ROMAINES. PAYS ITALIENS
mension et s’emboîtant l’une dans l’autre, et si bien lutées qu’elles ont paru au premier et superficiel examen avoir été cuites avec le corps ou au moins avec les os qu’elles contiennent. Diodore de Sicile dit , en parlant des usages des habitants des îles Baléares , que ces peuples brisaient les cadavres avec des bâtons et les déposaient rendus flexibles par ce procédé dans une jarre de terre. (Note de M. Mérimée.) On voit le singulier rapport qui se trouve entre cette pratique et celle des anciens Brésiliens, que j’ai rapportée p. 41 ** et figurée PI. x\x,fig- 6.
Une des Poteries du façonnage le plus imparfait que j’aie vues , façonnage qui est même inférieur à celui des peuples aborigènes de l’Amérique , des îles de la mer du Sud , etc. , est celle que l’on fait encore actuellement en Corse, principalement à Monaccia et à Canaggio.
La pâte est grise , rougeâtre , noirâtre , selon le feu qu elle a reçu, peu dure, mais elle offre assez de résistance au choc et aux changements de température : cela tient à un procédé tout particulier, unique même dans les arts céramiques ; c’est à 1 introduction que font les Potiers de ces lieux , d’une certaine quantité d’amiante dans leur pâte argileuse , renfermant un peu de calcaire encore à l’état de carbonate.
Ces pièces sont façonnées à la main : elles sont minces ; ce sont des marmites à une anse , des pots à aller devant le feu. Les formes de la pièce et de son anse sont tout à fait irrégulières , gauches, bosselées.
Ce sont les femmes qui fabriquent et façonnent cette Poterie, et on assure qu’elles la font cuire dans le four où elles ont cuit leur pain.
Ces imperfections tiennent peut-être à 1 introduction de l’amiante , matière filamenteuse et non plastique , qui s oppose à un façonnage sur le tour pour les pièces rondes , ou dans des moules pour toutes les autres formes. (Voir Mus. cér. de Sèvres, M, PL xi, /g. 5 et 7.)
Grèce proprement dite. — Poteries malles a n t i fj ue s. — Dans la Grèce antique, et dans toutes ses colonies, on a fait, peut-être dans les temps les plus anciens, et avant la connais-
POTERIES TENDRES FINES
sance du beau lustre grec, puis concurremment avec les vases ornés de ce lustre, des Poteries mattes en grand nombre, qui présentent les mêmes formes que les Poteries lustrées , mais qu’on ne peut pas regarder cependant comme étant toujours ces mêmes Poteries, auxquelles par des motifs quelconques on n’avait appliqué ni le lustre qui paraît rouge, ni le lustre noir; car la pâte de ces Poteries est souvent très-différente de celle des Poteries lustrées, et par la grosseur de son grain et par sa couleur d’un blanc sale ; elles ne paraissent donc pas , la plupart , susceptibles de recevoir ni l’un ni l’autre lustre; cependant on rencontre assez fréquemment des pièces qui ne diffèrent des pièces lustrées ni par leur forme ni par leur couleur et la finesse de leur pâte.
Je rappellerai celles-ci en traitant de l’ensemble des Poteries lustrées, me bornant à parler ici des Poteries grecques à pâte tendre et surface matte , dont la pâte diffère de celle des Poteries lustrées.
Comme les formes et le façonnage sont à peu près les mêmes que dans les Poteries grecques lustrées, je m’étendrai très-peu sur ces Poteries mattes , qui appartiennent : les unes , aux plus anciens temps de la Grèce; les autres, aux mêmes temps que les Poteries lustrées, puisqu’elles se trouvent souvent ensemble.
On peut reconnaître dans ces Poteries mattes , grecques et antiques, trois Groupes.
Le premier Groupe à pâte grossière et grise , ayant à peu près, quelquefois exactement les mêmes formes que les Poteries lustrées; formes semblables ou analogues à celles qui sont représentées, PI. xxxi, fig. 4, et Mus. cér., M, PI. xiii, fig. i , 3, 5, 6, 7 et 12; PL xxiv, fig. 6 et 1 1 ; PI. xxv, fig. 1 et 45 PL xxvi, fig. 5, 6 et i3; PI. xxvii ,fig. 2, 3, 6, 7 et 8 ; PI. xxviii, fig. 1 , 3, 8, 9, 12, i3 et 14.
Ces Poteries ne peuvent pas être regardées comme des pièces commencées et non finies , car leur pâte est différente de celle des Poteries fines lustrées ; quoique entamable , elle est dure ; plusieurs ont été enduites d’un engobe blanc de la même nature que celui dont j’ai donné l’analyse p. 4ai- Les vases faits avec ces pâtes paraissent avoir pu servir dans les usages domestiques,
GRECQUES, MATTES, ANTIQUES, et même culinaires , telles sont les pièces dont le trait est ci-
contre, tel est le petit poêlon à queue qui est figuré p. 287, n° 6 ; cependant quelque durs , quelque sonores qu’ils paraissent, tous ceux que j’ai essayés, no-, tamment les vases des figures cicontre, n0s 19 a 25, qui m’avaient paru les plus denses, les plus imperméables , se sont laissé pénétrer par l’eau jusqu’à leur surface extérieure en douze à dixhuit heures.
Le second Groupe renferme des Poteries d’un tout autre système de forme et de fabrication. (Voyez Mus. céram. ,M, PI. xiii, fig. 1, 3, 6, 7 et 12, et ci-dessous nos 26 , 27 et 28.)
Elles ont été faites dans l’île de Milo -, leur pâte est grisâtre , tirant sur le jaunâtre, fine, dure, assez sonore, imperméable \ leurs formes se distinguent de toutes les autres Poteries grecques antiques par leur étrangeté. Les ornements bruns , quelquefois un
peu rougeâtres , s’éloignent considérablement du style d’ornementation des Poteries italo-grecques , de celles de toutes les îles de l’archipel grec , et même de celles des colonies grecques d’Afrique et d’Asie -, les figures citées en donnent la preuve. Les trois que j’ai essayées dans ce groupe, nÜS 26, 27 et 28, ont tenu l’eau, sans en être pénétrées, pendant trente-six heures.
Le troisième Groupe de Poteries grecques à surface matte ne renferme pour ainsi dire qu’une seule sorte de pièces , à pâte , forme , et ornementation toute particulière , si riches, si parfaites , si bien conservées , que s’il n’était pas arrivé plusieurs exemples de ces pièces de différents lieux, placées dans différents cabinets d’antiquités, je douterais de leur origine antique.
Le Musée céramique de Sèvres en possède six dont deux sont figurées PL xm, fig. 8 et 9 \ j’en représente une PL Lvii,y%. i5.
Leur pâte est fine, brunâtre ou rouge, d’une assez grande dureté, néanmoins rayable au couteau, imperméable.
Les pièces , dont la forme dominante est celle des figures citées, ont un façonnage très-délicat : elles sont minces et couvertes d’ornements en relief obtenus par un moulage fait d’après des modèles très-finis. Il n’y a aucune peinture, mais quelquefois un lustre noirâtre extérieur.
Des six pièces du Musée céramique, deux, l’une M, PL xm , fig. 9, et l’autre, PL lvii, fig. i5, du Traité, ont été trouvées en 1828 , par M. Garneray, dans des tombeaux de l’île de Milo- Elles sont à pâte noire un peu grisâtre. La. troisième , M. cér., fig. 8 , vienLaussi de Milo. Elle est à pâte rougeâtre avec un lustre noirâtre d’un éclat de graphite, mais peu brillant. M. Gaspari, consul de France à la Canée, en 1828, de qui nous la tenons, dit que’ ces petites urnes se trouvent dans l’intérieur des tombeaux’ grecs', des grottes et cavernes de Milo. Les deux dernières , c’est-à-dire 4 et 5 , viennent du cabinet Durand , où elles étaient inscrites sous les nos 1 47 2 et 147^, et comme trouvées en Grèce. Leur pâte est rouge. Les formes sont pures, les ornements du même style que ceux des précédentes , quoique les détails en soient différents ^ le n° i47^, très-bien façonné sur le tour dans toutes ses parties nues, est enduit extérieurement d’un assez beau lustre noir.
GRECQUES, MATTES, ASTIQUES. 46i
La sixième pièce, beaucoup plus grande que les autres, d’une
tout autre forme (voir ci-contre n05 29 et 3o) , est en pâte rouge, fine, dure, sonore; elle est trèsmince et son culot est couvert des ornements figurés n°3o. Elle vient aussi du cabinet Durand, et y portait le n° 1 436. Sa parfaite conservation, sa couleur vive et non altérée, sa propreté pourraient faire croire qu’elle est une de ces pièces que l’on fabrique dans tous les lieux célèbres par leur antiquité , pour tromper les amateurs empressés et crédules.
Quoi qu’il en soit, les trois premières pièces ne peuvent me laisser douter que ces urnes ne N° 30- soient de fabrication antique.
Mais je ne puis admettre qu’elles soient de fabrication grecque, quoique trouvées dans des pays et tombeaux grecs. Pas plus que les Poteries romaines trouvées en France, en Allemagne, en Angleterre ne sont nécessairement de fabrique allemande, française ou anglaise.
En examinant la pâte rouge ou noire, fine, dure, bien façonnée sur le tour, bien moulée; en étudiant les ornements qui, malgré qu’ils soient en relief, ne sont pas étrusques, qui, par cela même qu’ils sont en relief, ne sont pas grecs, on voit par tous leurs détails de feuilles recourbées, de feuilles en lances, de rosaces saillantes, de guirlandes, de frises, composées tantôt de postes, tantôt de grecques, tantôt de culots, on voit par la forme de la lyre répétée sur deux de ces pièces, par la réunion de tous ces ornements beaucoup plus dans le système des Poteries romaines de la première série que dans aucun autre système , soit étrusque, soit grec campanien, de l’Archipel ou des colonies, on voit, dis-je, que ces Poteries ne sont pas de fabrication grecque. Je les regarde donc comme appartenant à la fabrication romaine , et faites
POTERIES TENDRES FINES
en Grèce par des Potiers romains avec leurs moules , leurs estampilles et leur pâte, soit rouge, soit noirâtre. Je ne réponds pas de l’authenticité originale du vase n° i436.
Enfin les anciennes Poteries de fabrication romaine trouvées dans des tombeaux grecs, si bien faites, si solides, quelquefois d’un rouge si vif, quelquefois un peu lustrées surtout en noir, n’auront-elles pas été également faites à Samos , et ne serait-ce pas là l’origine du nom de Poterie-samienne, que les antiquaires anglais et de quelques pays donnent aux Poteries romaines rouges de ma première série?
Cette Poterie greco-romaine fait le passage très-naturel des Poteries grecques mattes aux Poteries romaines moitié mattes , moitié lustrées , et nous conduiront même , mais par ce seul rapport, aux Poteries grecques à lustre rouge avec fond ou peinture en lustre noir.
Poteries mattes modernes. — Je passe maintenant aux Poteries qu’on fait dans les temps modernes, c’est-à-dire depuis deux ou trois siècles , et encore actuellement dans presque tous les mêmes lieux où se fabriquaient autrefois les Poteries presque mattes antiques dont je viens de parler, et les Poteries lustrées dont je parlerai à leur ordre.
Dans les mêmes lieux où on fabriquait il y a bien des siècles des vases à pâte tendre , mais si fine , à lustre rouge et noir si brillant, à formes généralement si pures et si bien tournées, on fait maintenant beaucoup de Poteries à pâte assez grossière, de couleur généralement rougeâtre, quelquefois rosâtre, quelquefois grisâtre, sans aucune glaçure. Les formes, sans être aussi pures, le façonnage, sans être aussi soigné, tiennent encore un peu de celles des Poteries antiques de ces mêmes contrées.
Je parlerai d’abord des Poteries de plusieurs îles de l’Archipel, dont les noms rappellent ceux qui sont si souvent cités lorsqu’on parle des Poteries de l’ancienne Grèce.
siphanto. — C’est une terre rougeâtre , brune ; la pâte est à texture grossière, mais égale de grain; elle est sableuse, remarquablement micacée, bien cuite, très-sonore, ce qu’elle doit en grande partie au sable qu’elle renferme; les formes sont simples,