APRÈS LA CUISSON
Avant de terminer l’exposé des considérations générales que présentent les Poteries dans leur fabrication et dans les propriétés I que leurs pâtes acquièrent par la cuisson, il nous reste encore à examiner quelques-unes de ces propriétés qui ne dérivent pas ' immédiatement comme les précédentes de l’influence du feu et du fait de la cuisson.
DURETÉ
Ce sont la dilatabilité des pâtes faites, leur ténacité, leur Propriété conductrice pour la chaleur et leur Propriété hygrométrique 5 nous allons remarquer avec peine qu’on n’a que très-peu de notions précises sur ces sujets.
§ 4. — Dureté.
C’est encore une propriété entièrement due à l’action du feu et à la cuisson 5 elle varie considérablement, suivant la nature des pâtes ; elle est souvent en rapport avec la densité de masse acquise par la même action, mais ce rapport n’est pas constant et par conséquent, n’est pas essentiel.
Quelques Poteries peu denses, telles que les briques et les tuiles bien cuites, acquièrent une assez grande Dureté pour faire feu sous le choc du briquet ; mais celles qui prennent ce haut degré de Dureté, ont en général une texture très-serrée, elles le doivent à des causes fort différentes, et qui nous permettent d’assigner des règles générales à la production de cette propriété ; les Poteries dures au point de rayer le verre, l’acier et d’avoir presque la Dureté du quarz, sont :
i° Celles dont la pâte a pour base une argile plastique qui est peu dégraissée ou qui ne l’est que par du sable. Ces Poteries acquièrent sans apparence de réelle fusion , une Dureté considérable, tels sont les grès-cérames et la pâte ou biscuit des faïences fines dites cailloutage.
au Les Poteries qui , sans renfermer aucune partie d’argile plastique, ont une composition qui leur donne la propriété d’acquérir une texture semi-vitreuse, mais de ne l’acquérir qu’à une très-haute température ; telles sont les porcelaines , nonseulement celles que l’on nomme Dures, mais encore la plupart des porcelaines tendres; car le nom de ces dernières indique plutôt une facile fusion, par opposition à la fusion très-difficile des porcelaines dures, que leur réelle Dureté physique.
La Dureté est une des qualités importantes des Poteries, et qu’on ne leur a donnée que depuis un bien petit nombre de siècles.
Les deux parties qui composent la plupart des Poteries ac-
tuelles, la pâte et la glaçure, peuvent avoir des Duretés trèsindépendantes l’une de l’autre -, il y a des pâtes dures qui ont une glaçure tendre (les grès-cérames avec glaçure plombifère, les mauvaises faïences fines, les Porcelaines tendres); l’inverse, mais dans un seul cas, est également vrai (la faïence commune).
Ce sont des conditions très-importantes pour les pâtes, elle est liée avec leur imperméabilité et pour les glaçures avec la conservation de leur éclat et de leur durée dans les usages domestiques.
On n’a aucun moyen précis d’évaluer la dureté , et c’est un assez grave inconvénient ; car telle Poterie n’est inférieure à une autre du même genre que par sa glaçure un peu moins dure; or, de cette tendreté qui vient souvent de la basse température à laquelle , par vue de spéculation , elle a été cuite , résulte un mauvais emploi et une infériorité de qualité peu visible au premier aspect, mais qui se développe par l’usage.
La Dureté de la pâte, ou , comme le disent les Potiers, du b i sc u i t, est plus appréciable par la pratique. C’est le son , la sonorité vive , métallique, même supérieure à celle du bronze, différente par son éclat de toutes les sonorités ordinaires, qui indique cette Dureté. Elle est surtout très-recherchée et très-bien appréciée par les personnes qui en ont l’habitude, au moyen du choc de deux pièces l’une sur l’autre.
On a cherché pour les minéraux à faire un instrument propre à apprécier exactement la dureté. M. Seebeck, de Berlin, a proposé un mensurateur de Dureté (scléromètre), et a dé- ! crit cet instrument (*). Il consiste en un levier d acier horizon- : tal , lié par une charnière à une tige verticale fixe ; il porte audessous de lui une tige terminée par une pointe d acier , ou de ! tout autre corps dur, dont la Dureté doit être toujours à peu près I la même , et comme cette pointe pèse perpendiculairement sur la surface du corps dont on veut déterminer la dureté, on la fait mouvoir en cherchant à rayer la surface de ce corps. On augmente son action par un poids qu’on éloigne du point d’appui comme dans les balances, dites romaines, jusqu’à ce qu’il raye le corps.
(') 1)' A. Seebeck, ueber kartéprûfung an Kryslallen, in-/T Berlin, 1832
280 DURETÉ
Je ne sache pas que cet instrument, qui doit avoir des imperfections , mais qu’il n’est pas de mon sujet de développer ici , ait été encore introduit dans la pratique.
M. Welter a proposé un instrument qui me semblerait susceptible d’être amené k un assez grand degré d’exactitude. Il consiste principalement en un burin de diamant convenablement acéré, monté dans un porte-plume ou tube cylindrique dans lequel est un ressort à boudin. On juge à peu près de la dureté du corps en observant la quantité dont rentre la tige de la pointe de diamant dans son étui, parl’effort qu’il a fallu faire pour arriver k rayer sensiblement le corps dont on veut apprécier la Dureté. On voit qu’on pourrait enlever par quelques dispositions une partie de ce que cet instrument peut laisser d’incertain en raison de l’inclinaison qu’on donne à la pointe , de la finesse et surtout de la profondeur de la rayure, et c’est même ce dernier point qui sera le plus difficile k préciser. Je n’ai point eu l’occasion d’essayer, ni même de voir cet instrument.
On emploie, en minéralogie, pour évaluer la Dureté des différentes espèces minérales, un procédé qui ne donne que des types de comparaison , en faisant juger que la pierre rayée est plus tendre que celle qui la raye. Ce procédé est impraticable en céramique -, nn*.is il faut ici, comme en minéralogie, prendre quelques précautions pour rendre le moyen d’appréciation le moins vague possible , tel que d’avoir une pointe d’acier toujours k peu près de la même dureté , de ne pas la laisser s’émousser, de ne pas confondre la raie métallique qii’elle peut tracer avec la véritable rayure , d’agir sur la surface toujours a peu près sous la même inclinaison , etc.
Il ne nous reste donc pour évaluer cette importante qualité que des moyens empiriques. J’ai pris pour mensurateur la pointe d’un couteau de bon acier ou celle d’un burin de graveur en taille douce ; ce moyen est efficace pour les pâtes dans lesquelles les légères différences de Dureté ont moins d’importance que dans les glaçures. On peut par ce procédé diviser les Duretés céramiques en quatre degrés : Le premier appartient aux pâtes qui se laissent rayer facilement par une très-faible pression de la main; ce sont les Poteries anciennes de tous les