DES DANGERS ET DES INCONVÉNIENTS QUI RÉSULTENT
DE l'emploi de l'électricité.
Ces dangers et ces inconvénients peuvent dépendre de trois conditions bien diiïerentes qui sont les suivantes : 1° La nature des appareils que l'on emploie ; 2° L'intensité des doses d'électricité que l'on administre; 3 L'idiosyncrasie des sujets.
1° Nature des appareils employés.
Une simple machine électrique n'a jamais de sérieux inconvénients par elle-même. 11 faut qu'il y ait une disposition particulière des sujets pour qu'il en soit ainsi.
La bouteille de Leyde ou les batteries électriques ont, au contraire, souvent de sérieux inconvénients. On ne peut toujours maîtriser l'intensité de la commotion, et l'on a fréquemment observé des accidents à la suite de leur application.
La pile à auge, quand elle n'est pas très forte, n'a pas de très grands inconvénients ; cependant, en raison des courants continus énergiques qu'elle produit, lorsqu'elle est puissante, elle peut hyposthéniser un peu trop fortement ou pour un temps un peu trop long les systèmes musculaire ou nerveux.
Les appareils d'induction peuvent nuire surtout en raison de leur puissance. Ceux qui sont faibles ont peu d'action, et l'on a peu de chose à leur reprocher. Ceux qui sont puissants, au contraire, et dont on ne peut maîtriser l'action énergique, sont capables de produire des accidents : tel est, par exemple, ce qui arriverait pour l'appareil de Ruhmkorff manié par une main inexpérimentée.
En résumé, dans tous les appareils, les effets nuisibles qui peuvent être produits sont toujours de même nature. S'ils semblent varier, cela dépend de la tension du courant et du mode d'application de chaque appareil.
*'^2° Intensité des courants.
11 est un fait que personne ne contestera; c'est que, plus les courants produits sont intenses, plus les effets qui en résulteront seront énergiques, et plus on aura à redouter les inconvénients que nous signalerons dans un instant.
3° Idiosyncrasie des sujets.
11 y a chez certains sujets des dispositions particulières relatives à l'action du fluide électrique, dispositions qui ne s'expliquent pas, mais qui n'en sont pas moins réelles.
De même que nous avons vu certains individus qui semblent avoir une immunité contre l'action de la foudre, de même il y en a qui en ont véritablement une pour les effets de l'électricité ; ils supportent sans sourciller l'action des courants les plus énergiques, et n'en ressentent jamais aucun
mauvais effet. Mais, à côté de ceux-là, il en est d'autres, el ils sont bien plus nombreux peut-être, qui sont vivement éprouvés par l'électricité, et chez lesquels des doses très faibles de cet agent sont capables de produire des accidents sérieux.
ACCIDENTS PRODUITS PAR l'ÉLEGTRIGITÉ.
L'électricité, administrée même localement, peut agir sur l'organisme entier et y produire des accidents divers.
Cet effet général est-il dû à la production de courants dérivés, ou bien est-il le résultat du retentissement sympathique de l'effet local? C'est ce qu'il est difficile de dire ; on l^eut invoquer aussi bien l'une ou l'autre de ces causes. Aussi suis-je porté à admettre qu'elles agissent toutes les deux à la fois.
Les accidents qui peuvent se manifester alors sont de plusieurs ordres, et peuvent se rattacher à plusieurs catégories qui sont les suivantes :
1" PRODUCTION d'effets GÉNÉRAUX PROPREMENT DITS.
1^ Etat général. — On observe chez beaucoup de sujets un éiat névrosthénique bien caractérisé, et qui se traduit par une susceptibilité nerveuse extrême, une impressionnabilité facile, un état d'agitation bien tranché. En même temps, il y a de la céphalalgie et quelques vertiges.
Chez d'autres, l'état général que produit l'électricité est un sentiment de fatigue, de courbature, de brisement des membres.
Enfin, deux accidents que j'ai vus plusieurs fois se produire sous l'influence de l'électricité sont la suppression des menstrues et une congestion cérébrale.
2° Rappel de maladies anciennes, — Les maladies qui re-
•àii
530 APl>LlGATlOiNS DE l'ëLIîGTRIGITÉ.
paraissent quelquefois SOUS l'influence de Tadministralion de l'électricité, surtout quand cette administration est énergique, sont les suivantes : les névralgies, la migraine, les névroses de divers organes, et en particulier les gastralgies, les palpitations nerveuses, les douleurs rhumatismales chroniques, les divers accidents nerveux qui caractérisent l'hystérie, les syncopes ; quelquefois, enfin, on voit l'électricité favoriser le renouvellement d'hémorrhagies céi'ébi'ales et la reproduction de ses symptômes caractéristiques.
3" Eœacer dation des symptômes des maladies chroniques existant au moment ou l'on administre f électricité. — Les maladies qui se trouvent dans ce cas, et dont les symptômes reparaissent ou augmentent d'intensité sous l'influence de l'électricité, sont les suivantes : les maladies organiques du cœur, l'emphysème pulmonaire, l'asthme nerveux, probablement l'angine de poitrine, la plupart des névroses, quelquefois des hémorrhagies, des flux, enfin les diverses lésions organiques.
Je considère l'existence d'une maladie chronique d'une certaine intensité comme devant faire repousser d'une manière absolue l'emploi de l'électricité. Cet agent apporterait peut-être quelque amélioration à l'affection contre laquelle on l'emploierait ; mais à coup sûr on courrait la chance de voir quelques-uns des symptômes de cette maladie chronique s'exaspérer.
Les dangers et les inconvénients de l'emploi de l'électricité peuvent être bornés aux parties ou aux organes qui en subissent l'action. C'est ce que nous pouvons désigner dans ce chapitre sous le terme d'effets locaux.
2° PRODUCTION d'effets LOCAUX.
Pour étudier les dangers ou les inconvénients locaux de l'action de l'électricité, il faut reprendre les divisions prin-
DANGERS Et INCONVÉNIliNTS DK l'ÉLI'CTRICITÉ. 531
cipales que nous avons établies. Comme nous en avons déjà signalé un certain nombre, nous nous bornons ici à les énumérer.
a. Paralysies symptomatiques des njaladies du cerveau ou de la moelle.
Lorsque ces maladies sont récentes, il y a grand danger à employer l'électricité. En pareil cas, on voit souvent une paralysie incomplète se transformer rapidement sous cette influenceen paralysie complète. Lorsqueces maladies sont anciennes, le danger est beaucoup moindre. La plupart du temps, l'électricité, si elle ne produit pas de résultats favorables, ne présente pas du moins de sérieux inconvénients. Cependant on voit quelquefois, sous l'influence de l'administration de cet agent, les paralysies reparaître ou devenir plus complètes, ce qui est dû à la reproduction des hémorrhagies ou du ramollissement du centre encéphalo-rachidien.
Ces accidents tiennent en général à une des deux causes suivantes, et quelquefois à toutes les deux : l'idiosyncrasie des sujets et la trop grande énergie des courants électriques dont on fait usage.
b. Paralysies par intoxication.
La paralysie saturnine est celle dont il s'agit particulièrement ici.
En présence de l'inefficacité des courants électriques dans un grand nombre de ces paralysies, on est assez disposé à employer dans les affections saturnines des courants électriques d'une très grande énergie, d'une énergie beaucoup plus grande que dans tous les autres cas. C'est un tort, car ces courants sont loin de produire toujours le bien qu'on en attend. Non-seulement alors ils sont inutiles, mais encore ils peuvent contribuer à rendre incurables ces sortes de paralysies. A mon avis, il ne faut donc pas suivre ce conseil
532 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRIGITÉ.
donné par plusieurs expérimentateurs, d'administrer dans les paralysies saturnines des courants aussi énergiques que possible. Il faut se borner à en donner de modérés, quoique assez forts, et compter plus sur la persévérance de l'emploi des courants que sur leur extrême énergie.
c. Paralysies rhumatismales.
Dans les paralysies rhumatismales aiguës, l'emploi de l'électricité est extrêmement douloureux ; de plus, cet agent exagère les douleurs rhumatismales et les rend intolérables.
Dans la paralysie rhumatismale chronique, comme j'ai eu tout récemment occasion d'en observer un cas, l'électricité réussit souvent, mais quelquefois aussi on la voit renouveler dans les muscles paralysés les douleurs dont ils avaient autrefois été le siège et qui avaient souvent disparu depuis longtemps.
d. Paralysies hystériques.
L'administration de l'électricité chez les femmes hystériques n'est pas toujours sans inconvénients. Je l'ai vue souvent rappeler des accès hystériques, renouveler des douleurs de la même nature. Quant aux paralysies, je n'ai point observé de cas dans lesquels il y ait eu production de paralysie hystérique, ou transformation de paralysie hystérique incomplète en paralysie hystérique complète; il ne serait pas impossible cependant que cela arrivât.
e. Paralysies des muscles de la vie organique.
L'administration de l'électricité contre de prétendues paralysies des intestins ou de la vessie n'est pas toujours sans dangers. Je n'ai pas vu, il est vrai, cet agent augmenter ces paralysies ou les rendre plus complètes ; mais ce que je puis affirmer, pour l'avoir maintes fois observé, ce sont les douleurs très vives que ce mode d'administration de l'élec-
DA^GEl^s ET I^co^'v^îNl^;l^TS ue l'électkicité. 5oo ti'icilé procure souvent aux malades. Quelquefois les souffrances qui se produisent sous cette influence sont tellement intenses, qu'on est obligé rapidement de renoncera l'emploi de ce moyen.
L'excitation électro-musculaire du diaphragme par la galvanisation des nerfs phréniques produit quelquefois une suffocation et une dyspnée qui sont la conséquence de la contracture du diaphragme. Ces accidents obligent l'opérateur de renoncer rapidement à cette opération.
Avant de quitter le terrain des paralysies, je rapporterai, d'après M. Duchenne, l'exemple suivant qui est relatif à l'un des inconvénients qui peuvent résulter d'une électrisation trop énergique de certains muscles.
Cet accident lui est arrivé en électrisant le muscle trapèze pour une paralysie du membre supérieur. M. Duchenne dirigeait un courant assez intense sur le bord supérieur du muscle trapèze, lorsque, passant subitement au bord externe de ce muscle, il plaça un excitateur sur le sommet du triangle isus-claviculaire, de manière à toucher en même temps une portion de la moitié supérieure du muscle sterno-cléidomastoïdien. La tête exécuta alors un mouvement de latéralité ou d'inclinaison tellement brusque, que le malade sentit un craquement et une douleur très vive dans le cou. Il éprouva de plus des élourdissements et des fourmillements dans les extrémités, et dut être saigné imm.édiatement.
Ce fait montre le danger qu'il y a a administrer des doses trop fortes d'électricité ; mais rapporté comme il l'est, on ne peut, en vérité le considérer comme une observation sérieuse. De quelle lésion cérébrale cette paralysie était-elle le symptôme? S'agissait-il d'une hémorrhagie, d'un ramollissement? Cette maladie élait-elle ancienne ou de date récente? Tout cela était très important à dire, car il est probable qu'il s'agissait chez ce malade d'un de ces accidents qui se produisent si souvent et si facilement quand on administre préma-
53/l APPLICATIONS DE L'iiLECTfllClTÉ.
tiirément l'électricité dans des cas d'hémorrhagies ou de ramollissement cérébral, accident qui aurait pu conduire en effet à une reproducfion complète de la maladie prin)itive. ]\1. Duchenne ne paraît pas avoir pesé toutes ces circonstances, car il attribue uniquement cet accident à ce qu'il a administré au muscle trapèze une dose trop grande d'électricité pour son degré d'excitabilité.
f. Des anesthésies et des paralysies des organes des sens.
En combattant l'anesthésie par l'électrisation cutanée, on ne s'expose pas à de grands inconvénients. On peut voir seulement cette électrisation dépasser la limite de l'état normal et produire une hyperesthésie là où il n'existait auparavant qu'une anesthésie; mais cela n'a rien de grave et ne mérite pas d'arrêter le praticien.
Vision.
r Un premier danger dans les applications de l'électricité à l'organe de la vue est la possibilité de l'appliquer à des cas pour lesquels l'emploi de ce moyen est non-seulement inutile, mais encore dangereux.
En effet, le diagnostic de l'amaurose est souvent fort difiQcile, et l'on prend souvent pour une paralysie de la vue des maladies de la rétine, du corps vitré ou de l'humeur aqueuse. Or, commettre cette erreur et employer l'électricité dans ces jas, c'est courir le risque d'augmenter les désordres physiques qui existent déjà dans les yeux et leur donner un même caractère d'incurabilité qu'ils n'avaient pas auparavant.
Pour les amauroses proprement dites, l'excitation électrique n'est pas applicable dans tous les cas. Ainsi, d'après M. Sithel, lorsqu'un œil est affecté d'amaurose torpide, il suffit souvent d'une excitation même très faible pour abolir à jamais les fonctions de la nature.
DANGERS ET INCO.N VÉNlli.MS DE l'ÉLECIUIGITÉ. 535
î)ans les cas d'amaurose où l'excitation électrique peut convenir, on se trouve entre deux écueils. Si l'on administre des doses d'électricité trop faibles, on n'obtient aucune amélioration ; si l'on en donne de trop fortes, on risque d'augmenter les symptômes de l'amaurose et de la rendre incurable, tandis qu'on aurait pu avoir encore quelque espérance en employant d'autres moyens.
Je rappellerai à ce sujet le fait suivant que j'emprunte textuellement à M. Duchenne :
« La propriété que possède le galvanisme (courant du » premier ordre) d'exciter vivement la rétine peut être utili- » sée dans le traitement des amauroses. En raison même de » cette propriété spéciale, l'électricité doit être appliquée, à » la face avec circonspection. La flamme qu'elle produit est » tellement éblouissante, qu'elle pourrait compromettre la » vue si l'opération était trop longue, les intermittences, du » courant trop rapides et le courant trop intense. En voici » un exemple : un malade atteint de paralysie faciale avait » subi un grand nombre d'opérations électriques avec un » appareil électro-dynamique (appareil d'induction à pile) » et avec un courant rapide, sans éprouver de sensation lu- » mineuse. Il est vrai que je ne plaçais jamais les excitateurs « sur les nerfs sous-orbitaires ou frontaux, dans la crainte » de provoquer une névralgie.
» Je l'opérai un jour avec un appareil galvanique à un » degré très modéré pendant cinq minutes seulement. Dans » quelque point que fussent placés les excitateurs à la face ou » sur une partie du cuir chevelu, le malade percevait des » flammes tellement éblouissantes et rapides, qu'il lui sem- » blait, disait-il, que l'appartement était en feu. Après l'opé- » ration, le malade avait perdu la vue du côté opéré, et cet » état dura quelques minutes. L'emploi du galvanisme doit w donc être proscrit à la face, excepté dans les cas où il est
» indiqué d'agir sur la rétine, et encore faut-il en user avec » circonspection. «
J'ai cru devoir rapporter ce fait avec détail ; mais il ne prouve qu'une chose, c'est que M. Duchenne avait employé un courant trop énergique.
Quoi qu'il en soit, il vient à l'appui de mon opinion qu'il faut agir avec une très grande prudence lorsqu'on emploie l'excitation électrique pour les yeux. * •
Audition.
Tout ce qui vient d'être dit pour les yeux s'applique également à l'organe de l'ouïe.
Lorsque l'on administre intempestivement l'électricité pour des surdités qui dépendent d'une lésion physique quelconque des oreilles, non-seulement le malade n'éprouve aucune amélioration, mais encore cet agent augmente les désordres et peut aggraver la surdité que ces lésions ont déjà produite.
Pour les surdités nerveuses proprement dites, on se trouvera également entre deux écueils. Ou bien on administrera l'électricité à trop faible dose, et l'on n'obtiendra aucune amélioration de la surdité nerveuse qu'on veut combattre. Si, au contraire, on l'emploie d'une manière trop énergique, on courra le risque d'augmenter la surdité et de la rendre incurable.
g. Des névralgies.
J'ai bien souvent employé contre les névralgies les deux méthodes que j'ai indiquées, c'est-à-dire la méthode révulsive par électrisalion cutanée et la méthode hyposthénisante : je n'ai jamais observé d'accidents; je n'ai pas non plus constaté d'augmentation des névralgies sous cette influence. Je ne nie pas qu'il puisse en être ainsi, seulement je n'en ai pas observé d'exemple.
DANGERS ET INCONVÉNIEINTS DE l'ÉLECTRICITE'. 537
Une de mes clientes m'a prié cet hiver d'essayer de combattre une migraine à laquelle elle était sujette depuis longtemps par l'emploi de l'électricité. — Je mis en usage une machine de Gaiffe et Loiseau faiblement chargée et à intermittences rapides. L'application eut lieu entre les deux tempes et à l'aide des conducteurs humides. C'était la méthode hyposthénisante que je mettais ainsi en usage. La malade, fort peu courageuse, essentiellement' nerveuse, ne put supporter qu'une minute à. peine ce courant. Sa migraine augmenta et fut deux fois plus longue et plus intense que dans son état ordinaire. Est-ce un fait isolé ou se reproduirait-il? Je l'ignore ; je n'ai pas eu l'occasion d'appliquer une deuxième fois l'électricité pour un cas de migraine proprement dit.
h. Hyperesthésie.
L'hyperesthésie cutanée ou musculaire présente sous le rapport de l'électricité des variations bien grandes. Quelquefois elle diminue ou disparaît. D'autres fois, elle ne subit aucune modification. Mais, dans un certain nombre de cas, on la voit augmenter d'une manière bien notable sous l'influence de l'application des courants électriques.
i. Atrophies.
L'emploie de l'électricité dans les atrophies rhumatismales, même anciennes, n'a jamais d'inconvénient. Cet agent peut n'exercer aucune influence heureuse, mais je ne sache pas qu'il ait produit des accidents.
Dans les atrophies essentielles avec transformation graisseuse, il peut résulter des inconvénients très sérieux de l'emploi trop tardif de l'électricité. Mise en usage à une époque peu éloignée du début de la maladie, on peut espérer développer à l'aide de l'électricité les fibres musculaires existant encore et rendre une partie de leurs mouvements aux muscles atro-
538 API'LICATIONS DE L'ÉLliCTJRIGJ lÉ.
phiés. Mais quand l'atrophie est déjà ancienne, et que la transformation graisseuse déjà avancée a remplacé la plus grande partie des fibres musculaires, l'emploi de l'électricité non-seulement devient inutile, mais encore il peut être dangereux, il peut contribuer à accélérer la marche de l'atrophie et la deslruction des fibres musculaires existant encore. Ce dernier effet peut être attribué à l'excitation trop énergique que donne l'électricité au petit nombre de fibres musculaires restantes, excitation qui entraîne l'abolition de leur contractilité.
Dans la paralysie atrophique de M. le professeur Cruveilhier, l'emploi de l'électricité non -seulement n'est d'aucune utilité, mais ne peut être que nuisible. Toutes les fois, en effet, que l'atrophie musculaire est la conséquence de l'atrophie des racines antérieures des nerfs rachidiens, cette atrophie musculaire suit une marche invariablement et nécessairement progressive. Employée contre les muscles atrophiés, l'excitation électrique ne fait que hâter les progrès de la maladie et accélérer la disparition des fibres musculaires. C'est une opinion que je suis heureux de partager avec M. le professeur Cruveilhier, qui a constaté qu'il en était ainsi dans tous les cas (et ils sont maintenant assez nombreux) qu'il a observés. On doit donc bien se garder d'employer l'électricité dans la paralysie atrophique consécutive à l'atrophie des racines antérieures des nerfs rachidiens.
y. Convulsions et maladies convulsives.
L'emploi des courants électriques dans ces diverses maladies est une des applications de cet agent qui peut être la plus contestée. Les convulsions constituent, en effet, des accidents qui sont analogues aux effets que peut produire l'électricité, et l'on pouvait admettre à priori que l'excitation électrique ne pouvait qu'augmenter les phénomènes convulsif?--. L'application n'a pas justifiéoe qu'indiquait la théorie, et les maladies
DANGERS ET INCO>VÉMb:iNTS DE l'ÉLECïRICITÉ. 539
convulsives, sous le rapport de l'application de l'électricité, peuvent être divisées en trois groupes. Dans un premier se rangent les cas dans lesquels les courants électriques agissent comme hyposthénisants et améliorent la maladie, soit d'une manière passagère, soit d'une manière définitive au bout d'un certain nombre de séances. Dans un second groupe se rangent les affections convulsives dans lesquelles l'électricité n'exerce aucune influence. Enfin, dans un troisième, on placera toutes les affections convulsives qui s'exaspèrent sous l'influence de l'administration de l'électricité. Cela est positif, et j'ai cité plus haut des cas dans lesquels il en était ainsi. Les médecins ne sauraient donc prendre trop de précautions s'ils veulent appliquer l'électricité à ce genre de maladies.