EFFETS DE LA FOUDRE
complet, quelquefois incomplet, des individus foudroyés. C'est un des effets les plus singuliers de la foudre, et dont il est difficile de se rendre compte.
Les accidents que l'on observe chez lesindividus foudroyés sont les suivants :
1° Production d'exanthèmes. On a observé ainsi des urticaires, des éry thèmes, des érysipèles, etc., etc.
2° L'épilationde tout le corps, non-seulement des cheveux, mais encore des parties les plus cachées.
3° Des paralysies diverses qui peuvent guérir plus tard ou persister une partie de la vie.
[i° Des amauroses plus ou moins complètes.
5° La surdité, la perforation des membranes du tympan.
6° Des brûlures plus ou moins profondes.
7° Des syncopes quelquefois très prolongées.
8» Les lésions qu'on trouve à constater après la mort sont essentiellement variables. Ce sont les suivantes :
a. L'arrachement de la langue.
b. L'arrachement du tronc d'un membre entier.
c. La production d'un trou dans le crâne.
d. La fracture comminutive des os du crâne.
e. La proéminence des yeux ; leur arrachemenL
Si l'on recherche l'état du corps après la mort, on arrive aux résultats les plus variables.
Chez quelques sujets la rigidité des membres.
Chez d'autres une flaccidité insolite.
Chez un certain nombre une putréfaction rapide.
Chez d'autres un retard dans l'instant de la putréfaction.
Comme désordres anatomiques, on trouve à signaler des lésions souvent très considérables.
La flaccidité des membres.
Le ramollissement des os.
L'affaissement des poumons.
La fluidité du sang.
M. Boudin conclut, des longs détails dans lesquels il entre sur tous ces sujets, que ce qui caractérise les effets de la foudre, c'est l'imprévu, le protéiforme, les contrastes, l'opposition et le mystère.
Le mêmeagent qui produit la paralysie des muscles delà vue et de l'ouïe peut également guérir des paralysies musculaires, des amauroses et des surdités.
§ 2. — EFFETS d'une ATMOSPHÈRE CHARGÉE D'ÉLECTRICITÉ.
Les effets des temps orageux sur l'organisme sont incontestables. Voici ce qu'on sait de positif à cet égard. C'est bien peu de chose.
Les individus sains et bien portants ressentent un malaise, une agitation, un état de pesanteur difficile à exprimer. Leur système musculaire est plus paresseux.
Les individus atteints de ihumatisme chronique, surtout par les temps orageux, sentent se renouveler leurs anciennes douleurs, ou bien celles qui existaient auparavant présentent une exacerbation notable. Sous cette même influence les névralgies augmentent d'intensité ou leurs accès reparaissent. La dyspnée, due à des maladies organiques du cœur ou à un emphysème des poumons, se développe souvent par les temps orageux. On voit quelquefois, sous cette influence, des accès de fièvre intermittente revenir prématurément.
Les individus scrofuleux et scorbutiques voient souvent les principaux accidents dont ils sont atteints s'exagérer par cet état atmosphérique.
Les malades atteints d'une affection aiguë ou chronique éprouvent, à l'instant d'un orage, une aggravation des principaux accidents; ils sont plus fatigués, plus agités, et leur état fébrile augmente.
Enfin, dans les maladies dont la terminaison doit être funeste, il n'est pas rare de voir la mort survenir par un temps
ATMOSPIIÊRK CHARGÉE d'ÉLECTRIGITÉ. 525
d'orage et devancer ainsi de quelques Iieures le moment de cette crise suprême.
L'électricité administrée à forte dose pourrait exercer au minimum des effets analogues. C'est, du reste, ce que nous développerons dans un instant avec des détails plus étendus.
M. Brown-Séquard s'est livré à quelques expériences destinées à éclairer certaines questions qui se rattachent à la mort par l'électro-magnétisme et la foudre. J'en dirai ici quelques mots.
Le premier mémoire de M. Brown-Séquard est intitulé : Influence de V électro-magnétisme et de la foudre sur la durée de la rigidité cadavérique.
Suivant Hunter et Himiy, la rigidité cadavérique n'a pas lieu chez les hommes et les animaux foudroyés. Cette assertion a été mise en doute, et les expériences de ce physiologiste ont pour but de démontrer que les observations des deux auteurs anglais sont exactes.
Pour arriver à cette démonstratioii, M. Brown-Séquard applique l'électro-magnétisme à un animal qui va mourir. C'est ce qu'il pratique en enlevant le cœur à quelques mammifères (^lapins, cobayes), et en les soumettant au passage d'un courant électro-magnétique. Il trouve ainsi que les courants agissent sur lui de manière qu'après la mort la rigidité leur arrive d'autant plus vite que le courant employé est plus énergique, mais qu'en même temps elle diminue en durée et en intensité. 11 conclut de là que la foudre, c'est-à-dire rélectricilé atmosphérique en quantité énorme, fait arriver la rigidité même beaucoup plus tôt que nous ne pouvons le faire avec les appareils que nous possédons; or si la rigidité arrive beaucoup plus tôt, sa durée devra être incessamment diminuée. En conséquence, il pourra être impossible d'observer son existence chez les individus foudroyés.
J'avoue que je trouve cette manière de raisonner un peu
5â6 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRIGITÉ.
sliigliiièr-e. Tout ceci ne consiste en définitive que dans des inductions fort contestables; et puis peut-on véritablement assimiler à l'action de la foudre un courant électro-magnétiïjue que l'on fait passer à travers un animal auquel on a enlevé le cœur?
Dans un second travail, intitulé Sur la mort par la foudre et f électro-magnétisme , M. Brown Séquard se demande comment lue la foudre. 11 est facile, suivant lui, de résoudre êëlte question.
Toute cause, dit-il, d'excitation des forces nerveuse, musculaire, etc., agit de manière à diminuer d'autant plus la ijuaiitité de ces forces qui se trouvent à un naoment donné chez un individu, que cette excitation est plus énergique. Tous les faits connus démontrent l'exactitude de cette loi; il en ressdrt que la foudre, en tant que cause d'excitation extrêmement puissante, déterminera la dépense de toute la quantité des forces nerveuse, musculaire, etc., chez les individus qu'elle frappera. Ces forces anéanties, on comprend parfaitement bieiiquela vie doive céder aussitôt, parce qu'aucun des actes vitaux de quelque importance ne saurait s'accomplir en l'absence de ces forces.
Ainsi donc la foudre tue en épuisant toute la quantité des forces dynamiques que possède l'économie animale. On s'explique ainsi bien facilement l'absence de toute lésion visible des organes.
La mort peut-elle arriver autrement? M. Brown-Séquard penche pour l'affirmative; il croit que, dans ce cas, la mort peut avoir lieu par l'asphyxie, comme elle a eu lieu en général chez les animaux qu'on tue par le galvanisme ou l'électricité. Alors tous les muscles du corps, respirateurs et autres, entrent en contraction ; il devient impossible à l'individu (homme ou animal) de faire des mouvements respiratoires, et l'asphyxie s'opère complètement. Dans ce cas, on trouve à l'autopsie toutes les traces de l'asphyxie. De
DANGERS Eï INCONVÉNJKNTS DE L*ELECTRIG1TÉ. 527
plus, les hommes tués ainsi doivent présenter une rigidité cadavérique très reconnaissable. Cette rigidité, survenue quelques minutes après la mort, sera très peu énergique et durera moins d'une heure. Enfin la putréfaction, qui survient si vite d'ordinaire chez les individus foudroyés, tardera, dans ce cas, un peu plus à se montrer.
M. Brown-Séquard appuie ici ses idées sur quelques expériences qu'il rapporte.
J'ai donné brièvement le résumé des expériences de ce physiologiste pour embrasser dans un cadre complet tout ce qui se rapporte aux accidents causés par la foudre ou l'électricité. Il se peut, en eiïet, que l'on trouve à chaque instant des applications de faits qui ne sont encore qu'à l'étal expérimental. Le second travail de M. Brown-Séquard est, sous ce rapport, d'une plus grande importance que le premier.