CARACTÈRES DE LA PARALYSIE
Les paralysies ditTèrent les unes des autres sous plusieurs rapports que voici :
1° Intensité. — La contractilité musculaire peut être abolie complètement ou bien simplement diminuée. Entre les deux extrêmes il y a de très nombreux degrés.
2° Siège. — il n'est aucun des nombreux muscles de la vie de relation ou de la vie organique qui ne puisse être le siège de la paralysie.
3° Nombre des muscles. — Un seul muscle peut être paralysé, ce fait est assez rare. La plupart du temps, ce sont des systèmes de muscles, plus ou moins complets qui sont ainsi paralysés. Est-il besoin de rappeler qu'on étudie à part Thémiplégie ou paralysie bornée à l'une des moitiés du corps, la paraplégie occupant les membres inférieurs, la paralysie de l'un des membres supérieurs ou inférieurs, la paralysie de la face, celle de la langue, celle des muscles de la respiration, du pharynx, la paralysie des muscles moteurs oculaires, et bien d'autres qu'il est inutile de rappeler. La paralysie générale s'observe également quelquefois. Parmi les paralysies des muscles de la vie organique, on distingue spécialement la paralysie du rectum, la paralysie des intestins, celle de la vessie, etc.
Modifications qui surviennent dans le tissu musculaire paralysé. — Lorsqu'une paralysie est incomplète, les modifications dont nous allons parler ne se rencontrent pas, ou bien, si elles existent, elles sont légères et ne commencent à se montrer que longtemps après le début et le développement de la paralysie.
170 APPLICATIONS DE L'ÉLliCTRlGITÉ.
Lorsqu'au contraire une paralysie est complète, ces modifications surviennent au bout d'un certain temps, et elles sont d'autant plus complètes et d'autant mieux caraclérisées que la paralysie s'est prolongée plus longtemps. Voici les modifications qui surviennent ainsi dans le tissu musculaire paralysé.
a. Atrophie. — La fibre musculaire diminue d'épaisseur, de diamètre ; elle s'amincit, s'amoindrit en quelque sorte. Les stries s'effacent peu à peu et finissent par disparaître complètement.
b. Infiltration graisseuse. — Une fois les stries disparues, les fibres musculaires commencent à s'infiltrer de corpuscules graisseux qui deviennent de plus en plus nombreux. Une fois ces deux modifications survenues, le tissu musculaire ne saurait recouvrer sa contractilité, et la paralysie des parties ainsi altérées est désormais complètement incurable. Ces altérations sont importantes à connaître pour plusieurs raisons : d'abord, au commencement de leur manifestation, elles entraînent la diminution de la contractilité électrique des parties paralysées, quand cette contractilité n'est pas elle-même déjà détruite par la nature même de la paralysie. Puis de la simple diminution de la contractilité électrique, on arrive progressivement à son abolition.
Or, dans un bon nombre de cas de paralysies même complètes, la contractilité électro-musculaire est conservée intacte ; mais cette conservation n'est réelle et positive c[ue dans les premiers temps, et lorsque l'atrophie musculaire et surtout l'infiltration graisseuse ne sont pas encore survenues. A une époque ultérieure, en effet, on verra cette contractilité diminuer peu à peu et finir par disparaître complètement. Alors, arrivé à cette époque, si on voulait tirer une conséquence de cette abolition, on courrait grand risque de se tromper. Ce n'est donc qu'à une époque peu éloignée du début de la paralysie, que la conservation, la diminution ou
l'abolition de la contractilité électrique, considérées comme élément de diagnostic, ont de la valeur.
Notons bien toutefois que cette atrophie et cette infiltration graisseuse des fibres musculaires ne sont que des manifestations bien postérieures à la paralysie, que des phénomènes tout à fait consécutifs, tandis que dans les atrophies proprement dites, ces altérations constituent le fait primitif, l'élément principal delà maladie, et que la paralysie, au contraire, n'est que l'élément secondaire ou consécutif.
Nous signalerons, avant de terminer ce qui est relatif aux modifications qui surviennent dans les muscles ou les membres paralysés, les deux changements suivants qui ne surviennent guère que dans les paralysies anciennes, complètes et avancées, et peuvent être considérées comme des phénomènes ultimes, quelquefois isolés et fndépendants l'un de l'autre ; on voit, dans d'autres cas, le deuxième succéder au premier :
Le premier changement consiste dans l'amaigrissement du membre, la disparition du tissu graisseux intermusculaire. N'est-ce pas un fait remarquable que de voir ce tissu graisseux disparaître ainsi, lorsque la fibre musculaire ellemême s'infiltre d'éléments graisseux ?
Le second changement consiste dans l'infiltration séreuse des membres ou des parties paralysés. Cette modification, ainsi que je viens de le dire, est un des phénomènes ultimes des paralysies. Elle peut se combiner avec la précédente ou même lui succéder.
W Propriétés du tissu musculaire paralysé. — A l'instant 011 la paralysie vient de se produire ou à une époque peu éloignée de son début. Le premier changement que l'on constate dans un muscle paralysé est l'abolition de la contraction musculaire volontaire ou sa simple diminution. Nous avons vu, en effet, qu'il y avait des paralysies incomplètes et des paralysies complètes.
1/2 Ari'LîC'iTIONS DIO L'iiLECTllIClTÉ.
Le muscle sain, soumis à !'actioiî d'un courant éleclrique, jouit de la propriclé de se contracter avec une énergie proportionnelle à l'intensité du courant, à sa nature età son mode d'action. C'est ce qu'on a appelé la contractilité électrique des muscles ou plutôt la contractilité électro-musculaire.
Cettepropriété, connue depuis longtemps, a surtout été bien étudiée dans les paralysies par Marshall-Hall. Il a contribué à démontrer d'une manière positive que dans les paralysies la contractilité électro-musculaire pouvait être complètement isolée de la contraction musculaire volontaire, et que cette dernière, par exemple, étant complètement abolie, la première pouvait tantôt être conservée intacte, tantôt être simplement diminuée, tantôt abolie complètement. Or, nous verrons plus loin, en étudiant les diverses espèces de paralysies, que ces conservations, ces diminutions ou ces abolitions delacontractiiitéélectro-musculairesontsouniisesà certaines lois et varient avec ces différentes espèces. Nous ne pouvons qu'établir ici le fait général de l'isolement des deux contractilités, en faisant observer toutefois que cet isolement n'est pas sans influence sur les indications ou les contre-indications de l'application d'un traitement électrique.
Dans un muscle paralysé, on peut constater la conservation ou l'abolition de l'une des trois propriétés suivantes, qui peuvent chacune s'isoler complètement, soit de la perle de la contractilité volontaire, soit de la perte de la contractilité électrique. Ces trois propriétés sont les suivantes :
a. La sensibihté musculaire profonde, c'est-à-dire propre du tissu musculaire , dont l'abolition constitue l'anesthésie profonde, et l'augmentation, la douleur ou l'hyperesthésie profonde;
h. La sensibilité spéciale à la douleur dont l'abolition constitue l'analgésie profonde ;
c. Lesensd'activilè musculaire dont nous ferons plusloin une étude spéciale considérée sous le point de vue de l'électricité.
DîiS PARALYSIES. . 173
5° Lésions concomitantes qui peuvent être observées dans la marche des paralysies. — Sans être bien connues, elles ne sont pas non plus très rares, je nae bornerai à une simple énumération. On peut observer dans le muscle paralysé les troubles nerveux suivants :
Les convulsions,
Lacontracture,
L'hyperesthésie cutanée,
Ij'anesthésie cutanée,
L'analgésie cutanée.
Tels sont les caractères généraux an symptôme complexe appelé 'paralysie musculaire. Examinons maintenant les maladies nombreuses dans lesquelles il se montre.
§ 2. — PATHOGÉÎNIE ET CARACTÈRES DIAGNOSTIQUES DES DIVERSES ESPÈCES DE PARALYSIES.
Les paralysies peuvent être divisées sous le point de vue de leur pathogénie en quatre grandes classes qui sont les suivantes :
A. Paralysies symptomatiques d'une lésion matérielle du cerveau, de la moelle épinière ou des nerfs;
B. Paralysies symptomatiques d'une lésion organique placée en dehors du cerveau et de la moelle ;