GÉNÉRALITÉS
La paralysie qui est le symptôme d'un si grand nombre d'affections morbides différentes, constitue certainement l'accident contre lequel on a le plus souvent et au plus juste titre conseillé l'emploi de l'électricité.
Mais cet agent thérapeutique est loin de convenir au même degré à toutes les espèces de paralysies, ou même, lorsqu'il leur est utile, à toutes les époques de leur développement; il en est de même de quelques- unes pour lesquelles il serait inutile ou même très nuisible: c'est ce que j'essayerai de démontrer. Nous allons d'abord examiner les paralysies sous un point de vue général ; toutefois avant d'aborder l'histoire de ces maladies sous le point de vue de l'influence de leurs causes, de leurs caractères et de leur diagnostic considérés relativement aux applications de l'électricité, il est utile d'examiner quelques questions générales qui ont été assez
bien élucidées dans ces derniers temps, et à la solution desquelles nous devons beaucoup aux physiologistes anglais.
C'est à Marshall-Hall qu'est dû le mérite d'avoir appelé l'attention des médecins sur la valeur de l'électricité dans le diagnostic des paralysies (1).
Dans ce travail il admit qu'il existait une grande différence sous le rapport de l'excitabilité électrique dans les muscles paralysés sous l'influence d'une affection cérébrale ou d'une affection spinale.
VdiT paralysie cérébrale Marshall-Hall comprend les causes qui suppriment l'influence du cerveau ; c'est ce qui a lieu dans les paralysies du mouvement spontané ou volontaire produites soit par une affection du cerveau lui-même, soit par une m^aladie de la partie dorsale de la moelle.
Va,Y paralysie spinale Marshall-Hall comprend les maladies qui suppriment l'influence du système spinal.
Paralysie cérébrale. — Dans cette première espèce , la contractilité électro-musculaire est souvent conservée intacte et souvent aussi augmentée, tandis que dans la paralysie spinale l'irritabilité musculaire sous l'influence électrique est diminuée, sinon annihilée.
D'après ce médecin anglais, dans la paralysie cérébrale l'augmentation de l'irritabilité électro-musculaire provenait du manque d'exercice de l'action de la volonté; le cerveau étant, dans son opinion, le réservoir qui produit l'irritabilité musculaire par l'effet de la volonté. Le système spinal, au contraire, étant la source spéciale du pouvoir que possèdent les nerfs d'exciter la contractilité musculaire et de déterminer la contraction électrique ; il suit de là que dans les paralysies spinales l'excitabihté de la fibre musculaire doit être diminuée et finir par s'annihiler, sa source étant épuisée.
Les recherches de Marshall-Hall conduisent à un diagnostic assez positif des paralysies surtout dans des cas douteux.
(l) M edico- chirurgical Transactions, 1839.
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Le D' Pereira publia, en I8/1I, un travail dans lequel il prétendit avoir observé un certain nombre de cas d'hémiplégies symptomaiiqnes de lésions cérébrales dans lesquelles la contractililé éleclro-musculaire était notablement diminuée dans les muscles paralysés, tandis qu'elle était au contraire augmentée dans la partie saine.
Copland (1) (IS/iS) chercha à démontrer que dans les muscles paralysés sous l'influence d'une maladie du cerveau, jamais la conlraclililé éleclro-musculaire n'était augmentée, et au contraire qu'elle était le plus souvent diminuée.
Un des travaux les plus importants fut celui de Todd (2), travail dans lequel il étudia les caractères delà contraclilité électro-musculaire dans les muscles paralysés, comparativement à ce qu'elle était dans les muscles restés sains.
Dans quatorze cas de paralysies cérébrales qu'il a étudiés avec soin en faisant agir sur les muscles toutes les espèces de courants, il a d'abord constaté que jamais la contractilité électro musculaire n'était augmentée; elle était en général conservée à l'état normal. Cependant dans quelques cas cette contractilité électro-musculaire était tellement modifiée, que sous l'influence des courants électriques les muscles paralysés déployaient une plus grande somme de forces que les muscles sains. Or ces cas étaient ceux dans lesquels les muscles paralysés présentaient, indépendamment de la paralysie, de la rigidité, de la contracture ou des convulsions.
Dans quelques-uns de ces quatorze cas les muscles paralysés qui ne répondaient plus aussi bien à l'action des courants électriques, avaient subi un certain degré de dépérissement. D'après Todd , trois circonstances peuvent donc se présenter : 1° contractilité électro-musculaire sem- ■ blable dans les muscles paralysés et les muscles sains; 2° contraction élcctro-inu^cuîaii'e plus énergique dans les
(1) Copland, Dictionary of pratical medieine, vol. 111, piige /il, (î2) Todd, M cdico-chirnrgical Transactions, 18^7,
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muscles paralyses, quand ils sont atteints de convulsions ou de contractures; 3° contraction électro-musculaire dimilïuée quand les muscles sont atrophiés. î/auteur attribue ces différences h l'état de la force nerveuse dans les muscles paralysés, suivant que cette force nerveuse est conservée, diminuée ou augmentée, alors la contraction électro-musculaire est conservée intacte, diminuée ou augmentée.
En 1850, M. Duchenne, dans un Mémoire sur l'état de la sensibilité et de la contraclilité électro-miisculaire, chercha à démontrer qu'en localisant les courants avec des éponges dans les muscles paralysés, il y avait une simple conservation de la contractilité électro-musculaire dans les paralysies cérébrales, et diminution ou abolition de cette même contractilité dans les paralysies spinales. Althaus, auteur d'un bon ouvrage sur les applications de l'électricité à la thérapeutique, arrive aux mêmes conclusions que ïodd et je les transcris :
« Dans un certain nombre de cas, la contractilité est diminuée, les muscles sont mous et la polarité des nerfs est affaiblie. Dans une autre classe de cas, la contractilité est augmentée, il y a bientôt rigidité des muscles, et il existe une lésion irritative du cerveau. Dans une troisième classe de cas, on ne peut observer sous ce rapport aucune différence entre la partie saine et la partie paralysée. Dans les cas dans lesquels j'ai expérimenté l'excitabilité musculaire, j'ai employé deux modes d'expérimentation. J'ai dirigé directement le courant à travers la partie en expérience et j'ai localisé le courant dans le tissu des muscles. Les deux méthodes ont donné approximativement les mêmes résultats, mais par la localisation des courants électriques dans les muscles, la différence de la contractilité musculaire est plus fréquente. »
Paralysie spinale. — D'après Marshall-Hall, on doit appeler paralysie spinale celle qui a lieu lorsque le muscle, au point de vue fonctionnel, est séparé de la moelle épinière. C'est, par exemple, ce qui a lieu à la suite d'une lésion mé-
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canique d'un nerf. La plupart des médecins ont donc mal compris l'idée de Marshall-Hall, et comme le fait observer Althaus, ce physiologiste n'a jamais appelé paralysie spinale une paralysie due à une lésion de la moelle épinière. Je ne saurais mieux faire que de reproduire les paroles de cet auteur : a Suivant le docteur Marshall-Hall, la paralysie cérébrale » peut être causée par une affection de la moelle épinière, si, » par exemple, la portion dorsale de la moelle est lésée, les » muscles animés par les nerfs qui prennent leur origine dans » la partie lésée, présentent la, paralysie spinale, tandis que les » nerfs qui proviennent de la portion de la moelle qui est au- » dessous du siège de la lésion présentent la paralysie céré^ » brale, vu qu'ils sont simplement séparés de la volonté, mais » ils conservent leur relation fonctionnelle avec la moelle.
» La paralysie que le docteur Marshall-Hall a appelée j> spinale, a été appelée traumatique parDuchenne et d'autres «médecins. Ils s'accordent, du reste, à reconnaître que dans » ce cas l'excitabilité des muscles est diminuée ou même » totalement détruite. »
Si je suis entré dans quelques détails un peu circonstanciés touchant ces différentes distinctions, c'est qu'on n'avait pas compris en France les opinions des auteurs anglais, et spécialement celles de Marshall-Hall : maintenant que nous sommes bien fixés sur ce point, nous allons exposer le résultat de nos propres recherches touchant l'influence des diverses espèces de paralysies sur la contractilité électrique des muscles qui en sont atteints.
Je n'ai cependant point l'intention de tracer d'une manière complète l'histoire des paralysies. Toutefois, ces affections symptomatiques ou essentielles soulèvent dans leur histoire tant de questions pour lesquelles on est obligé de faire intervenir l'électricité, que je suis forcé d'entrer dans des détails assez étendus relativement à certains points de leur étiologie. D'un autre côté, si je me suis un peu avancé dans cette
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voie, c'est qu'on a tant abusé et qu'on abuse tant encore de l'électricité pour guérir les paralysies, qu'il est enfin temps de bien établir les cas de ce genre dans lesquels cette médication est utile, ceux dans lesquels elle est tout à fait inerte, enfin ceux dans lesquels elle est nuisible ou dangereuse.
Définition. — On peut définir la paralysie la diminution ou l'abolition de la contraclilité musculaire développée sous l'influence de la volonté ou produite sous l'action de la moelle épinière ou du grand sympathique pour l'accomplissement de certains actes organiques.
On voit que dans cette définition, nous comprenons aussi bien la contractilité des muscles de la vie de relation que celle des fibres de la vie organique.
On a confondu avec de véritablesparalysiesdes modifications fonctionnelles ou organiques du tissu musculaire ou des tissus voisins qu'il est important de distinguer tout d'abord des véritables paralysies : c'est à ces états qu'on peut donner le nom de pseudo-paralysies ; ils sont de plusieurs espèces et on peut admettre les principales variétés suivantes :
1° L'atrophie musculaire , quelle qu'en soit la cause. On conçoit très bien que la diminution ou l'abolition de la contractilité musculaire puisse être le résultat de l'atrophie ou de la dégénérescence graisseuse du tissu musculaire, mais elle est consécutive et non primitive ; nous ferons une description spéciale des principales variétés d'atrophie.
2° Le développement de lésions morbides de diverse nature autour des muscles ou dans leur épaisseur. Qui ne sait que les phlegmons profonds et même les phlegmons superficiels empêchent tout à fait la contraction musculaire dans les muscles qui en sont atteints? Il en est de même de toute autre lésion matérielle se développant dans les muscles euxmêmes, dans l'interstice de leurs fibres ou bien autour.
3" Les rhumatismes musculaires ou chroniques d'une certaine intensité s'opposent souvent à la manifestation de la
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contractilité musculaire en raison de la douleur qu'elle produit et peuvent faire croire à une véritable paralysie.
[i° L'immobilité des articulations résultant du repos forcé des membres à la suite de contusions, de luxations, de fractures ou des lésions les plus diverses, ou bien cette immobilité maintenue par simulation, produit dans les articulations qui y sont soumises une telle modification, qu'il en résulte une roideur considérable qui empêche souvent les malades de mouvoir leurs membres et peut faire croire à une véritable paralysie.
5° La contracture des muscles, etsurtout des muscles isolés, peut encore faire croire à l'existence de paralysies véritables.
Telles sont les principales variétés de ces pseudo-paralysies qu'un médecin instruit ne confondra certainement pas avec des paralysies réelles; je veux seulement ajouter un nouvel élément de diagnostic aux moyens déjà nombreux que possède la science pour bien reconnaître la nature de ces divers états morbides.
Ce moyen de diagnostic qui peut ainsi corroborer les autres consiste dans la conservation de la contractilité électromusculaire qui reste intacte dans tous ces muscles que des causes diverses empêchent de se contracter ; faisons toutefois observer que dans quelques-uns de ces cas, et notamment dans les phlegmons, les rhumatismes musculaire et articulaire aigus, il faudrait agir avec la plus grande circonspection pour constater la conservation de la contractilité électro-musculaire. On pourrait, en agissant autrement, augmenter l'intensité des douleurs déjà bien vives que ressentent les malades.
Ces préliminaires bien établis, nous diviserons l'étude que nous allons faire de la paralysie en trois sections que nous aborderons successivement et qui sont les suivantes :
1° Les caractères de la paralysie considérée en elle-même et abstraction de sa cause ;
2° La pathogénie et les caractères diagnostiques des diverses espèces de paralysies; S" Le traitement des paralysies.