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CHORÉE

Labaume, Fabré-Palaprat et bien d'autres médecins ont affirmé que la chorée guérissait sous l'influence de Temploi de l'électricité. On comprend très bien la possibilité de pareils faits, lorsqu'on voit souvent cette maladie s'améliorer ou guérir sous l'influence delà noix vomique, de la strychnine, de la brucine, etc., qui, en définitive, sont des excitants du système musculaire, et qui produisent sur cet appareil une action tout à fait analogue à celle des courants électriques. Mais il ne s'agit pas de concevoir cette action, il faut des faits, recueillis comme on peut les recueillir avec toute la sévérité des méthodes actuelles. Or, ces faits n'existent pas, et il n'y a dans la science que quelques jalons à peine capables d'indiquer la route qu'il faut suivre.

Dans la chorée générale, ou du moins affectant la plus grande partie du système locomoteur, l'administration de l'électricité par la méthode hyposthénisante n'est pas applicable, et l'on ne doit pas y songer ; elle produit une perturbation trop grande dans l'organisme; on ne peut qu'avoir recours aux moyens que nous avons indiqués pour les convulsions hystériques générales, c'est-à-dire la méthode substitutive en employant, soit le bain électrique que j'ai indiqué, soit celui basé sur les idées de M. Moretin. On pourrait encore employer l'électricité perturbatrice à l'aide de bains de pieds ou de bains de mains, ou bien de conducteurs métalliques tenus dans les deux mains, ou appliqués à la face inférieure des deux pieds.

En 1850, j'étais chargé du service de M. Serres à l'hôpital de la Pitié, j'eus l'occasion d'employer cette dernière méthode sur une jeune fille de seize ans, choréique au plus haut degré. On avait employé successivement et inutilement les afîusions d'eau froide, les bains sulfureux, l'opium, la belladone, le quin juina et le fer. L'électricité fut administrée

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pendant huit jours consécutifs, à l'aide de cylindres métalliques appliqués successivement aux deux plantes des pieds et dans les paumes des deux mains. Les courants étaient d'une énergie modérée, les séances duraient quinze minutes. Les résultats furent complètement nuls : bien plus, au bout de cette semaine, la chorée sembla notablement augmentée, et ^* je fis interrompre les séances. Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, j'ai eu occasion d'appliquer l'électricité au traitement de trois choréiques, et je dois déclarer que, loin d'avoir obtenu aucune amélioration, j'ai vu les accidents choréiques augmenter d'intensité, tandis qu'elle céda une fois à la gymnastique et deux fois aux bains sulfureux. Ces résultats m'empêchèrent certainement d'essayer de nouveau l'emploi de l'électricité dans la chorée.

Chorée partielle ou locale. — Dans le cas de chorée partielle ou locale, on peut tenter la méthode hyposthénisante administrée à l'aide des conducteurs humides ou del'électropuncture, et au moyen de courants continus ou de courants d'induction.

Voici une expérience que j'ai tentée dans ces derniers temps, je la rapporte textuellement ; elle pourra servir de guide aux médecins qui voudront opérer dans cette voie.

Une jeune tille de dix-huit ans, domestique, d'une constitution robuste et solide et d'une excellente santé, était atteinte depuis onze mois d'une hémi-chorée droite de la face. Cette affection, à laquelle d'autres médecins, consultés avant nous, avaient donné le nom de tic non douloureux de laface^ était caractérisée par des grimaces affreuses de tout le côté droit de la face animé par les filets du nerf facial. Les contorsions, de nature choréique, étaient on ne peut plus violentes et sans aucune interruption ; elles diminuaient et devenaient très faibles pendant le sommeil, mais ne cessaient pas complètement. J'essayai chez cette jeune malade la méthode hyposthénisante. Le pôle positif d'une machine de Breton

fut appliqué au point d'émergence des filets du nerf facial au moyen d'une éponge humide. Le courant négatif, à l'aide d'un conducteur semblable, fut placé successivement au front, jau-devant du nez, à la commissure des lèvres et au menton. Le courant était très énergique, à intermittences rapides ; la durée était de cinq à six minutes. Dans le premier instant de son application la douleur était très vive, la malade criait ; mais cette douleur cessait bientôt, et la patiente n'accusait plus dans les parties traversées par le courant qu'une sensation d'engourdissement. La séance étant terminée, les mouvements choréiques avaient cessé complètement. Le premier jour, cette cessation complète se prolongea une demi-heure, puis les mouvements revinrent peu à peu, et au bout d'une heure l'hémi-chorée avait repris toute son intensité.

On continua vingt jours ces séances, et les vingt jours les résultats furent constamment les mêmes, c'est-à-dire que les mouvements choréiques s'interrompaient après chaque séance pendant un temps qui pouvait varier de vingt à cinquante minutes, jamais plus ; puis tout revenait.

Pendant dix jours, on appliqua les mêmes courants à l'aide de l'électro-puncture ; les résultats furent encore les mêmes. Au bout de trente jours, on cessa tout traitement. La malade fut soumise quinze jours à la médication hydrothérapique, qui fut elle-même interrompue pour cause de réparation des appareils. La malade fut alors de nouveau soumise à l'action hyposthénisante des courants, nous vîmes les mêmes etfets. Cependant la maladie était très améliorée, et il s'en fallait de très peu que la guéiison fût complète ; malgré la presque certitude d'un succès à peuprès complet, lamalade s'est trouvée tellement bien, qu'elle a voulu quitter l'hôpital avant la fin du traitement.

Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, M. Briquet, tout récemment, a lu à l'Académie de médecine

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un travail sur le traitement de la chorée par Télectrisation cutanée. Malgré l'incertitude qu'a laissée dans mon esprit le travail du médecin de la Charité, je vais en présenter l'analyse que j'emprunte à l'excellent résumé qu'en a fait la Gazette des hôpitaux. Je chercherai ensuite à en apprécier la valeur.

Si, en plaçant l'éponge qui termine l'un des fils d'un appareil d'induction à la partie supérieure d'un membre frappé de chorée, on promène pendant quatre ou cinq minutes sur la peau de ce membre le pinceau métallique qui termine l'autre fil, une douleur très vive se produit, les mouvements choréiques s'accélèrent et prennent de l'intensité, tant dans ce membre que dans les autres parties du corps où ils existaient ; cette excitation dure d'une demi-heure à une ou deux heures, puis peu à peu l'agitation se calme, et dès le lendemain on s'aperçoit que les mouvements sont moins forts qu'avant la faradisation, à mesure que la faradisation est répétée, à mesure aussi que l'intensité de la chorée va diminuant.

Chez quelques malades néanmoins, après avoir éprouvé de la diminution, les mouvements choréiques reprennent de l'énergie dans l'intervalle qui s'écoule entre deux séances de faradisation, et la chorée offre ainsi de la résistance pendant quelque temps; l'amélioration est peu prononcée; mais à la fin, l'influence de la faradisation l'emporte, et alors la chorée se dissipe assez rapidement.

Voici, d'ailleurs, un résumé des expériences cliniques que M. Briquet a faites dans son service de l'hôpital de la Charité pendant le cours de cette année.

Le traitement par la faradisation de la peau a été employé chez neuf malades. Elleaété pratiquée tous les jours ou tous les deux jours, suivant que les accidents étaient plus ou moins pressants. On la faisait durer de cinq à six minutes ; on l'exécutait à l'aide de l'appareil Legendre et Morin : on promenait pendant tout ce temps-là le pinceau métallique sur toute

la longueur des membres convulsés, en s'arrêtant principalement sur les muscles les plus agités.

Aucun autre traitement n'a été fait, sauf quelques bains simples, et l'administration de quelques ferrugineux chez certaines malades chlorotiques. On n'a pas fait prendre de médicaments.

Parmi ces neuf jeunes filles, deux étaient âgées l'une de cinq et l'autre de six ans; trois avaient de dix à onze ans; deux avaient quinze ans et deux dix-huit ans. Une seule était hystérique et avait des attaques, quatre étaient chlorotiques ; les quatre autres étaient des enfants d'assez bonne santé, mais elles étaient fort impressionnables.

La chorée datait de trois semaines chez une malade, de six semaines chez trois, de trois mois chez deux, d'un an chez une, et de douze ans chez la dernière.

La chorée avait une grande intensité et affectait tout l'ensemble des muscles chez trois de ces jeunes filles; chez l'une d'elles, tous les muscles de la face et de la tête étaient dans une agitation continuelle. Elle était également générale chez quatre autres; mais les mouvements choréiques avaient une moindre intensité que chez les précédentes. Enfin chez une seule malade, la chorée était partielle et n'affectait qu'un membre.

Chez toutes, la figure était le siège de mouvements incohérents continuels; chez quatre il y avait soit impossibilité de parler, soit un bégayement notable.

Bien que générale, la chorée affectait plus fortement le côté droit du corps chez six malades, et le côté gauche chez deux.

Deux d'entre elles gardaient le lit. Toutes avaient les mouvements volontaires tellement pervertis qu'elles ne pouvaient pas même manger seules, et que la marche était ou difficile ou gênée. Chez cinq il y avait de l'hyperesthésie dans les muscles des membres affectés de chorée. Enfin, trois

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seulement avaient de la fièvre au moment où elles furent soumises à la faradisation ; les autres étaient à l'état apyrétique.

Toutes ces malades avaient, pendant un temps plus ou moins long, suivi une ou plusieurs des médications à l'aide desquelles on combat ordinairement la chorée : opium, strychnine, émétique à hautes doses, belladone, gymnastique, bains sulfureux, etc., et néanmoins quand on a commencé à les faradiser, la maladie allait chez toutes en augmentant.

L'amélioration chez ces diverses choréiques s'est manifestée aux époques suivantes :

Chez cinq une amélioration notable s'était manifestée au bout de quelques jours de traitement, les grimaces avaient cessé ou avaient notablement diminué ; elles pouvaient se servir de leurs mains pour manger, et la marche paraissait plus assurée ; le bégayeraent avait disparu.

Chez trois cette amélioration n'avait été observée qu'au bout de huit jours. '

Enfin, chez la dernière, il n'y avait pas eu de modification notable avant le quinzième jour du traitement.

Les malades chez lesquelles la diminution de la chorée s'est faite avec le plus de promptitude sont celles qui avaient de l'hyperesthésie dans les muscles atteints au maximum de chorée.

Chez l'une d'elles, qui avait de l'hyperesthésie au plus haut degré, l'amélioration se produisit de la manière la plus curieuse. 11 y avait de l'hyperesthésie dans le masséter gauche; aussi la malade ne pouvait-elle pas prononcer un mot, sa mâchoire inférieure étant dans un mouvement continuel. A la seconde faradisation de la peau de la région massétérienne, la difficulté de parler avait en grande partie cessé, et les mouvements choréiques n'existaient plus dans la mâchoire.

On s'occupa ensuite de l'hyperesthésie du muscle sterne-

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mastoïdien à laquelle correspondait un mouvement vibratoire continuel de rotalion de la tête sur le cou. A la première faradisation, faite au niveau de ce muscle, les mouvements avaient diminué, et à la troisième ils avaient complélement disparu. On poursuivit ainsi la chorée, pièce par pièce, en attaquant successivement les divers points d'hyperesthésie qui existaient dans les muscles des membres du côté gauche du corps. Une fois obtenue, l'amélioration a été ordinairement croissant d'une manière graduelle; M. Briquet n'a jamais aperçu qu'elle se fût faite irrégulièrement et par saccades.

Enfin la cessation complète des mouvements choréiques a ei^ lieu chez une malade au bout de huit jours, chez une seconde au bout de vingt et un jours, chez une troisième au bout de vingt-quatre jours, chez une quatrième au bout de vingt-huit jours, chez une cinquième au bout d'un mois, chez une sixième au bout de trente-trois jours, chez une septième au bout de trente-six jours et chez une huitième au bout de quarante-sept jours de traitement. La neuvième a quitté la Charité vers le quinzième jour sans être complètement guérie.

Si l'on se rappelle que la plupart de ces malades avaient déjà été traitées par les méthodes ordinaires, les unes depuis six semaines, d'autres depuis trois ou quatre mois, avant l'emploi de la faradisation, et que chez toutes la maladie ne faisait qu'augmenter, on sera disposé à admettre, avec M. Briquet, que chez la plupart de ces jeunes malades l'intervention des courants électriques a eu une influence favorable et a concouru à la diminution des convulsions choréiques.

M. Briquet attribue cette influence favorable à la révulsion très énergique que la faradisation, excitant vivement la peau, produit au profit des muscles; il en voit la preuve dans l'amélioration qui suit la disparition de l'hyperesthésie des

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muscles chez les choréiques par la faradisation. Chez toutes les malades hyperesthésiées, le fait lui a paru assez évident pour qu'il n'hésite pas à admettre cette interprétation.

La faradisation n'est pas sans inconvénients. L'un des plus grands est la douleur qu'elle produit, douleur qui est telle que plusieurs malades ont dû être préalablement soumises à, l'action du chloroforme chaque fois qu'on les voulait faradiser. Toutefois la plupart des malades s'y sont assez facilement prêtées sans qu'on eût besoin de recourir à ce dernier agent ; elles s'y résignaient d'autant plus volontiers, dit M. Briquet, qu'elles apercevaient très positivement l'amélioration qui se produisait dans leur état.

Nous discuterons dans un instant les expériences et les conclusions de ce travail. M. Briquet, après avoir essayé de démontrer que l'électrisation des muscles ne guérit pas la chorée, ajoute que cette médication peut être très utile contre l'un des accidents les plus graves de cette maladie.

On sait que quand la chorée est assez intense pour faire périr les sujets qu'elle attaque, la mort arrive ordinairement, parce que la chorée, en se portant sur les muscles inspirateurs et expirateurs, amène dans leur action un désordre et une perturbation tels, que l'air n'entrant plus dans les poumons et n'en sortant plus d'une manière aussi régulière pour que l'oxygénation du sang se fasse convenablement, l'asphyxie se produit graduellement.

La faradisation donne un moyen infaillible de prévenir un pareil accident ; il ne s'agit que de faire passer le courant faradique alternativemenl à travers les muscles inspirateurs et à travers les expirateurs. De cette manière on régularisera les deux mouvements dont se compose la respiration, et la pénétration de l'air dans les poumons se fera convenablement et régulièrement. M. Briquet n'a point encore eu l'occasion d'employer la faradisation en pareille circonstance, mais il s'en est servi sur des choréiques prises de perturbation

générale dans les mouvements de la poitrine. Il plaçait Tune des éponges sur le point d'émergence de l'un des nerfs phréniques, sur le bord antérieur du scalène antérieur; l'autre éponge était placée au creux épigastrique. A l'instant même le diaphragme et d'autres muscles inspirateurs se contractaient régulièrement et une respiration profonde avait lieu. Il suffisait le plus ordinairement de lever une des éponges et d'arrêter ainsi le courant, pour que, par la simple réaction élastique des côtes et par le ressort des muscles superficiels des parois abdominales, l'expiration se fît d'elle seule. Mais dans quelques cas où la perturbation était assez prononcée, on faisait contracter les muscles superficiels de l'abdomen, en plaçant l'une des éponges sur la partie inférieure de Tabdomen, pendant que l'autre restait sur la région épigastrique. Alors on obtenait une forte expiration.

Je ne doute pas, dit M. Briquet, qu'en opérant de. cette manière pendant une ou plusieurs heures, et en répétant les séances aussi souvent que cela est nécessaire, on ne prévienne la terminaison fatale par l'asphyxie.

Telle est l'analyse exacte et minutieuse du travail de M. Briquet. Le médecin de la Charité est un homme instruit, zélé et consciencieux, mais je crains que dans ses divers travaux sur l'emploi de l'électricité, il ne se laisse aller à une prédilection qui ne lui fait pas toujours voir les choses sous un point de vue parfaitement exact. Examinons si toutes les conclusions de M. Briquet, relativement à la chorée, peuvent être, quant à présent, acceptées par les médecins. Si je viens jeter quelques doutes sur ces résultats, c'est dans l'espérance que quelques-uns de mes collègues voudront bien répéter les expériences de M. Briquet sur la chorée, et faire connaître le résultat de leurs expériences.

Le diagnostic se présente en premier lieu. S'agit-il dans les neuf cas de M. Briquet de véritables chorées ; une était hystérique et avait des crises convulsives, et quatre étaient

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chloroti([ues. N'étaienl-elles pas aussi hystériques? De plus il y avait chez plusieurs de ces malades de l'hypereslhésie que M. Briquet regarde comme un des symptômes les plus . caractéristiques de l'hystérie Quant aux chorées qui se terminent par une asphyxie mortelle, M. Briquet n'en a pas observé, et il s'agit de savoir si sa médication réussirait. J'en ai observé trois cas pendant que j'étais interne à l'hôpital des Enfants, et les trois jeunes malades n'ont pas succombé à l'asphyxie. Les troubles respiratoires dont s'est occupé M. Briquet ont peu d'importance.

Toutes ces chorées, sauf deux, étaient récentes, et il y avait là un élément de guérison qui doit être pris en considération. La plupart des malades traitées par M. Briquet avaient, suivant lui, été traitées pendant un temps plus ou moins long par les médications suivantes : opium , strychnine, émétique à haute dose, belladone, gymnastique, bains sulfureux, etc.

Il y a là un jugement grave porté peut-être un peu légèrement sur des tnédications (|ui comptent également beaucoup de succès. J'avoue que je suis de ceux qui pensent qu'on a guéri la chorée par toutes les méthodes ; je pense aussi, d'après les nombreuses chorées que j'ai observées en dehors des hôpitaux, que la plupart ont été guéries en un temps beaucoup plus court que celui employé par M. Briquet par le traitement de l'électricité. Du reste, ces malades n'ont pas pu subir pendant longtemps d'autres traitements avant celui de l'électricité, puisque chez plusieurs d'entre elles, nous trouvons les dates suivantes du début : trois semaines chez une, six semaines chez trois, trois mois chez deux, un an chez une et douze ans chez la dernière. Avouons que sept fois sur neuf on n'avait pas eu le temps d'employer beaucoup de médications différentes et surtout de les employer d'une manière suivie. Examinons maintenant le traitement.

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D'abord, l'électrisation cutanée n'est jamais absolue. Avec quelque soin qu'elle soit pratiquée, il y a toujours un certain nombre de courants qu'on peut appeler réflexes, et qui pénètrent le tissu musculaire de manière à y déterminer quelques contractions. Je suis certain qu'il ne peut en être autrement, surtout dans un service d'hôpital où les séances qui sont un peu longues sont loin d'être toujours faites avec le soin désirable.

M. Briquet déclare lui-même que ces applications sont extrêmement douloureuses, et il regarde ces douleurs comme un inconvénient ; il a même été obligé plusieurs fois de chloroforraiser ses malades. Je ne saurais trop insister sur ce caractère qui sera très souvent un obstacle à l'emploi d'une pareille médication déjà, peu avantageuse par elle-même. Nul doute qu'en ville surtout, cette impression douloureuse ne la fasse rejeter par beaucoup de familles, surtout chez les enfants, et ce sont eux qui sont surtout choréiques.

Un autre inconvénient est la longueur des séances. 11 ne peut en être autrement dans les chorées générales où il faut successivement parcourir toutes les régions musculaires du corps. Cette longueur des séances, jointe à la douleur qui les accompagne, ne sera pas de nature à tenter beaucoup de malades. D'un autre côté, la chloroformation elle-même est loin d'être sans inconvénients.

La durée totale du traitement est elle-même longue. Si nous regardons les chiffres, nous trouvonsque chez cinq l'amélioration ne s'est manifestée qu'au bout de quelques jours ; chez trois au bout d'un temps plus long ; chez une au bout de quinze mois. Quant à la durée totale, c'est autre chose : chez une il a fallu huit jours; une vingt et un; une vingtquatre ; une vingt-huit ; une trente; une trente trois ; une trente-six ; une quarante-sept ; une n'a pas été guérie. Voilà, certes, des résultats qui ne sont pas très séduisants. Pour les acquérir au prix de tels inconvénients, il est préférable d'em-

ployer d'autres méthodes plus certaines, moins douloureuses et moins longues.

Quant aux terminaisons de la chorée par l'asphyxie, cela est possible et se rencontre quelquefois. Mais la mort peut survenir aussi autrement : j'ai observé trois jeunes choréiques qui sont mortes à l'hôpital des Enfants pendant que j'y étais interne. L'observation de ces malades a été recueillie avec soin : une succomba au milieu de convulsions violentes; les deux autres au milieu d'un état comateux. Quant aux troubles respiratoires qu'on peut observer dans les chorées ordinaires, ils ont bien rarement de l'importance. Il y a là dans les effets de régularisation des mouvements respiratoires obtenus par M. Briquet au moyen de courants d'induction appliqués d'une manière continue entre le nerf phrénique et le diaphragme, des effets singuliers qu'il est assez difficile de concevoir, et qui devront être répétés pour être admis définitivement.

Ajoutons enfin, pour terminer, qu'il y a bien d'autres traitements de la chorée qui sont moins longs, moins fatigants, moins douloureux, et qui réussissent peut-être beaucoup mieux. Ces traitements sont les suivants : 1° les bains sulfureux employés avec tant de succès par Baudeloque, ensuite par Guersent ; 2° l'hydrothérapie que j'ai vue triompher de chorées intenses en huit jours; 3° la gymnastique qui, entre les mains de M. Laisné et sous les yeux de M. Blache, a produit et produit encore des résultats si beaux et si complets. Ajoutons enfin, l'acide arsénieux, que des expériences, malheureusement trop peu nombreuses encore, annoncent comme devant être un des excellents remèdes de la chorée.

Pour me résumer, je dirai qu'il y a encore beaucoup à faire pour le traitement de la chorée par les courants électriques, et qu'il est peu probable qu'on arrive à quelque chose d'utile à cet égard; enfin, que si l'on obtient quelque succès dans cette direction, ce ne pourra être qu'à l'aide de la méthode hyposthénisante qui, dans son mode d'application, ne

paraît pas présenter les douleurs extrêmes de l'électrisation cutanée.

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