PARTIE TECHNIQUE. LE FAÇONNAGE
grande pureté de forme et de surface. Mais les peuples anciens ou ceux qui plus modernes étaient encore très-peu avancés en civilisation et en industrie, ne produisaient que des pièces grossières, informes ou au moins presque toujours incorrectes : telles sont la plupart des pièces rondes des Étrusques, des Germains, toutes celles des Scandinaves , toutes celles des indigènes des deux Amériques, et pour le dire en passant, dans les temps actuels, celles des îles sauvages de la mer du Sud et même des paysans de rîle de Corse.
B. Le Moulage. Il a été pratiqué dans les temps les plus anciens avec une assez grande perfection ; on dit que les premiers objets sur lesquels on a fait des Moules, étaient des fruits qui en se putréfiant, donnaient le moyen de vider le moule de son modèle. Je ne connais pas d’exemple de Poteries anciennes faites par ce procédé. Mais le Moulage à la croûte, le Moulage en deux coquilles, se montrent très-souvent sur les pièces de Poteries des Grecs, des Étrusques, desRomains surtout. On y reviendra en décrivant ces Poteries.
C. Le Tournage. Le Tour à ébaucher, qui est le véritable Tour à Potier, offre dans sa primitive simplicité un des instruments les plus anciens de l’industrie humaine ; les figures que je donne (*) font connaître les principales formes sous lesquelles il a été employé depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours , et selon les époques , les lieux et l’espèce de Poterie.
Le Tour du Potier a été connu de tous temps en Chine : les pièces rondes de la porcelaine chinoise la plus ancienne ont été faites au Tour.
Il l’a été des Égyptiens à une époque non moins ancienne et qu’on peut rapporter au xixe siècle avant J.-C., ainsi que le montrent les tableaux peints sur les murs des tombeaux de Beni- Assan, et de Thèbes.
PI. ni , fig. 4 et 5. Dans la figure 4, le tourneur monte son ballon, l’étrangle avec une main pour former le pied de la pièce ; dans la figure 5, ce tourneur perce son ballon avec la main gauche pour faire le creux
(') PI. m, et 5. — PI. xi, fig. 1, 2 et 3. — PI. xn, fig. 2 et 4.
de la tasse, tandis qu’il fait et soutient le bord avec l’index et le pouce de cette même main, comme le font encore nos tourneurs, ainsi qu’on le voit dans la figure 3 de la planche xlvi.
On croit connaître l’époque de l’invention du Tour ou au moins de son introduction en Europe par la Grèce, et le nom de son inventeur : c’est à Talus [Talcs ou Tlialos), sculpteur athénien, neveu du célèbre architecte et sculpteur Dédale, qui vivait vers l’an i ^oo avant l’ère chrétienne, qu’on l’attribue (*).
Cet instrument fut regardé comme un perfectionnement si important dans les arts céramiques, que les Grecs crurent devoir l’immortaliser, et rendre à son inventeur tous les honneurs de la célébrité, en frappant des médailles sur lesquelles un vase , produit de cette invention, était surmonté de la chouette, oiseau de Minerve.
Le Tour a été souvent chez les poètes le sujet de diverses comparaisons sous le nom de la Roue du Potier ( ).
D’autres disent que le Scythe Anacharsis perfectionna cet instrument (3) 5 il fit connaître aux Grecs un Tour à Potier d’une construction plus parfaite que celui de Talus.
D’autres vont plus loin, et prétendent que cet instrument aurait été introduit dans la Grèce, avec les arts que les Pélasges et les Scythes de la Bactriane, leurs ancêtres, y ont apportés.
Ge qu’il y a de certain, c’est que toutes les Poteries grecques
P) Diodoiîe de Sicile , lir. iv, chap. lxxvi ; t. ii, page 298 de la trad. de Miot.
(*) Plaute dit dans Gnidius , act. jii, c. 2 : Versatior es quam rota figularis. « Tu es plus tournant que la roue du Potier. »
Homère a fait mention du Tour à Potier dans l’ Iliade , liv. xviii, v. 599 à 600, quand, dans la description d’une danse figurée sur le bouclier d’Achille, il dit : « Toute cette troupe danse en rond avec taut de justesse et de rapidité, que la u roue que le Potier met en mouvement avec les mains, ne tourne ni plus » également ni plus rapidement. »
Les Potiers modernes, en poterie commune , impriment encore avec les mains à leur plateau tournant, un mouvement de rotation assez rapide, assez durable et assez puissant, pour qu’ils ^ient le temps de faire leur pièce. Ce n’est pas là le véritable Tour à Potier, dont la roue, distincte et inféiieure, est mue avec le pied ou avec tout autre moteur. Ce serait plutôt la tou rnet t e ou plateau tournant qui doit avoir précédé le tour à pied. Il est possible que ce soit ce dernier Tour que , suivant Pline, le Scythe Anacharsis aurait introduit dans la Grèce, non comme uu instrument tout à fait nouveau, mais comme un Instrument perfectionné.
(3) Pline, liv. vit, chap. lvi.