DEUXIEME PARTIE
DU MODE d'application DE l'cLECTRICITÉ A l'ORGMMSME ET DE SON ACTION SUR LES TISSUS.
iMODE D'APPLICATION DE L'ÉLECTRICITÉ.
• Pour appliquer rélectricité à T homme sain ou malade, il est nécessaire d'avoir recours à des intermédiaires qui sont situés à l'extrémité des fils conducteurs des courants et qui sont destinés à être mis en rapport avec la peau, les tissus ou les organes. Ces intermédiaires sont de deux sortes, et nous allons successivement les passer en revue. Etablissons d'abord que la première condition qu'ils doivent remplir, c'est d'être bons conducteurs de l'électricité. Voici maintenant leurs principales variétés, nous les réduirons à six.
1° Appareils appliqués directement sur la peau.
On applique directement l'appareil électrique sur la peau de la partie sur laquelle on veut faire agir le courant. Les chaînes électriques de diverses espèces, la ceinture électrique de MM. Breton, leur mixture électrique, sont dans ce cas; j'en ai suffisamment parlé plus haut, et je n'y reviendrai pas ici. Je dirai seulement que les cas où il peut être utile d'en faire usage sont extrêmement peu nombreux*
1° Conducteurs métalliques.
Les courants sont introduits dans l'organisme à travers la peau préalablementhumectéed'un liquide conducteur (eau
MODE D'ArPLlCATlON. 111
salée, eau acidulée), ou simplement humidifiée parla transpiration insensible, à l'aide d'un métal qui sert d'agent conducteur, et qui est en général du cuivre.
On adonné des formes bien diverses au cuivre ainsi placé à l'extrémité des fils conducteurs des courants ; ce sont tantôt des cylindres plus ou moins volumineux , destinés surtout à être serrés dans les mains ; tantôt des plaques métalliques plus ou moins larges et destinées à être appliquées sur une surface d'une certaine étendue; quelquefois, des boutons, des boules, des cônes métalliques d'un volume et d'une forme que l'on dispose à volonté pour l'usage qu'on en veut faire et pour la partie sur laquelle on désire agir.
On a quelquefois recours à des tiges métalliques droites ou recourbées, et destinées à être introduites à une certaine profondeur dans les cavités, pour y diriger les courants. Pour faire pénétrer ce^ courants dans la bouche, l'œsophage, les fosses nasales, le rectum, le vagin, l'urèthre, on fait usage desondes métalliques entourées de caoutchouc, et qui ne sont libres et dépourvues de cette substance qu'à leur extrémité, là où l'on veut portei" l'action de l'électricité. Ces sondes d'un volume, d'une longueur et de courbures variables, ne peuvent être confectionnées que pour le but spécial à remplir par l'expérimentateur et d'après son indication. Toutes ces variétés de conducteurs sont construits en cuivre, ainsi que je l'ai dit; il serait toutefois bien préférable d'avoir recours au platine, en raison de son inaltérabilité, mais son prix élevé est jusqu'à présent un argument contre son emploi.
3° Électro-puncture .
Il y a quelques années, l'électro-puncture était le moyen le plus employé, je dirai même le seul presque en usage. Elle consistait à introduire des aiguilles à acupuncture en acier et mieux encore en platine dans l'épaisseur des muscles que Ton voulait faire contracter, et à diriger les courants à tra-
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vers deux aiguilles placées à une certaine distance l'une de l'autre, soit dans le même muscle, soit dans le même système musculaire, soit dans le itiême membre, soit enfin entre deux points au milieu desquels on voulait faire circuler le courant électrique. Ce procédé méritait aussi bien, si ce n'est mieux, que celui de M. Duchenne le nom d'électrisation localisée.
.Ce procédé a quelques inconvénients, mais il a aussi des avantages ; l'introduction des aiguilles, quelque peu douloureuse qu'elle soit véritablement, effraye toujours les malades. La blessure d« petites veinules qu'il est impossible d'éviter, produit assez souvent un écoulement de sang qui, toutefois, n'est jamais considérable, mais qui contribue à augmenter la frayeur des malades. La contraction musculaire produite au moyen de l'acupuncture est généralement un peu douloureuse, et l'on n'est pas toujours maître, même avec de faibles instruments, de la modérer à volonté.
Malgré cela, l'électro-puncture a des avantages, et il est fâcheux qu'on y ait renoncé ; elle localise mieux les courants que tout autre procédé ; elle réveille beaucoup mieux la contraction musculaire dans les muscles qui en sont privés; elle hyposthénise beaucoup mieux les parties et les organes dans lesquels on veut produire cet effet. Je crois donc qu'on pourrait y revenir dans un certain nombre de cas ; en effet, il est facile, avec un peu d'habitude, de parer aux légers inconvénients que j'ai signalés. On peut, avec des appareils bien gradués et modérés, éviter la douleur de la contraction et sa trop grande énergie.
[l° Éponges imbibées d'un liquide conducteur.
L'emploi d'épongés est très précieux.
Les deux éponges imbibées d'un liquide qui est, en général, de l'eau salée, sont placées chacune dans un godet métallique fixé à l'extrémité des fils conducteurs et en communication avec eux.
MODE d'application. Ho
Ces deux godets métalliques sont supportés par deux tiges isolantes destinées à être tenues entre les mains de l'expérimentateur. Pour en faire usage, on établit la communication et Ton place les deux éponges mouillées, soit aux deux extrémités du même muscle, soit aux extrémités d'un même système musculaire, soit enfin entre les deux parties au milieu desquelles on veut faire circuler le courant. L'emploi des éponges mouillées localise parfaitement le courant, et c'est grâce à leur emploi, généralisé par M. Duchenne, que ce médecin a pu jeter de vives lumières sur plusieurs points de la physiologie musculaire. On les applique avec succès dans beaucoup de cas pathologiques que nous aurons successivement occasion de passer en revue. M. Ruhrakorff, dans son nouvel appareil, a remplacé heureusement les éponges par des rondelles de peau avides d'humidité, et qui sont appliquées sur une rondelle de cuivre qu'on place à l'extrémité du réophore.
B» Pinceaux ou brosses métalliques.
Les pinceaux ou les brosses métalliques sont placés sur un manche isolant et en communication avec l'un des fils conducteurs, tandis que l'autre fil communique avec un conducteur métallique placé sur un point quelconque de la surface du corps.
Ces pinceaux ou ces brosses sont destinés à agir énergiquement sur la peau et à produire l'électrisation cutanée.
6« Emploi de l'électricité au moyen des bains.
Nous n'entendons pas ici par bains ceux exploités par le charlatanisme et qui consistent dans l'emploi de baignoires composées de plusieurs métaux différents. Il est trop évident que ces bains ne sauraient exercer aucune action sur l'organisme, On peut faire usage du bain de pieds ou du bain entier.
ll/j. ArPLicAïiONs Diî l'Électricité.
A. EQiploi de l'électricité au raoy(;n des bains de pieds.
Le bain de pieds est composé de deux petites cuves indépendantes l'une de l'autre et dans chacu-ne desquelles on place de l'eau salée ou de l'eau acidulée tiède.
Le malade pose chacun de ses pieds dans une cuve différente. Une d'elles est en communication avec le pôle positif, l'autre avec le pôle négatif, à l'aide des conducteurs métalliques qui y sont plongés. Une fois la communication établie, on agit par intermittences en enlevant et plongeant alternativement un des deux pôles dans le liquide avec lequel il est en rapport, et l'on voit les extrémités inférieures devenir le siège d'une contraction fibrillaire musculaire continue, dont l'intensité est en rapport avec celle de l'appareil, et qui peut rendre de grands services dans un certain nombre de paralysies.
Ces cuves peuvent être métalliques ; mais les effets sont beaucoup plus nets et plus accentués, et on les gradue beaucoup plus facilement si on les construit en bois, ou mieux encore en porcelaine ou en verre.
Si l'on faisait construire spécialement pour cet usage une cuve de porcelaine ou de verre, on pourrait adapter à une des parois latérales un bouton métallique saillant à l'extérieur et communiquant avec le liquide placé à l'intérieur ; on se servirait alors de ces boutons métalliques pour les faire communiquer avec les réophores et pour établir et interrompre les communications.
On peut employer des cuves analogues pour plonger un pied et une main du même côté, et même les deux mains.
I). Bains entiers.
Les bains entiers, tels que je les ai décrits dans mes leçons à l'hôpital de la Pitié, au mois de janvier 1856, sont fondés sur le même principe que les bains de pieds électriques.
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L'individu sur lequel on veut agir est plongé dans une grande baignoire pleine d'eau salée tiède, à une température convenable. Une" baignoire métallique peut servir, mais on aurait des effets beaucoup plus nets si cette baignoire était en bois ou en une substance non conductrice; un des bras du patient sort de l'eau et va plonger dans une petite cuve de porcelaine ou de verre placée à une certaine distance et pleine d'eau salée.
Les choses étant ainsi disposées, on plonge le réophore positif, par exemple, dans la grande baignoire, et l'on fait agir avec des intermittences le réophore négatif dans la petite cuve où est plongé le bras. Dès que ce courant intermittent est en action, le corps entier du sujet entre dans une véritable agitation due à la contraction fibrillaire de tous les muscles. De tels bains ne doivent jamais être prolongés au delà de sept à huit minutes; ils ont encore été très peu employés, et cependant je ne doute pas qu'étudiés et bien connus, ils ne puissent rendre des services en agissant comme de puissants stimulants dans des cas de débilité profonde, d'anémie portée à un haut degré, etc. Nous reviendrons, du reste, sur ce sujet.
M. Moretin, dans l'article Électricité qu'il a rédigé pour la Matière médicale de M. Bouchardat (1855, t. I, p. 430), a beaucoup préconisé un bain qui n'est pas fondé tout à fait sur la même idée. Dans son procédé, le malade est placé dans une baignoire remplie d'eau. Les deux réophores de l'appareil de Ruhmkorif sont plongés tous deux dans cette baignoire. Dès que cette immersion a lieu, le corps presque entier entre en contraction. On explique cet effet du courant produit au moyen des deux réophores plongés dans la même masse liquide, par des courants dérivés qui se produisent alors. Cette manière d'administrer les bains électriques n'a pas moins besoin d'être étudiée que celle que j'ai décrite plus haut.
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