C. La paralysie de la sensibilité musculaire profonde
D. La paralysie des organes des sens.
A. Paralysie de la sensibilité cutanée ou anesthésie proprement dite.
L' anesthésie présente à considérer trois variétés bien distinctes :
a. Anesthésie symptomatique de lésions organiques du cerveau, de la moelle épinière.
b. Anesthésie symptomatique d'une intoxication ;
c. Anesthésies simples essentielles, parmi lesquelles on distingue celles qui sont accompagnées de phénomènes hystériques.
a. Anesthésie symptomatique de lésions organiques du cerveau ou de la moelle épinière.
Dans les hémorrhagies cérébrales, dans le ramollissement aigu et chronique du cerveau ou de la moelle épinière, l'aneslhésieest un symptôme fréquent et qui cependant n'est pas soumis à des lois bien régulières et bien déterminées.
On peut établir, il est vrai, que dans un bon nombre de cas, l'anesthésie existe et est dans un rapport direct avec le
degré de la paralysie du mouvement. Ainsi, lorsque le mouvement volontaire est aboli tout à fait, et par conséquent la paralysie est absolue, l'aneslhésie est presque toujours complète, et la peau tout à fait insensible.
Lorsqu'au contraire, le mouvement volontaire n'est pas aboli complètement et que la paralysie est incomplète, l'anesthésie est également incomplète, et son degré de conserva-" tion est directement proportionnel à celui des mouvements.
C'est là ce qui a lieu pour un certain nombre de cas. Mais pour d'autres, et ils sont également assez nombreux, cet équilibre est rompu. Le degré de la contraction musculaire et celui de la sensibilité cessent d'être proportionnels ; la rupture de cet équilibre peut avoir lieu de plusieurs manières.
11 peut d'abord se faire que, la paralysie du mouvement persistant, l'anesthésie qui l'accompagnait disparaisse complètement, ou bien diminue seulement d'une manière notable.
D'autres fois, la paralysie du mouvement diminue et l'anesthésie persiste. Ce cas est plus rare que le précédent. Dans d'autres cas enfin, la sensibilité cutanée reste parfaitement intacte, malgré la paralysie du mouvement, et alors même que cette dernière est tout à fait complète. Quoi qu'il en soit, il y a là un fait qu'il ne faut pas perdre de vue : c'est que, dans les paralysies symptomatiques d'une lésion organique du cerveau ou delà moelle, il n'y a jamais anesthésie sans paralysie du mouvement préalable, ou simultanée ; il résulte de là une conséquence thérapeutique toute naturelle : c'est qu'on n'a pas besoin d'adresser spécialement l'électricité à cette variété d'anesthésie. Elle est subordonnée à peu près complètement à la paralysie du mouvement, de telle sorte qu'elle participe à l'amélioration que les courants électriques peuvent apporter à cette dernière. Il n'y a, en un îTiot, aucune indication spéciale de i'éleclricité dans le Irai-
358 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
tement de l'anesthésiesymptomatique des lésions organiques du cerveau ou de la moelle.
b. Anesthésie syraptomatique d'une intoxication.
Ce qui vient d'être dit des anesthésies symptomatiques des maladies du cerveau ou de la moelle s'applique ici sous tous les rapports. D'abord les anesthésies par intoxication sont rares. Les anesthésies saturnines ont tout au plus été quelque peu étudiées.
Dans le très petit nombre d'anesthésies saturnines qu'il m'a été donné d'observer, je ne les ai jamais vues isolées des paralysies du mouvement. Les anesthésies saturnines ne présentent donc aucune indication spéciale pour l'emploi de l'électricité. Lorsqu'on emploiera cet agent thérapeutique contre les paralysies de cette nature, s'il les améhore ou les guérit, il améliorera et guérira en même temps les anesthésies qui pourraient coïncider avec elles.
On pourrait toutefois adresser à cette manière de voir une objection qui s'adresserait également aux anesthésies symptomatiques des maladies du cerveau et de la moelle. Cette objection, la voici :
On n'emploie pas de la même manière les courants électriques contre la paralysie du mouvement et contre l'anesthésie. Dans le premier cas, on fait usage de conducteurs humides qui permettent de faire pénétrer directement les courants électriques dans les muscles et d'y développer des contractions. Dans le second cas, au contraire, on emploie des pinceaux ou des brosses métalliques que l'on fait agir sur la peau maintenue aussi sèche que possible (électrisation cutanée). Or, ne peut-il se faire qu'employant contre la paralysie du mouvement Télectrisation localisée et les conducteurs humides, cette méthode rétablisse le mouvement sans faire éprouver aucune amélioration à l'anesthésie ^i
'lésions des organes des sens. 359
laquelle elle ne s'adresse pas? Ne sera-t-il pas utile, une fois la paralysie du mouvement guérie, d'avoir recours à rélectrisation cutanée pour faire disparaître l'anesthésie? On peut répondre à cela que certainement il n'est pas impossible que les choses se passent ainsi dans les aneslhésies symptomatiques des maladies du cerveau et de la moelle, comme dans les anesthésies par intoxication, et si cette circonstance se présentait, il faudrait agir comme il vient d'être dit; mais ce cas s'est-il présenté? c'est là toute la question, et jusqu'à présent on n'a pas publié d'observations qui permissent d'établir d'une manière positive la valeur de cette objection.
c. Anesthésies essentielles et anestliésies hystériques.
L'histoire des anesthésies essentielles et des anesthésies hystériques peut être confondue, sous beaucoup de rapports, avec celle des paralysies de même nature. Aussi la plupart des considérations dans lesquelles nous sommes entré au sujet de ces dernières sont-elles parfaitement applicables.
L'anesthésie est un des phénomènes qu'on observe le plus communément dans l'hystérie; mais si ce symptôme est fréquent, il est en même temps un des plus irréguliers et des plus variables.
Tantôt borné à une surface assez considérable de la peau, à un membre entier, à la peau de la poitrine, à celle du dos, etc., on la voit d'autres fois circonscrite, et se montrer sous forme de plaques plus ou moins étendues et séparées par des intervalles de peau saine.
Ces anesthésies se montrent quelquefois en même temps que des paralysies du mouvement, la plupart du temps cependant complètement indépendantes de ce phénomène; elles se produisent tantôt lentement et progressivement, taïUôt d'une manière subite et instantanée, à la suite d'une émotion morale ou d'une attaque d'hystérie.
360 APPLICATIONS DE l'ÉLEGTHICITÉ.
Ces anesthésies offrent enfin la même irrégularité dans leur marche et dans leur terminaison ; elles se montrent, puis disparaissent presque aussi rapidement pour revenir ensuite, et quelquefois pour ne jamais récidiver. Elles ont toutes ce caractère commun de ne jamais se montrer que chez des femmes hystériques, ou tout au plus quelquefois chez des hommes dont l'état névrosthénique se rapproche d'une manière singulière de la véritable hystérie.
L'influence des agents thérapeutiques les plus divers donne également, dans le trailement de ces anesthésies, les résultats les plus variés et les plus contradictoires. Quelquefois elles guérissent rapidement sous l'influence de quelques frictions stimulantes, de bains froids, de bains sulfureux, d'un traitement hydrothérapique doux, tandis que, dans d'autres cas, elles résistent de la manière la plus opiniâtre- et la plus complète pendant des mois entiers et même des années; puis parfois on voit ces mêmes anesthésies si tenaces disparaître d'elles-mêmes et instantanément sous l'influence d'une impression nerveuse, ou même sans aucune cause.
Ce qui arrive avec les agents thérapeuticjuesles plus divers, se produit également sous l'influence de l'électricité; je vais exposer les résultats que donne une observation attentive. Si l'on vient à traiter des anesthésies hystériques au moyen de l'électricité cutanée, de la fustigation électrique par exemple, trois cas peuvent se présenter : 1° quelquefois l'anesthésie disparaît avec une grande rapidité ; il ne faut que deux ou trois séances pour obtenir ce résultat; 2° d'autres fois on ne rétablit la sensibilité cutanée qu'au moyen de nombreuses séances et en employant avec persévérance l'électrisation cutanée; 3° dans d'autres cas enfin, l'électricité échoue complètement avec quelque soin et quelque ténacité qu'on la mette en usage. Dans ce dernier cas, on peut voir ces anesthésies rebelles à l'électricité persister d'une manière indéfinie, tandis que, dans d'autres cas, "elles disparaissent plus
LESIONS DES ORGANlîS DES SENS. o61
tard, soit spontanément, soit sous l'influence d'autres agents thérapeutiques beaucoup naoins énergiques. Il est indispensable de bien établir ces faits, afin qu'on ne puisse se faire illusion touchant la valeur de l'électricité dans les anesthésies hystériques. En effet, l'électricité cutanée échoue plus souvent qu'elle ne réussit dans la guérison des anesthésies complètes.
On peut, du reste, formuler nettement la marche à suivre dans le traitement de l'anesthésie hystérique par l'électricité.
Lorsqu'une anesthésie hystérique vient à se manifester, il est inutile de la traiter immédiatement par l'électricité, il faut attendre un certain temps, huit à quinze jours au moins, parce qu'elle peut disparaître spontanément ou sous l'influence de quelques frictions stimulantes, ou de deux ou trois bains sulfureux, et qu'on s'exposerait à faire usage d'un agent thérapeutique toujours désagréable pour les malades et d'un emploi assez compliqué et dispendieux pour eux, tandis qu'on pourrait parfaitement s'en passer. Lorsque après quinze jours, par exemple, l'anesthésie cutanée, traitée par les moyens très doux que je viens d'indiquer, persiste, il y a indication positive de la combattre par l'électricité. Voici alors les règles à suivre :
La méthode à employer est celle del'électrisation cutanée ; elle s'opère en faisant tenir dans une des mains du malade le conducteur mouillé de l'un des réophores et en faisant agir l'autre muni d'une plaque, d'une boule ou d'un pinceau métallique, sur la peau anesthésiée, préalablement desséchée à l'aide d'une friction légère avec de l'amidon.
On peut se servir à cet effet et indifféremment des courants de telle ou telle espèce. Les courants auxquels M. Duchenne donne le nom de courants du deuxième ordre, et auxquels il reconnaît une action spéciale sur la sensibilité cutanée, n'ont ici aucune utih'té particulière. Cette action spéciale n'existe pas, et s'ils semblent agir plus énergiquement lors-
362 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICîTÉ.
qu'on fait usage de l'appareil de M, Dachenne, c'est que, ainsi que j'ai déjà eu maintes fois occasion de le dire, les courants qu'il appelle courants de deuxième ordre, ne sont que des courants induits du premier ordre, ayant une tension beaucoup plus grande, parce qu'ils circulent dans un filplus long et plus fin, et non parce qu'ils ont des propriétés spéciales.
Le traitement de l'anesthésie par l'électricité n'est point en général un traitement long ni difficile. Quand l'électrisation cutanée doit rétablir la sensibilité de la peau, elle le fait, en général, assez rapidement.
Lorsque, au bout de huit à dix séances, cette sensibilité n'est pas rétablie, il est probable que l'électricité échouera pour cette fois -là du moins. On devra donc en interrompre l'emploi, quitte à le reprendre plus tard, si spontanément ou sous l'influence d'autres agents thérapeutiques, l'anesthésie n'a pas disparu.
B. Analgésie.
L'analgésie consiste dans la perte de la sensation de la douleur. M. Beau est un des premiers qui ait distingué l'anesthésie de l'analgésie.
Voici en quoi consiste cette distinction : un sujet peut avoir conservé parfaitement la sensibilité, soit cutanée, soit profonde, c'est-à-dire que la sensation de tous ses mouvements et la sensibilité cutanée sont aussi fines que possible, mais la faculté de ressentir la douleur qu'on développe artificiellement dans les mêmes parties n'existe plus. On peut les pincer, les piquer, les brûler, les déchirer, sans que les malades en aient la conscience.
Nous n'avons qu'un mot à dire au sujet de l'analgésie. Que l'analgésie existe en même temps que l'anesthésie, ce qui est de beaucoup le cas le plus commun, ou bien qu'elle en soit indépendante, c'est une faculté trop heureuse pour
LÉSIONS DES ORGANES DES SENS. o6o
l'homme de ne pas ressentir la douleur, ne fût-ce que dans une partie très limitée de son corps, pour qu'on cherche à lui retirer cette précieuse propriété. Sans doute, lorsqu'il y aura en même temps analgésie et anesthésie, on traitera cette dernière sans s'occuper de la première, qui reviendra presque en même temps. Mais s'il y a analgésie seule^ on la laissera parfaitement tranquille.
C Abolition ou dimîiiutioea de la scm^ibilitc aisuscselaire ftrolTorade.
On a essayé d'établir plusieurs variétés de sensibilité musculaire. En admettant celles qui ont été décrites récemment par quelques médecins, on arrive aux trois espèces suivantes :
1° La sensibilité musculaire profonde proprement dite ;
2° l.esens d'activité musculaire de Gerdy ;
3° Le sens musculaire de Sandras, qui n'est autre chose que la conscience musculaire de M. Duchenne. Il est important de nous expliquer sur la valeur de ces distinctions.
1° Sensibilité musculaire profonde.
Les muscles, comme tous les organes qui reçoivent des filets nerveux sensitifs ou mixtes émanés directement du centre encéphalo-rachidien, jouissent d'une sensibilité qu'ils tiennent de ces filets nerveux et de leur communication avec l'encéphale. Cette sensibilité, moins vive et plus obscure que celle delà peau, n'en est ni moins réelle ni moins susceptible d'augmentation, de diminution ou même d^abolition. L'exagération de la sensibilité musculaire profonde ne doit pas nous occuper ici. C'est elle qui produit toutes les variétés de douleurs dont les tissus sont le siège.
La diminution et l'abolition de cette sensibilité musculaire s'observent dans un certain nombre de cas. On peut tout
?i{jfi APPLicATiOiNs mi l'Électricité.
d'abord admettre que, la plupart du temps, elles sont en rapport direct avec la sensibilité cutanée. Elle augmente et diminue avec elle. Dans quelques cas, cependant, ces deux propriétés peuvent s'isoler et présenter des phénomènes d'augmentation et de diminution indépendants les uns des autres.
Dans les maladies du cerveau et de la moelle, la diminution de la sensibilité musculaire et son abolition sont, ei] général, en rapport assez constant avec la diminution et l'abolition de la sensibilité cutanée. 11 en est de même dans les intoxications, et en particulier dans l'intoxication saturnine.
Dans le traitement de ces anesthésies profondes on doit suivre les mêmes règles que celles qui ont été tracées plus haut au sujet de l'anesthésie cutanée. Ainsi l'on doit se borner à traiter uniquement la paralysie du mouvement.
Si, après le rétablissement de cette dernière, la sensibilité cutanée et la sensibilité musculaire profonde ne sont pas également revenues à l'état normal, on pourra s'en occuper d'une manière spéciale.
Il est rare, du reste, qu'on en vienne là, car il arrive presque toujours lorsqu'on a rendu le mouvement, que la sensibilité superficielle et profonde reparaisse en même temps.
Dans l'hystérie, il n'en est pas ainsi : la diminution de la sensibilité cutanée et celle de la sensibilité profonde peuvent parfaitement s'isoler.
Voici, sous ce rapport, les cas divers qui peuvent se présenter :
1° L'anesthésie superficielle et l'anesthésie profonde marchent ensemble ; elles augmentent et diminuent simultanément.
2° La sensibilité musculaire profonde reste intacte, alors que l'anesthésie cutanée existe.
o" Ce cas est plus rare et consiste dans la combinaison.
LÉSIONS DES ORGANliS DES SENS. 365
soit d'une anesthésie musculaire profonde, soit d'une sensibilité cutanée normale, avec une hyperestliésie de cette membrane ;
II" L'anesthésie musculaire profonde coïncide bien souvent avec une paralysie musculaire de même nature. Cette concordance n'a pas toujours lieu dans l'hystérie, et il est fréquent d'observer des anesthésies profondes et superficielles sans qu'il y ait des phénomènes de paralysie.
On voit, par tout ce qui vient d'être dit, que l'anesthésie musculaire profonde s'isole rarement, soit de la paralysie musculaire, soit de l'anesthésie cutanée; aussi son traitement est-il le même que celui qui est administré à ces dernières. L'électricité lui est donc tout aussi bien applicable qu'à elles.
Si l'on voulait traiter isolément l'anesthésie musculaire profonde, ce n'est pas au moyen de l'électrisation cutanée qu'on pourrait espérer réussir ; il faudrait faire usage de courants électriques assez énergiques et les faire pénétrer par la méthode ordinaire dans l'épaisseur même des muscles.
Lorsqu'il y a simultanément paralysie musculaire et anesthésie musculaire, ces mêmes courants électriques combattent les deux phénomènes morbides.
S'il y a anesthésie musculaire sans paralysie musculaire, il faut agir avec l'électricité absolument comme si cette dernière existait et opérer à l'aide de courants musculaires profonds.
L'anesthésie musculaire, du reste, est soumise à toutes les mêmes lois de variabilité que les autres phénomènes hystériques : cédant quelquefois rapidement à l'emploi de l'électricité, d'autres fois lui résistant avec une grande ténacité ou même d'une manière absolue, on la voit, en outre, céder spontanément, ou sous l'influence des agents thérapeutiques les plus simples. On ne peut établir aucune règle fixe à cet égard.
2° Sens d'activité musculaire.
Charles Bell a donné le nom de sens musculaire et Gerdy celui de sens d'activité musculaire à cette propriété que nous possédons d'avoir la conscience de l'étendue des mouvements musculaires, de leur direction, de la résistance qu'ils ont à vaincre, etc., etc.
Cette propriété peut-elle exister d'une manière spéciale et isolée, ou bien marche -t-elle en général en même temps que la sensibilité musculaire? Il y a encore bien des obscurités à cet égard, et nous ne pouvons rien établir ici de positif. Si nous en faisons mention, c'est plutôt pour indiquer une recherche à faire que pour donner quelques conclusions thérapeutiques au médecin praticien.
3° Conscience musculaire.
Les muscles paraissent jouir d'une sensibilité spéciale à laquelle on a donné un nom particulier. C'est cette propriété que M. Duchenne a décrite sous le nom de conscience musculaire. Voici ce dont il s'agit. Chez un certain nombre de sujets, on observe une anesthésie simple bornée à la peau ou bien accompagnée d'une diminutioi] de la sensibilité de tous les tissus, muscles, os, nerfs, etc. Ces sujets se partagent en deux classes, que l'on peut distinguer en les privant momentanément de la vue par l'occlusion des paupières.
t)ans la première classe, qui est de beaucoup la plus nombreuse, les individus anesthésiques auxquels on bouche les yeux peuvent exécuter tous les mouvements qu'on les engage à faire; seulement ils n'ont pas la conscience de l'étendue de ces mouvementir, de la pesanteur, de la résistance, etc. Cela tient a ce qu'ils ne perçoivent pas la sensation appelée par Gerdy sens d'activité musculaire, et avant lui, par Charles Bell, sens musculaire.
LESIONS DES Or»GÂNi!,S DES SENS. â67
Dans une deuxième classe, les sujets auxquels on vient à enlever momentanément l'exercice de la vision perdent la faculté d'exercer les moindres mouvements volontaires. Les muscles restent dans l'inertie, quelque énergique que soit la force de la volonté pour en triompher.
Si, une fois les muscles en contraction, on fait fermer les yeux aux individus, la contraction persiste, et on ne pourrait la vaincre sans éprouver une très grande résistance.
L'électricité localisée rendrait cette faculté aux muscles qui l'ont perdue, et ferait rentrer les sujets qui sont dans ce cas, dans la première classe que nous avons mentionnée il y a un instant.
M. Duchenne formule ainsi, dans une conclusion, sa pensée sur cette propriété musculaire :
« Il paraît exister un sens qui siège dans le muscle et qui » sert à l'accomplissement de la contraction volontaire ; c'est » lui qui, sans doute excité par le cerveau et réagissant à » son tour sur cet organe, l'éclairé, pour ainsi dire, sur le » choix des muscles dont il doit provoquer la contraction. »
On comprend, d'après tout ceci, que la perte simultanée de la vue et de la conscience musculaire doive produire une paralysie des mouvements volontaires.
Enfin M. Duchenne signale en pareil cas comme donnant de bons résultats, l'application de l'électricité, et il insiste sur la faculté que possède cet agent de rétablir la conscience musculaire en même temps qu'elle fait disparaître l'anesthésie dans les muscles qui en sont privés.
Nous venons d'exposer, d'après M. Duchenne, ce qui est relatif à la conscience musculaire. J'avouerai d'abord que je désirerais d'autres observations que les faits très peu nombreux sur lesquels on s'appuie pour admettre cette nouvelle propriété des muscles. Je ne me reconnais pas du tout suffisamment éclairé sur cette question qui me semble entourée encore d'une grande obscurité. De plus, des questions de
368 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICLTÉ.
priorité se sSont déjà élevées à cet égard. Il paraît que Charles Bell connaissait celte propriété, et qu'il en a parlé dans plusieurs passages.
M. Leroy (d'ÉtiolIes), dans son Traité des paraplégies, établit une discussion, de laquelle il ressort que cette propriété nouvelle, connue depuis longtemps de feu Sandras (1), qui en parlait à ses élèves dans ses leçons cliniques, aurait surtout été décrite par un interne distingué, M. Landry, en juillet 1852 (2). Cet observateur admettait, dans son travail, qu'il résidait dans le tissu musculaire lui-même une sensibilité spéciale d'activité qui pouvait être abolie d'une manière isolée.. . Il reconnaissait aussi la possibilité de la suppression de l'appréciation des actions musculaires, et donnait à l'appui de son opinion trois observations recueillies à l'hôpital Beaujon, dans le service de Sandras. Ce ne serait qu'en décembre 1853 que M. Duchenne aurait présenté son travail à l'Académie des sciences. Il ressort évidemment de ces documents que c'est à M. Landry qu'appartiennent véritablement les premiers travaux relatifs à la paralysie du sens d'activité musculaire. Je reproduis ici une note que m'a rédigée M, Landry, et qui présente l'histoire résumée de cette paralysie du sens d'activité musculaire. Je lui laisse toute la responsabilité des faits et des conclusions.
« On s'accorde aujourd'hui à considérer la sensibilité générale comme formée de trois manières de sentir, correspondant chacune à un sens spécial, le sens du contact, le sens de la douleur et le sens de la température.
)) Le muscle possède, comme la plupart des tissus du corps, ces trois manières de sentir ; mais il est doué, en outre, d'une quatrième espèce de sensibilité , constituant ce que l'on nomme le sens de l'activité musculaire.
(i) Sandras, Traité pratique des maladies ner oeuses . 1851, t. II. ('2) Landry, Recherches sur les causes et les indications curatives des maladies nerveuses, 1855, in-8.
LÉSIONS DKS ORGAINES DES SENS. 369
» Le sens de l'activité musculaire, ou sens musculaire proprement dit, fournit à l'encéphale des notions précises sur les divers états des muscles ; il permet ainsi d'apprécier toutes les qualités des corps capables de mettre ces organes en action, et plus particulièrement la pesanteur, la résistance et la consistance. 11 intervient donc dans la faculté tactile à titre d'élément constitutif.
» Mais il participe aussi aux phénomènes moteurs: par ce sens, en effet, et par lui seul , nous connaissons les positions de nos membres, l'étendue , l'énergie et la direction de nos mouvements actifs ou passifs ; la pesanteur de nos propres parties , et la résistance qu'elles opposent à l'action musculaire; enfin , la quantité d'action des muscles, et, par conséquent la mesure de contraction nécessaire à leurs antagonistes pour maintenir l'équilibre dans les diverses attitudes du corps ou assurer la régularité des mouvements, c'est, dans l'économie, une sorte de dynamomètre.
» Le sens musculaire peut être diminué ou aboli dans différentes circonstances pathologiques. De là un ensemble de troubles fonctionnels qui , considérés en eux-mêmes, constituent , non une entité , mais une forme symptomatique commune à divers états morbides. Cette affection a été appelée •paralysie du sens de l'activité musculaire ^ dénomination fort longue, à laquelle il serait désirable de voir substituer une expression unique. Le moi akinesthésie, s'il paraissait acceptable, répond très bien au fait à désigner (a privatif, kinesis mouvement, esthesis sensibilité : défaut de sensation du mouvement).
» Le sens musculaire participant : 1° aux phénomènes tactiles, 2° aux phénomènes moteurs, sa paralysie donne lieu à une double série de signes.
» 1° Les signes fournis par les phénomènes tactiles peuvent être résumés ainsi qu'il suit: inconscience de la posilion des membres, des mouvements passifs ou actifs et de leur étendue
370 APFLiC.'VTiONS DE l'eLECTRICITÉ.
OU ciG leur énergie, quand les malades ne font pas usage de la vue pour en juger; défaut de perception du poids, de la résistance et de la consistance (fluidité, solidité, dureté ou mollesse).
« 2" Signes fournis par le mouvement. — Paralysie apparente du mouvement; contraction volontaire et normale des muscles. Mouvements plus ou moins irréguliers, mal m.esurés , ma! coordonnés ; aggravation notable de ces troubles dans l'obscurité ou quand les malades ferment les yeux ; possibilité de les atténuer avec le secours de la vue, soit en prenant dans les objets environnants des points de repère aidant à maintenir l'équilibre du corps, soit en surveillant du regard chaque mouvement en particulier, irritabilité et nutrition musculaires normales dans les cas simples.
» Tels sont les symptômes fondamentaux de la paralysie du sens musculaire lorsqu'elle est nettement caractérisée. Mais ils varient selon les degrés de l'affection.
» Dans ses premiers degrés, les troubles sensitifs ne sont appréciables pour le médecin et reconnus par les malades eux-mêmes, qu'au moyen d'investigations assez délicates dont il sera question plus loin.
» Les désordres du mouvement sont les premiers à se manifester. Leur gravité est en rapport direct avec le degré d'altération de la sensibilité musculaire spéciale.
» Peu marqués dans les cas légers, ils compromettent souvent les fonctions des membres supérieurs et inférieurs et peuvent aller jusqu'à les abolir complètement. Le secours de la vue, très utile pour les atténuer dans les premiers degrés du mal , reste sans efficacité quand l'affection est très prononcée. Les malades peuvent alors régulariser chaque mouvement partiel en particulier, mais non coordonner l'ensemble des contractions d'où procèdent les actes complexes de la station, de la marche, de la préhension , etc.
» Dans certains cas extrêmes, non-seulement ces derniers
LÉSIONS DES ORG/iNES DES SRNS. 371
actes, mais même tout mouvement volontaire peut devenir impossible si la vue n'en surveille pas l'exécution , si , par exemple, on ordonne aux malades d'élever l'un des membres inférieurs au-dessus du lit, sans qu'il le regarde, tan tôt le membret se soulève comme par un brusque et violent soubresaut, tantôt il reste tout à fait immobile. Mais quand on leur permet de suivre ce membre du regard, ils exécutent assez facilement le mouvement prescrit, quoiqu'au milieu d'oscillations nombreuses.
» Les troubles de la sensibilité indiqués plus haut ne sont bien manifestes que lorsque la paralysie du sens musculaire est déjà assez considérable pour rendre la marche, la station, etc. , impossibles. Aussi longtemps que ces actes peuvent encore avoir lieu, et quel que soit alors le désordre de la motilité , les signes observés du côté de la tactilifcé restent obscurs et difficiles à reconnaître. Les malades perçoivent encore la pesanteur et la résistance, ont conscience des positions de leurs membres, des mouvements actifs ou passifs exécutés par ces organes, de leur énergie, de leur étendue, de leur direction, etc. La sensibilité musculaire spéciale, en effet, n'est pas encore abolie, mais elle est diminuée, comme on peut s'en assurer à l'aide d'investigations fort simples.
» On comprend facilement que si l'on soumet les nerfs musculaires à de vives impressions, soit en faisant soulever aux malades des poids très lourds, soit en opposant une résistance énergique à leurs contractions musculaires, ou en déplaçant brusquement leurs membres, etc., on comprend, dis-je, que les sujets puissent encore percevoir ces impressions, absolument comme ils sentent dans l'anesthésie incomplète de la peau les chocs et les pressions par des parties qui resteraient insensibles à de légers attouchements. De là le précepte fort naturel d'agir sur les muscles dont on suspecte la sensibilité,'au moyen d'excitations peu énergiques. On reconnaîtra alors que des déplacements lents des membres, que des poids
372 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
peu considérables (100 grammes à 2, 3, û kilogr.), qu'une résistance molle, ne sont réellement pas perçus dans les cas dont il est question en ce moment.
)5 11 importe de ne jamais perdre de vue ces particularités ; car, faute d'en tenir compte, on s'expose à méconnaître des troubles sensilifs très réels, et, par conséquent, la véritable nature des désordres du mouvement. On doit aussi éviter avec soin d'attribuer aux parties malades des sensations qui procèdent des muscles restés sains.
» Les symptômes de la paralysie du sens musculaire varient encore selon le siège de l'affection.
» Membres inférieurs. — Station debout et marche plus ou moins altérées. Difficulté de prendre et de garder l'équilibre. Oscillations du corps, augmentant par la privation de la vue. Mouvements de locomotion extrêmement désordonnés ; les membres sont jetés de côté et d'autre, ou s'entremêlent pour ainsi dire comme des jambes de 'polichinelle ; la propulsion en avant, en général mal exécutée quant à la direction, est brusque, saccadée, et le pied retombe lourdement, le talon portant le premier. La démarche, toujours rapide, a quelque chose de choréique. Les membres semblent aux malades plutôt légers que lourds, et cette sensation de légèreté est d'autant plus marquée que la maladie est plus prononcée. Sensation de mollesse, d'enfoncement ou d'élasticité du sol.
» Ces divers symptômes sont plus ou moins caractérisés, selon la gravité de l'affection, et, comme il a été dit, peuvent aller jusqu'à l'impossibilité absolue de se tenir debout ou de marcher.
» Membres supérieurs. — Troubles de la tactilité signalés précédemment. Préhension maladroite ; les malades laissent tomber les objets placés entre leurs mains quand ils cessent de les surveiller du regard, surtout quand ces objets sont d'un petit volume. DifficuUé ou impossibilité de diriger la
plume, l'aiguille, etc. Particularités secondaires ou individuelles remarquables.
» Tronc. — Défaut d'équilibre plus ou moins complet dans la station assise. Les malades ne sentent pas la résistance du siège sur lequel ils sont assis, et croient parfois qu'il enfonce sous eux. Il leur semble encore être assis sur une sphère mobile sur laquelle ils oscillent.
» Enfin, troubles assez mal déterminés du côté de la miction et de la défécation.
» Complications fréquemment observées. — Troubles divers de la sensibilité générale. — Amaurose avec contraction extrême ou inégalité des pupilles , plus rarement dilatation. Paralysie du mouvement. Vertiges attribuables à Toscillntion du corps dans la station et la marche, surtout quand les malades ferment ou lèvent les yeux.
» Marche. — Variable. Rarement d'emblée. Ordinairement progressive. Dans ce dernier cas, on peut observer deux formes distinctes : i° l'afTection envahit de prime abord une certaine étendue du corps, augmente graduellement d'intensité, mais sans aucune tendance à se propager au loin ; 2° Forme progressive ascendante : lefc troubles fonctionnels commencent des extrémités des membres, remontent de proche en proche en suivant une marche régulièrement centripète et peuvent se généraliser.
» Causes. — Les seules évidentes jusqu'à ce jour, sont l'hystérie et des lésions de la moelle portant seulement sur les faisceaux postérieurs, ou, en même temps, sur la substance grise adhérente. Dans la plupart des cas, étiologie très douteuse. Quelques autopsies négatives.
» Pronostic, — Presque toujours très grave. La mort a été la terminaison la plus habituelle. Aucun cas de guérison connu. État stationnaire chez un certain nombre. Aggravation constante chez d'autres.
» Durée. — Toujours longue.
374 APPLICATIONS DE L'ÉLECTUICITÉ.
M Diagnostic— L'ensemble des phénomènes qui constitue cette affection n'appartient à aucune autre.
» Par certains de ses symptômes, elle peut être confondue :
» i° Avec la paralysie de la sensibilité cutanée ou générale ;
» 2° Avec la paralysie du mouvement, et quelquefois (progressive ascendante généralisée) avec la paralysie générale des aliénés ;
» 3° Avec la chorée.
» Nature. — Tantôt névrose, tantôt symptôme d'une affection organique de la moelle (peut-être aussi d'autres parties des centres nerveux).
» Traitement. — Les agents les plus divers ont été employés sans succès.
i^ Historique. — Des faits relatifs à la paralysie du sens musculaire ont été consignés par Ch. Bell dans quelquesuns de ses travaux. Ces faits et les inductions physiologiques qu'il en avait tirées sont restés complètement inconnues jusqu^au moment où j'ai publié moi-même des observations nouvelles sur le même sujet.
» De 1851 à 1855,j'ai signalé et décrit dans plusieurs opuscules l'affection dont je viens de résumer l'histoire. Les cas, aujourd'hui nombreux, que j'ai pu réunir, m'ont permis, en outre, de démontrer l'existence contestée de la sensation d'activité musculaire, et son indépendance absolue des autres sensations tactiles.
» M. Duchenne, reprenant en sous-œuvre mes recherches, est parvenu à jeter la confusion au milieu des données physiologiques et pathologiques qui semblaient devoir être généralement acceptées.
i) i" Ce que j'avais attribué, comme l'avait fait Ch. Bell, à un sens musculaire spécial, M. Duchenne l'a rapporté en partie à la sensibilité générale, niant le sens musculaire que je croyais avoir démontré. En revanche, il a créé un sens à
LÉSIONS DES OKGANKS DES SlîNS. .S75
lui, nommé conscience musculaire, et dont il est impossible de comprendre les attributions, telles au moins qu'elles sont formulées par cet auteur.
» 2° Au point de vue pathologique, il a constitué trois afiections distinctes avec les symptômes d'un même état morbide. Une partie de ces symptômes a été rattachée par lui à l'anesthésie musculaire (perte des sensations de pesanteur, de résistance, etc.); une autre partie à la privation de la conscience musculaire (inconscience des mouvements, troubles de la motilité atténués par le secours de la vue); enfin, avec les troubles de la coordination, il a créé son ataxie locomotrice^ et en a fait une entité en ajoutant l'épithète de progressive.
w D'ailleurs, M. Duchenne s'attribue la découverte de ce qu'il appelle la conscience musculaire, prétendue propriété nouvelle qui ne diffère du sens musculaire que grâce aux absurdes interprétations de M. Duchenne. Il prétend aussi avoir décrit le premier Yalaxie locomotrice, forme symptomatique bien connue en elle-même depuis longtemps, mais qui, avec les caractères qu'il lui assigne, n'est autre que la paralysie du sens musculaire. »
C'est ainsi que M. Landry s'exprime sur la paralysie du sens d'activité musculaire. Les résultats auxquels il est arrivé sont clairs, simples, et en rapport avec les connaissances physiologiques les plus récentes que nous possédions sur ce sujet.
Occupons-nous maintenant de cette maladie que M. Duchenne pense avoir découverte et à laquelle il a donné le nom Ôl' ataxie locomotrice 'progressive . Je vais résumer brièvement les principales idées de son travail.
M. Duchenne donne ce nom à une espèce de paralysie toute spéciale, locale d'abord, puis se généralisant ensuite. Cette espèce comprend, suivant lui, la plupart des espèces de paralysies regardées comme essentielles,
576 APPLICATIONS DE l'ÉLEÛïRICITÉ.
Celte paralysie a un aspect morbide distinct, elle est caractérisée par la^ régularité du mode d'apparition et du développement des symptômes de la maladie, leur filiation et leur marche.
Cette affection, d'abord locale, et tendant ensuite à se généraliser, présente trois périodes.
Première période. — Paralysie d'un ou plusieurs des nerfs moteurs de l'œil, compliquée de la paralysie du nerf optique. En même temps, douleurs térébrantes et erratiques dans les diverses parties du corps.
Deuxième période. — Apparition des troubles de la coordination des mouvements dans les membres inférieurs, et quelquefois, mais plus rarement, dans les membres supérieurs.
Troisième période. — Généralisation de la maladie.
La durée de cette maladie est difficile à déterminer, parce que souvent, avant sa fin, les malades tombent dans un état d'épuisement nerveux qui enlève toute résistance aux causes morbides, et les fait succomber sous l'influence des maladies intercurrentes. Cette maladie est très longue, elle peut durer de dix à vingt ans.
Le diagnostic de cette affection n'est pas toujours facile. Dans la première période, toute diplopie, tout strabisme survenu spontanément, doit donner l'éveil; toutefois, ce strabisme n'a de valeur que lorsqu'il est accompagné d'amaurose. Cette amaurose n'occupe qu'un œil et elle est incurable. Il y a dans cette période des douleurs térébrantes, mobiles, erratiques, très circonscrites, accompagnées d'hyperesthésie cutanée, parcourant successivement toutes les parties du corps et pouvant durer ainsi plusieurs années.
Dans la deuxième période, il y a défaut de coordination des mouvements, le malade n'est plus sûr de son équilibre, il est comme dans un léger degré d'ivresse et craint sans cesse dciotnber. Ouolqucfois il seul une force irrésistible qui semble
le pousser en avant. L'irritabilité et la nutrition musculaire sont intactes.
Dans la troisième période, la paralysie finit par demeurer complète et occuper le pha^nx, les muscles respirateurs et les muscles laryngiens. D'après M, Duchenne, on peut confondre cette maladie nouvelle avec les affections suivantes :
La paralysie de la sensibilité musculaire. Dans cette paralysie, suivant lui, découverte par Charles Bell, en 1840, il y a diminution ou abolition de la force des mouvements. Elle guérit souvent spontanément ou par des moyens simples, tels que l'électricité.
La paralysie hystérique.
La paralysie générale des aliénés qui débute par le tremblement des membres inférieurs, le trouble de la parole et le désordre de l'intelligence.
La 'paralysie générale spinale. La paralysie que M. Duchenne appelle ainsi, est une paralysie due à une lésion de la moelle dans laquelle il y a d'abord affaiblissement, puis abolition des mouvements volontaires. Dès le début, perte ou diminution de la contraclilité électrique, atrophie en masse des muscles paralysés, dégénérescence graisseuse d'un certain nombre de muscles.
L'atrophie graisseuse progressive.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans tous ces diagnostics établis à priori., et qui ne nous semblent pas le résultat d'une observation bien réelle.
D'après M. Duchenne, les causes sont souvent inconnues. On peut cependant citer la masturbation, le coït exagéré, une influence rhumatismale, la syphilis, les refroidissements brusques. C'est enfin de dix-huit à quarante-deux ans qu'elle débute.
Quelle est l'anatomie pathologique de cette maladie? M. Duchenne ne l'ayant observée que dans la pratique civile, ne peut donner aucun renseignement à cet égard. 11
S78 APPLICATIOINS DE i.'ÉLiiCTUICIïÉ.
a de la tendance à penser, en s'appuyant sur les vivisections de M. Flourens et d'autres physiologistes, que le travail morbide central qui produit les phénomènes symptomaliques de cette maladie, commence en général par les nerfs moteurs oculaires de l'œil, les tubercules quadrijumeaux, et delà s'étend aux pédoncules cérébelleux inférieurs, puis supérieurs, puis enfin au cervelet.
Notons en passant que tout ceci est et ne repose que sur des inductions hypothétiques.
Traitement. — M. Duchenne reste à cet égard dans un vague complet.
Que penser de cette maladie nouvelle ? Je suis peut-être un peu sévère, mais je dois dire ici toute ma pensée. L'existence de cette maladie me paraît très incertaine.
Je crois que l'auteur a précisément confondu dans la description d'une seule espèce de paralysie toutes les variétés qu'ilaprécisément voulu en séparer et dont il a cherché à préciser le diagnostic. C'est en particulier ce qui est arrivé pour la paralysie du sens musculaire qu'il reproche à M. Landry d'avoir confondue avec cette maladie, tandis qu'il est probable que la plupart de sescasd'ataxie locomotrice progressive sont des exemples de paralysies du sens d'activité musculaire. De plus, quel est le médecin qui a observé de ces paralysies débutant par une première période dans laquelle il y a strabisme et amaurose d'un seul œil, douleurs térébrantes locales d'abord, puis généralisées, et une deuxième période dans laquelle il y a défaut de coordination des mouvements, ce qui est le caractère de la paralysie décrite par M. Landry; une troisième période enfin caractérisée par une paralysie générale.
Ce sont là des éléments bien distincts qui se succèdent les uns aux autres et se remplacent. Y a-t-il, dans cette filiation, cpelque chose de réellement rationnel ?
Examinons cette définition de l'auteur de la coordination des mouvements. « La coordination des mouvements est due
à l'harmonie des muscles antagonistes et à la science des combinaisons musculaires instantanées. » Ce langage physiologique est au moins nouveau. L'étiologie présente-t-elle quelque chose de rationnel ? 11 y a cinq causes: le froid, la syphilis, la masturbation, le coït exagéré, le rhumatisme. Quels sont les rapports entre des causes si différentes?
Sous le rapport de l'anatomie pathologique il n'y a absolument aucun fait et tout est à établir.
Un vague plus grand règne encore pour le traitement.
En résumé, nous pensons, jusqu'à nouvel ordre, qu'il est difficile d'admettre l'ataxie locomotrice progressive de M. Duchenne, et nous ferons rentrer les observations qu'il a publiées dans les paralysies du sens musculaire de M. Landry.
Du reste, dans l'une comme dans l'autre, nous sommes complètement sans renseignements sur l'état de la contractilité musculaire et sur la possibilité ou l'impossibilité de traiter ces paralysies par l'électricité.
D. Paralysies des organes des sens.