CONDITIONS INHÉRENTES AUX GOURANTS
moment de la fermeture ou de l'ouverture du circuit. Ce courant, qui est distinct de celui qui provient de la pile, a reçu le nom d'extra- courant. Si maintenant on place un troisième fil autour du deuxième, il s'y développe un autre courant sous l'influence de celui qui circule dans le deuxième, puis le troisième peut en produire un quatrième, etc., etc., et ainsi de suite une série de courants secondaires.
Quels noms donner à ces courants? Il n'y a aucune hésitation pour les physiciens.
Le courant qui provient de la pile et qui circule dans le premier fil est dit courant initial ou courant inducteur.
Le courant qui se produit dans le même fil par suite de la rupture ou du rétablissement du courant initial, est dit extracourant.
Le courant qui se produit dans le deuxième fil, plus long et plus fin que le premier, est dit courant induit du premier ordre.
S'il y en avait un troisième et quatrième, on dirait courant induit du deuxième ordre^ du troisième ordre, etc.
Maintenant quels sont les courants que l'on a dans l'appareil électro-magnétique de M. Duchenne? On y trouve un extra-courant et un courant induit du premier ordre.
Pourquoi ce médecin appelle-t-il l'extra-courant courant du premier ordre, et le courant induit du premier ordre courant du deuxième ordre? C'est ce qu'il est difficile de comprendre, car c'est créer, n'en déplaise à M. Bouvier, un langage tout à fait différent de celui employé par tous les physiciens, et il n'est pas permis de le changer.
Un des motifs qui ont fait adopter la dénomination de courant induit du premier ordre pour dénommer le courant induit par un courant inducteur d'un fil conducteur voisin, c'est que l'on peut indifféremment appliquer ces dénominations aux effets d'induction dus aux courants et à ceux que les aimants font naître. Dans ce dernier cas, l'induction électro-
magnétique d'un aimant sur un fil voisin donne lieu à un courant induit du premier ordre.
Or, si l'on nommeiit l'exlra-couraut,. courant du premier ordre, les aimants ne développeraient donc par induction dans un fil voisin que des courants du deuxième ordre. M. Duchenne n'a pas fait attention à ces différences de dénomination ; il applique notre manière de nommer les courants à l'induction magnétique, tandis qu'il ne l'emploie pas pour l'induction par les courants électriques : il est donc préférable de s'en tenir aux dénominations que nous avons indiquées.
Dans l'appareil magnéto-électrique de M. Duchenne, il en est autrement, et j'ai démontré la manière dont les choses se passaient dans cet appareil, de même que dans celui de MM. Breton frères, à double courant. Deux fils sont superposés autour d'un aimant fixe : l'un, le premier, plus gros et moins long ; le deuxième, plus fin et plus long. Selon M. Duchenne, le courant produit dans le premier fil est un courant induit du premier ordre, et le courant produit dans le deuxième fil est déterminé par l'influence du premier, c'est un courant induit du deuxième ordre. M. Duchenne se trompe ; les courants produits dans les deux fils sont tous deux sous l'influence de l'aimant qui, sans annuler l'effet produit par le premier fil sur le deuxième, le réduit à très peu de chose. Le sens du courant prédominant dans le premier fil comme celui du courant dans le deuxième fil, sont les mêmes et se rapportent à des courants induits du premier ordre ; seulement le premier, produit dans le fil le plus gros et le moins long, est un courant d'une tension moindre que celui produit dans le fil le plus long et le plus fin, et ayant, par conséquent, des effets moins énergiques sur la peau et sur la rétine.
Voici des faits qui démontrent irrévocablement ce que je viens d'avancer.
Autour d'un aimant fixe n'enroulant qu'un seul fil très fin
GONDlTIOiNS INHKUENTES 4UX COURANTS. 123
et très long, voasaurez un coiira]it à forte tension et qui aura toutes les propriétés des prétendus courants du deuxième ordre.
Autour de l'aimant fixe, enroulez par superposition deux filsparfailement égaux en diamètre et en longueur, et faites agir l'armature de fer doux par rotation, il se produira un courant induit du premier ordre dans chaque fil, mais cette fois-ci celui du premier sera plus intense que celui du deuxième, et le deuxième moins intense que le premier, à cause de son éloignement plus grand de l'aimant. Aussi le courant du deuxième fil ne produira-t-il plus les effets spéciaux des prétendus courants de deuxième ordre. Cette expérience, faite plusieurs fois par MM. Breton, est capitale pour la démonstration de ce que les lois de la physique indiquaient d^avance. De plus, je l'ai répété avec M. Gaiffe avec un de ses excellents appareils, et les résultats ont toujours été les mêmies.
Je me résume en disant :
Dans l'appareil électromagnétique, le courant du premier fil est un extra-courant, le courant du second fil, un courant induit du premier ordre. 11 est possible que les bobines étant superposées, les courants induits réagissent sur les circuits voisins et donnent lieu à des effets dans des sensopp't)sés, mais les résultantes des effets ont toujours lieu comme nous venons de l'expliquer. Lef différence d'énergie de leur action est due à la différence de leur tension, conséquence elle-même de la longueur etdu diamètre différentdesfilsemployés.Avecl'appareil magnéto-électrique, les courants produits par les deux fils et dont l'action prédomine, sont sans doute des courants induits du premier ordre ; seulement, le deuxième, produit dans un fil plus long et plus fin, a une tension beaucoup plus forte, par conséquent^ transmet, des effets beaucoup plus énergiques et agit vivement sur la peau et la rétine. Voyons maintenant les différences signalées dans les courants du deuxième ordre ;
j'espère démontrer qu'elles ne sont nullement dues à une nature d'action différente, mais uniquement à la différence de tension des courants,
1° Un courant du premier ordre et un courant du second ordre, qui paraissent d'une égale intensité en ce qu'ils déterminent des commotions semblables, ne sont pas doués au même degré du pouvoir de traverser les mauvais conducteurs, tels que l'eau distillée, placés dans le circuit. En se servant du tube à eau, on trouve que le courant du premier ordre cesse d'être perçu à travers une épaisseur de liquide beaucoup moindre que celle qui est nécessaire pour arrêter le courant du deuxième ordre.
Il y a plusieurs objections à adresser aux précédentes assertions. D'abord l'intensité de deux courants produits dans des fils de longueur et de diamètre différents, et sous un même courant initial, ne peut être égale et serait tout à fait contraire aux lois de la physique.
En deuxième lieu, juger que Tintensité des deux courants est égale par l'égalité des commotions qu'ils produisent, est encore une assertion inexacte : d'abord, la commotion dépend non-seulement de la quantité d'électricité, mais encore de sa tension, et de plus, de la rapidité de son passage, ou si l'on veut, de l'instantanéité de la décharge ; ainsi deux courants peuvent produire des commotions semblables et être tout à fait inégaux en tension et en quantité ; d'un autre côté^ comment juger que deux commotions sont égales? On ne peut faire à cet égard qu'une approximation bien hypothétique; du reste, on doit se rappeler que d'après les recherches d'Henry, les courants induits, de quelque ordre qu'ils soient, produisent les mêmes effets propres par leurs qualités, si l'on peut s'exprimer ainsi, c'est-à-dire par leur intensité, leur tension et leur durée lorsqu'elles sont les mêmes.
Je n'admets donc ici l'égalité ni de l'intensité ni des commotions, mais je reconnais le fait de la pénétration plus