n’offrent qu’un petit nombre de pustules tenant plus de l’ectliyma que de l’impétigo.

Les jambes sont couvertes d’un grand nombre de pustules ayant tous les caractères de l’ecthyma syphilitique. L’éruption entière a une marche essentiellement chronique; elle s’accompagne d une vive démangeaison dans le cuir chevelu, de prurit et en même temps de douleurs aiguës et lancinantes dans les jambes. Les pustules de la tête ont engorgé un grand nombre de ganglions cervicaux.

Le malade se plaint de douleurs articulaires, particulière-

menl dans les épaules et les genoux; il en souffre surtout en marchant, et y éprouve une grande roideur.

Un traitement de trois mois par les pilules de proto-iodure hydrargyrique débarrasse entièrement le malade des symptômes syphilitiques.

TROISIÈME TYPE

SYPHIL1DE ECTllYMÀTKUSE HIÉCOCE.

Le 14 janvier 1842, est admis à l’hôpital du Midi, salle 4, lit 20, service de M. le docteur Puehe, un jeune homme âgé de vingt-quatre ans, ouvrier serrurier. Il paraît robuste-, il a la peau blanche, tachée de lentigo, et les cheveux blonds; il ne fait jamais aucun excès.

11 déclare qu’il a été atteint, il y a deux ans, d’une blennorrhagie qui fut guérie par l’usage du baume de copahu , et qu’il a contracté, il y a trois mois, le chancre qu’il présente aujourd’hui.

L’éruption d’eclhyma syphilitique qui couvre la peau s’est déclarée six ou sept semaines après le coït impur qui a produit le chancre.

Le chancre est situé sur le feuillet interne du prépuce, en arrière de la couronne; il a le diamètre d’une pièce de cinquante centimes; il a détruit la membrane muqueuse dans toute son épaisseur ; son fond est tapissé d’une couche pultacée; il a, en un mot, la forme phagédénique, mais il ne parait pas sensiblement induré. Il n’a jamais été très-douloureux ; les ganglions inguinaux se sont légèrement tuméfiés sous son inlluence.

L’éruption pustuleuse, consécutive au chancre, a été précédée de quelques jours de malaise général. Le malade se souvient qu’il avait des sueurs nocturnes et de la céphalalgie, au moment de l’apparition des premières pustules.

Les pustules sont disséminées sur toute la peau; elles ne sont conlluenles que dans quelques points du tronc, où de larges pustuies sont entourées d'un grand nombre d'autres

pustules plus petites, groupées en forme de cercle autour d’elles.

La plupart des pustules ont de un à deux centimètres de diamètre. Les plus petites, qui n’ont que quelques millimètres de largeur, sont celles que Ton voit rassemblées en cercle autour de quelques-unes des plus larges pustules.

Les pustules débutent par une saillie papuleuse d’un rouge foncé, qui atteint le volume d’une lentille, avant que son épiderme soit soulevé par un pus jaune. L’ampoule ne devient pas conique ; elle se déchire et laisse à nu une ulcération assez profonde, dont la base est dure et d’un rouge sombre. Aux ampoules purulentes succèdenUbientôt des croûtes brunâtres, sous lesquelles l’ulçération continue à s’agrandir, ainsi que l'auréole cuivrée. A la chute des croûtes, l’ulcération suppure encore quelques jours et se cicatrise. La cicatrice est déprimée et d’un rouge sombre ; ses bords restent pendant quelque temps saillants et durs, mais d'un rouge moins foncé que la cicatrice. •

L’éruption a débuté par le cuir chevelu et la face, et s’est étendue de là au tronc et aux membres. Les pustules ne se sont pas toutes développées à la fois : il y a eu des poussées successives. De nouvelles pustules se développent encore, tandis que beaucoup d’autres sont guéries, et qu’il ne reste que leurs cicatrices. Les pustules, quoique parcourant les mêmes phases, n’ont pas toutes la même duree ; quelquesunes de celles par lesquelles l’éruption a débuté sont encore ulcérées j et d’autres, parues quinze jours plus tard, sont en voie avancée de résolution. La plupart laisseront des cicatrices indélébiles; celles qui se développent depuis que le malade est en traitement n’en laisseront pas, car elles n’ulcèrent pas la peau. L'ampoule séro-purulente qui les constitue, se solidilie rapidement en croûte, et après la chute de la croûte il reste une papule. Les plus grosses pustules sont légèrement douloureuses, mais cependant l’éruption suit une marche chronique.

La gorge est douloureuse ; l’amygdale droite est couverte d’une couche opaline de la nature des papules humides.

Le malade éprouve des douleurs ostéocopes d'une médiocre intensité, dans le corps des humérus, des cubitus, des fémurs et des tibias. Elles se font ressentir particulièrement le soir, quand le malade vient de se mettre au lit. Les cheveux tombent en abondance. D’ailleurs, pas de fièvre, et pas de malaise général; appétit excellent et bonnes digestions.

§ II. — Quel symptôme primitif a prècédi-' la syphilide pustuleuse?

Les malades sur lesquels j’ai observé la syphilide pustuleuse étaient au nombre de 7*2. Je les diviserai en deux catégories, composées : la première, des cas où j’ai pu constater l’existence du symptôme primitif, ou ses stigmates irrécusables; la seconde, de ceux où j’ai dû m’en rapporter au témoignage des malades, relativement au symptôme primitif qui avait précédé l’éruption pustuleuse.

Première catégorie, comprenant 5G malades ainsi répartis : ^

Malades al teints de syphilide pustuleuse, cl en même

lemps île chancres ulcérés 15

Malades atteints Ile syphilide pustuleuse, et en même lemps de chancres ulcéré^ et de blennorrhagie. . . 5

Malades atteints de syphilide pustuleuse, et porlant des cicatrices indurées caracléristiques de chancres... 20 Malades portant sur les organes génitaux, des cicatrices non indurées, mais assez profondes pour ne pouvoir appartenir qu’à des chancres phagédéniques 18

Deuxième catégorie, comprenant IG malades atteints de syphilide pustuleuse, et pouvant, relativement au symptôme primitif, se répartir ainsi :

Malades déclarant avoir eu des chancres, et por-

tanlsur les organes génitaux des cicatrices qui

n’ont rien de caractéristique i2

Malades déclarant avoir eu des chancres qui n’ont laissé aucune cicatrice apparente 4

Aucune des syphilides décrites précédemment ne nous a donné, relativement au symptôme primitif, de résultat aussi uniforme et aussi peu sujet à discussion. Les 72 malades atteints de syphilide pustuleuse ont tous eu, pour antécédent, le chancre. Ce qui n'cst pas moins remarquable, c'est que le même résultat a été obtenu par Carmichael et par*M. Martins, qui croient cependant tous deux au développement'des symptômes constitutionnels, à la suite de la blennorrhagie et du bubon d'emblée, aussi bien qu’à la suite du chancre. Ainsi M. Martins dit qu’à l’exception de la syphilide pustuleuse, qui parait être toujours précédée de chancre, les syphilides peuvent succéder indifféremment à tous les symptômes primitifs; et Carmichael avait écrit avant lui que si les symptômes constitutionnels peuvent être la suite d’une blennorrhagie ou d’un chancre, la syphilide' pustuleuse ne succède, du moins, qu’au chancre; il ajoute même, ce qui est moins exact, qu’elle ne succède qu’au chancre à bords élevés, sans

induration : Llcer wit helevated edges ivilhout induration.

Or la raison de cette concordance qui existe entre mes recherches et celles de Carmichael et de M. Martins, au sujet du symptôme primitif qui a précédé la

syphilide pustuleuse, c’est que les chancres précurseurs de cette syphilide, au lieu d’être des érosions légères qui passent facilement inaperçues, et qui ne laissent après elles aucune cicatrice, sont constamment des ulcérations très-apparentes, d’une notable étendue, ayant même assez souvent le caractère phagédénique, ainsi qu’on le verra dans le paragraphe 5 de ce chapitre. 11 existe donc des rapports de forme et de gravité entre la syphilide pustuleuse et le chancre qui l’a précédée, comme il en existe entre les sypliil ides érythémateuse, ou papuleuse, et leurs chancres. Les éruptions érythémateuses de la peau, les papules sèches, étaient, en général, consécutives à des chancres érodés et bénins, comme les pustules ulcéreuses le sont à des chancres larges et profonds, dont la suppuration ou la douleur ne manquent jamais d’attirer l’attention des malades et du médecin ; dont le diagnostic est rarement embarrassant; et dont les cicatrices, presque toujours permanentes, prouvent qu’ils ont existé, alors même qu'ils sont depuis longtemps cicatrisés.

§ III. — Des cas ou la sypiùlide pustuleuse a été précédée d’un

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