ÉPILEPSIE
Mauduyt, Mazars, Sigaud de Lafond, etc., ont prétendu guérir des épilepsies à l'aide de l'électricité. Lalanne a rapporté un cas de guérison d'une épilepsie remontant à douze ans.
Le docteur Harris a traité huit malades épileptiques au moyen de l'appareil de Muncke; il a obtenu cinq guérisons dans l'espace de onze jours à cinq semaines. M. Person a employé l'électro-puncture chez une jeune fille de douze ans, atteinte d'une épilepsie qui remontait à six années. Une aiguille fut placée à l'épigastre, l'autre sur la première vertèbre cervicale. Le courant était fourni par une pile à auge; la petite malade guérit complètement. M. Massé prétend également avojr guéri des épilepsies. Les observations rapportées par ces auteurs manquent de détails suffisants. Comment et à quels instants a-t-on employé l'électricité en pareille circonstance? est-ce pendant l'attaque, est-ce pendant l'intervalle ? étaient-cede véritables épilepsies ? Je crois que tout médecin raisonnable doit attendre de nouveaux faits et surtout des observations plus sérieuses, pour admettre la possibilité de la guérison d'une si terrible maladie par l'électricité. Quant à moi, je suis très peu porté à admettre la réalité des faits publiés jusqu'à présent.
Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, il a paru à Lyon une brochure intitulée : Traitement de Vépi-
lepsie par rélectricité statique, nouvelle méthode, par Beckensteiner. Cet auteur regarde l'épilepsie comme une maladie dans laquelle le fluide nerveux se porte instantanément au cerveau, agissant comme une commotion de la bouteille de Leyde au moment de sa décharge.
Il la traite en dirigeant vers les extrémités inférieures le fluide vital ou électrique qui tend à se porter avec violence et rapidité de ces extrémités au cerveau ; il faut pour cela que l'électricité artificielle agisse sur le malade par courants de la tête aux pieds.
Il place les malades sur des tabourets isolants, il les met en communication avec une machine électrique en mouvement, puis il tire des étincelles des diverses parties du corps pour y diriger ce qu'il appelle le courant d'électricité. Cette manière d'agir est tellement en dehors des idées médicales généralement acceptées, que ce serait faire perdre le temps aux lecteurs que de les initier à de. pareilles choses.
%h. — CATALEPSIE.
On trouve dans le Journal de Hufeland la relation d'un cas de léthargie compliquée de catalepsie, et remontant à quatre mois, développée chez une jeune fille âgée de onze ans.
Le docteur Oebre, de New-Rufpin, en obtint la guérison au moyen de la galvanisation opérée avec soixante paires de disques de 8 pouces carrés. Un conducteur était placé au creux de l'estomac, l'autre sur plusieurs points successivement. Il ne fallut que trois séances d'une heure. Fabré-Palaprat a également rapporté un cas d'extase cataleptique guéri par l'électricité. C'est lui-même qui en était le sujet. M. Guitard a cité l'observation d'une léthargie cataleptique de deux mois de durée, qui, ayant résisté à tous les moyens mis en usage, fut guérie après six séances d'électrisation opérée avec le courant du premier ordre de l'appareil d'induction.
314 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
Ces faits ne sont que des jalons de peu de valeur; il faudrait des observations plus complètes et plus détaillées pour se faire une opinion à cet égard. Ma conclusion ne saurait être autre ici que celle que je viens de formuler pour l'épilepsie.
Les convulsions et les contractures hystériques constituent certainement un accident contre lequel on peut concevoir à priori l'utilité de l'électricité. 11 est tout à fait rationnel d'y avoir recours, soit qu'on veuille l'administrer comme agent hyposthénisant, soit qu'on opère sur les muscles antagonistes, soit enfin qu'on en fasse usage comme d'une méthode substitutive, en substituant une convulsion d'une nouvelle espèce aux accidents hystériques. Si l'on parcourt la plupart des anciens traités d'électricité médicale, traités dont j'ai présenté une analyse succincte dans l'introduction historique, on trouve dans presque tous, si ce n'est même dans tous, de prétendues guérisons de convulsions ou de contractures qui peuvent certainement être rangées dans cette catégorie. J'ai peut-être tort de dire prétendues guérisons, car elles sont très certainement possibles. Je n'ai trouvé l'occasion d'employer l'électricité que dans un seul cas de convulsions ou de contractures hystériques; il m'est donc difficile d'avoir une opinion bien nette à cet égard, et je suis obligé de me borner à formuler la série d'expériences qui pourraient être tentées. Je rapporterai ensuite l'observation qui m'est personnelle.
Dans les cas de convulsions hystériques générales, la méthode hyposthénisante et l'action sur les antagonistes ne sont pas applicables. On ne pourrait songer qu'à administrer l'électricité à titre de méthode substitutive.
En pareil cas, ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de faire usage de l'électricité au moyen d'un bain tel que celui que j'ai décrit, ou bien d'employer le bain hydro-électrique
CONVULSIONS iiX GONTUACTURES. 315
avec courants dérivés, tel que celui dont M. Moretin a donné la description (1),
Quels résultats obtiendrait-on? C'est à l'expérience à prononcer. S'il s'agit de convulsions locales, on peut faire usage de l'électricité localisée à l'aide d'épongés humides ou de l'électro-puncture, et employer soit des courants continus, soit les courants d'une machine à induction; il faut que les courants continus ou intermittents aient une énergie notable, et qu'ils soient continués au moins pendant cinq à six minutes pour produire l'hyposthénisation.
Dans le cas de contractures localisées, on peut faire usage de la méthode hyposthénisante d'après les principes qui viennent d'être rappelés. C'est dans ces accidents seulement qu'on pourrait agir sur les muscles antagonistes. Toutes ces expériences sont à tenter, et il y a probablement des faits curieux à constater en agissant dans cette direction. Voici la seule observation que j'ai pu recueillir à cet égard.
Une jeune femme, âgée de vingt-trois ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament très nerveux, est entrée dans mon service en octobre 1856 pour une affection caractérisée par des convulsions hystériques du bras gauche. Ces convulsions revenaient plusieurs fois par jour à des heures indéterminées et avec une intensité extrêmement variable. Tantôt fortes et énergiques, elles étaient peu caractérisées et simplement choréiformes ; dans d'autres instants, elles cessaient complètement pendant le sommeil. Ces convulsions remontaient à une dizaine de jours. Cette jeune malade nous apprit en même temps que, depuis plusieurs années, elle était sujette à des attaques d'hystérie intenses, qui revenaient à des époques indéterminées et également
(1) Voyez la description de ce bain hijdro-électrique dans le tome P% p. !xhk, du Manuel de matière médicale, de thérapeutique et de pharmacie, par M. le professeur Bouchardat, 2= édition, 1S56, 2 vol.
avec une énergie variable. Un bruit de souffle doux à la base et au premier temps du cœur et un bruit de souffle intermittent dans les deux carotides indiquaient l'existence d'une anémie assez caractérisée. Je voulus profiter de ce cas pour appliquer les courants électriques contre les convulsions hystériques du bras gauche, et j'administrai l'électricité pour la première fois, en faisant circuler le courant entre les réophores maintenus dans les deux mains. Ces courants étaient énergiques et à intermittences rapides. A peine la machine fut-elle en activité, qu'une violente attaque d'hystérie et de convulsions générales se manifesta au milieu de cris violents que poussait la malade. Loin d'interrompre le passage des courants, je fis tenir la malade, et, malgré ses mouvements désordonnés, je pus continuer à la soumettre à leur action. Cette action dura dix^minutes, et je ne l'interrompis que lorsque j'eus maîtrisé l'attaque d'hystérie qui cessa en effet complètement. Les mouvements convulsifs du bras s'étaient également arrêtés ; ils reparurent cependant plusieurs fois dans la journée, mais avec peu d'intensité.
Pendant huit jours, je fis administrer tous les jours, une séance d'électricité de douze à quinze minutes : aucune ne fit naître d'attaque d'hystérie, et toutes firent cesser, dès l'instant de leur application, les mouvements convulsifs.
Ces derniers diminuèrent peu à peu, et ils ne se reproduisirent plus dans la journée que légers et fugaces. Au bout de huit jours, la malade se trouvait si bien, qu'elle voulut sortir, bien qu'elle ne fût pas complètement guérie. 11 reparaissait de temps en temps quelques convulsions légères du bras, convulsions qui étaient bien peu de chose, si on les comparait à ce qu'elles étaient à l'instant de l'entrée de la malade. Mais enfin elles n'avaient pas complètement disparu, et toutes nos instances ne purent retenir la malade à l'hôpital.