‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 187 sur 261 · FABRICATION DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

FABRICATION DE BOURGOGNE

jours de grand feu, ce qui est, comme on le voit, beaucoup plus prompt qu’au bois.

11 consomme 1 5o hect. de houille. k

M. Lefort m’a fait comparer les avantages de l’emploi de la houille, même à la porte de Paris, sur celui du bois, pour cuire une matière qui a peu de valeur. Ainsi , en bois , il consommait i,6oo fagots et 20 stères de bois. Il y avait environ 5, 000 Briques de déchet par fournée. A la houille il n’y a que 5oo briques environ de perte sur 60,000.

Trois cuiseurs conduisent quatre fours, cuisant à la houille.

A la houille, la Brique est plus rouge ; au bois , elle est plus pâle.

La seconde sorte de Brique qu’on emploie à Paris, principalement dans toutes les constructions de four ou fourneaux d’usine, s’appelle Brique de Bourgogne, parce qu’en effet les premières sont venues uniquement de cette province, et que c’est encore elle qui en fournit le plus aux travaux de Paris et des environs. C’est, en effet, comme la géologie nous l’apprend, le pays le plus voisin de Paris où se présente la meilleure argile plastique propre à faire des Briques réfractaires : elle est supérieure à la craie ou au moins au calcaire jurassique, et surtout exempte de cristaux de gypse et de pyrites.

On la dégraisse avec du sable.

Ces argiles viennent principalement de Villeneuve-le-Roi , de , Pont-sur-Yonne, de Sens. Les plus recherchées sont ces dernières, I étant surtout , comme très-réfractaires , plus propres qu’aucune autre à la construction des fourneaux. L’argile plastique de Montereau donne aussi de très-bonnes briques , mais moins estimées cependant que les précédentes.

cent

et

La dimension du grand modèle ou moule est de 2 rcenl 5eent,5. Il en entre 720 dans un mètre cube.

Rendues à Paris sur les ports, elles se vendent (sans le droit d’octroi), le mille 73 à 84 fr. , et celles de Montereau ne se vendent, le mille, que 64 à 65 fr.

Elles sont, en général, bien faites, solides et cependant faciles à tailler, et lorsqu’elles sont bien choisies, elles peuvent résister

; aux plus hautes températures sans se fondre ni même se ramollir,

348 BR1Q0ES

quand d’ailleurs elles sont à l’abri de l’action des cendres végétales ; elles sont cotées alors à un prix plus cher suivant leur couleur. #

La rouge pâle . . 84 fr.

La blanche. . . . . io3 fr.

Elles portent souvent les marques des fabricants. Celles qu’on estime le plus, et qu’on dit être de bonne marque, portent les lettres JD — LR — EP.

Loiret. — Orléans. — On fabrique à Orléans, en raison de I la proximité d’une grande forêt et des moyens faciles de | transport, beaucoup de matériaux de bâtiment en terre cuite, notamment des Briques et des Tuiles.

Les principes et procédés généraux sont semblables à ceux que j’ai fait connaître, mais je dois y noter deux particularités. !

M. Valentin Feau-Béchard a construit pour ses Briques un four d’une forme toute particulière. Il appartient par la forme j générale à ce qu’on nomme four carré. Le plan du laboratoire est un rectangle qui a environ 4 mètres et demi de i profondeur, 8 mètres de largeur et près de 8 mètres de hauteur jusqu’au commencement de la cheminée. Le foyer latéral s’ouvre en voûte demi-conique dans le laboratoire.

C’est , avec ces dimensions , la hauteur énorme de la cheminée | qui en fait le caractère particulier. Cette cheminée , en pyramide i très-aiguë , a , depuis sa base , c’estr-à-dire depuis le plan où finit la partie prismatique du laboratoire et où commence la i pyramide, 17 mètres. M. Feau a établi sur le principe d’élévation de la cheminée une proportion d’économie du combustible, I qui , si elle est exacte et qu’elle n’entraîne pas l’inconvénient d’une très -grande inégalité dans la cuisson, offre une économie de combustible assez spécieuse. Il assure que quand la cheminée n’a que la faible hauteur ordinaire, ou plutôt quand il n’y en a pas, comme c’est le cas de la plupart des fours à Briques, on brûle, pour cuire un mille de Briques, du bois stérable pour 7 à 8 fr., que quand on lui donne 10 mètres de hauteur on peut cuire la même quantité avec des branchages ou bourrées de chêne valant 4 à 5 fr. , et enfin que si on l’élevait jus-

FABRICATION ü’ ANGLETERRE. 349

qu’à 1 7 mètres , la dépense du même combustible , pour mille Briques, était réduite jusqu’à 3 francs.

On suit à Orléans , dans quelques fabriques , la méthode de façonnage , pour les Tuiles , soit flamande , soit alsacienne ; la première consiste principalement à étendre la croûte de pâte sur un moule de bois un peu bombé , et qui donne à la Tuile une espèce de rebord relevé qui entre dans le demi-canal latéral de la Tuile sa voisine. Cette disposition empêche toute introduction d’eau par les côtés, sans qu’on ait besoin de donner aux Tuiles cet énorme recouvrement qui alourdit si considérablement une toiture. Il résulte de ce façonnage à la manière flamande, que la quantité de tuiles nécessaires pour couvrir une surface de 4 mètres , ne 3èse que 1 5o à 1 55 kilogrammes, tandis qu’en Briques ordinaires, ;e recouvrant de près de moitié, le poids, pour la même surface, serait d’environ 38o kilogrammes, plus du double.

La méthode alsacienne , de façonnage , est trop compliquée xmr être décrite ici , je me contenterai de l’indiquer en disant pTelle consiste à étendre et mouler la croûte sur une toile tendue sur une planche un peu convexe 5 un cadre ou moule en fer >ose sur cette toile qui est fixée à la planche par un de ses leux grands bords. Le bord opposé est libre, mais garni d’un fort liurlet ou coulisse, dans laquelle est un rouleau de bois, qui ert à soulever la toile et la Tuile moulée pour la porter sur ’aire. Il résulte des retournements qu’on a fait subir à la Tuile, pi’elle présentera à la pluie le côté lisse qui, dans ce cas, est ipposé au crochet ; avantage très-grand pour éviter les mousses ;t altérations qui résultent des aspérités que présentent en dehors es Tuiles faites par le procédé ordinaire (*).

Angleterre. - A Londres et aux environs, où à défaut de pierres olides ettaillables toutes les maisons sont bâties en briques, on 1 1 établi, surtout au nord de la Tamise, à Stepney, Hackney, Totenham, Hammersmith, Brentfort, etc., un grand nombre d’exdoitations et de fabriques qui fournissent des Briques de diverses

■ouleurs et qualités appropriées aux bâtiments selon leur impor-

(*) Je tiens ces détails de M. Edmond Feau-Béchard , fils de M. Valentin, et : lui a été pendant deux ans élève de la Manufacture royale de Sèvres.

BRIQUES

tance ou la durée qu’ils doivent avoir, et môme aux diverses parties d’un bâtiment, telles que les caves, les voûtes, les encadrements de croisées. On en exporte une très-grande quantité pour les colonies d’Amérique, Quebec, etc.

S’il est un cas où les moyens mécaniques peuvent avoir quelque succès, c’est bien celui où s’ouvre à ce produit un écoulement si immense.

Le façonnage est comme on l’a décrit plus haut. Un bon ouvrier doit fabriquer 5 à 6,000 briques par jour-, il y en a qui en font jusqu’à 10,000 (1).

Ces briques se font avec la terre argileuse qu’on retire des fondations et qui appartient à ce qu’on appelle en géologie l’argile de Londres; elle est souvent mêlée d’une assez grande proportion d’argile plastique, ce qui oblige à la dégraisser par une addition d’un peu de craie , de sable ou de cendre de houille , dans des proportions différentes suivant la qualité de l’argile ; c’est ce qui constitue les deux sortes de Briques nommées les unes, malmbrick , faites avec le terrain très-sableux et crayeux de la surface, et les autres, stockbricks , dans lesquelles il entre une plus grande quantité d’argile plastique presque sans calcaire.

On cuit en Angleterre les Briques à la houille presque partout, et surtout dans les environs de Londres, à peu près de la même i manière, c’est-à-dire en plein air, sans four de construction. Cette méthode s’appelle cuire in clamps ou clamp burnt; les Briques qui font partie des parois de ce fourneau temporaire sont bien moins cuites que celles du centre.

La cuisson des Briques en massif en plein air, que je viens i d’indiquer, ne paraît s’appliquer qu’aux Briques pour les constructions de maisons-, mais celles qui sont destinées à la construction des fours agissant à haute température , sont

(') M. Aikin ( Rapport de la Société des Arts et Manufactures , 1830 et 1832, t. XLVIII, p. 494) exprime la même opinion que moi sur le façonnage à la mécanique, en disant qu’en supposant seulement 5,000 Briques faites à la main par un ouvrier ordinaire , l’idée de les faire avec une machine compliquée à établir, entraînant aussi des réparations dispendieuses, ne pourrait être qu’une spéculation ruineuse.

Page 1