MATTES. AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
des vases de terre cuite très-semblables à ceux des Grecs , des Égyptiens et des Romains , les uns en terre blanchâtre , les auties en terre noire (‘).
Poteries modernes.— Les Poteries modernes delà Colombie , du Pérou , du Chili , du Paraguai et du Brésil , ont aussi des caractères généraux qui leur sont propres , qui , dans un sens , les distinguent des Poteries européennes et , dans un autre , les rapprochent des Poteries indiennes.
Comme dans ces dernières leur pâte est rouge ou noire ; presque tous semblent avoir été vernissés ou au moins lustrés par un enduit fondu au feu à la manière des vases grecs. Mais il n’en est rien 5 cet éclat , ce luisant , presque toujours , peut-être même toujours , est dû à un polissage de la pâte ou à une engobe ocreuse très-mince et d’une belle couleur rouge qu 011 a mise sur les pièces avant la cuisson , qu’on a polie et ensuite cuite.
Dans d’autres cas le brillant est dû à un vrai vernis -, mais c’est un vernis spiritueux ou huileux avec lequel on a non-seulement couvert les pièces d’une belle couleur rouge, jaune ou brune; mais on les a ornées en outre de figures d’animaux , d’oiseaux et particulièrement de rinceaux. Ces couleurs non cuites ont un éclat qui fait illusion 5 elles sont si brillantes qu’on les croit de nature vitrifiable. Les imitations en terre peu cuite des Pagodes de l’Inde, les figurines espagnoles, ont été colorées de la même manière par ce même procédé si simple et si naturel, qu’il n’établit aucun rapport de communication entre ces di e-
rents peuples. .
Mais un autre caractère des Poteries de l’ Amérique méridionale
qui leur est commun avec celles de l’Inde , c’est la forme bombee dérivant d’une sphère, que présente leur base, en sorte qu on ne peut faire tenir ces pièces sur leur base sans les placer dans une
sorte de godet. , . w ,
Ces Poteries, non-seulement les antiques trouvées dans les
tombeaux, mais les plus modernes, sont, en general, mal a-
çonnées, épaisses, irrégulières dans leur forme, non tournées,
mais faites à la main , ce qui explique ces imperfections.
(1) D. U LU) a , Sur l'Amérique , t. II , P
POTERIES TENDRES, FINES
Les formes de ces Poteries sont baroques , souvent très-lourdes, surchargées d’anses contournées, sans grâce et sans richesse. Beaucoup, surtout celles du Pérou et du Chili , représentent trèsgrossièrement , non-seulement des fruits , des animaux ou parties d’animaux , mais aussi des hommes et des têtes humaines dont on a fait des vases à boire. Au reste, ce singulier goût s’est présenté chez des peuples bien plus avancés dans les arts, et qu’on a donné même comme des modèles de bon goût; d’abord chez les Grecs, mais avec une sorte de correction, puis chez les Étrusques et chez les Égyptiens , point chez les Romains , ou du moins si rarement que je n’en ai vu aucun exemple ; puis chez les Anglais , les Saxons , les Français. En traitant de quelques-unes de ces Poteries en particulier je donnerai des exemples de cette généralité et ferai remarquer les exceptions.
La cuisson de toutes ces Poteries , et chez tous les peuples de l’Amérique méridionale, s’opère à l’air, sans four, ni aucune autre enveloppe que le bois enflammé qui les environne. Quelquefois cependant on les place dans des fosses peu profondes creusées dans le sol.
Pérou. — Les Péruviens , tant anciens que modernes , et surtout les Guaranis et les Quichuas , sont regardés comme les peuples de l’Amérique méridionale les plus habiles dans l’art céramique. Ce sont ceux qui ont fabriqué et qui fabriquent encore, quoique amenés à la civilisation européenne , les vases les plus remarquables par la variété et quelquefois même par la pureté de leurs formes et aussi par leurs dimensions.
M. d’Orbigny fait remarquer que dans les pays bas, sur les côtes , notamment à Lima et à Quito , les formes sont plus baroques. Ce sont des jeux hydrauliques à deux, trois ou plusieurs compartiments , des animaux , des fruits , tandis que sur les plateaux élevés les vases sont plus simples et d’un style plus sévère. Ne dirait-on pas que sur les côtes les Potiers sont conduits par tous les caprices des modes de l’ancien monde , tandis qu’abandonnés à eux-mêmes dans des lieux moins fréquentés, ils ont obéi à leurs seules et simples inspirations?