TRAITEMENT DES PARALYSIES PAR L'ÉLECTRICITÉ
C0NSIDÉRA.T10NS GÉNÉRALES.
Avant d'exposer l'histoire du traitement électrique des différentes paralysies, il est un certain nombre de questions générales de la solution desquelles on peut faire dépendre ce traitement. Ce sont les suivantes :
1° Quelles indications fournit au traitement des paralysies la conservation ou l'abolition de la contractilité électro-musculaire dans les muscles qui en sont atteints ?
2° Quelle influence peut exercer sur le traitement des paralysies l'existence ou l'absence de lésions matérielles^ d'intoxications ou de maladies générales ?
222 APPLICATIONS DE L'ÉLECTIUCITÉ.
3° Quelle est la conséquence de l'ancienneté de la maladie?
Ces questions ne sont pas abordées pour la première fois, Althaus, dans son Traité d'électricité médicale^ a établi plusieurs propositions qu'il est bon de rapporter ici, car elles contiennent beaucoup de vérités et quelques points contestables.
Ces propositions sont surtout relatives au mode d'action que peut exercer le traitement électrique pour guérir les paralysies.
1° L'action galvanique peut déterminer une perturbation dans l'équilibre moléculaire des nerfs moteurs et des muscles de manière à produire l'état dans lequel ils sont doués d'une action physiologique. Cette particularité, si elle est judicieusement produite, peut ne causer aucun mal, mais elle peut, d'un autre côté, tendre à rétablir ou à améliorer la vitalité des nerfs moteurs et des muscles lorsqu'elle est perdue ou affaiblie.
D'après l'auteur, du reste, comme pour les autres médecins, il existe deux sortes d'affections paralytiques. Les unes dans lesquelles la contractilitéélectro-m Lisculaire est conservée intacte, les autres dans lesquelles elle est diminuée ou abolie et résiste à l'action physiologique des courants électriques. Eh bien, suivant lui, on peut obtenir des guérisons aussi bien dans l'une que dans l'autre de ces classes de paralysies, de même qu'on peut échouer.
Ces faits sont vrais, mais l'auteur n'en donne pas l'explication.
2° L'action stimulante du galvanisme détermine dans les muscles la contraction et l'expansion alternatives qui lui sont nécessaires et dont l'absence exerce généralement avec rapidité une action défavorable d'une nature grave sur la nutrition des muscles.
Cette proposition est généralement admise. Elle explique
dans certains cas l'action des courants électriques sur les muscles paralysés.
3° L'action stimulante du galvanisme en produisant la contraction des muscles et en accélérant ainsi les changements chimiques qui se produisent dans le tissu musculaire, c'est-à-dire l'oxydation de ce tissu, y détermine une affluence plus abondante de sang artériel qui est rendue évidente par l'accroissement de la chaleur et du volume des parties galvanisées, ce qui accroît peu à peu la résistance des muscles.
En résumé, dit en terminant l'auteur, le galvanisme agit dans les paralysies en restituant aux molécules des nerfs et des muscles la motilité qu'elles ont perdue et en produisant une contraction des muscles paralysés qui y détermine une affluence plus considérable de sang artériel.
Ces propositions du médecin anglais ne donnent que des explications hypothétiques. Nous devons aller beaucoup plus loin, c'est ce que je vais essayer de faire.
Influence de la conservation ou de Vabolition de la contractilité électro-musculaire. — Ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, les paralysies considérées sous ce rapport sont de trois espèces.
Dans les unes, la contractilité électro-musculaire des muscles paralysés est conservée intacte, malgré l'abolition complète de la contractilité volontaire.
Dans les autres, la contractilité électrique musculaire est diminuée seulement d'une manière plus ou moins notable, malgré l'abolition complète ou incomplète de la contractilité volontaire.
La contractilité électro-musculaire est anéantie complètement en même temps qu'il y a diminution ou abolition de la contractilité volontaire.
La question qui se présente est celle de savoir quelle peut être l'influence de cette contractilité électro-musculaire qu'on excite artificiellement pour rappeler la contractilité
volontaire. La question est beaucoup moins bien résolue qu'on ne le pense. D'après les faits pathologiques sur lesquels nous nous appuyons, et ils sont nombreux, la contractilité électrique des muscles et la contractilité spontanée semblent conserver une indépendance complète, cette dernière étant diminuée ou abolie, et l'autre pouvant être bien diminuée, abolie ou conservée. Or , en pareille circonstance, comment peut-on se rendre compte de l'influence d'une contractilité électrique qu'on produit ou qu'on répète à volonté un certain nombre de fois? Le rétablissement de la contractilité spontanée est-il encore possible? La plupart des médecins pensent qu'il en est ainsi, et que, lorsque la contractilité spontanée est diminuée ou anéantie et la contractilité électro-musculaire conservée, il suffit de reproduire, de renouveler cette dernière pour que les excitations répétées finissent par exercer une influence favorable sur la contractilité volontaire et finissent par la rétablir.
Voilà l'opinion à peu près généralement admise, mais elle est loin d'être démontrée. J'avoue que je conserve les plus grands doutes à cet égard ; il n'est nullement démontré pour moi que dans un muscle oii la contractilité volontaire est abolie, l'excitation électrique répétée puisse ramener la contractilité volontaire. Elle tient à des causes d'un autre ordre que la structure musculaire.
Pour donner un conseil dans le traitement des paralysies, dans le cas où la contractilité électro-musculaire est. conservée, il faudra se baser sur d'autres considérations.
Cause de la paralysie. — Dans les cas où les paralysies sont les symptômes d'une lésion matérielle du cerveau, de la moelle ou de leurs enveloppes, l'indication du traitement électrique est subordonnée à des considérations importantes. Lorsque la lésion est récente, telle qu'une hémorrhagie, un ramollissement, siégeant soit dans le cerveau, soit dansja moelle, tout emploi de l'électricité est non-seulement inutile,
mais nuisible ; inutile , parce que la paralysie est sous la dépendance d'une lésion qui domine la scène ; nuisible, parce qu'on doit craindre en pareil cas que l'emploi des courants électriques par la stimulation générale du système nerveux qu'ils produisent, n'augmente la lésion matérielle ou ne la fasse récidiver si elle était arrêtée.
Lorsque la lésion matérielle est un peu plus ancienne et remonte à un, deux ou même trois mois, l'emploi des courants électriques me semble encore formellement contreindiqué. Sans doute, ils sont moins dangereux que dans le cas précédent, mais ils sont toujours inutiles, et la lésion est encore trop récente et trop loin d'une cicatrisation possible pour qu'on puisse espérer quelque succès. Peut-elle être nuisible? Moins nuisible certainement que dans le cas précédent, mais on l'a vue cependant ramener des hémorrhagies, des ramollissements, et en traitant spécialement de l'application de l'électricité à ces dernières maladies, j'en rapporterai des exemples.
Enfin, quand la lésion matérielle est ancienne, quand les accidents remontent à peu près à six mois, c'est alors qu'on peut employer des courants électriques. Ils peuvent avoir quelque utilité et contribuer au retour des mouvements. Sans doute, il est loin d'en être toujours ainsi, et tous les jours on voit les courants électriques appliqués en pareil cas échouer complètement. Mais la difficulté de trouver d'autre médication, la consolation que leur emploi peut donner aux malades contribuent à les faire conseiller en pareille circonstance.
Cependant, on ne peut pas dire qu'ils soient toujours inoffensifs ; ils peuvent encore chez les individus prédisposés aux atfections cérébrales, produire des congestions ou renouveler des hémorrhagies ou des ramollissements. Il faut donc, en pareille circonstance, les conseiller et les employer avec la plus grande circonspection.
Enfin, quand la lésion matérielle est très ancienne, qu'elle
226 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRIGITÉ.
remonte à plusieurs années, peut-on espérer quelque succès, et y a-t-il indication d'employer l'électricité? Je ne le pense pas et voici pourquoi : la lésion est passée à l'état de cicatrisation, et cette cicatrisation est telle qu'elle n'a pas permis le rétablissement spontané des mouvements. 11 est donc peu croyable que la répétition de la contractilité électromusculaire puisse rappeler le mouvement spontané. De plus, les muscles ont perdu l'habitude de se contracter, et ce rappel serait plus difficile que dans les circonstances contraires. Enfin, ce tissu musculaire, dans les paralysies anciennes, est atrophié, quelquefois même il a subi en partie la dégénérescence graisseuse. Or, comment opérer en pareil cas le rétablissement du mouvement volontaire sous l'influence de la contraction électro-musculaire?
Tout ce que je viens de dire est relatif aux maladies du cerveau dans lesquelles, quelque intense que soit la lésion, et quelque complète que soit la paralysie, la contraction électromusculaire est conservée. Mais pour les maladies de la moelle épinière dans lesquelles la diminution ou l'abolilion de la contractilité électro-musculaire est directement proportionnelle à la diminution et à l'abolition de la contraction volontaire, en est-il de même ? Je le pense. A une époque rapprochée du début, il y a danger à employer des- contractions électriques énergiques, parce qu'elles peuvent avoir une influence fâcheuse sur la lésion médullaire. A une époque plus reculée, on obtient bien difficilement le rétablissement . de la contractilité électrique. Ce n'est souvent qu'au bout de plusieurs mois de traitement qu'on y parvient, et encore ce rétablissement n'entraîne-t-il pas toujours un rétablissement analogue et parallèle de la contractilité volontaire ?
Paralysies sans lésion matérielle. — Les paralysies sans lésion matérielle doivent, sous le rapport de l'influence des causes sur le traitement, être divisées en deux sections :
Dans une première catégorie on doit ranger un certain
nombre de ces paralysies dans lesquelles la contractilité électro-musculaire est tantôt conservée, tantôt abolie ou diminuée, et qui n'éprouve jamais d'effets heureux de l'emploi des courants électriques; telles sont :
La paralysie ascendante aiguë ;
La paralysie générale avec ou sans aliénation ;
La paralysie saturnine ancienne et complète ;
La paralysie par suite d'excès vénériens ou de pertes séminales.
Dans une deuxième section on peut ranger les paralysies sans lésion matérielle dans lesquelles le traitement électrique peut être utile et rendre de grands services, sans cependant qu'il puisse jamais assurer d'avance un succès complet ; ce sont les suivantes :
Les paralysies hystériques ;
Les paralysies rhumatismales ;
Les paralysies nerveuses proprement dites ;
Les paralysies par suite de fièvres ;
Les paralysies par suite de déperdition organique ;
Les paralysies par anémie ;
Les paralysies par suite d'intoxication accidentelle.
Ancienneté de la maladie. — Quelle que soit la cause de la paralysie, il est incontestable que l'ancienneté de la maladie doit exercer une grande influence sur le traitement. En effet, lorsque les fibres musculaires des muscles paralysés ont éprouvé une atrophie, ce qui arrive au bout d'un certain temps, variable il est vrai pour chaque espèce, la contractilité électro-musculaire est diminuée et l'action des courants est beaucoup moins énergique et beaucoup moins efficace.
Dans le cas de transformation graisseuse, il en est bien autrement encore : la contractilité électro -musculaire est fortement diminuée ou même anéantie complètement, et l'emploi des courants électriques pour rappeler dans ces muscles la contraction volontaire est tout à fait chimérique.
Avant d'examiner séparément le traitement qu'on doit consacrer aux diverses paralysies considérées d'une manière isolée, il est un certain nombre de questions que nous devons examiner ici. Ces questions sont les suivantes : 1° Sous quelle forme l'électricité doit-elle être appliquée dans les paralysies ? 2° Dans quelle direction doit-on faire passer les courants? 3° intensité des courants ; 4° durée des séances d'application de l'électricité ; 5° nombre de séances.
1° Forme sous laquelle on doit employer Vélectricité dans les paralysies. — M. Dubois Raymond a établi par ses recherches que l'excitation des nerfs moteurs ne dépend pas de la quantité absolue de tension du courant, mais seulement des variations qu'éprouve la tension du courant d'un instant à l'autre, et que la quantité d'excitation produite est proportionnelle à la rapidité avec laquelle ces variations ont lieu. Or, les courants continus ne présentent pas ces conditions, tandis que les courants d'induction les offrent au plus haut point, il en résulte que pour ramener la vitalité des muscles paralysés, il faut avoir recours non à des courants continus, mais à des courants d'induction.
Le docteur Remak (1) a cherché dans un travail récent à relever l'action des courants continus dans le traitement des paralysies. H les regarde comme un remède sûr dans les maladies du cerveau et dans celles de la moelle épinière. Il dit avoir obtenu des guérisons extrêmement remarquables dans un temps très court. Dans un voyage qu'il fit en France, M. Remak fit des expériences publiques dont M. Dechambre rendit compte dans la Gazette hebdomadaire^ et dont j'ai donné plus haut le résultat : il est donc tout à fait inutile d'y revenir ici.
M. Althaus rapporte que le docteur Niemeyer (2), deMagdebourg, a employé les courants continus dans des cas
(1) Galvanotherapie der Nercenund Muskelkrankheiien, Berlin, 1858.
(2) Deutsche Klinik. July, 5 th. 1858,
d'hémiplégie qui paraissaient présenter des conditions très favorables à ce genre de traitement, et qu'il a suivi les indications données par le docteur Remak, mais sans le moindre succès.
2° Direction dans laquelle il faut administrer les courants* — On n'est pas d'accord sur la direction qu'il faut donner au courant d'induction dans le traitement des paralysies.
Les courants nerveux se dirigeant du centre vers les extrémités, on en a conclu qu'il fallait diriger le courant d'induction à travers les nerfs dans la même direction, c'est-à-dire en employant le courant direct. M. Matteucci conseille, au contraire, d'employer le courant inverse dans la paralysie, parce qu'il suppose que les nerfs du membre affecté peuvent être dans un état semblable à celui qui est produit par le passage prolongé et continu d'un courant direct à travers le membre, et comme en administrant un courant inverse au nerf de la patte d'une grenouille, on peut rendre à ce nerf Texcitabilité qui s'y était éteinte par le passage du courant direct, de même M. Matteucci suppose que le courant doit améliorer plus rapidement la paralysie du mouvement s'il est dirigé dans le sens inverse ou centripète à travers les nerfs moteurs qui exercent une action centrifuge, tandis que dans la paralysie de la sensibilité on doit employer le courant centrifuge ou direct, puisque les nerfs du sentiment exercent une action centripète.
M. Althaus, qui discute les idées de Matteucci, ne les croit pas fondées sur l'expérience et les regarde comme sans valeur pratique ; de plus, il fait observer qu'elles ne s'appliquent qu'au courant continu et non au courant d'induction. Voici, du reste, l'opinion du médecin anglais sur le sens du courant : « Une raison plus palpable pour employer le courant » inverse dans le traitement de la; paralysie, est que, dans » certains cas de paralysie , le courant inverse excite 9 dans les muscles des contractions plus fortes que le courant
» direct; cela paraît, par suite, justifier dans ces cas la pré- » férence que l'on accorderait au courant inverse. Quoi » qu'il en soit, il paraît important de changer de temps en » temps la direction du courant, parce que le passage continu » d'un courant toujours dirigé dans la même direction paraît » causer aux nerfs moteurs et aux muscles plus de fatigue » que lorsque la position des pôles est renversée de temps » en temps. ;>
Je suis tout à fait de cet avis et j'établis ici que pour traiter les paralysies , la direction du courant est tout à fait indifférente, et que les contractions sont les mêmes dans l'un et l'autre sens. Je pense que dans une même séance d'application de courants électriques, il est bon de changer de temps en temps la position des pôles.
3° Intensité du courant. — L'intensité ne peut être déterminée d'une manière absolue. Elle varie évidemment pour chaque cas. Elle dépend de la susceptibilité individuelle et du degré de conservation, de diminution ou d'abolition de la contractilité électro-musculaire, de la résistance des muscles à l'excitation électrique. On agira sagement en commençant par des courants légers pour bien constater l'intensité à laquelle il faudra arriver ; on augmentera ensuite progressivement. Il faut toujours arriver à produire des contractions manifestes et d'une certaine intensité des muscles paralysés ; sans cela, non-seulement on emploierait une médication inutile, mais encore quand les courants ne produisent pas d'action stimulante des muscles, il se produit des courants réflexes qui peuvent agir sur le cerveau d'une manière fâcheuse.
!i° Durée des séances d'application d'électricité. — La durée ne peut être déterminée d'avance d'une manière fixe. En général, elle doit être courte; je ne pense pas qu'il faille jamais dépasser la durée de dix minutes.
5" Nombre de séances. — 11 est également impossible de
fixer le nombre des séances. Elles dépendent de l'intensité de la paralysie, c'est-à-dire de son état complet ou incomplet, de son ancienneté, mais surtout de sa cause. Nous en parlerons en nous occupant de chaque paralysie en particulier.
1° Traitement des paralysies symptomatiques de congestion cérébrale.
Les paralysies symptomatiques des congestions cérébrales ne sauraient être traitées par l'électricité. Elles sontde courte durée et disparaissent en général spontanément au bout de quelques jours. Si, comme je l'ai vu, on voulait trop se presser, et au bout de cinq ou six jours employer les courants électriques dans une paralysie de ce genre, non -seulement on ferait une œuvre inutile, mais encore on courrait le risque de perpétuer ou d'augmenter la congestion ou même de la transformer en hémorrhagie.
2» Traitement des paralysies symptomatiques des hémorrhagies cérébrales.
Sous le rapport du traitement, on doit les diviser en trois périodes qui se présentent chacune avec des conditions différentes.
La première période est relative aux hémorrhagies cérébrales récentes, et, sous ce rapport, nous comprenons, par exemple, les trois mois qui suivent une hémorrhagie cérébrale.
Pendant cet espace de temps, les courants électriques ne doivent jamais être employés dans les paralysies. Nonseulement ils constitueraient une médication inutile, mais encore un traitement dangereux ; tous les auteurs sont d'accord à ce sujet. M. Duchenne a cité lui-même plusieurs cas d'hémorrhagies cérébrales rappelées ou renouvelées sous l'influencede l'administration intempestive de l'électricité dans cette période.
232 APPLICATIONS DE l'ÉLECIKICITÉ.
La deuxième 'période est comprise entre trois et six mois : c'est celle pendant laquelle le caillot s'enkyste et est résorbé. Cette période, qui n'est pas exactement limitée à six mois, se termine par la formation d'une cicatrice que vientremplacer le kyste qui a succédé à l'épanchement de sang.
Pendant cette période, l'opinion des médecins relativement au traitement n'est pas aussi bien arrêtée que pour la précédente. Les uns emploient l'électricité, les autres attendent encore. Ces derniers ont raison : d'abord l'amélioration spontanée de la contraction volontaire peut encore se faire sentir, on courrait le risque de la troubler; de plus, on arriverait à attribuer à l'électricité des résultats qui seraient dus au travail de cicatrisation du kyste hémorrhagique du cerveau.
A mon avis, et d'après les observations que j'ai faites, on doit, pour les raisons que je viens de rappeler, s'abstenir pendant cette période d'employer les courants électriques contre les paralysies symptomatiques des hémorrhagies cérébrales. D'abord ils sont complètement inutiles, ensuite je ne les crois pas exempts de dangers, et par les courants réflexes qui, en pareil cas, arrivent toujours au cerveau, on ne peut être certain de ne pas rappeler une nouvelle hémorrhagie.
Dans la troisième période^ alors qu'on peut supposer que la cicatrisation est complètement achevée et que la paralysie est demeurée complètement stationnaire et sans amélioration, faut-il employer les courants électriques ? Ici, les électriseurs sont tous à peu près d'accord. Oui, disent-ils, il faut employer les courants électriques, il faut les employer avec suite pendant longtemps, il faut y insister, y persévérer, les poursuivre même des années. Eh bien,* de très nombreuses observations me permettent de protester énergiquement contre de telles prétentions. J'ai employé et fait employer des courants électriques pendant des mois, des années, pour des paraly-
DliS PARALYSIKS. 233
sies dues à des hémorrhagies cérébrales, et jamais je n'ai vu d'amélioration bien sensible, et qui ne fût arrivée, soit spontanément, soit sous l'influence d'autres moyens beaucoup plus simples et beaucoup moins dangereux.
Je maintiens, en effet, que chez tout individu atteint de paralysie par suite d'hémorrhagie cérébrale, si on vient même une année après àemployer les courants électriques, on n'obtient, dans l'immense majorité des cas, aucune amélioration. Dans quelques-uns, de beaucoup les plus rares, on paraît obtenir de légères améliorations qu'on aurait certainement obtenues avec des frictions, des exercices gymnastiques locaux, de l'hydrothérapie, sans exposer les malades à des inconvénients sérieux. Je maintiens, en effet, que chez des individus qui ont été atteints d'une hémorrhagie cérébrale et qui ont encore une cicatrice dans le cerveau, si on vient à les électriser, on produit avec une extrême facilité des congestions cérébrales qui peuvent devenir sérieuses.
Dans le courant de l'année 1856, j'ai été vivement pressé par trois malades atteints de paralysies symptomatiques d'hémorrhagies qui remontaient à plus d'une année, de les traiter par l'électricité. J'y consentis, non sans quelque hésitation, et, chez les trois malades, nous avons été obligé d'y renoncer. Chez l'un, au bout d'un mois, il prenait par jour deux séances de cinq à six minutes chacune; chez l'autre, après deux mois, il prenait trois séances par semaine de dix minutes chaque ; chez le troisième, il y eut trois mois de séances assez irrégulières. Chez ces trois malades, ce furent des symptômes assez graves de congestion cérébrale qui nous obligèrent à cesser les séances et on n'obtint aucune amélioration sensible.
Si on se décide à les employer, voici la marche à suivre :
1° Les courants doivent être localisés avec le plus grand soin dans les muscles paralysés ;
2° Les courants ne doivent jamais être violents, il est
préférable de prolonger les séances plutôt que de les consacrer à des courants très intenses ;
3° Les séances ne doivent jamais dépasser dix à douze minutes, il est infiniment préférable de répéter très souvent les séances plutôt que de les faire longues et énergiques.
Je dois dire en terminant que si les courants électriques sont si inutiles et si souvent nuisibles aux paralysies suites d'hémorrhagies cérébrales, il y a cependant un petit avantage qu'on ne saurait méconnaître, tout léger qu'il soit. Cet avantage, c'est que les courants en faisant contracter les fibres musculaires, favorisent leur nutrition, y excitent la circulation et empêchent, ou du moins retardent notablement leur atrophie et leur dégénérescence graisseuse.
M. Althaus est encore peut-être plus réservé que moi dans les conseils qu'il donne pour l'emploi de l'électricité dans les paralysies dues à des lésions cérébrales. Sans étudier à part les hémorrhagies, il ne fait qu'une catégorie des paralysies symptomatiques des maladies du cerveau ; il admet que l'existence d'une lésion matérielle qui suit une évolution toute spéciale et qui détruit la pulpe cérébrale, doit produire une paralysie du mouvement contre laquelle nul courant électrique ne pourrait agir. Cette lésion suivant une marche spéciale conduisant à la cicatrisation, une amélioration peut survenir spontanément dans la contraction volontaire qui, même, peut se rétablir, sinon complètement, du moins en partie. Or, en pareil cas, suivant lui, ce ne sont pas les courants électriques qui ramènent le mouvement, mais l'évolution rétro-active de la lésion. Quant à l'emploi des courants électriques, il ne les conseille que quand on est bien sûr de la cicatrisation et un temps assez long après l'apparition des premiers accidents. Encore n'attribue-t-il aux courants que la propriété d'exciter la nutrition des fibres musculaires, de maintenir leur activité et d'empêcher leur atrophie ou leur transformation graisseuse. C'est en agissant ainsi seulement
que les courants électriques favoi:isent le rétablissement spontané du mouvement volontaire, la cicatrisation de la lésion s'opérant.
M. Althaus, sous le rapport du traitement, divise les paralysies symptomatiques de lésions cérébrales en trois catégories, d'après Todd.
Dans la première catégorie, sont les cas dans lesquels les muscles paralysés sont mous, relâchés, immobiles, et dans un état de consomption qui dépend du temps qui s'est écoulé depuis l'attaque de paralysie. Dans ces cas, on voit tantôt la paralysie persister indéfiniment, d'autres fois s'améliorer un peu, quelquefois, mais plus rarement guérir.
Ce n'est que lorsqu'une amélioration a déjà commencé, et cinq à six mois après l'attaque de paralysie, qu'on peut, en pareil cas, employer l'électricité.
Les courants doivent être de médiocre intensité, aussi localisés que possible, et à intermittences lentes. Ce sont les seuls moyens d'éviter des accidents.
Dans \di. deuxième catégorie, il place les cas dans lesquels les muscles qui sont passés à l'état paralysé par suite d'une affection du cerveau, présentent une certaine rigidité qui peut aller jusqu'à une contraction presque tétanique. C'est cet état que le docteur Todd a appelé état de rigidité hâtive, parce qu'elle existe au moment même de l'attaque ou se produit immédiatement après que l'attaque a eu lieu. Dans ces cas, que nous rapporterons, quanta nous, aux hémorrhagies dans la grande cavité de l'arachnoïde ou les ventricules, ou bien au ramollissement aigu du cerveau, M. Althaus établit qu'il n'y a pas la moindre raison de faire une application de l'électricité au point de vue thérapeutique. Selon toute probabilité, l'application de l'électricité pourrait aggraver les symptômes provenant d'une lésion du cerveau.
Enfin, dans la troisième catégorie, il place les cas dans lesquels les muscles présentent Vétat de rigidité tardive : les
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muscles, d'abord flasques et immobiles pendant un certain temps, acquièrent graduellement une plus grande lenteur, se raccourcissent et passent à l'état de rigidité. Cette rigidité se montre de préférence dans les muscles fléchisseurs.
Nous pensons que ces désordres peuvent être rapportés à des ramollissements survenus autour de foyers hémorrhagiques plus ou moins anciens ou à des ramollissements chroniques passant à l'état aigu ; voici le conseil que donne alors M. Althaus : « Dans la plus grande partie de ces cas, on ne » doit pas avoir recours au traitement électrique", mais dans » quelques cas de longue durée, une excitation électrique des » muscles qui senties antagonistes des muscles rigides peut » servir à rétablir l'équilibre détruit entre certains faisceaux » de muscles. »
3' Traitement des paralysies symptomatiques d'un ramollissement du cerveau.
Lorsque le ramollissement du cerveau débute d'une manière aiguë, il n'est personne qui puisse songer à'employer les courants électriques contre les phénomènes de paralysie qui se montrent dans cette période.
Mais cette période aiguë passée, et les individus ayant échappé à une terminaison fâcheuse, les phénomènes de paralysie persistent et peuvent même persister indéfiniment.
Dans le ramollissement chronique, la lésion cérébrale met un temps plus ou moins long à atteindre son maximum d'intensité et sa période d'état avant que le travail de cicatrisation commence à se faire. La paralysie en est, bien entendu, le symptôme, et en cela la distingue de celle qui survient après une hémorrhagie cérébrale, en ce qu'elle tend sans cesse à augmenter plutôt qu'à rétrograder ou à rester stationnaire. Ce n'est que dans les cas les plus rares que, la lésion se cicatrisant, on peut voir le mouvement revenir en partie dans les membres paralysés.
DES TARALYSIES. 237
11 faut, avant de songer à employer l'électricité, attendre que la lésion cérébrale qui constitue le ramollissement soit arrêtée, et que le travail de cicatrisation ait commencé. Si nous avons trouvé cette fixation difficile pour l'hémorrhagie cérébrale, elle l'est bien autrement pour le ramollissement. Il est fréquent, en effet, de voir des ramollissements suivre une marche très chronique, durer excessivement longtemps, quelquefois plusieurs années, et mettre tout ce temps pour arriver à leur maximum. En un mol, la lésion constituant le ramollissement chronique ne s'est pas arrêtée un instant et s'est constamment développée de plus en plus. 11 est presque inutile d'ajouter que, dans ce cas, l'emploi des courants électriques serait non-seulement inutile, mais nuisible. On peut reconnaître qu'il en est ainsi, à l'augmentation lente et progressive des phénomènes cérébraux, à la marche croissante de l'abolition du mouvement, du sentiment et des fonctions intellectuelles.
A quelle époque peut-on supposer que la lésion cérébrale est en voie de cicatrisation ? Rien n'est plus variable en raison précisément des circonstances que je viens de mentionner. On peut préjuger qu'il en est ainsi, lorsque la maladie semble stationnaire depuis un certain temps, ou lorsqu'elle s'améliore. Tout en regardant ces faits comme plus rares que dans l'hémorrhagie, on ne saurait méconnaître que, dans un certain nombre de cas de ramollissement, il n'y ait une tendance à la guérison, une amélioration progressive des phénomènes de paralysie. Bien que rares, ces faits existent, et quand on tombe sur l'un d'eux, on peut essayer de favoriser le retour du mouvement par l'application de l'électricité. A mon avis cependant, elle sera complètement inutile si l'expérimentation démontre que la contractilité électro-musculaire est conservée dans le membre paralysé. Si, en pareil cas, on y avait recours, ce serait dans l'intention unique d'exciter la nutrition des fibres musculaires et de
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s'opposer ou au moins de retarder leur atrophie et leur dégénérescence graisseuse.
C'est, en effet, une règle que je crois pouvoir établir pour le ramollissement cérébral comme pour l'hémorrhagie cérébrale. Lorsqu'on suppose le ramollissement arrêté ou en voie de cicatrisation, ce qui est annoncé par la stationnarité des symptômes ou leur amélioration, on doit se guider, pour conseiller l'électricité, sur la conservation de la contractilité électro -musculaire. Cette dernière est-elle conservée normale et intacte, l'électricité est inutile, elle n'a rien à rétablir, parce que ce qu'elle rétablirait existe.
Si, au contraire, elle est diminuée, c'est que la nutrition des fibres musculaires commence à s'altérer, on peut alors faire usage avec quelque succès de l'électricité, en l'employant jusqu'à ce que la contractilité soit à peu près la même dans les muscles paralysés et dans les muscles sains. En agissant ainsi, on favorise la nutrition des fibres musculaires, et si le ramollissement cérébral est arrêté et en voie de cicatrisation, cet agent peut alors contribuer beaucoup à l'amélioration spontanée des symptômes et à la récupération de tout ou partie des mouvements.
Je dois avouer, toutefois, que ces conseils sont plutôt théoriques que pratiques. J'ai traité bien des ramollissements du cerveau par l'électricité et je suis obligé de m'incliner devant ce grand fait malheureusement trop certain, c'est que, même dans la catégorie très restreinte des derniers faits que je viens d'établir, j'ai trouvé l'emploi de l'électricité à peu près complètement inutile, et quelquefois même je l'ai vu aggraver momentanément les accidents de paralysie.
[i° Traitement des paralysies symptomatiques des tumeurs du cerveau.
Ce serait une prétention ridicule que de vouloir employer les courants électriques dans le traitement des paralysies
symptomatiques des tumeurs du cerveau. Non-seulement on ne saurait améliorer des paralysies produites sous cette influence, mais il est probable, en agissant ainsi, qu'on favoriserait l'apparition ou le retour de ces congestions sanguines qui se font si fréquemment autour des produits accidentels de l'encéphale et qui font une partie de leur danger. On peut donc établir comme règle qu'il faut rejeter d'une manière absolue l'emploi de l'électricité dans la paralysie symptomatique d'une tumeur cérébrale.
5° Traitement des paralysies symptomatiques des lésions de la moelle.
Quelle peut être l'action thérapeutique des courants électriques dans les maladies de la moelle ? Je vais développer ici des principes qui ne se trouvent peut-être pas tout à fait en rapport avec ceux professés par la plupart des médecins qui se livrent à l'application de l'électricité à la médecine.
On peut d'abord établir en principe que toutes les fois qu'un ramollissement chronique est en voie de formation et que les symptômes de paralysie sont dans une période de progression croissante bien que très lente, l'application de l'électricité est non-seulement complètement inutile, mais la plupart du temps nuisible. On n'obtient aucun résultat, on n'améliore pas le moins du monde les phénomènes de paralysie, on en dégoûte les malades pour une époque oh l'on pourrait employer le même moyen avec quelque chance de succès; enfin on aggrave quelquefois d'une manière singulière les phénomènes de paralysie.
Je possède deux faits de ce genre bien remarquables. Le premier est relatif à un jeune prince russe âgé de vingt-huit ans. Ce malade était atteint d'un ramollissement chronique dont le début remontait à plus d'un an ; la paraplégie n'était pas complète, tant s'en faut ; il marchait encore péniblement, il est vrai, et appuyé sur deux cannes. Plusieurs
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moyens avaient déjà été employés ; huit ou dix cautères avaient été appliqués sur la colonne vertébrale ; aucune amélioration ne se manifestait et la maladie semblait toujours progresser lentement. Il vint en France avec l'intention de se faire traiter par l'électricité; il consulta plusieurs médecins qui entrèrent dans ses vues et il me fut adressé. Mes idées n'étant pas encore bien arrêtées à cet égard, j'avoue que je ne vis aucun inconvénient à le soumettre à ce traitement, que je commençai immédiatement. Chaque séance amena une aggravation de la paralysie, le malade marchait moins facilement. Persuadé que cette difTiculté de marcher était le résultat de la fatigue que lui causait l'application de l'électricité, il voulut continuer et nous allâmes à douze séances de quinze minutes chacune. Alors la maladie s'était singulièrement aggravée, la marche n'était plus possible ; le malade cessa d'être confié à mes soins et je le perdis de vue.
Le deuxième fait est relatif à un malade de mon service. Cet homme, âgé de quarante-quatre ans, atteint d'un ramollissement chronique remontant à cinq mois, m'avait été adressé à l'hôpital pour être traité spécialement par l'électricité. Bien que les symptômes fussent en voie de progression, très lente, il est vrai, je cédai à son désir et je prescrivis d'employer chez lui l'appareil de MM. Breton. Le malade marchait encore appuyé sur une canne et n'était pas très solide, il est vrai, mais il allait facilement d'un bout de la salle à l'autre. Après six séances il était complètement paralysé ; il fallut trois mois d'application de cautères et d'un traitement vigoureux pour le remettre dans l'état où il était à l'instant de son entrée. Je crois donc pouvoir établir comme règle qu'il faut proscrire l'électricité toutes les fois que la paralysie fait encore des progrès, et par conséquent toutes les fois que l'évolution du ramollissement chronique n'est pas encore terminée.
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Alors il faut s'adresser à d'autres moyens, surtout aux cautères fréquemment renouvelés sur la colonne vertébrale sur lesquels il faut le plus compter.
Lorsque le ramollissement chronique est à l'état station naire ou en voie de cicatrisation, ce que l'on reconnaît h la stationnarité des symptômes, ou bien à leur décroissance, l'électricité peut-elle quelque chose? Oui, certaiment, mais le nombre des malades chez lesquels elle est de quelque utilité est encore assez restreint.
On peut d'abord établir qu'il est des cas, rares il est vrai, dans lesquels l'application de l'électricité renouvelle les accidents et imprime de nouveau une marche ascendante à la maladie. En pareille circonstance aucun phénomène morbide, avant l'aggravation des phénomènes de paralysie, ne peut faire prévoir qu'il en sera ainsi. Malgré cela, on ne doit pas se priver d'essayer alors l'emploi de l'électricité ; il faut seulement être d'une très grande prudence, et au moindre symptôme d'aggravation qui se montre, discontinuer ce moyen.
Cependant il existe un certain nombre de circonstances dans lesquelles on peut conseiller ou proscrire l'emploi de l'électricité ; ce sont les suivantes :
Lorsque la maladie de la moelle est arrivée à un état stationnaire qui se traduit par une paraplégie complète absolue, dans laquelle la contractilité électro-musculaire estelle-même à peu près complètement anéantie, l'emploi de l'électricité est parfaitement inutile. Je ne l'ai jamais vue ramener des mouvements bien appréciables ; elle ne sert qu'à fatiguer et à tourmenter les malades; je crois donc qu'en pareil cas le plus sage est d'y renoncer d'une manière absolue.
Au contraire, si la paraplégie est incomplète, ou si la contractilité électro-musculaire n'est que diminuée, on peut employer l'électricité et on l'a bien souvent mise en usage en pareille circonstance, On peut obtenir ainsi quelques résul-;
tats, gagner quelques mouvements. Mais on n'y arrive qu'au moyen de longues séances et d'une telle persistance dans l'emploi de l'électricité que la fatigue qui en résulte compense bien au delà les légers avantages qu'on en obtient.
Pour formuler une opinion d'une manière bien nette et bien positive à ce sujet, je dois dire que dans toutes les paralysies symptomatiques d'un ramollissement de la moelle, en tenant compte des légers réssultats qu'on obtient quelquefois, mais aussi des aggravations fréquentes qu'on a déterminées chez les malades au moyen de l'électricité, l'emploi de cet agent est parfaitement inutile dans la majorité des cas, et qu'il est préférable de ne pas y avoir recours. J'aurais certes plus de confiance dans d'autres moyens thérapeutiques, et en particulier dans l'emploi des cautères le long de la colonne vertébrale, les laxatifs et les bains sulfureux continués pendant longtemps, et enfin de temps en temps les préparations de strychnine ou de brucine. Malgré cette proposition ainsi formulée, si l'on veut employer l'électricité dans les paralysies symptomatiques d'un ramollissement chronique de la moelle, voici la meilleure marche à suivre :
On peut d'abord avoir recours à l'électrisation localisée proprement dite et exciter successivement les muscles des deux membres inférieurs. Ce procédé long, fatigant pour les malades, est en réalité presque toujours incomplet, en raison du grand nombre de muscles paralysés que le médecin est obligé de faire contracter à chaque séance. De plus, lors^ qu'on obtient ce résultat, on peut à peine faire contracter trois à quatre fois chacun de ces muscles pendant chaque séance. Or un si petit nombre de contractions électriques, répétées même chaque jour, est un traitement parfaitement illusoire. Depuis assez longtemps, j'ai à peu près renoncé à ce mode d'administration de l'électricité dans les paraplégies ; en pareil cas, je préfère les bains de pied électriques ; ce moyen donne des résultats beaucoup plus généraux, et
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SOUS leur influence, la presque totalité des muscles des membres inférieurs, si ce n'est même tous, se contractent en même temps^
On se rappelle que le bain de pieds électrique est composé de la manière suivante : deux petits baquets de cuivre, de bois ou de faïence, contenant chacun de Teau salée tiède, et dans chacun desquels un des pieds du malade est plongé, sont mis en communication avec l'appareil d'induction , de manière que l'un d'eux communique avec l'un des réophores, et l'autre avec le deuxième. La machine étant en action, on fait agir l'un des réophores d'une manière intermittente. Quant à la dose d'électricité, elle est graduée par la machine.
Les séances doivent être de dix à quinze minutes ; il faut que leur nombre soit presque toujours considérable. Les paralysies symptomatiques des maladies de la moelle sont considérées comme une des affections dans lesquelles on continue pendant un temps bien long l'emploi de l'électricité pour obtenir de bien légers résultats.
6° Traitement des paralysies symptomatiques d'une lésion des nerfs.
J'ai déjà fait plus haut une histoire de ces lésions. Je vais résumer brièvement ce que l'on peut attendre de l'électricité dans leur traitement :
1° Lorsqu'il y a abolition complète des mouvements volontaires ainsi que de la sensibilité et de la contractilité électriques, je ne pense pas qu'on puisse beaucoup en espérer la guérison à l'aide de l'électricité. On peut essayer puisque M, Duchenne prétend avoir réussi, mais il faut peu y compter.
2° Dans les cas où il y a paralysie des mouvements volontaires avec conservation de la sensibilité et de la contractilité électriques (ce que je ne crois pas possible), on peut
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espérer à Taide de l'électricité longtemps continuée, d'arriver à la guérison.
3° Quand il y a paralysie incomplète des mouvements volontaires, avec conservation ou simple diminution de la sensibilité et de la contractilité électriques, on a beaucoup de chances d'obtenir la guérison à l'aide de l'électricité.
Dans tous ces cas, il faut faire usage de l'électricité localisée à courants énergiques et à intermittences rapides, et l'appliquer soit à l'aide des conducteurs humides, soit au moyen de l'électro-puncture.
T Traitement des paralysies symptomatiques dues à l'influence de lésions matérielles siégeant ailleurs que dans le centre encéphalo-rachidien.
Ces affections comprennent les paralysies symptomatiques des maladies des voies génito-urinaires chez l'homme et des maladies de l'utérus chez la femme ; dans leur traitement, il y a un fait général qui doit dominer la scène, c'est que tant que la lésion matérielle existe, toute tentative de traitement échoue complètement.
Mais une fois cette lésion matérielle guérie, deux choses peuvent arriver: ou bien, et c'est peut-être le cas le plus fréquent, la paralysie disparaît spontanément, et on n'a alors aucun traitement à faire , ou bien elle persiste, et alors c'est certainement un des cas où l'on peut employer les courants électriques avec le plus de succès. Comme on n'a pas de lésions de la moelle à redouter et que les courants réflexes ne sont pas à craindre, on pourra employer l'électricité localisée dans les divers muscles des membres paralysés. On peut très bien la généraliser davantage et appliquer un pôle à chaque membre inférieur. Le double bain de pied électrique est encore un des moyens qui peut être employé en pareil cas.
Dans ces maladies , l'influence heureuse des courants électriques ne saurait être mise en doute. Cependant, elle ne
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doit pas faire oublier les moyens adjuvants, les bains et les douches sulfureux, l'Iiydrothérapie, quelquefois les frictions stimulantes. Tous ces moyens employés simultanément et judicieusement pour ne pas fatiguer les malades, contribuent également à faire cesser beaucoup plus vite la paralysie symptomatique,
8° Ti'fiiîement des paralysies hystériques.
La paralysie hystérique est certainement une des maladies dont le traitement et la guérison ont fait naître le plus d'illusions les croyances à des médications les plus bizarres, à des produits du charlatanisme le plus extravagant, et enfin, aux prodiges les plus miraculeux se sont faits jour. Ces paralysies qui viennent si souvent subitement, disparaissent souvent avec la même rapidité pour ne plus reparaître, ou bien pour revenir au bout d'un temps plus ou moins long. Résistant dans certains cas aux médications les plus énergiques et les plus soutenues, on les voit quelquefois céder aux médicaments les plus inertes. J'ai besoin de bien établir ces faits, car, tout en ne niant pas les bons résultats qu\ donnés quelquefois l'électricité dans les paralysies hystériques, il ne faut pas non plus se faire trop d'illusion et la regarder comme un remède infaillible. Quand on se trouve en présence d'une paralysie hystérique, surtout si cette paralysie est récente, il y a indication positive d'employer les courants électriques. On peut ici les varier sans crainte : électricité localisée dans chacun des muscles paralysés ; électricité en circulation dans les membres entiers ; bains entiers électriques ; bains de pieds électriques. En cas d'insuccès, électro-puncture. On peut faire usage de ces divers moyens, à la condition de ne pas les employer avec trop de vigueur et de ne pas se servir de courants à trop forte tension. L'état nerveux dans lequel sont ordinairement les
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malades qui en sont atteints pourrait être aggravé par une administration trop énergique de l'électricité.
Employés dans la paralysie hystérique récente ou remontant à quelques semaines, les courants'électriques décident en général assez vite la question, et leurs effets indiquent s'il faut continuer ou interrompre le traitement électrique. Si, en effet, au bout d'un mois, les courants d'induction administrés convenablement n'ont pas amené au moins de l'amélioration, cela prouve qu'on perd son temps et l'électricité ne guérira pas la paralysie hystérique.
Mais si, au contraire, on voit dans le premier mois l'amélioration commencer, il faut insister sur l'emploi de l'électricité, l'administrer avec modération et souvent la continuer longtemps, enfin, en faire usage tant qu'on observera de l'amélioration. 11 est incontestable qu'en agissant ainsi on a guéri un certain nombre de paralysies hystériques.
Lorsque les paralysies hystériques sont anciennes, lorsqu'elles remontent à plusieurs mois, c'est encore un devoir pour le médecin d'employer l'électricité, mais il faut le faire avec plus d'énergie que dans le cas précédent : il faut des courants d'induction à plus forte tension, et des séanceS" plus longues, plus fréquemment répétées. On aura certainement moins de chances de guérison que dans le cas précédent, mais enfin on en aura encore, et souvent avec de la persévérance dans l'emploi de l'électricité, on est parvenu à guérir des paralysies hystériques anciennes. Mais, nou^ le répétons , il arrive assez souvent qu'on échoue complètement en pareil cas, sans que rien puisse en rendre compte.
Lorsqu'on échoue avec des courants électriques agissant sur les muscles, M. Althaus conseille d'employer l'électrisation cutanée. Bien que donné par un médecin aussi expérimenté, je ne comprends pas ce conseil. Que ferait contre une paralysie hystérique une simple révulsion cutanée
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comme l'électrisation superficielle de la peau? Je ne crois donc pas à l'efficacité de ce moyen.
Lorsque la paralysie hystérique est très ancienne, c'est cette ancienneté même qui s'oppose à la réussite des courants électriques. Les fibres musculaires dans ces paralysies anciennes ont commencé à s'atrophier. Les articulations immobiles reprennent difficilement leur jeu, et leur sécheresse, quelquefois même leur fausse ankylose, est un obstacle à la mise en jeu des contractions musculaires sous l'influence de l'électricité. Je crois donc que dans ces paralysies hystériques anciennes et négligées, on doit plutôt avoir recours à d'autres moyens d'abord, sur lesquels je vais insister, et n'employer que plus tard les courants électriques qui rendront alors de bien plus grands services.
Les paralysies hystériques sont en effet des paralysies qui guérissent souvent aussi bien sous l'influence d'autres médications que sous celle de l'électricité. Quelquefois mênie elles guérissent lorsque ce dernier moyen a échoué.
Parmi les moyens qu'on peut employer soit isolément, soit concurremment avec les courants électriques, contre les paralysies hystériques, j'indiquerai les suivants qui m'ont été bien souvent utiles en pareil cas.
Le traitement hydrothérapique bien administré, et surtout les bains de cercle de courte durée, ainsi que les douches en jet vigoureux sur les parties paralysées, m'ont toujours semblé d'excellents moyens à employer contre la paralysie hystérique.
Les douches sulfureuses Qt les bains sulfureux, surtout dans la saison d'hiver, remplacent souvent avec avantage l'emploi de l'eau froide.
L'administration à l'intérieur de la noix yomique et des préparations de strychnine et de brucine ont quelquefois rendu de grands services dans le traitement des paralysies hystériques, mais il fautles employer avec de grandes précautions.
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J'indiquerai de préférence l'injection intra-musculaire dans les membres paralysés d'une solution de chlorhydrate de strychnine faite avec la petite seringue de Pravaz d'après la méthode de Wood. Cette injection que je ne puis décrire ici et dans laquelle on porte la quantité de chlorhydrate de strychnine de 3 à 10 milligrammes, m'a réussi admirablement dans un cas de paralysie essentielle du bras gauche développée subitement chez une jeune fille de dix-huit ans.
La gymnastique et les frictions stimulantes peuvent encore aider au traitement des paralysies hystériques. Il en est de même de certaines eaux minérales comme les bains de mer, Bourbonne-les-Bains, Balaruc ou la plupart des eaux sulfureuses, telles que celles d'Aix-la-Chapelle, Aix en Savoie, et surtout toutes nos eaux des Pyrénées.
Nous ne pouvons nous empêcher d'avouer en terminant que, malgré tous ces moyens énergiques, il y a des paralysies hystériques, peu nombreuses il est vrai, qui, sans cause aucune, ou bien peut-être négligées et mal traitées, finissent par devenir incurables. C'est surtout ce qui arrive lorsque, la paralysie ayant duré longtemps, les fibres musculaires se sont atrophiées, infiltrées de graisse, et quelquefois les articulations se sont soudées.
9° Traitement des paralysies rhumatismales.
C'est surtout dans les paralysies rhumatismales que l'électricité compte ses succès les plus positifs, et que j'ai vu cet agent thérapeutique réussir de la manière la plus incontestable. Aussi peut-on établir d'une manière générale que toute paralysie rhumatismale bi-en constatée, complète ou incomplète, doit être traitée par les courants électriques, lorsque la douleur a disparu complètement des muscles, et que la contractilité électro-musculaire a cessé d'être douloureuse.
L'électricité est préférable à tout autre agent thérapeuti-
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que, ce qui n'empêche pas que ces derniers ne puissent être employés avec avantage comme moyens adjuvants; les courants électriques doivent donc être appliqués avec énergie et continués avec persévérance jusqu'à ce qu'on ait obtenu non-seulement l'amélioration, mais encore laguérison.
On doit considérer dans le traitement de ces affections : i" le mode d'application de l'électricité ; 2° les moyens adjuvants qui peuvent être prescrits simultanément.
Mode d'application. — Toutes les fois qu'un muscle ou qu'un système de muscles est atteint de paralysie rhumatismale, l'électrisation localisée est la seule manière d'appliquer les courants électriques qui seront dirigés à volonté, et dont l'intensité sera mesurée selon le degré de la paralysie. On agit avec plus d'énergie sur les muscles paralysés complètement, avec moins de force sur ceux qui n'ont qu'une simple diminution du mouvement. Lorsqu'on trouve la contractilité électro-musculaire diminuée dans les muscles, elle est due presque toujours à un commencement d'atrophie. Cette raison ne doit pas faire discontinuer l'électricité qui, au contraire, sera appliquée avec plus d'énergie et de persistance.
Dans les cas de paraplégie rhumatismale, il est utile, en raison du grand nombre de muscles atteints, d'avoir recours aux bains de pieds électriques, tels qu'ils ont été décrits au commenement de cet ouvrage.
Dans les paralysies rhumatismales, l'application des courants électriques n'a pas pour but de rétablir la contractilité électro-musculaire, puisque cette dernière est intacte. Il est probable qu'elle agit en modifiant d'une manière spéciale et encore inconnue le tissu musculaire, et peut-être même les filets nerveux de ces mêmes muscles, modifications d'où résulte le rétablissement des mouvements volontaires.
Moyens adjuvants. — Il n'est pas utile, pour la seule gloire de la réussite d'un agent thérapeutique, de se borner
à l'employer uniquement. Sans doute l'électricité seule a guéri des paralysies rhumatismales ; mais il est également d'autres moyens thérapeutiques qui, seuls également, ont pu faire disparaître ces affections. Il est donc utile, avantageux pour les malades, d'employer en même temps et l'électricité et d'autres agents thérapeutiques; on favorise ainsi l'action des courants et l'on abrège la durée de la maladie.
Les moyens adjuvants qui peuvent ainsi être mis en usage sont les suivants :
1° Toutes les variétés de frictions stimulantes ;
2° Les douches sulfureuses chaudes ;
3° Les douches froides sous forme de traitement hydrothérapique;
II" Une gymnastique bien entendue ;
5** Les bains d'eaux minérales chaudes salines ou sulfureuses.
Parmi ces derniers le choix est grand, et ce sont surtout les idiosyncrasies et les convenances des malades qu'il faut consulter.
Un très grand nombre de muscles, tous peut-être, peuvent être atteints de paralysie rhumatismale ; il serait donc peu intéressant pour le lecteur de passer en revue les combinaisons variées et les associations qui peuvent se faire lorsque plusieurs muscles sont simultanément atteints de cette affection. Les principes généraux qui ont été exposés précédemment sont applicables à tous les cas sans exception.
Les observations déjà nombreuses qui existent dans la science, et qui sont relatives au traitement des paralysies rhumatismales par l'électricité, permettent d'établir que dans l'immense majorité des cas cette affection peut guérir par cet agent. C'est surtout ce qui devient évident quand, après l'échec des autres moyens, on emploie avec persévérance, ' énergie et méthode les courants électriques. Il est probable
que, lorsque l'électricité elle-même échoue h son tour, cela tient à ce que les muscles paralysés ont déjà subi un degré notable d'atrophie, et qu'une partie des fibres musculaires a disparu assez complètement pour qu'on ne puisse développer d'une manière suffisante celles qui existent encore.
10° Traitement des paralysies nerveuses ou essentielles.
Il existe un certain nombre de paralysies nerveuses ou essentielles qui méritent jusqu'à un certain point le nom qui leur a été donné.
Ces paralysies, susceptibles de se développer aussi bien chez l'homme que chez la femme, sont celles dont on n'a point déterminé positivement la cause.
Les diverses paraplégies essentielles ont des caractères particuliers sur lesquels il est important d'insister, afin d'être bien fixé sur leur valeur. On peut résumer ces caractères d'une manière assez simple. Elles débutent tantôt subitement et d'une manière instantanée, tantôt lentement et d'une manière progressive. Dans ce dernier cas , un sentiment d'engourdissement et une faiblesse progressivement croissante sont les seuls phénomènes qui en marquent le développement. Une fois développés, les phénomènes qui les caractérisent sont positifs et négatifs.
i° Caractères positifs. — Les phénomènes positifs sont les suivants :
a. Une paralysie des membres inférieurs complète ou incomplète, et, dans ce dernier cas, se présentant aux degrés les plus divers;
b. L'existence ou l'absence indifférente d'une anesthésie tantôt complète et tantôt incomplète ;
c. L'intégrité des fonctions digestiveset urinaires;
d. La coexistence fréquente de quelque autre phénomène nerveux ou de quelque névrose ;
252 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITB.
e, La conservation de Tembonpoint normal ;
f. Enfin la conservation complète de la contracLilité électro -musculaire dans les membres paralysés, quel que soit le degré de la paralysie, qu'elle soit complète ou incomplète.
2° Caractères négatifs. — Ces caractères ont une grande importance et autant de valeur que les caractères positifs; ils consistent dans :
a. L'absence de douleurs rachidiennes ;
b. L'absence de douleur en ceinture, si importante et si constante dans les paraplégies symptomatiques dues à des lésions de la moelle épinière ;
c. L'absence de fourmillement, de douleur, de quelque espèce qu'elle soit, dans les membres paralysés;
d. L'absence de contracture à une époque quelconque de la maladie ;
e. Enfin l'absence de phénomènes indiquant, soit une paralysie de la vessie, soit une paralysie du rectum.
Examinons maintenant le traitement de diverses variétés de paralysies essentielles.
11° Traitement des paralysies dues à un affaiblissement général de l'organisme.
Nous avons rangé dans cette catégorie les paralysies qui se développent à la suite des maladies graves et spécialement des fièvres. Telles sont les fièvres typhoïdes, les fièvres intermittentes accompagnées de cachexie, la variole, quelquefois, mais plus rarement, la rougeole et la scarlatine. Enfin, les paralysies qui peuvent suivre le typhus, la pesle, le choléra, la fièvre jaune.
Il y a d'abord une première difficulté à lever et que j'ai déjà signalée : c'est qu'il ne faut pas confondre les affaiblissements organiques profonds qui suivent presque toujours les
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fièvres graves avec de véritables paralysies. Cette confusion a été souvent faite et se fait encore tous les jours ; mais en dehors de ces simples affaiblissements, il y a à la suite de ces fièvres graves de véritables paralysies et spécialement' des paraplégies.
Ces paraplégies doivent-elles être combattues par les courants électriques ? Je pense qu'on ne peut que s'en trouver très bien. Une fois tous les accidents de la fièvre disparus, et un certain temps écoulé depuis la cessation des phénomènes morbides, on peut recourir avec beaucoup de succès à l'emploi des courants électriques. Ils hâtent bien certainement le retour de la contractilité volontaire.
L'électricité peut être employée ici de plusieurs manières. Il n'est pas indispensable, comme dans les paralysies que nous avons étudiées, d'employer exclusivement l'électricité localisée. Certainement, elle ne peut être nuisible, mais son application conduirait à des séances trop longues en raison du nombre de muscles ou de systèmes de muscles qu'il faudrait successivement électriser. En pareil cas, je fais usage de bains électriques généraux d'après la formule que j'en ai donnée, de bains de pieds électriques administrés soit en pla-" çant chaque pied dans un bain de pied isolé plein d'eau salée, soit en plaçant les deux pieds dans le même bain de pied et faisant communiquer l'autre pile avec l'une des deux mains, ou bien un point quelconque de la colonne vertébrale.
Dans toutes ces paralysies , l'électricité peut être d'un grand secours pour abréger la durée de la maladie et avancer beaucoup la guérison. Cependant, il est à cet égard quelques vérités qu'il ne faut pas méconnaître. Ainsi, ces paralysies peuvent parfaitement guérir spontanément sous l'influence d'une hygiène convenable et d'une alimentation suffisamment restaurante.
D'un autre côté, bien des moyens peuvent être employés pour faire disparaître ces paralysies, et souvent ils réussissent
aussi bien que l'électricité. Tels sont les bains d'eau salée, les bains et douches sulfureuses artificielles ou naturelles. Les bains de mer, l'hydrothérapie, les frictions stimulantes, etc. Cela fait, nous admettrons volontiers que l'électricité, employée concurremment avec ces derniers moyens, ne pourra que contribuer à hâter la guérison.
12" Traitement des paralysies symptomatiques de l'anémie.
Les paralysies par suite d'anémie rentrent un peu dans les précédentes, et tout ce que j'ai dit de ces dernières peut avec juste raison leur être appliqué dans ces affections; cependant la paralysie se localise bien plus souvent que dans celles qui se développent à la suite des fièvres. Si elle se localise dans un membre, dans un ou plusieurs muscles, c'est à l'électrisation localisée qu'il faut avoir recours; si, au contraire, il s'agit de paralysie générale ou de paraplégie, on pourra avoir recours à des bains électriques ou à des bains de pieds électriques.
Les bains d'eaux minérales, d'eaux salées, d'eaux sulfureuses, l'hydrothérapie, sont encore ici d'une grande utilité, et je les conseillerais toujours en même temps que les courants électriques.
13' Traitement des paralysies symptomatiques de déperditions organiques, par suite d'excès vénériens, de masturbation et de pertes séminales, du diabète, de l'albuminurie.
Ces affections, ainsi que je l'ai dit, reconnaissent deux ordres de causes. Les unes sont dues à une lésion matérielle du cerveau; c'est un fait bien connu maintenant que ces causes d'épuisement favorisent le développement du ramollissement chronique de la moelle épinière. Ici l'électricité n'a rien à faire, et nous renvoyons à ce que nous avons dit en nous occupant de cette maladie. Les autres sont dues
à une véritable paralysie essentielle et il n'y a aucune lésion de la moelle épinière. C'est [du traitement seul de ces dernières qu'il doit être question ici. L'administration de l'électricité m'a semblé beaucoup moins efficace que dans les paralysies développées à la suite des fièvres. J'aurais beaucoup plus de confiance dans les moyens suivants :
Les bains et les douches sulfureuses ; — les bains de mer ; — les eaux minérales sulfureuses naturelles; — les préparations de strychnine, de brucine, ou simplement de noix vomique, m'ont toujours semblé avoir de l'efficacité.
Quant à l'emploi des courants électriques, on peut en" faire usage sous les trois formes, électricité localisée, électricité circulant d'un membre à l'autre, bains électriques, bains de pieds électriques.
Si l'on se décide à employer l'électricité, il faut le faire avec une certaine énergie, et de plus, la continuer avec persistance et ténacité. Ce ne sont pas des semaines, mais des mois, pendant lesquels il faut continuer l'emploi de cet agent.
Paralysie symptomatique d'une diarrhée. — Les paralysies qui peuvent se développer à la suite de flux intestinaux prolongés , de phlegmasies chroniques des intestins, étant bien distinguées de la faiblesse générale qui accompagne plus souvent ces maladies que les paralysies véritables, il est rare qu'on soit obligé d'avoir recours à l'emploi de l'électricité. Cependant, si elle survivait à laguérison des maladies chroniques de l'intestin, on pourrait employer les courants électriques dans les mêmes limites que dans les paralysies précédentes.
Dans les paralysies qui peuvent se développer dans le cours du diabète et de l'albuminurie, la paralysie est un élément tellement secondaire de ces deux affections générales qu'elle est subordonnée à leur traitement, et que, dans la grande majorité des cas, il serait absolument inutile d'avoir recours
256 ArrucATiONS de l'électricité.
à l'emploi de l'électricité. J'ai eu pendant trois mois dans mes salles un homme depuis longtemps diabétique et qui présentait depuis quelques mois une paraplégie incurable et progressivement croissante. La contractilité électro-musculaire était conservée. On appliqua pendant six semaines les courants électriques sans obtenir la moindre amélioration.
ih° Traitement des paralysies symptonialiques des intoxications.
Paralysies saturnines. — Nous avons étudié l'action réelle des courants électriques dans la paralysie saturnine. Cette action permet d'expliquer l'influence de cet agent comme moyen thérapeutique dans ces affections.
Si, dans les paralysies saturnines complètes et absolues, un certain degré d'atrophie vient à se joindre à l'influence saturnine, je ne crois pas à l'efficacité thérapeutique des courants électriques.
On ne peut nier les guérisons obtenues en pareille circonstance et dont on a rapporté quelques exemples qui doivent être au moins très rares. On doit cependant essayer les courants électriques, et même les employer d'une manière très énergique et avec beaucoup de persévérance, parce que c'est presque la seule chance de guérison qui reste encore aux malades. Mais, lorsque les autres agents thérapeutiques ont échoué, et lorsqu'au bout de deux ou trois mois on n'a obtenu aucun résultat avantageux, on fera bien d'en discontinuer l'emploi, car on serait à peu près certain d'échouer.
Autant la guérison des paralysies saturnines complètes, sous l'influence de l'électricité, est incertaine, autant au contraire on a de chances de succès dans les paralysies incomplètes.
On peut établir d'une manière générale que, dans toutes ces paralysies, lorsque la contractilité électro» musculaire est
DES PAUALYSIES. 257
conservée d'une manière notable, on doit essayer de développer cette contractilité et employer les courants électriques avec persévérance et énergie.
Ces courants électriques ne doivent pas toutefois être employés seuls. Les bains sulfureux, les douches, la gymnastique et les autres moyens adjuvants seront toujours d'un puissant secours; ils favorisent l'action des courants électriques, hâtent certainement la guérison et la rendent plus complète.
En agissant ainsi, il faudra bien, il est vrai, leur attribuer une petite part dans la guérison et ne pas la mettre exclusivement sur le compte de l'électricité. Mais peu importe, il ne s'agit pas d'exalter et de glorifier tel et tel agent thérapeutique, mais il faut guérir les malades. Ce que je répète ici, je l'ai déjà dit et je le dirai encore toutes les fois qu'il sera question d'appliquer l'électricité en thérapeutique. Il ne s'agit pas de savoir si l'électricité peut guérir seule telle ou telle affection, mais de rechercher si elle peut contribuer à guérir cette affection ; ou bien encore si elle la guérit plus facilement et plus complètement lorsqu'elle est unie à d'autres agents thérapeutiques que lorsqu'elle est employée seule.
Paralysies mercurielles . — J'ai essayé les courants électriques dans trois cas de paralysies mercurielles accompagnées de tremblement, je n'ai obtenu aucune amélioration. Deux de ces malades ont été soumis ensuite à l'hydrothérapie et ont été notablement améliorés ; ils sont sortis toutefois sans être guéris complètement. Le troisième a été traité par les bains et les douches sulfureuses, il a été également amélioré ; il est sorti sans être complètement guéri.
Je crois peu, en définitive, à l'influence des courants électriques dans le traitement des paralysies mercurielles.
Paralysies arsenicales. — Je ne connais pas d'exempl.;s de paralysies arsenicales qui aient été soumises à l'emploi
258 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
de l'électricité, je doute qu'on puisse compter sur elle pour guérir les cas, au moins bien rares, de ce genre de paralysies.
Paraplégies à la suite de l'asphyœie par le gaz acide carbonique. — Ces paralysies, fort rares du reste, ne sont jamais tenaces et guérissent presque toujours spontanément même au bout de quelques jours.
Paraplégies développées à la suite de l'empoisonnement par les narcotiques et les champignons, — Les premières, rares, ne sont ni tenaces, ni rebelles, on n'a jamais eu besoin, que je sache, de recourir pour les combattre à l'emploi des courants électriques. M. Leroy (d'Étiolles) a rapporté, toutefois, deux cas de paraplégies incurables développées à la suite d'empoisonnement par les champignons. On peut résumer de la manière suivante l'opinion qu'il faut se faire de la valeur de l'électricité comme agent thérapeutique.
Lorsque la cause toxique existe encore, il serait complètement inutile de songer à employer les courants électriques. Dans les cas très rares où la paralysie survivrait à la disparition des phénomènes d'intoxication, on pourrait peut-être se trouver bien de l'emploi de l'électricité, mais il est probable qu'on obtiendrait des résultats presque aussi certains avec d'autres médicatrons, telles que les bains sulfureux, l'hydrothérapie, les frictions, etc., etc.
15° Traitement des paralysies essentielles proprement dites.
Il est important de rechercher quelle peut être l'influence de l'électricité dans les paralysies essentielles proprement dites.
L'administration de l'électricité, en pareil cas, compte des succès réels et même nombreux qui ont été quelquefois obtenus rapidement, et dans certaines circonstances seulement, après des secousses électriques longtemps répétées. Ce sont
ces succès qui oirt fixé Fattention des médecins et des gens du monde et qui ont contribué à donner à l'électricité une vogue certainement imméritée, et dont il ne faut pas, en effet, être trop fier. Bien des raisons doivent en atténuer la valeur; d'abord des paraplégies essentielles peuvent guérir spontanément, sans qu'il y ait rien pour expliquer leur disparition ; d'autres fois cette guérison est le fait d'une impres-sion morale. C'est dans cette catégorie que l'on doit ranger ces prétendus miracles de guérisons instantanées de paraplégies essentielles obtenues sous l'influence d'une foi ardente.
Les moyens thérapeutiques les plus divers, de simples frictions, des bains stimulants, des bains de mer, des eaux minérales sulfureuses ou salines un peu actives, des vésicatoires volants, un traitement hydrothérapique bien entendu; à l'intérieur, le fer, le quinquina, les préparations de strychnine et de brucine, ont maintes fois fait justice de paraplégies essentielles complètes ou incomplètes et rebelles, sans que l'on ait eu besoin de recourir à l'emploi de l'électricité.
Enfin, dans certains cas de guérisons de paraplégies essentielles, obtenues à grand'peine, soit à l'aide de l'électricité, soit par tout autre moyen, on voit tous les jours la maladie récidiver, soit lentement, soit même subitement, et tout le traitement est à recommencer.
Voilà bien des raisons qui atténuent la valeur de l'emploi, de l'électricité ; malgré cela, on peut cependant admettre qu'il est des cas, assez rares il est vrai, dans lesquels des paraplégies essentielles qui avaient résisté à tous les autres agents thérapeutiques ont cédé à Tapplication des courants électriques; en conséquence je vais indiquer les quelques règles que l'on doit suivre et qui sont relatives à l'emploi de l'électricité.
Dans les paralysies essentielles, lorsqu'on aura eu recours sans succès à l'ensemble des agents thérapeutiques employés
en pareille circonstance, et résumés plus haut; lorsque de plus on aura spécialement employé Thydrothérapie dans les paralysies accompagnant d'autres phénomènes nerveux, l'hydrothérapie, le fer et le quinquina dans les paralysies par anémie, il y aura alors indication de mettre en usage les courants électriques que l'on appliquera avec énergie et persévérance pendant deux ou trois mois au moins. S'ils n'ont amené aucune amélioration à cette époque, il faudra s'arrêter, car une plus longue insistance ne produirait certainement pas de résultat plus avantageux. On peut très bien employer l'électricité localisée contre les paralysies essentielles ; dans les cas où ces dernières se présentent sous forme de paraplégies, on peut alors mettre en usage les bains de pieds électriques déjà décrits, et qui ont l'avantage d'agir sur la presque totalité des deux membres paralysés. On peut consulter à cet égard ce qui en a été dit en traitant des paralysies symptomatiques des maladies de la moelle.
Tout en maintenant l'existence de ces paralysies essentielles, il en est un certain nombre dont le traitement doit être étudié d'une manière plus spéciale : ce traitement est celui des principales variétés que nous avons admises.
Paralysie ascendante aiguë. — L'histoire que nous avons donnée de cette maladie démontre qu'il serait tout à fait illusoire de songer à employer les courants électriques pour la combattre.
Paralysie générale avec ou sans aliénation. — J'ai essayé chez deux malades l'emploi des courants électriques que j'ai continué pendant un mois. Je n'ai vu aucun changement dans les phénomènes de paralysie présentés par les malades. Je crois que ce serait se faire une étrange illusion que d'avoir la prétention de guérir une semblable affection par l'électricité.
Paralysies des écrivains et des individus se livrant à des professions analogues. — Yoici une observation qui m'est personnelle et qu'il me semble intéressant de rappeler :
DBS PARALYSIES. 261
Un homme, âgé de cinquante-deux ans, exerçant la profession de chef d'orchestre de bals de barrière, se livrait depuis un grand nombre d'années au jeu du violon avec une ardeur inexprimable, et il y consacrait toute sa vie. C'était non-seulement son gagne-pain, mais encore un passe-temps. Sous cette influence, il sentit peu à peu les cinq doigts de la main droite se paralyser et cesser de remplir leurs fonctions. En même temps le pouce et l'index de la main gauche entre lesquels le manche du violon'était maintenu se paralysèrent également; dans ces deux parties la sensibilité était intacte et la perte du mouvement incomplète. Cet homme fut placé dans mon service, et je pus étudier sur lui la nature et l'intensité de la paralysie. Je le traitai par l'électricité. Au bout de huit jours le pouce et l'index de la main gauche étaient guéris complètement; il fallut plus d'un mois pour faire cesser la paralysie de la main droite.
Cette première atteinte se passait en 1856. Cette année, en 1859, au mois de juin, cet homme entra de nouveau dans Bion service avec des symptômes absolument semblables à ceux qu'il avait présentés la première fois. Ce n'est que depuis trois mois que la rechute avait commencé, jusque-là il avait toujours joué du violon et ne s'était pas aperçu que ses doigts eussent perdu de leur force. Mais, la faiblesse augmentant, il fut obligé de rentrer à l'tiôpital où je le soumis de nouveau à l'emploi des courants électriques. Un mois de traitement (mars) le guérit complètement et il demanda à sortir. Depuis, je n'en ai pas entendu parler.
§ k. — TRAITEMENT DE QUELQUES VARIÉTÉS DE PARALYSIES.
1° Paralysie des nerfs moteurs oculaires des yeux.
Ces paralysies sont souvent le résultat de lésions matérielles du cerveau, et elles s'accompagnent alors d'autres paralysies ; il est rare qu'elles soient le symptôme de ces lésions lors-
262 APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICrrÉ.
qu'elles existent seules; il y a donc lieu tout d'abord de rechercher quelles sont les causes qui ont pu les produire. Ces causes, bien que peu communes, se rencontrent quelquefois ; ce sont, en particulier, les scrofules, les exsudations rhumatismales et syphilitiques, le manque d'exercice des muscles, quelquefois l'état contraire, c'est-à-dire l'exercice exagéré de ces mêmes muscles. Citons encore la compression exercée par des tumeurs intra-orbitaires dans la substance des muscles et des nerfs. Voilà des causes bien différentes de ces diverses paralysies pour chercher à les traiter par l'électricité. Quelques-unes cependant, et en particulier celles qui sont de nature rhumatismale ou bien d'origine toute nerveuse, sont seules susceptibles de guérison. C'est de celles-là seules que nous nous occupons.
Paralysie de la troisième paire de nerfs. — • Cette paralysie amène l'impossibilité de relever la paupière supérieure par suite de la paralysie du muscle élévateur de la paupière supérieure. C'est là le symptôme principal. M. Althaus, qui l'a étudié avec soin, donne comme autres signes, la propulsion du globe de l'œil au dehors de l'orbite et la dilatation de la pupille qui ne" peut être tournée en dedans, tandis qu'elle peut être tournée en dehors, puisque le droit externe est animé par la sixième paire. Le mouvement de bas en haut et de haut en bas du globe de l'œil est hmité ou entièrement impossible. En outre, la vision est double et l'adaptation de l'œil à la vision des objets qui sont rapprochés du malade est impossible.
Paralysie de la quatrième paire. — Cette paralysie est assez rare et difficile àreconnaître. D'après M. de Graefe, dans cette affection la pupille est tournée un peu en haut et en dedans. Quand le malade regarde en l'air, il n'y a pas de perturbation dans la vision ; mais s'il regarde un objet placé horizontalement devant son œil, il voit double. Pour éviter cet inconvénient, le malade tourne en général la tête du côté opposé.
Paralysie des nerfs de la sixième paire. — Dans cette paralysie, le malade a le globe de l'œil tourné en dedans, et il y a diplopiedans certaines directions. Quelquefois, dit M. Althaus, la déviation du globe de l'œil en dedans est si prononcée que toute la cornée peut être cachée dans l'angle interne de l'orbite. Cette paralysie se montre souvent en même temps que celle des nerfs de la troisième paire, -et alors le globe de l'œil ne peut se mouvoir ni de bas en haut ni de haut en bas, ni en dedans ni en dehors.
J'avoue n'avoir pas eu occasion de traiter ces paralysies par l'électricité. Mon expérience me faisant défaut^ je traduis ici le passage intéressant d'Althaus sur ce sujet :
« Le traitement général qui a été adopté dans ces paralysies consiste : i° dans l'exercice gymnastique des muscles attaqués, exercice qui n'est naturellement possible que si la paralysie est incomplète ; 2° l'excitation de la peau dans le voisinage de l'œil. Dans les cas ou l'on peut suivre les traces de l'excès ou du manque d'exercice, on doit essayer l'électricité. L'électrisation de ces paralysies paraît être difficultueuse et dangereuse à cause de la position des muscles en dedans de l'orbite. Trois méthodes différentes ont, du reste, été adoptées dans l'application de l'électricité aux muscles paralysés de l'œil. Dans l'une, on place un électrode dans la main du malade, et on touche la peau dans le voisinage de l'œil avec l'aulre électrode. Dans l'autre, on élec« trise les branches des nerfs trijumeaux et du nerf facial, afin d'exciter les muscles et les nerfs de l'œil par une sorte d'action réflexe. Enfin, dans la troisième méthode, on applique l'électricité par éleclro-puncture en introduisant dans le tissu des muscles paralysés des aiguilles qui soient en communication avec les pôles d'une machine. Le docteur Meyer, de Berlin (1), a récemment proposé une autre méthode quicon-
(1) Einige Falle von hugen Krankheiten indeutsch Klinik, 1858, n°.38.
26/l APPLICATIONS DE L'Ér.ECÎRIClTÉ.
siste à placer dans la main du malade un électrode en communication avec le pôle négatif et d'appliquer sur la peau de l'œil fermé, aussi près que possible du muscle, une petite éponge mouillée qui soit en communication avec l'autre pôle. Pour exciter le droit interne, il met l'électrode positif à l'angle interne de l'œil, et pour localiser le courant électrique supérieur, il place l'électrode positif en dessous des muscles trocbléens.
« Par cette méthode, il a traité un malade du docteur de Graefe qui souffrait depuis six mois de la vision double conséquence d'une paralysie du droit interne et de l'oblique supérieur. L'état du malade fut considérablement amélioré par l'action de l'électricité. Le docteur Meyer obtint en cinq semaines, par le même moyen, la guérison complète d'un autre malade qui souffrait depuis quatre ans de la vision double qui avait été la conséquence de la paralysie de plusieurs muscles de l'œil. Dans cette paralysie, plus que dans toute autre, l'application du courant continu doit être évitée avec soin à cause de son action sur la rétine, et l'on doit employer l'extra-courant d'un appareil d'induction qui n'exerce aucune action sur la rétine. » Ce qui veut dire qu'il faut employer un appareil donnant des courants à faible tension.
2° Paralysie du nerf facial.
L'hémiplégie faciale se montre dans trois circonstances bien différentes les unes des autres. Tantôt elle se manifeste en même temps qu'une hémiplégie complète, et elle est alors le symptôme d'une maladie du cerveau. Dans d'autres cas, elle est le symptôme d'une lésion intra-crânienne du nerf facial. Enfin, elle peut dépendre d'une lésion extra-crânienne de ce même nerf. Ce sont ces deux espèces seules qui doivent nous occuper : dans ces deux cas, l'hémiplégie est bornée à la face et ne s'accompagne d'aucune autre espèce de paralysie.
Laissons de côté la paralysie faciale accompagnant une
DES PARALYSIKS. 2G5
hémiplégie complète ; occupons-nous des deux autres variétés dont l'histoire est très intéressante.
Dans l'état actuel de la science, on assigne plusieurs causes à la paralysie faciale dépendant d'une lésion intra-crânienne du nerf de la septième paire. Ce sont surtout les suivantes :
Une petite hémorrhagie, ou un ramollissement très circonscrit dans le bulbe rachidien, et exclusivement bornés à l'origine même des filets du nerf facial ou dans l'épaisseur du nerf lui-même, lorsque les filets d'origine se réunissent en faisceaux.
La compression du nerf facial par des tumeurs osseuses, fibreuses ou autres, nées, soit delà voûte crânienne, soit des méninges.
La destruction du nerf facial par une carie du rocher, sa suppuration, sa gangrène dans ce même cas.
Voici maintenant quelles sont les lésions externes du nerf facial qui peuveut amener une paralysie faciale.
La congestion sanguine du nerf facial, congestion produite sous l'influence d'un refroidissement, de l'action d'un courant d'air, etc., etc. Cette congestion augmentant le volume du nerf facial dans l'intérieur du conduit osseux qu'il traverse, produit ainsi une véritable compression, on pourrait presque dire l'étranglement de ce nerf ;
Des exsudations d'origine rhumatismale qui viennent occuper divers sièges : tantôt autour du tronc du nerf luimême ; tantôt autour de quelques-unes de ses branches ; tantôt, enfin, entre les muscles eux-mêmes ;
La blessure du nerf facial, sa section, sa destruction par des suppurations abondantes, par la gangrène, la compression du nerf facial par des tumeurs placées en dehors du crâne. Telles sont les tumeurs des parotides et des parties voisines.
Les paralysies faciales, suivant qu'elles sont dues à Tune de ces deux variétés étiologiques, diffèrent entre elles sous
le rapport de leur évolution ultérieure. Les premières sont presque toujours suivies de la destruction des fibres nerveuses du nerf facial. Aussi la guérison est-elle bien difficile, quelquefois même impossible ; il faudrait admettre une cicatrisation complète du nerf ou la cessation de sa compression par une tumeur intérieure : ce qui est rare.
Dans la deuxième variété, la paralysie faciale due à une cause extra-crânienne, les choses se passent d'une manière inverse : c'est-à-dire que la maladie est souvent incurable, et que la plupart du temps, les lésions qui -ont entouré le nerf à sa sortie du crâne sont susceptibles de guérison dans le plus grand nombre des cas.
On peut établir le diagnostic de ces deux grandes catégories de faits en s' appuyant sur les caractères, le siège et l'intensité de la paralysie. C'est ce que nous allons essayer de faire.
a. Caractères symptomaliques de la paralysie faciale due à une cause eœtra-cr antenne.' — Ces paralysies sont nombreuses, et on peut les étudier avec soin; cette étude permettra d'établir un diagnostic exact. Dans la paralysie faciale, les expressions de surprise, d'etfroi, d'hilarité, de menace, de tristesse, de malice, de dégoût et de rage, sont nulles du côté paralysé, et conservées ou exagérées du côté sain. Le sujet atteint ne peut froncer les sourcils, ni rire, ni siffler. Déplus, il s'y produit dans les traits du sujet malade des changements qui proviennent de la perturbation de l'équilibre entre les muscles paralysés et les muscles sains.
Voici maintenant quelques détails sur les sièges que peuvent affecter les paralysies et sur leurs principaux caractères.
Paralysie de la partie frontale de Voccipito- frontal et du muscle peaucier.- — Les malades qui en sont atteints ne peuvent mouvoir le front, ils ne froncent pas le sourcil. Les rides transversales de la partie ridée, chez les vieillards.
disparaissent. Enfin, signalons que dans ce genre de paralysie le sourcil paraît pendre sur l'orbite. Ce qui donne parfois à la physionomie un aspect hideux.
Paralysie de l'orbiculaire des yeux. — L'œil ne se ferme pas, il est constamment ouvert et reste exposé à l'air, même pendant le sommeil. Il résulte de cet état, une irritation habituelle de l'œil et le développement d'une conjonctivite plus ou moins intense. Dans la paralysie de ce nerf, les paupières sont plus écartées l'une de l'autre ; de plus, les yeux sont fixes et saillants. L'ouverture de l'œil et l'écartement des paupières se composent de deux éléments qu'il faut considérer à part : le premier consiste dans l'abaissement forcé de la paupière inférieure; le second, la paupière supérieure, au contraire, est maintenue relevée par suite du mécanisme suivant.
En pareil cas, l'écartement indique que le muscle droit interne, le muscle droit supérieur et le muscle oblique inférieur, sont animés non par le nerf facial, mais par les filets de la troisième paire. L'élévateur de la paupière supérieure qui est l'antagoniste de l'orbiculaire des paupières et qui est animé par un filet de la troisième paire, est la cause de la persistance de l'élévation de la paupière supérieure.
La paralysie de l'orbiculaire des paupières n'existe pas dans la paralysie faciale due à une lésion extra- crânienne. 11 résulte de là que cette considération est utile pour le diagnostic, et que l'ouverture constante des deux paupières est la preuve qu'il s'agit d'une paralysie extra-crânienne.
Paralysie de l'élévateur de Vaile du nez. — La dilatation active de la narine est impossible. La narine, au lieu d'être dilatée dans l'inspiration, et resserrée dans l'expiration , comme cela a lieu dans l'état sain , agit d'une manière tout opposée : la narine est dilatée dans l'expiration et elle se resserre dans l'inspiration.
Muscles de Voreille, — Chez l'homme, la paralysie de ces
268 Al'i'LlCÀTJOMS D!i l'électuicité.
muscles ne détermine aucun changement dans la position de l'oreille.
Muscles zygomatiques et élévateur [de V angle de la bouche. — L'angle de la bouche est déprimé et pendant, tandis que du côté sain il est tiré du côté de l'oreille.
Muscles buccinateurs. — Du côté paralysé, la joue est flasque, pendante, et semblable à ce qu'elle est chez un vieillard. Elle se dilate et se gonfle dans l'expiration, tandis qu'elle se déprime dans l'inspiration.
La mastication n'est pas, en général, gênée. Il y a, cependant, une difficulté de manger qui est due à l'accumulation des aliments entre les arcades dentaires et le buccinateur paralysé ; quelquefois on est obligé d'en repousser les aliments avec les doigts pour les rejeter sous les dents et dans* l'intérieur de la bouche. Quelquefois les liquides introduits retombent au dehors. La parole est un peu gênée, surtout lorsqu'on est obligé de parler avec un peu d'énergie.
Muscles orbiculaires des lèvres. — 11 résulte de la paralysie de ces muscles une impossibilité de contracter la bouche et de siffler. Les lèvres sont tirées du côté sain ; le sillon nasolabial n'existe pas, ou est à peine sensible, il est presque constamment rempli. Quelquefois la salive s'écoule involontairement de la bouche, enfin la prononciation labiale est difficile.
Tels sont les principaux caractères de la paralysie faciale due à une cause extra-crânienne. Ces caractères suffisent pour le faire diagnostiquer.
b. Paralysie faciale due à une lésion intr a- crânienne. — Dans cette paralysie il se joint d'autres phénomènes de paralysie faciale qui n'existent pas dans la classe précédente et qui permettent, en conséquence, de reconnaître la seconde espèce de paralysie. Ces symptômes spéciaux sont les suivants, il y a : 1° perte de goiÀt, 2° sensation d'engourdissement dans la langue: ce sentiment est dû à la
DliS PARylLYSIKS. 269
paralysie du filet lingual de la corde du tympan ; 3" difficulté de la déglutition ; h" déviation de la luette ; 5° enfin , dans quelques cas plus rares, l'ouïe est diminuée.
Ces caractères permettent assez bien d'établir le diagnostic.
11 s'agit maintenant de rechercher ce qu'est devenue la contractilité électro-musculaire dans ces divers cas,
i° Dans une première section, nous rangeons les hémiplégies faciales causées par la blessure, la section, la compression et la destruction du nerf facial, produites sous l'influence des causes les plus diverses. Dans cette variété, la contractilité électro-musculaire est anéantie, si la paralysie faciale est complète.
Elle est simplement diminuée, si la section du nerf est incomplète. En pareil cas, le degré de la diminution de la contractilité électrique est en raison directe du degré de diminution du mouvement volontaire, et tous les deux sont subordonnés au degré de destruction des filets du nerf facial.
J'ai eu occasion d'observer, à la Pitié, un jeune artilleur à son retour de Crimée ; il avait eu le typhus, et à la suite du typhus, une volumineuse parotide gauche qui passa à la suppuration. On fit deux incisions avec le bistouri dans cette tumeur, et lorsqu'il arriva à la convalescence, on s'aperçut qu'il existait du même côté une paralysie faciale. Cette paralysie était-elle due à la destruction du nerf par la suppuration, ou bien ce nerf avait-il été coupé par l'opérateur chargé d'ouvrir l'abcès. C'est ce qu'il est difficile de dire, et le malade qui n'avait pas sa connaissance, ne put en rendre compte. Ce qu'il y eut à noter, c'est que la contractilité électro-musculaire était complètement anéantie dans le côté paralysé. J'employai, malgré cela, les courants électriques pendant plus d'un mois et leur influence fut à peu près nulle.
27 0 - APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
2° La paralysie faciale est isolée, mais elle est due à une lésion intra- crânienne.
Les synaptômes que nous avons décrits permettent de bien établir le diagnostic de cette variété. L'application des courants électriques vient encore contribuer à éclaircir ce diagnostic. Lorsque la lésion matérielle, quelle qu'elle soit, a complètement détruit la portion dure de la septième paire, il en résulte deux effets : paralysie complète de tous les muscles animés par les branches du facial, et abolition complète de la contractilité électro-musculaire. Les muscles ne répondent plus en aucune manière [h l'excitation électrique, et si on veut employer des courants énergiques on ne développe que de la douleur.
Lorsque la lésion intra-crânienne n'a que partiellement détruit le nerf, lorsqu'il s'agit d'une compression par des tumeurs , s'il existe, par exemple, un petit épanchement ou un ramollissement très peu étendu et circonscrit dans l'encéphale au niveau des racines de la septième paire, la paralysie n'est ni aussi complète, ni aussi absolue, et la contractilité électro-musculaire est également fortement diminuée. On peut établir, comme une règle à peu près constante, qu'en pareil cas, la diminution de la contractilité électro-musculaire est en raison directe de la diminution de la contractilité volontaire. Elles se suivent et marchent ensemble ; il y a encore dans ce fait un moyen de diagnostic.
8° La paralysie faciale est due à une lésion intra-crânienne, elle est, par exemple, de jnature rhumatismale et due soit à une congestion du nerf, soit à une exsudation rhumatismale autour du tronc et des branches du nerf facial.
En pareil cas, les résultats obtenus sont tout différents et il est assez difficile d'établir des principes généraux. J'ai trouvé les trois cas suivants :
Quelquefois, et ce cas est le plus rare, la contractilité électro-musculaire est abolie complètement. Dans d'autres,
ce cas est certainement le plus commun, elle est diminuée et cette diminution peut avoir lieu à des degrés très divers. Enfin, nous avons trouvé quelquefois la contractilité électromusculaire parfaitement conservée.
11 est probable que cette variété de résultats est due à la variété des effets qui a produit la paralysie, ou même à leur absence. Je suis obligé de le dire ici : il est probable, en effet, que cette maladie n'étant jamais suivie d'accidents mortels, on n'a pu vérifier après la mort la nature de ces résultats, Yoici, du reste, comment j'explique cette différence dans l'état de la contractilité électro-musculaire :
Lorsque cette contractilité est abolie complètement, ce qui est, ainsi que je l'ai dit, le cas le plus rare, il est probable que le tronc du nerf facial est détruit par une tumeur ou une suppuration voisine, ou bien encore, comme j'en ai cité un exemple, par une section malheureuse. Une simple congestion ou une exsudation rhumatismale ne produit jamais un semblable effet.
Lorsque la contractilité électro-musculaire est simplement diminuée, il est incontestable qa'il existe une lésion matérielle qui comprime le nerf et le prive d'une partie de ses fonctions. Tel est ce qui peut arriver à la suite de la compression du facial par yne tumeur qui ne fait que le presser, le gêner sans le détruire ; la compression de ce même nerf par une exsudation rhumatismale susceptible de gêner considérablement ses fonctions sans le détruire.
Enfin , il est des cas où la contractilité électro-musculaire est conservée intacte : ce sont probablement ceux dans lesquels il n'y a aucune lésion matérielle, ou ceux dans lesquels cette lésion consiste en une simple congestion sanguine.
Traitement. — Abandonnée à elle-même, la paralysie faciale est loin de se comporter toujours de la même manière. Gela dépend encore de la cause qui l'a produite et de la na^ ture des moyens employés pour la combattre.
Dans la paralysie faciale qui accompagne une hémiplégie, elle suit en général la marche de cette dernière et décroît avec elle. Notons toutefois que cette paralysie est en général la première à disparaître et qu'elle a souvent cessé d'exister avant que la paralysie du bras et celle de la jambe aient même commencé à décroître. Cependant, elle peut persister complètement avec elle. Lorsque la paralysie est due à une lésion intra crânienne, la marche ultérieure de la paralysie est liée aux effets de la marche ultérieure de ces lésions. Si le nerf facial est détruit complètement, la paralysie faciale est incurable et elle ne diminuera jamais. S'il n'est détruit que partiellement, la paralysie sera incomplète, elle diminuera peu à peu et on pourra espérer à l'aide d'un traitement convenable la diminuer de plus en plus et de jour en jour. Si cette lésion intra-crânienne était susceptible de disparaître complètement, comme cela a lieu pour certaines tumeurs syphilitiques, nul doute que la paralysie faciale ne disparaisse complètement.
Lorsc^ue la paralysie faciale est due à une cause extracrânienne, sa durée et sa disparition sont encore liées aux désordres que cette lésion a produits ou à son effet et à son évolution ultérieure. Si lalésion détruit complètement le nerf, la paralysie faciale est incurable et ne pourra jamais s'améliorer. Si cette destruction n'est que partielle, les choses se passeront absolument comme dans le cas précédent, les mouvements reviendront en partie et un traitement approprié pourra les faire revenir sinon complètement, du moins presque complètement.
Enfin, et ce cas est fréquent, si la lésion disparaît comme cela peut avoir lieu dans les cas de congestion sanguine, de simple exsudation rhumatismale, la guérison complète peut avoir lieu sans traitement. Cependant, on doit observer qu'en pareil cas, elle peut se faire attendre bien longtemps, même après la disparition de la lésion, et qu'il est bon de la traiter,
Quant à la paralysie faciale purement nerveuse, elle peut guérir spontanément comme durer très longtemps ; on ne peut rien établir de fixe à son égard.
En résumé : toutes les fois que la paralysie faciale ne sera pas complète et qu'il restera quelques traces de la contractilité électro-musculaire ;
Toutes les fois que la paralysie sera incomplète à des degrès très divers et que la contractililé électro-musculaire ne sera également que diminuée proportionnellement;
Toutes les fois que la contractilité électro-musculaire sera conservée intacte, quelque complète que soit la paralysie faciale ;
Il sera utile d'employer les courants électriques : ils constituent le meilleur moyen curatif qu'on puisse employer en pareille circonstance. Voici les règles que l'on devra suivre dans leur application :
On ne doit jamais se presser d'appliquer les courants électriques dans la paralysie faciale ; il faut attendre au moins un mois et souvent plus après la première apparition des accidents. Voici pourquoi :
La lésion matérielle qui peut consister en petites hémorrhagies en ramollissements légers et circonscrits; congestion sanguine, exsudation rhumatismale , etc. , etc. , est certainement augmentée sous l'influence de courants électriques prématurés, si on les emploie sans attendre la marche rétrograde de ces lésions pour commencer l'application de l'électricité. Je pense que, même dans la paralysie faciale rhumatismale, il faut au moins un bon mois avant le commencement du traitement électrique. Dans les autres cas je préférerais même en attendre plutôt deux qu'un.
i" Les courants électriques, appliqués à la face, doivent, en raison du voisinage du cerveau, remplir certaines conditions : ils ne doivent pas avoir une tension trop forte ; les intermittences ne doivent pas non plus être trop rapides • si
'21k APPL1CATI0^S DE l/ÉLECTRICITI?.
on fait usage d'une machine électro-magnétique, il faut tourner doucement la roue.
2° Le pôle positif doit être placé sur le tronc du nerf facial, c'est-à-dire au-devant de la parotide, tandis que le pôle négatif doit être placé successivement sur les muscles qui sont paralysés. Cette condition est peut-être plus indispensable que pour les autres paralysies, et je conseille fortement de toujours en tenir compte.
3° Lorsque des muscles sont paralysés isolément par suite de lésions partielles de quelques branches du nerf facial, c'est exclusivement sur les membres paralysés qu'il faut faire agir les courants électriques. Les inconvénients qui pourraient résulter de l'application inutile de l'électricité justifient cette recommandation sur laquelle je ne saurais insister trop fortement.
/{•Dans le traitement des paralysies faciales on doit toujours éviter la violence des courants et la longueur des séances. Il faut que les séances soient douces sous le rapport de l'intensité des secousses que l'on imprime aux muscles paralysés, et courtes. 11 vaut mieux y revenir deux fois le même jour que de faire agir une seule fois et longtemps les courants électriques.
5° Le traitement électrique des paralysies faciales est long dans beaucoup de cas. 11 est quelquefois de peu de durée dans un certain nombre de paralysies rhumatismales; il ne faut pas trop s'y fier, et si on n'obtient pas de succès dans l'espace de quelques semaines, il faut bien se garder d'y renoncer. J'en ai vu qui, pour guérir par les courants électriques, ont exigé près de six mois de traitement,
6° L'emploi des courants électriques contre les paralysies faciales n'offre jamais le moindre danger, pourvu qu'on observe tous les préceptes que je viens d'exposer et qui se résument de la manière suivante : localisation aussi complète que possible. — Emploi de courants peu intenses et lente-
ment intermittents. - — Séances courtes et fréquemment répétées.
En ayant recours à ces moyens qu'on emploiera seuls ou en même temps que d'autres, tels que douches, vésicatoires, préparations de noix vomique, etc., l'hémiplégie faciale peut se terminer de trois manières : l°par la persistance de tous les accidents de la paralysie, ce qui la transforme en maladie incurable ; 2° par la guérison incomplète ou une amélioration plus ou moins grande des symptômes; 3° enfin* par la guérison complète.
11 est un quatrième mode de terminaison déjà connu depuis longtemps et sur lequel M. Duchenne a de nouveau appelé l'attention des médecins. Ce mode de terminaison, c'est la contracture. Cette contracture, qui est au moins une des terminaisons très rares de la paralysie de la septième paire, produit une difformité incurable en déterminant en même temps une gêne très grande dans les mouvements de la face.
Elle doit être distinguée de la contracture essentielle des muscles d'un côté de la face qui a reçu les noms de risus sardonicus, tic indolent, spasme idiopathique de la face.
Lorsque la contracture succède à la paralysie des muscles de la face, et qu'on a commencé à employer contre cette dernière l'électrisation, on peut admettre en principe qu'il faut l'interrompre. 11 est donc important de prévoir le développement de cette contracture, car lorsqu'on la laisse survenir,elle est presquetoujours incurable. On peut, du reste, s'apercevoir de sa production, car cet état pathologique s'annonce par un état spasmodique qui survient dans les muscles paralysés sous l'influence d'un excitation artificielle quelconque. Elle est encore annoncée par le retour de la force tonique dans les muscles de la face privée de leur contractilité électro-musculaire.
Ce qui fait la gravité de ces contractures, c'est que les muscles qui en sont affectés peuvent se rétracter à la longue,
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ci il en résulte alors une difformité incurable qui gêne beaucoup les mouvements.
3° Para.jsie des muscles du larynx; aphonie.
L'aphonie est, dans le plus grand nombre des cas, le symptôme commun à un certain nombre de maladies du larynx. Ainsi on peut citer ce symptôme comme s'observanLdans les laryngites aiguës et chroniques, l'œdème de la glotte, les ulcéationsdu larynx, la laryngite syphilitique, la laryngite tuberuleuse, la laryngite pseudo-membraneuse. Vouloir traiter de telles aphonies par l'électricité serait une absurdité. Aussi je ne pense pas qu'on y ait songé. Mais ces lésions diverses étant guéries, et un certain nombre d'entre elles peuvent l'être, il peut se faire qu'en pareil cas on songe à les traiter par l'électricité. Je ne sache pas, toutefois, que de pareils faits de guérison existent dans la science.
Mais quelquefois l'aphonie peut être simplement nerveuse. On peut dire qu'elle rentre dans cette catégorie lorsqu'elle se développe sans cause connue, sans douleur ni gêne vers le larynx, sans toux ni dyspnée.
On la rencontre surtout chez les hystériques; quelquefois on la voit se développer à la suite d'émotions vives. Ces aphonies peuvent guérir spontanément, mais aussi elles peuvent résister et durer un temps extrêmement long. Nous allons nous occuper spécialement de la paralysie hystérique. La première guérison de l'aphonie hystérique a été obtenue en 1800 par un médecin allemand, M. le docteur Grapengiesser (de Berlin) ; il essaya relîet du courant produit par un seul couple sur le larynx d'une jeune fille aphone depuis plusieurs années. Un vésicatoire avait été mis de chaque côté du larynx; il mit le pôle cuivre sur l'un, le pôle zinc sur l'autre. On maintint ainsi le circuit quinze minutes gous cette influence; le larynx était agité de convulsions,
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une sécrétion abondante avait lieu par les vésicatoires. La malade expectora beaucoup de mucus, et deux heures après la voix était plus intelligible et plus claire. Au bout de plusieurs séances la voix était complètement rétablie ; six mois après, l'aphonie récidiva et ne put guérir par les mêmes moyens.
On trouve un cas semblable rapporté dans le Dublin g uarterly Journal (iS (il). Dans ce cas, l'amélioration commença le premier jour de l'application du courant. Elle fut guérie le quatrième jour, après une petite récidive.
M. Sédillot [Lancette, 10 mai 1856) a observé une femme de trente ans atteinte depuis douze ans d'aphonie et de mutisme complet. La langue était déformée et déviée, elle était contractée et dirigée vers la partie supérieure de la bouche; la malade ne pouvait toucher les dents avec l'extrémité de la langue. M. Sédillot appliqua les courants d'induction; l'un des pôles fut placé successivement sur les divers points de la langue, et l'autre à l'apophyse mastoïde, à la partie postérieure et supérieure du cou et aux différents points de la face. La première séance amena des douleurs vives et une violente céphalalgie. Huit jours après on commença une deuxième séance; la voix commença à être distincte ; un petit nombre d'applications détermina une guérison complète.
M. Duchenne a publié deux cas d'aphonie hystérique, l'un remontant à six mois, l'autre à plus de deux ans; tous deux ont été guéris.
En pareil cas ce médecin emploie deux excitateurs coniques, couverts de peau humide., qu'il place à la partie antérieure du cou, l'un au-dessus du corps thyroïde, l'autre au niveau de l'espace circo-thyroïdien, et dans la même séance il pratique l'excitation cutanée au-devant du larynx. Dans un autre cas ce procédé ayant échoué, il porta directement l'excitateur électrique sur le nerf laryngé inférieur et sur les muscles du larynx.
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M. Althaus a eu occasion de traiter un assez grand nombre de paralysies hystériques, je pense qu'il sera intéressant pour le lecteur de connaître le résultat de son travail.
J'ai eu toutes les chances favorables pour essayer la valeur du galvanisnae dans le traitement de l'aphonie hystérique, puisque j'ai été assez heureux pour pouvoir examiner quinze cas de cette affection comparativement si rare. Je dois une grande partie de ces cas à l'obligeance des médecins du Samaritan free Hospital.
Tous les malades étaient des femmes et le plus grand nombre de ces femmes avait moins de trente ans : deux de ces femmes étaient mariées, treize ne l'étaient pas. Aucun de ces cas ne présentait d'indice d'un état morbide, d'inflammation ou d'ulcération de la membrane muqueuse du larynx, qui aurait pu expliquer la perte de la voix. L'affection consistait seulement dans l'atonie des nerfs et des muscles du larynx. Dans un cas qui m'a été adressé par le docteur Henry G, "Wright, le caractère uniquement paralytique de la maladie pouvait être méconnu en ce que le malade souffrait aussi d'une aiîection vénérienne : une éruption spécifique de la peau et une large tumeur au-dessus du sourcil droit existaient chez ce malade, en sorte que, par un examen superficiel, on aurait pu être conduit à la diagnose d'une aphonie résultant d'une ulcération syphilitique du larynx. Mais les autres signes d'une ulcération de ce genre ne se rencontraient pas , et il devint évident qu'il n'y avait pas d'ulcération , par l'influence favorable qu'exercèrent un petit nombre d'applications de l'électricité. Je dois également dire que ce cas est le seul dans lequel la cause de la maladie paraissait être d'une manière bien évidente un trop fréquent usage de la parole. Dans quelques autres cas il existait une lésion de la membrane muqueuse du larynx, mais elle n'était pas assez forte pour expliquer la perte de la voix. Quelques malades disaient qu'un courant d'air froid
avait été la cause de la perte de la voix, d'autres ne pouvaient pas savoir comment il s'était fait qu'un matin, en se réveillant, elles s'étaient aperçues qu'elles avaient perdu la voix.
Le 'degré de l'affection était différent. Le timbre normal de la voix était entièrement perdu dans tous les cas, mais la plus grande partie des malades pouvaient chuchoter au moyen des mouvements de la lèvre et de la langue. Ce chuchotement était tout à fait distinct chez quelques malades, mais il était difficilement intelligible chez d'autres, dont deux se trouvaient au King's collège Hospital, soumises aux soins du docteur Todd, et un autre au Samaritan free Flospiial^ soumises aux soins du docteur Savage. Toutes les malades se plaignaient d'une sensation douloureuse au gosier. Quatre d'entre elles éprouvaient aussi de la douleur dans la poitrine et à l'épigastre. Chez trois des malades, l'époque du commencement de la cataménie était irrégulière, mais il n'y avait guère d'aménorrhée chez aucune d'elles. Dans deux cas l'aphonie était seulement un symptôme de perturbation hystérique profonde de tout le système, puisque les malades souf-* fraient en outre de la sensation de boule hystérique, de violentes céphalalgies, d'assoupissements, de crampes et d'affaiblissement dans les membres ; un des cas passa ensuite à l'état cataleptique.
Ordinairement pour rendre l'essai du galvanisme bien net, on ne fait prendre aux malades, que des drogues indifférentes, ou bien on ne leur administre aucun médicament. Dans tous cas j'ai appliqué un léger courant d^induction au moyen de conducteurs mouillés, et j'ai dirigé les électrodes, en partie dans le nerf récurrent et en partie dans le tissu du muscle crico-thyroïdien qui, ainsi que les expériences de M. Longet l'ont prouvé, joue un rôle important dans la formation de la voix. Ce mode d'application se montra convenable, puisque sur les quinze cas onze furent guéris en un
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temps très court. Quatre se montrèrent rebelles à la faradisation: ils furent de longue durée et se compliquèrent d'autres symptômes d'hystérie. Dans les onze cas qui n'étaient pas compliqués d'autres symptômes et qui étaient comparativement de Lourte durée, puisque aucun ne dépassait une période de quatre mois, le traitement a eu les résultats ^suivants : Dans un cas, la voix a été rétablie environ trois heures après une première application de l'électricité de quelques minutes de durée. Deux ont été guéris par trois séances, huit par quatre séances. Dans six, la voix, lorsqu'elle est venue, était tout de suite aussi forte qu'elle avait été auparavant. Chez cinq malades, au contraire, un accroissement évident dans la sonorité de la voix était sensible depuis le commencement jusqu'à la fin du traitement.
On objectera probablement que dans les cas de cette espèce il est assez fréquent que la voix revienne tout d'un coup sans que l'on ait employé aucun traitement contre la maladie (1), et que, par suite, il est douteux que l'électricité ait servi à quelque chose, néanmoins je pense qu'on aura tort de nier l'influence favorable de la faradisation. Même si l'on considère la question au point de vue théorique seulement, l'emploi du galvanisme devrait présenter une chance favorable de rétablissement pour un cas de paralysie simplement locale à laquelle ne vient se joindre aucune affection constitutionnelle. En outre, j'ajouterai que les cas que j'ai traités ont persisté sans éprouver aucune modification pendant un espace de temps plus ou moins long, et n'ont été guéris qu'aussitôt qu'ils ont été soumis à l'influence de la faradisation. J'incline aussi cl considérer la circonstance de l'accroissement graduel de la sonorité de la voix qui a été observé dans cinq cas
fl) Un cas intéressant de cette espèce est rapporté par le docteur Todd, àans ses Clinical lectures on paralysis, etc., p. 265.
pendant le cours du traitement, comme une preuve de son efficacité.
Autant que je pais l'affirmer, dans un des onze cas, une rechute a eu lieu quinze jours après que la voix fat revenue ; deux nouvelles applications de l'électricité ont reproduit l'effet désiré. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'autres rechutes, parce qu'il est très probable que si cela avait eu lieu, les malades auraient cherché de nouveau à porter remède à une affection très gênante et très désagréable, dont elles avaient été délivrées par un traitement peu prolongé et qui ne présentait aucun inconvénient.