‹ Traité des applications de l'électricitéChapitre 27 sur 61 · PARALYSIES DE LA VESSIE · texte numérisé non relu

PARALYSIES DE LA VESSIE

Les paralysies de la vessie sont-elles toujours de même nature et peuvent-elles être traitées par la même méthode ?

M. Duchenne admet trois espèces de paralysies de la vessie qui, suivant lui, reconnaissent les causes suivantes : 1° la paralysie des muscles de l'abdomen ; 2° la paralysie de la tunique muscaleuse de la vessie ; â" l'anesthésie de la muqueuse vésicale, anesthésie qui s'oppose à la sensation du besoin d'uriner, et par conséquent oblige l'urine à s'accumuler dans la vessie.

i° Dysurie par paralysie des muscles de l'abdomen.

La dysurie peut, d'après M. Duchenne, être produite par la paralysie des muscles de l'abdomen. C'est ce qui aurait lieu dans certaines paraplégies. Il admet comme preuve la force du jet de l'urine quand on introduit une sonde dans la vessie.

Ce médecin conseille d'électriser les muscles abdominaux pour rendre l'émission des urines facile.

282 APPLICATIONS DK L'ÉLlîCTRlCiTÉ.

Je suis très peu disposé à admettre cette cause de rétention d'urine, et cela pour plusieurs raisons. D'abord la paralysie des muscles abdominaux est très rare. Ensuite, lorsque cette paralysie existe, comme elle est due à une maladie de la moelle, il n'est pas probable que quelques séances d'électricité puissent rendre à ces muscles le degré de contractililé nécessaire pour exercer énergiquement leurs fonctions. Nous avons surabondamment démontré que les choses ne se passent pas ainsi dans les paralysies symptomatiques des maladies de la moelle.

Ensuite, et cette raison-là a peut-être plus de valeur que toutes les autres, en admettant la réalité de cette paralysie, cette dernière ne s'opposerait pas à l'émission des urines, car d'un côté le diaphragme pourrait remplacer les muscles abdominaux pour évacuer les urines contenues dans la vessie, et d'un autre côté les plans musculaires de la vessie dans cette supposition sont intacts.

M. Duchenne dit avoir observé également la rétention d'urine dans des cas de paralysie du diaphragme, mais il reconnaît qu'elle est beaucoup moins prononcée que dans le cas précédent.

2° Paralysie de la lunique rausculeuse du corps de la vessie.

Il est incontestable, d'après tous les auteurs, que cette paralysie amène la rétention d'urine. M. Duchenne emploie plusieurs procédés pour la combattre : tantôt c'est une sonde d'argent libre à son extrémité et isolée de la muqueuse de l'urèthre par une sonde de caoutchouc qu'il introduit dans la vessie, tandis qu'il applique le deuxième excitateur (excitateur rectal ) dans la partie de l'intestin correspondant au bas-fond de la vessie.

D'autres fois il n'agit que sur la vessie. Il emploie, à cet effet, un excitateur vésical composé de deux conducteurs iso-

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lés dans une sonde de caoutchouc à double courant, qui permet de concentrer l'action des deux pôles du courant d'induction dans chacun des points de la paroi vésicale.

Enfin il indique un troisième procédé destiné à être employé quand on ne peut introduire une sonde dans la vessie. Il consiste à placer un excitateur dans le rectum, tandis qu'on promène un deuxième excitateur humide sur la région hypogastrique.

M. Duchenne a-t-il obtenu beaucoup de guérisons de paralysie de la vessie? Il ne le dit pas, et nous aurions désiré la publication de quelques faits particuliers.

A l'époque de la publication de la première édition de cet ouvrage, j'avais déjà expérimenté dans plusieurs cas les courants électriques pour combattre des rétentions d'urine. Ces expériences avaient été faites pour des cas de paralysies de la vessie, développées sous l'influence d'une maladie de la moelle. Or, en pareil cas, l'insuccès est très probable, sinon certain. 11 est un fait qu'on ne saurait méconnaître, c'est que, dans la grande majorité des cas, la paralysie de la tunique rausculeuse de la vessie est sous l'influence de lésions matérielles de la vessie, de l'urèthre ou de la prostate. En dehors de ces cas, les paralysies dont il s'agit sont extrêmement rares. Il est évident, d'après cela, que le traitement électrique n'a presque aucune chance de succès, et est sans avenir pour tenter même une pareille expérimentation ; il faut donc s'assurer d'abord de l'intégrité absolue de la vessie et de ses annexes.

Nous avons été un peu plus favorisé dans la forme suivante.

3" Rétention d'urine par anesthésie de la vessie. .

L'anesthésie de la vessie peut, selon M. Duchenne, exister indépendamment de la paralysie de la tunique musculeuse de cet organe. Les sujets qui en sppt atteints ne sentant

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point le besoin d'uriner, laissent distendre outre mesure leur vessie et ne sont avertis de sa plénitude que lorsque l'urine en sort par regorgement; il pense de plus que cette distension de la vessie peut occasionner à la longue la formation de replis valvulaires qui obstruent l'orifice du col de la vessie et s'opposent au passage de l'urine.

Il indique comme moyen de guérison l'excitation électrique de la paroi interne de la vessie.

Il y a quelques objections à faire à cette manière de procéder. D'abord si cette anesthésie existe, c'est dans les cas de fièvres graves, de fièvre typhoïde adynamique, dans certaines maladies également typhoïdes des vieillards. Or, l'excitation électrique est parfaitement inutile ici, car tous ces cas sont sous l'influence d'une cause plus générale qui, agissant d'une manière constante, s'opposerait à la guérion. Il est beaucoup plus simple de sonder, d'autant plus que ces affections ne sont jamais extrêmement longues et que, lorsque les malades sont dans cet état, la guérison ou la mort ne se fait pas attendre très longtemps.

Quant aux anesthésies essentielles, elles sont rares, si elles existent; le fait rapporté longuement par M. Duchenne ne m'a pas semblé concluant, et on ne peut le regarder surtout comme un cas de guérison.

J'admettrai toutefois que si l'anesthésie essentielle de la vessie existe, on peut essayer, avec quelques chances de succès, l'électrisalion de la paroi interne de la vessie.

Peut-on ranger dans cette troisième catégorie le fait suivant qui a été recueilli dans mon service par un de mes élèves, M. Chalvet, et un autre que j'ai recueilli tout récemment? C'est ce qu'il m'est difficile de dire. Quoi qu'il en soit, ces deux cas me semblent présenter un tel intérêt que je les rapporte ici textuellement.

Nous reproduisons ici l'observation publiée par M. Chalvet dans la Gazette des hôpitaux du 11 août 1857, où il rend

comple de la guérison rapide d'une rétention d'arine obtenue par l'électricité :

Mademoiselle Z. D..., âgée de vingt-trois ans, d'une belle et bonne constitution, d'un tempérament lymphatique, quoique d'un caractère très impressionnable, est entrée à l'hôpital le 25 mai, salle Sainte-Geneviève, n° il, pour se faire guérir d'une rétention d'urine remontant à dix-sept mois, et survenue au milieu d'antécédents que nous croyons devoir signaler. Du côté des parents, notons la mort de la mère, qui succomba, jeune encore, à une méningite cérébrale. Vers l'âge de dix ans, la malade a été sujette à des convulsions cloniques, bornées aux membres du côté gauche : à quinze ans elle eut la fièvre typhoïde et ne fut régléeque trois ans après. La menstruation s'est montrée assez régulière jusqu'au début de la maladie actuelle.

Elevée parmi les sœurs d'un hospice de province, elle a mené jusqu'à vingt et un ans une vie paisible et sédentaire, s'occupant de travaux d'aiguille. A cette époque elle entra en condition dans une maison bourgeoise, et après quinze mois d'un travail plus pénible que celui qu'elle avait l'habitude de faire, elle fut prise de gastralgie avec infiltration des jambes. Rentrée à l'infirmerie de l'hospice de Gournay (Seine-Inférieure) le 25 janvier 1856, M. Debui, médecin de l'établissement, qui a eu l'obligeance de nous renseigner sur la malade, pensa d'abord que le repos et quelques soins suffiraient pour la rappeler à la santé. En eflet, huit jours après, l'infiltration avait disparu, et la malade se disposait à reprendre ses travaux quand survinrent, tout à coup, sans autre cause appréciable qu'un retard dans la menstruation, des vomissements très opiniâtres, avec rejet de matières alimentaires et bilieuses. A ces désordres se joignirent quelques troubles hystériques.

Trois semaines plus tard, constipation suivie bientôt de rétention d'urine, amaigrissement notable.

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Le 5 mars, au moment où Tune des sœurs prisait devant son lit, elle éprouva une envie irrésistible de manger du tabac. Après la satisfaction de cet étrange désir par une première prise, la sœur crut devoir résister aux demandes réitérées de la malade avant d'avoir pris l'avis du médecin, qui s'opposa formellement à ce que Ton satisfît cette dangereuse dépravation du goût. Voyant que toutes les précautions étaient prises, mademoiselle Z... fit effort sur elle-même pour ne plus parler de son envie ; mais aussitôt que l'on cessa d'exercer une surveillance spéciale, elle se procura la valeur de quarante-cinq centimes (56 grammes) de tabac râpé, et en mangea de suite trois cuillerées à bouche. Le premier jour tout se passa le mieux du monde, sans doute, parce que la fréquence des vomissements débarrassait suffisamment l'estomac d'une substance dont 22 grammes ont suffi pour faire périr un chien détaille moyenne.

On connaît aussi l'histoire d'un soldat chez lequel la déglutition d'une chique détermina une gastro entérite des plus intenses.

Le lendemain elle en prit encore une dose de 36 grammes : alors les vomissements ordinaires se changèrent en une abondante hématémèse qui devait résister un an à toutes sortes de médications. Elle n'éprouva aucun autre accident du côté des voies digeslives, aucun trouble nerveux ; l'action du poison fut entièrement locale. On pourrait croire que cette sanglante leçon la guéiitde son étrange jo/ca; il n'en fut rien cependant. Elle fut assez ingénieuse pour persuader au médecin qu'elle n'avait rien mangé que la prise dont on connaissait l'histoire, et pendant que l'on s'efforçait de combattre par des soins appropriés cette ulcération accidentelle de l'estomac, que le défaut de renseignements pouvait faire prendre au début pour une hématémèse supplémentaire, à cause des conditions physiologiques dans lesquelles se trouvait la malade, celle-ci associait secrètement au tabac l'usage

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du poivre et de la poudre de café. Aussi les médications les plus fidèles en pareil cas restaient sansefïet. Quarante-deux lavements , dont quelques-uns à forle dose purgative , n'avaient pu triompher de la constipation. De plus, une in^ concevable timidité l'empêchait de faire connaître l'état de sa vessie. 11 ne fallut rien moins que les troubles d'une distension excessive pour la contraindre à solliciter le cathétérisme, qui fut dès lors régulièrement pratiqué.

Les choses en étaient au même point, lorsque le 16 juillet 1856, elle eut recours à un empirique qui lui fit prendre, à l'insu du médecin de l'hospice, un breuvage d'une composition inconnue. Trois quarts d'heure après la déglutition du remède, il se déclara une forte diarrhée avec vomissements. Fier de ce prétendu succès, l'empirique attaqua de suite Taménorrhéeetla rétention d'urine par une longue série d'emménagogues. Cette médication fut courageusement suivie durant un mois, mais sans aucun avantage. L'insuccès de cette concurrence occulte fit qu'on revint pour quelques jours au médecin de l'établissement.

Dans une autre circonstance quelqu'un lui conseilla de renoncera la sonde et d'attendre qu'une forte accumulation d'urine forçât la résistance et rétablît la fonction physiologique. Elle tenta encore ce moyen et résista jusqu'à ce que des douleurs profondes et compressives, jointes à un malaise général, la forcèrent à renoncer à ce nouveau genre de traitement.

Au commencement de l'année 1857, les troubles nerveux s'aggravèrent. Effrayée par la sensation de la boule hystérique, elle ne négligea rien pour se faire ouvrir la veine le plus souvent possible. C'est dans le cours de ces saignées qu'elle fut frappée d'une amaurose qui ne dura que seize jours. Ce dernier accident fut encore combattu par des émissions sanguines. Avec le retour de la vision, les vomissements cessèrent pour ne plus reparaître (avril), mais la constipa-

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tion, la rétention d'urine, l'aménorrhée, n'étaient pas modifiées. Elle se décida enfin à venir à l'hôpital.

Voici ce qui fut constaté à la visite du 26 mai, lendemain de son entrée : un peu de céphalalgie, et parfois quelques palpitations; constipation habituelle; néanmoins le ventre est souple, normalement distendu; l'appétit diminué; le pouls ne présente rien de particulier. On perçoit au premier temps du cœur un bruit de souffle très doux, se propageant dans les carotides d'une manière continue. La peau est blanche, décolorée, excepté sur les joues, qui ont conservé un reste de fraîcheur. Faiblesse générale, leucorrhée essentielle légère.

Comme il est dans les habitudes du service d'examiner les urines de tous les nouveaux malades, il ne lui fut pas possible de cacher longtemps sa maladie, qu'elle n'avoua pas néanmoins à la première visite. Après cet aveu, l'examen local nous permit de constater ce qui suit : la vessie, abandonnée à elle-même, ne chassait que faiblement l'urine par la sonde ; pour avoir un jet un peu considérable, il fallait inviter la malade à pousser, ou bien comprimer méthodiquement les parois abdominales. Quelquefois le liquide cessait de couler, quoique l'oi'gane ne fût pas entièrement vidé ; pour rétablir l'écoulement, il suffisait de changer de place le bec de la sonde oude commander à la malade des efforts de défécation. Un examen superficiel aurait pu faire croire à l'existence de cellules vésicales ; les antécédents, du reste, tendaient à légitimer cette croyance. Mais , ainsi que le fait remarquer M. Civiale, de semblables phénomènes peuvent se produire dans les cas de simple paralysie des parois cystiques. Afin d'éclairer ce point de diagnostic, on injecta à plusieurs reprises dans l'organe une quantité d'eau déterminée, qu'il fut toujours facile de retirer complètement par la sonde, dans quelque position que se plaçât la malade.

i.es explorations qui précèdent permirent d'afTii'mor qu'on avait affaire à une sorte de commotion ou de stupeur

vésicale par compression excentrique du liquide urinaire trop abondamnient accuniulé à la suite d'une paralysie hystérique. Comme les antécédents prouvaient que la constipation et la rétention d'urine étaient antérieures à l'époque où la malade se prit à manger du tabac, on ne pouvait invoquer l'action de la nicotine sur la fibre musculaire, quoique les expéi'iences de M. C. Bernard rendissent cette hypothèse trèsséduisanle. Les parois abdominales se contractaient normalement; l'affection se trouvait localisée aux parois de la vessie, il s'agissait de leur rendre la sensibilité et les contractions.

L'indication des toniques était expresse : le vin de kina, les pilules de tartratede fer et dépotasse, les douches froides, furent administrés d'abord.

Le 9 juin, la malade eut une légère récidive d'hématémèse. — Suppression du traitement primitif; prescription du régime opiacé et lacté.

Cet incident ne se renouvela plus.

Le 13, M. Becquerel conseilla l'électrisation vésicale avec l'appareil de MM. Breton frères. Cette première séance fut pratiquée à l'aide d'une sonde de trousse introduite dans l'urèthre et continue au pôle négatif; tandis que le pôle positif, armé d'une éponge imbibée, était successivement appliqué à l'hypogastre, à la partie interne des cuisses, etc. Une heure après, la malade eut un léger écoulement menstruel, et vers le soir quelques troubles nerveux généraux. Ayant remarqué plusieurs inconvénients dans ce procédé opératoire, nous avons fait usage par la suite de la sonde isolée de M. Duchenne.

Le 19, reprise des douches froides, concurremment avec l'électrisation, et le vin de kina.

Le 2-2, sensibilité plus grande à l'action électrique.

Idem, les jours suivants.

Le 26, à la suite d'une vigoureuse application, le besoin d'uriner se fit sentir ; par ce retour de la sensibilité du col,

290 APPLICATIONS DE l'i^LEGTRICITE.

nous avons pu prédire une prochaine guérison. En effet, dans la nuit du 26 au 27, la malade parvint, après plusieurs tentatives, à expulser une petite quantité d'urine.

Même résultat la nuit du 27 au 28 ; mais à partir de ce jour jusqu'au 3 juillet, bien qu'elle eût la conscience de l'état de réplétion de la vessie, il lui fut impossible de rendre une seule goutte de liquide. La malade commençait à perdre l'espoir qu'elle avait conçu un instant, lorsque l'on s'empressa de prolonger la séance et d'électriser la vessie sur tous les points. Ce même jour, Vurination se rétablit pour ne plus cesser, et le surlendemain (5 juillet) les règles apparurent avec leur abondance ordinaire.

On suspendit alors tout traitement spécial.

La malade quitta l'hôpital le 11, ne conservant de son état primitif qu'une chloro-anémie intense.

La guérison ne s'est pas démentie.

Une question se présente ici d'elle-même. Est-ce à l'hydrothérapie ou à l'action des courants qu'il faut attribuer la plus grande part du succès? Si l'on réfléchit à la manière dont a été établi le diagnostic et aux incidents survenus dans le traitement, on restera convaincu que le cas présent était surtout de nature à être traité par l'électricité. Du reste, nous avons pu suivre de l'œil, en quelque sorte, les effets de ce fluide.

L'action curative devait ici être portée sur l'organe même; pour cela il n'y avait que deux moyens : l'électrisation et les injections, surtout sous forme de douches froides ascendantes, avec la sonde à double courant. La première de ces méthodes ayant réussi, on n'a pas eu besoin de recourir à la seconde, dans laquelle M. Becquerel a la plus grande confiance.

Quant à l'action adjuvante, destinée à modifier l'état général, en s'adressant à l'eau froide, le choix ne pouvait être plus heureux. Nous pensons même que ce système de traitement eût pu amener seul la guérison, mais avec plus de len-

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teur ; tandis que ses effets eussent été des plus prompts si nous n'avions eu qu'à traiter une simple faiblesse des muscles abdominaux ou un état nerveux. Or, comme dans la pratique cette devise, agir vite et sûrement, ne doit jamais être négligée, M. Becquerel a cru devoir combiner les deux méthodes dans ce cas-ci.

Qu'il nous soit permis de dire, à cette occasion, que les conducteurs généralement employés oîit souvent le défaut de faire passer le courant par toute autre région que la région affectée. Ainsi, nous avons peine à croire, d'après ce que nous avons été à même de voir, que deux sondes non isolées introduites l'une dans l'urèlhre, l'autre dans le vagin, puissent former par la vessie un courant d'une intensité suffisante. Nous croyons, au contraire, avoir constaté qu'à tout moment le fluide se reconstitue sur le bulbe uréthral par l'intermédiaire de la muqueuse. Or, c'est là la cause de ces sensations de brûlure accusées par les malades, qui repoussent comme insupportable ce moyen thérapeutique; tandis qu'il est facile de le rendre presque indolent en n'électrisant que le réservoir urinaire, peu sensible, à part le col.

C'est dans le but de remplir quelques-unes de ces indications trop négligées, que nous avons prié M. Gharrière fils de nous construire une espèce de sonde droite à 'ua/ve, propre à introduire dans la vessie deux petits conducteurs isolés, portant chacun une boulette d'épongé étranglée da.iis un fil. Nous attribuons à ces conducteurs les avantages suivants :

1° D'électriser intus toutes les parties de l'organe ;

2° De produire moins d'irritation que les olives métalliques sur la muqueuse vésicale ;

3° De prévenir les phénomènes généraux consécutifs à l'action des courants qui traversent un certain nombre de couches organiques, par la facilité de tenir les excitateurs aussi rapprochés que possible l'un de l'autre (Duchenne) ;

l\° De satisfaire à cette importante condition, qui veut,

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« pour qu'un organe soit excité, non -seulement que le fluide » électrique le traverse, mais que sa rccoraposilion s'opère dans » son tissu. » (Duchenne.)

Voici maintenant la seconde observation , très curieuse également, et dont je ne donne ici que le résumé.

Mademoiselle ***, âgée de vingt-deux ans, exerçant la profession de lingère, est entrée à l'hôpital de la Pitié le 15 septembre où je l'ai trouvée le l^' octobre 1859, jour où j'ai repris mon service. Cette jeune fille nous présentait l'état suivant :

Elle est grande, assez bien constituée et forte, cependant son teint et sa peau sont d'une couleur blanche mate. Elle se plaint d'une faiblesse générale qui ne l'empêche pas, cependant, de se lever dans la journée.

Il n'existe aucun accident du côté de la tête', et elle accuse, de temps en temps, quelques traces de céphalalgie et d'étourdissements. Le cœur est le siège d'un bruit de souffle doux au premier temps qui se prolonge d'une manière intermittente dans les deux carotides ; la langue est pâle, humide. La soif un peu augmentée de ce qu'elle est habituellement. La faim est peu vive et souvent nulle. Tous les aliments introduits dans l'estomac sont rejetés au bout d'une ou deux heures; elle n'en garde aucun complètement. A plusieurs reprises elle a eu des hémalémèses, constituées tantôt par un sang noir grumeleux, tantôt par un liquide noirâtre sans caillots. Quelquefois les vomissements sont simplement muqueux et ne contiennent aucune trace de sang. L'introduction des aliments cause de la douleur dans l'estomac. La région épigastrique est un peu ballonnée et distendue, on y constate facilement l'existence de gaz. 11 y a de la sensibilité à la pression. Il existe une constipation opiniâtre , qu'on ne peut vaincre qu'avec de fréquents lavements purgatifs. Aucune tumeur n'existe dans l'abdomen qui ne présente qu'un peu de ballonnement,

Les urines sont rares, elle n'éprouve jamais le besoin d'uriner et n'urine pas spontanément. On est obligé de la sonder tous les jours deux fois, une fois le matin, une fois le soir, et elle peut parfaitement attendre les applications suivantes de la sonde. Les urines ne contiennent rien d'anormal. Il existe, en un mot, une rétention pure' et simple sans douleurs.

L'examen de cette malade, fait avec soin, nous permet, en conséquence, d'établir le diagnostic suivant : Ulcère chronique simple de l'estomac, avec anémie consécutive aux hématémèses antérieures, enfin rétention cVurine sans maladie des voies urinaires.

Cette jeune fille fut traitée, pendant un mois, par l'administration journalière de quatre rations de lait de chèvre , précédé , par chaque tasse , d'une pilule d'un centigramme d'extrait thébaïque, et par l'application de plusieurs vésicatoires sur l'épigastre.

Ce mois de traitement, continué avec exactitude, avec l'opium et le lait, la guérit complètement de son ulcère chronique, et permit de lui donner d'autre nourriture sans qu'il en résultât d'accidents. Une fois guérie, la rétention d'urine durait toujours aussi complète, aussi indolente, et il était toujours nécessaire de la sonder deux fois par jour. Je songeai alors à employer les courants électriques pour combattre cette paralysie vésicale que je regardais comme tout à fait nerveuse. On introduisit dans la vessie une sonde d'argent, munie de caoutchouc au milieu, et laissant les deux extrémités à l'état métallique. L'un des pôles, je préférai le pôle positif , fut placé à demeure sur l'hypogastre ; le deuxième réophore, muni d'une éponge, était mis en communication intermittente avec l'autre pôle, c'est-à-dire le pôle négatif.

Pour la guérir complètement nous n'eûmes besoin que de quatre séances, de cinq minutes chacune, données avec un

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appareil de Gailfe , grand modèle, à la moitié de sa force, les intermittences étant modérées. Elle resta encore huit jours à l'hôpital et aucune trace de rétention ne reparut. Elle sortit donc complètement rétablie.

J'emprunte à M. Althaus quelques cas de guérison de paralysies de la vessie, développées en dehors de l'influence des maladies du cerveau ou de la moelle épinière. Il s'agit des paralysies de la vessie s'étant produites lentement et sans cause apparente. Dans Graves'' clinical medicine il est rapporté un cas d'un malade âgé de soixante et dix ans, chez lequel l'application de l'électricité a été couronnée de succès. Les docteurs Goodwin et Radfert ont guéri, par une application de galvanisme, un cas de paralysie de la vessie chez une femme après mal d'enfant. Le docteur Fraser a rapporté un cas qui avait été causé par une excessive distension des fibres musculaires de la vessie, il avait pour cause une rétention d'urines provenant d'expositions au froid et à l'humidité, chez un malade âgé de soixante ans. Dans ce cas l'électricité a produit des effets favorables, après l'insuccès de l'ergot de seigle et des autres modes de traitement. Le docteur Russel Reynolds a traité aussi avec succès, par les courants d'induction, un cas de paralysie de la vessie.

Pour ce qui concerne le mode d'application, dit Althaus, on peut, ou bien localiser le traitement électrique dans le tissu musculaire de la vessie par l'introduction d'une double sonde, ou bien introduire un cathéter dans la vessie et fermer le circuit en plaçant un autre cathéter en communication avec l'un des pôles dans le rectum, ou en plaçant un excitateur mouillé sur la moelle épinière.

Je résumerai cette dissertation, déjà bien longue, sur la paralysie de la vessie, par la conclusion suivante :

Toutes les fois que la rétention d'urine n'est sous la dépendance ni d'une maladie du cerveau ou de la moelle, ni

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d'une lésion matérielle appréciable de la vessie, de Turèthre ou de leurs annexes, on peut employer, avec des chances de succès, les courants d'induction pour rétablir les fonctions de cet organe. La méthode à préférer est de faire usage d'une sonde métallique recouverte de caoutchouc dans sa partie moyenne placée dans l'urèthre et d'une éponge humide sur l'hypogastre.

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