CHANCRE ET D’UNE BLENNORRHAGIE
La syphilide pustuleuse a été précédée, trois fois seulement, de chancre et de blennorrhagie; et ces trois cas ne me fournissent aucune remarque qui n’ait déjà été faite dans les chapitres précédents, aux paragraphes qui traitent de ce sujet.
§ IV. — Siège du chancre qui a précédé la stphilide pustuleuse.
Voici le siège des chancres, chez les 72 malades atteints de syphilide pustuleuse. Ils étaient situés :
Sur le feuillet interne du prépuce 29 fois.
En arrière de la couronne 27
Sur le gland 4
Sur les lèvres du méat 5
Sur le frein ' 3
Sur la face cutanée (lu prépuce 5
A la base du pénis 1
Sur le scrotum 1
Sur la langue 1
72 fois.
Je n’ai rien de particulier à dire sur les caractères qui servirent à faire reconnaître les chancres ; ce serait revenir inutilement sur une question que j'ai déjà discutée plus d'une fois dans le cours de ce traité.
§ V. — Des diverses formes du chancre qui a précédé la
SYPHILIDE PUSTULEUSE.
Parmi les 72 cas de syphilide pustuleuse on comptait :
Chancres ou cicatrices de chancres avec induration 50
Chancres non manifestement indurés 2
Cicatrices non indurées, mais trop anciennes pour qu’on pùt savoir si elles avaient appartenu à des chancres indurés ou non 51
Ces chancres, qui précédèrent la syphilide pustu-
leuse, pouvaient se diviser, sous le rapport de leur tendance à ulcérer les tissus, en :
Érosions ctmncreuscs 3
Ulcérations attaquant au moins toute l’épaisseur de la membrane tégumentaire,et variant de la grandeur d’une lentille à celle d'une pièce de
i franc \\
Chancres pliagédéniques 20
Chancres pliagédéniques serpigineux 4
Ces deux relevés sont bien dignes de remarque. Le premier nous prouve que le chancre précurseur de la syphilide pustuleuse n’est pas moins souvent induré que celui qui précède l’érythème et les papules syphilitiques ; et il nous montre combien est peu fondée l’opinion de Carmichael, lorsqu’il professe que la syphilide pustuleuse est constamment précédée de chancres non indurés, de l'espèce qu’il nomme, comme je l’ai dit un peu plus haut : Ulcer wilh clcvalcd cdtjcs wilhont induration.
Le second relevé forme un contraste frappant avec les relevés analogues des chapitres qui précèdent , par la proportion des chancres ulcérés et phagédéniques qu’il renferme. Dans les sypliilides érythémateuses et papuleuses , les chancres profonds , les chancres pliagédéniques surtout, formaient une exception rare. L’érosion chancreusc était le symptôme qui précédait le plus souvent ces éruptions. Dans la syphilide pustuleuse, au contraire, le chancre érodé devient le symptôme précurseur exceptionnel, tan-
dis que le chancre profond et le chancre phagédénique deviennent le symptôme précurseur régulier. C’est ce qui prouve qu'il existe une corrélation étroite entre le degré de gravité des symptômes primitifs et le degré de gravité des svphilides consécutives. Je pourrais même démontrer, si ce n’était sortir de mon sujet, que ces rapports de gravité n’existent pas seulement entre le chancre et les svphilides, mais qu'ils s’étendent pareillement aux affections des systèmes fibreux et osseux, et en général à tous les accidents syphilitiques qui peuvent être consécutifs au chancre. De sorte qu’on peut considérer comme une loi la proposition suivante : Ajnrs les chancres indurés bénins surviennent les éruptions syphilitiques bénignes et les affections (les divers tissus , sans tendance à la suppuration ; après les chancres indurés phagédéniques, surviennent les syphilides pustuleuses graves, les affections ulcéreuses de la peau plus tardives , les exostoses suppurées , les nécroses et les caries.
Le chancre est donc comme la pierre de touche de la constitution. Par l’action qu’il exerce sur les tissus, il est permis de prévoir la marche des accidents consécutifs soit prochains, soit éloignés, qui pourront se manifester. La bénignité du chancre annoncera des symptômes constitutionnels peu graves; sa malignité permettra, au contraire, de prévoir que le malade sera atteint de symptômes consécutifs d’une grande gravité. Les trois cas d’érosion chancreuse qui se trouvent dans le second relevé ne contredi-
sent pas cette rigoureuse formule, parce que des chancres bénins précédèrent, dans ce cas, des syphilides pustuleuses extrêmement bénignes. Toutefois, il existe des exceptions à la loi que nous venons de formuler: de même qu’un chancre bénin et de courte durée est quelquefois rapidement suivi d’un bubon phagédénique qui peut durer plusieurs années; de même aussi un chancre bénin est parfois suivi de syphilides très-graves, ou bien un chancre grave est suivi d’une syphilide bénigne. Mais ces cas sont rares ; et l’on trouve, presque toujours alors, les raisons de ces faits exceptionnels. Un traitement bien dirigé, par exemple, pendant la durée d’un chancre phagédénique, rend quelquefois les accidents consécutifs légers; comme un traitement mal dirigé, pendant la durée d’un chancre bénin, peut rendre les accidents consécutifs proportionnellement plus graves que le chancre. Une maladie , survenant pendant que la disposition syphilitique existe encore, peut remettre en activité cette disposition, et reproduire des syphilides plus graves que celles qui avaient précédé la maladie intercurrente. Il en est de même de la misère et de la vieillesse, qui, en affaiblissant l’organisme, le rendent moins propre à opposer une certaine résistance à la disposition syphilitique. Mais ces faits ne peuvent empêcher la loi que j’ai formulée plus haut de prendre rang parmi les lois pathologiques les mieux démontrées.
Quelques syphilographes ont recherché avant moi
les rapports de forme qui peuvent exister entre les chancres et les symptômes constitutionnels qui les suivent. Carmicliaef, qui a fait des travaux à ce point de vue particulier, a cru observer que la syphilide papuleuse succède exclusivement au chancre simple et à la blennorrhagie ; les affections squameuses, au chancre huntérien ou induré, eallou.s ulcer; la syphilide pustuleuse, au chancre à bords élevés, sans induration ; les tubercules, les taches et les ulcérations, au chancre phagédénique. II ne faut pas avoir observé un grand nombre de malades pour apercevoir l'inexactitude de ces propositions, qui ont été attaquées avec raison par plusieurs syphiiographes. Il est assez difficile de comprendre comment Carmichael a pu arrivera de semblables résultats, après avoir fait de la question dont il s’agit l’objet spécial de ses recherches. L'étude des memes questions in’u conduit à des conclusions bien opposées à celles du médecin irlandais; mais ces conclusions sont, je le crois, moins contestables et surtout plus utiles que les siennes : car la loi que j'ai établie, en jetant sur l’état futur des malades atteints des symptômes primitifs une lumière jusqu'à ce jour inaperçue, devient une source d’indications thérapeutiques de la plus haute importance.
$ VI. — L)f. l’état des ganglions et des vaisseaux lymphatiques