‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 241 sur 261 · MATTES. AFRIQUE, MADAGASCAR · texte numérisé non relu

MATTES. AFRIQUE, MADAGASCAR

grossières et mal façonnées , servent aux Arabes du désert ; d’autres , à pâte blanche , comme les Poteries de terre de pipe , sont aussi très-mal façonnées , et quoique rondes elles ne paraissent pas avoir été faites sur le tour. Elles ont pour ornementation des linéaments ou zones croisées brunâtres , toujours du même style.

Madagascar. — On fait dans cette île, dépendante de l’Afrique orientale , deux sortes de Poteries (peut-être plus , mais je n’en connais que deux), l’une complètement noire pure, l’autre d’un rouge brun très-intense.

L’une et l’autre ont cela de. particulier qu’elles ne sont pas façonnées sur le tour, mais à la main , et ensuite parfaitement polies d’une manière très-brillante. C’est surtout la Poterie noire qui offre cette particularité.

La pâte est gris de cendre , un peu micacée , comme sableuse , n’ayant acquis sa solidité, qui est assez grande, que par l’action de la chaleur solaire. Cette pâte est couverte d’,un enduit noir de graphite, qui frotté avec un polissoir, a pris le poli brillant qu’on lui voit.

La Poterie à pâte brune , rouge foncé , est cuite , quoique facilement entamée par le couteau. Elle est très-sonore, a une texture assez fine, mais comme sableuse. Elle est remplie de paillettes de mica qui sont d’un jaune d’or, probablement dû à l’action du feu.

L’enduit anthracitique noir qui constitue les Poteries noires est quelquefois appliqué en bordures brillantées par le poli, aux Poteries rouges.

Ces Poteries ont certainement été polies avant la cuisson , car le polissoir d’agate ne donne plus aucun brillant aux parties qui sont restées mattes , tandis qu’on polit par ce moyen les parties mattes des Poteries noires.

Amériq u e s.

Amérique septentrionale. — Nous trouvons dans des parties de l’Amérique septentrionale des Poteries entièrement différentes de celles qu’on fabrique dans la moitié-méridionale de cette partie du monde. Les formes que j’y connais ne sont pas originales , baroques, comme le feront voir celles du Pérou, du Chili, du I. 33

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Brésil, même du Mexique. Les formes, les ornements et la couleur noire ou grisâtre de la pâte , sa grossièreté , son hétérogénéité , son façonnage, et enfin son ornementation linéaire, ponctuaire, en chevrons, etc., se rapprochent quelquefois , à s’y méprendre, des Poteries celtiques, gauloises, Scandinaves et germaines.

On pourra juger de ces ressemblances par les descriptions et les figures que je vais en donner. Ces exemples sont peu nom breux, j’en conviens, mais les caractères différentiels sont si tranchés qu’on ne peut s’empêcher de voir qu’un Fotier indigène péruvien ou brésilien n’a jamais pu rien fabriquer de semblable au Potier indigène de la Louisiane et du Canada ; ce sont deux races de Potiers, car je n’ose pas dire que ce sont deux races d’hommes différentes.

La plupart de ces Poteries d’un petit format se trouvent soit presque entières dans des tumuli ou tertres assez élevés , notamment à 15 milles de Saint-Louis, côte méridionale de la rivière Merrimack ; ce sont des urnes renfermant les cendres des morts ; soit en débris nombreux dans les environs de ces petits monticules artificiels.

Les Poteries qu’on a rencontrées dans tous les tertres des contrées du Nord et sur les bords du lac Érié , sont en générales grossières.

Celles que l’on extrait des tombeaux sur les bords de l’Ohio , sont au contraire très-bien façonnées et mêmes polies. Les naturels se servaient d’une Poterie de cette espèce à l’arrivée des Européens. On remarque dans ces vases d’argile des grains de quarz incrustés.

On a trouvé dans l’État de l’Ohio , dans un tertre sur le petit Muskingum , non loin de Marietta , des pièces de Poteries assez solides et assez bien conservées (*).

Les peuples Mingo , anciens Iroquois et autres peuplades des bords de l’Ohio , aux environs du Marietta, ont fait aussi des vases ou espèces de cuviers qui, à en juger par les fragments que j’ai vus, devaient avoir une grande dimension. Car ces fragments, quoique petits, indiquent par leur faible courbure un grand diamètre.

(') Warden , Antiq . mexicaines , Supplém., p. 15 et p. 25.

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Ces débris qui viennent tous des bords de l’Ohio , sont d’une pâte tantôt noire, tantôt blanche , qui est composée d’une argile impure , pétrie avec des débris de coquilles bivalves d’eau douce, probablement des genres Mya, Anodonte(‘), soit pour donner à cette pâte plus de ténacité, soit pour y introduire comme ornements un grand nombre de lames brillantes et même un peu irisées. Ces débris de coquilles sont très-sensibles; sur six des fragments que le Musée de Sèvres possède, deux seulement ne les montrent pas avec autant d’évidence.

L’ornementation a pour moi cela de remarquable, qu’elle est très-variée, souvent très-riche et dans beaucoup de cas très -régulière , et cependant elle ne se compose réellement que de lignes, de quelques points enfoncés et de quelques saillies (*).

M. Hildrett a rapporté d’une caverne sépulcrale, près de Steubenville , sur les bords de l’Ohio , et déposé dans le Musée céramique de Sèvres , des fragments de vase d’une forme assez pure, ayant environ 16 à 20 centimètres de hauteur sur i5 de diamètre à la panse. Il y avait dans cette caverne près de soixante squelettes , et trente de ces urnes dont quelques-unes contenaient encore des os de dindon et d’opossum , restant des parties de ces animaux qu’on avait mis dans ces vases comme aliments. Des pipes, des armures et flèches en silex les accompagnaient (s).

En virginie. — Ce sont des femmes indigènes qui se livrent plus particulièrement à la fabrication des Poteries. Quoique façonnées à la main, elles sont très-bien faites et très-minces. On a trouvé quelques-uns de ces vases à une assez grande profondeur ; ils avaient une capacité d’environ 3o à 35 litres; on en conserve un de cette dimension dans le Musée de Shawnectown. Quelque-

(‘) J’ai déjà décrit cette pâte dans le premier paragraphe des Poteries à pâte tendre, comine grande Jarre, et il est présumable que les fragments désignés ici sont des portions de grands vases semblables , à ornementation très-remarquable et très-caractéristique.

(*) Mus. céram., PI. xx , fig. 12 à 2 â.

(8) Voyage à la chute de Cuyahaga , Journal des sciences de Siuihah , 1836, vol. xxxi, p. 9.

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fois la pâte de ces vases renferme des débris de coquilles; ils sont peu cuits et enrichis extérieurement de dessins ou ornements linéaires. Ils ont donc beaucoup d’analogie avec ceux des bords de l’Ohio qu’ils avoisinent également , si ce ne sont pas les mêmes (1).

Tenessée, Trafaigar. — Il paraît que l’introduction de débris de coquilles fluviatiles à test mince et nacré est une particularité propre à beaucoup de Poteries de l’Amérique septentrionale , car outre les exemples que je viens de citer, on a trouvé tout récemment ( 1 833}, à Trafalgar,dans le comté de Knox, État de Tenessée, des Poteries dont la pâte est pénétrée de ces débris brillants et dont la surface est en outre comme enduite de ces fragments ; puis à côté, sur les mêmes monticules, des amas de ces coquilles qui , pulvérisées , étaient employées à ce genre d’ornementation . Ces Poteries abondent dans le voisinage des anciens tertres. Elles sont en général très-peu cuites (*).

Louisiane. — Ici la fabrication est toute différente et se rapproche davantage de celle des Poteries de l’Amérique méridionale. Ce sont des Poteries à pâte noire, grossière, peu cuite , tendre, sourde, étant devenue rougeâtre sale dans le vase (Mus. céram., PI. xx, fig. 18) et dans les parties de ce vase où il paraît qu’il a reçu plus de feu ; le façonnage grossier est toujours fait à la main , les ornements sont de larges linéaments croisés , en points enfoncés, etc.

Mexique. — Poteries anciennes. — On a trouvé dans le territoire de la partie méridionale de l’Amérique septentrionale que nous nommons le Mexique , trois sortes de Poteries antiques. Les premières , peu nombreuses , d’une détermination fort difficile, et dont je n’ai vu que deux échantillons, fig. nos 42 et 43, que je n’ose regarder encore comme parfaitement authentiques ,

(‘) Schoolcraft , Travels in the central parties of the Missisipi Valley , New-York , 1825 , dans Warden , loc. cit. , p. 56.

(») Dr John Kain, dans Sillimak, Journal of sciences , etc. , vol. mvii, p. 175.

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parce que je n’en connais pas l’origine ; ils sont d’une parfaite conservation. On les attribue aux anciens Mexicains, ou Aztèques, c’està-dire au vrai peuple de ce nom , tel qu’il existait lors de la conquête. Les secondes viennent de l’antique Mexique (MitlaetPalenque) dont je vais parler. La troisième sorte vient du pays de Copan , qu’on regarde encore comme de nation mexicaine, et a été découverte tout récemment.

L’une des deux pièces aztèques^0 42), faisant partie du Musée royal du Louvre , m’a été signalée par M. Dubois. C’est un pot à l’eau sous la forme d’ une tête mexicaine-, il est en pâte rouge très-fine , bien cuite , et par conséquent très-dure , luisante par polissage. Mais ce qu’il présente de remarquable , outre le caractère de tête si tranché , si général , ce sont les ornements , les uns gravés en

creux , les autres peints en noir luisant , qui recouvrent certaines parties. Ce noir n’est ni une couleur vitrifiable, ni même une couleur de nature minérale \ il est attaqué facilement par les acides et les alcalis , mais point par l’alcool 5 il a de 1 analogie avec l’encre. Cette pièce m’a paru d’une origine vraie.

L’autre pièce (n° 4$) est encore un pot à l’eau beaucoup plus grand , composé de deux têtes de Mexicains accolées , avec tous les attributs des divinités mexicaines. Sa pâte est grise, plus grossière , sans aucune coloration, lia été donné tout lécem-

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ment au Musée céramique de Sèvres , par M. le baron Taylor.

Les autres Poteries , beaucoup plus anciennes , ont été trouvées dans les environs dé Mitla et de Palenque , deux villages au nord du district de Carmen , province de Chiapa , gouvernement de Guatemala, sur les limites du Yucatan. La découverte qu’on fit dans ces lieux presque déserts aujourd’hui, de ces monuments si remarquables par leur style particulier, par leur solide construction en bonne pierre de taille , par leur grande dimension , leur nombre et leur étendue , frappa vivement tous les hommes instruits. Ce furent deux aventuriers espagnols qui les virent pour la première fois, en 1760, sans y faire une grande attention, car jusqu’en 1786 il n’en fut plus question, et ce n’est qu’en i8o5 , puis tout récemment en 1828, qu’on commença à les étudier sérieusement.

Je n’ai d’abord vu que peu et que de très-petites pièces des Poteries trouvées dans ces lieux , mais je puis tirer des belles figures , des descriptions et des observations réunies dans le grand ouvrage intitulé Antiquités mexicaines (’) quelques faits intéressants pour l’histoire des Poteries.

Les principaux sujets recueillis aux environs de Mitla (on n’a trouvé aucune Poterie, aucune terre cuite, sur le territoire de Palenque) sont d’abord des statuettes en terre cuite et des figures grotesques accroupies ayant servi les unes de pot à l’eau , d’autres, PI. xxvm, fig. i3, probablement de porte- torche , ce que semble indiquer le tube creux qui est derrière la tête.

Le Musée céramique de Sèvres possède quelques petites têtes, la plupart , peut-être toutes , en terre cuite , qui lui ont été données par M. le baron Taylor et par M. V. Schœlcher comme provenant des ruines de Mitla et de Palenque et des environs de la Puebla.

Les unes sont grisâtres , les autres sont rouges , toutes deux sont très-dures , presque comme du grès-cérame 5 leur texture est grenue, avec quelques lamelles brillantes. Les grises ont tout à fait l’aspect du trappite felspatheux ; les rouges ont entièrement

(') Antiquités mexicaines, Relation des trois expéditions du capitaine Dupaix pour les recherches des antiquités de Mitla et Palenque , avec les dessins de Castanède, etc. ; par MM. Alex. Lenoir, Wardcn , Charles Farcy, etc. 4 vol. in-fol. , Paris, 1834.

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celui d’une Poterie rouge dure. Je n’ose assurer que les grises appartiennent aux terres cuites. La petitesse des échantillons, l’impossibilité de les briser pour opérer des cassures fraîches et de les analyser, etc., ne me permet pas de prononcer sur leur nature ; mais les rouges me semblent appartenir aux produits céramiques. Un des ‘caractères tirés de la fig. i 3, c est sa couleur rouge extérieure qui est en couche assez épaisse , mais d’inégale épaisseur et noire à l’intérieur, comme le présente un grand nombre de Poteries de cette couleur .

Il n’entre pas dans mon sujet de parler des caractères de ces têtes , mais je ne peux me défendre de faire remarquer la disposition toute particulière des oreilles , des yeux et surtout de la bouche toujours entr’ouverte , en ellipse allongée et à dents très-

visibles (‘).

On a encore trouvé dans ces ruines un vase d’argile à peine cuit et cependant renfermant de l’eau (cette pièce est comme exceptionnelle)-, puis des Poteries plates et des Poteries creuses rougeâtres , des briques bien cuites également d’un rouge foncé ; des plats en terre cuite portant des têtes de morts, et dans la même fouille des espèces de soucoupes plates portées sur trois pieds , des vases creux que les auteurs comparent à nos marmites (PI. xxviii , fig. 9). Un vase employé dans les funérailles , appelé chez les Mexicains popo caxtti , en pâte assez fine et bien cuite. Ce qu’il y a de remarquable dans cette pièce, c’est le vernis doux au toucher dont le capitaine Dupaix dit qu’elle est recouverte. Cette apparence de vernissage pourrait être attribuée au poli qu’on donne à certaines Poteries avant la cuisson -, mais il ajoute qu’il était de couleurs vives, quon y voyait des fleurons , des croix et des compartiments tachetés de jaune , de noir, de blanc et d’autres couleurs mélangées.

Cet exemple n’est pas unique. Le capitaine Dupaix a décrit une sorte de jarre en terre fine bien cuite, sonore, recouverte d’un vernis ou vitrification, c’est son expression , couleur de brique, avec certains reliefs à mascaron. 11 n’en donne pas fie

(i) Il faut voir dans le livre des Antiquités mexicaines celte disposition frappante dans les PI. xu , fig. 89 , PI. lv, fig. 106 et 105.

Loteries tendres, fines,

figure ; mais il décrit ensuite et figure une autre jarre peu différente de la précédente , jaspée ou picotée de jaune et de vert foncé très-brillant, et supportée par trois pieds. (PI. xxvm,

fig. io.) ^

Toutes ces Poteries se sont trouvées dans des tombeaux , des espèces de mausolées ou cryptes enfoncés, dans des tertres coniques ou tumuli artificiels très-élevés avec des ossements humains, soit entiers ou brisés , soit épars dans les environs de ces tertres. C’est , comme on l’a vu , la position ordinaire de ces Poteries dans tout l’ancien continent. On remarquera qu’elle est à peu près la même dans le nouveau.

Excepté la première pièce, toutes sont bien cuites, et enfin un certain nombre d’entre elles seraient couvertes d’une glaçure vitrifiée. La description si positive donnée par M. Dupaix de plusieurs de ces pièces ne peut guère laisser de doute sur cette circonstance si rare chez les anciennes Poteries de l’Europe.

Néanmoins , j’avais tant lu de descriptions de Poteries couvertes d’un vernis qui , à l’examen , se réduisait à être un simple polissage ou un vernis organique , que je doutais encore de la réalité de celui-ci , lorsque j’eus le bonheur de voir chez M. Martin , ancien consul de France à Mexico , une réunion de 1 6 à 1 8 pièces des Poteries de Mitla des plus belles et des plus intéressantes. Parmi ces

pièces se trouvait un pot de 1 6 centimètres de hauteur, ayant la forme d’un tatou (voyez cicontre n° 44) ? et couvert en dehors et en dedans de la glaçure décrite par M. Dupaix. J’ai pu, grâce à la complaisance de M. Martin , l’examiner attentivement et faire représenter en couleur cet instructif et singulier vase. La pâte en est rougeâtre , fine , com- N° 44. pacte et dure , cependant rayable

au couteau. Ce vase est partout, tant en dehors qu’en dedans, couvert d’une glaçure ayant une épaisseur très-distincte, d’un

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brun verdâtre ou jaunâtre avec quelques reflets métalloïdes. Elle est d’une dureté de beaucoup supérieure à celle des vases grecs et égale à celle des couvertes felspathiques , car elle est inattaquable par la pointe acérée d’un bon couteau. On n’a pu faire l’analyse de cette vraie glaçure ; mais son aspect et sa dureté nous portent à croire que c’est un lustre silico-alcalin renfermant du fer, peut-être du manganèse, et non pas un vernis plombifère.

Les autres pièces sont de ces divinités mexicaines particulières peut-être au territoire de Palenque , dont 3 ont environ 5 décimètres de hauteur. Elles sont en pâte grossière assez bien cuite , ou grise , ou même presque noire , quelquefois un peu lustrée par polissage. Elles sont toutes liées par derrière à un vase cylindroïde propre à contenir un liquide.

L’origine de ces pièces est évidente et claire. M. Martin les a retirées de fouilles qu’il a fait faire exprès dans des tumulus du territoire de Mitla.

Il a rapporté aussi des tumulus de Baxilio, près Salamanca, dans le Yucatan, par conséquent dans un territoire peu différent de celui de Palenque , des petites pièces de Poterie encore assez dure , et dans lesquelles nous reconnaissons des objets déjà signalés dans différents lieux de l’Europe : un sifflet, une flûte de 1 5 centimètres , à 6 trous , ayant un son aigu mais assez pur, un jouet d’enfant ayant la forme d’une sphère, encore percée de petits trous , et renfermant de petits corps durs qui font du bruit quand on l’agite 5 enfin une espèce d’estampille ou sceau rectangulaire de 8 centimètres sur 3 et demi , avec un manche au milieu, et présentant en relief des ornements en méandre, ou grecque mexicaine, Toutes ces Poteries sont assez dures.

On regarde les ruines de Mitla et de Palenque comme appartenant à un empire de beaucoup antérieur, à celui des Mexicains du xne siècle et même aux peuples qui les ont précédés sur le territoire où on les a trouvés. On les porte donc , à plus de 1 ,000 ans avant l’ère chrétienne. Mais c’est une conjecture qui n est appuyée sur aucune donnée certaine; ce qu il y a de positif c est que, sans assignation de temps, on peut attribuer à ces ruines

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une très -haute antiquité. Enfin, les auteurs des Antiquités mexicaines pensent que les statuettes en terre cuite sont plus anciennes que les figures en pierre.

Ce n’est pas à moi à discuter ces questions archéologiques; il doit me suffire de faire remarquer que ces Poteries , évidemment très-anciennes , sont très-différentes en nature , mais pas beaucoup en forme, des Poteries mexicaines anciennes, qu’elles sont très-cuites , peut-être plus cuites que les vases grecs si anciens , qu’elles sont couvertes d’une glaçure qui paraît être un vrai lustre silico-alcalin bien différent par son aspect de vitrification et par ses couleurs, des plus beaux lustres grecs et romains. On voit enfin que cet ancien peuple aurait trouvé, il y a environ vingt siècles , une glaçure vitreuse propre à rendre les vases imperméables, tandis que les Européens ne connaissent, que depuis dix siècles au plus , le vernis plombifère. On remarquera enfin que le tour à Potier grec maintient sa priorité , car il paraît qu’aucune de ces Poteries n’a été faite sur le tour.

Je ne vois que les Chinois , les Égyptiens et peut-être les Arabes qui puissent être associés ou au moins comparés pour cette immense perfection des arts céramiques à l’ancien peuple qui vivait autrefois sur le territoire de Mitla et de Palenque.

Il est bien regrettable que le défaut d’échantillon authentique, et en ma possession , ne m’ait pas permis de parler d’une manière plus positive de la composition et des qualités céramiques de la pâte et de la glaçure de ces antiques et curieuses Poteries.

Une troisième position et sorte de Poterie antique a été trouvée dans un territoire de l’Amérique centrale , qu’on peut appeler encore mexicain, entre Mexico et Guatémala, dans une localité presque ignorée jusqu’à la publication du voyage de M. John S. Stephens, fait en 1839.

Les lieux où se sont trouvées les pièces de Poteries qu’il a décrites très-succinctement , et dont il a figuré plusieurs , notamment les trois vases représentés ici , sont la ville ou village de Copan, présentant des ruines de monuments énormes et tout à fait extraordinaires. M. Stephens a trouvé dans des sépulcres voûtés, une accumulation de plateaux et d’urnes en Poteries rouges, placés à terre ou dans des niches . et renfermant des ossements humains

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entourés de chaux ; puis , plus au N.-O., entre Guatemala et Mexico, sur les bords du Rio Chinaca , et près des ruines appelés les Cuevas ou caves, au lieu nommé Gueguetenanco , dans des monticules, les vases figurés ci-contre.

Le n° 45 est une sorte de coupe N» 45.

ou jatte à trois pieds, trouvée dans un tombeau. Elle avait environ 3o cent, de diamètre, sa surface était polie, on y remarquait des ornements un peu différents de ceux des Mexicains aztèques. La jolie urne, n° 45, d’environ i5 cent, de hauteur, a sa surface très-ornée et polie.

Le n° 47 1 d’une forme ovale trèssingulière avait 26 cent, de long, sa surface était terne. M. Stephens regarde le peuple qui a laissé ces monuments si énormes , couverts d’une sculpture si riche, comme beaucoup plus ancien que les Aztèques, et peut-être du même temps que celui de Palenque , ce qui donnerait à cette Poterie une bien grande antiquité.

A Santa Cruz del Quiché, entre Guatémala et Mexico, se présentent encore des ruines importantes dans lesquelles l’auteur a trouvé une petite figure en terre cuite d’environ 3o cent, de hauteur, dans la position qu’on appelle accroupie ,• mais elle montre ce fait remarquable qu’étant creuse , ses genoux et ses coudes sont percés d’ouvertures rondes assez grandes, à peu près comme le sont les bras des urnes à tête humaine du tombeau étrusque de Vulci, cité p. 4*5, et figuré PL xx, /%• fi- M. Stephens regarde ces dernières ruines etcequ’ellesrenfermentcomme postérieures à la conquête, et par conséquent beaucoup moins

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anciennes que les précédentes. Il n’en dit pas davantage sur ces Poteries. Il est malheureux qu’aucun échantillon , qu’aucune description plus technique ne puisse nous faire mieux connaître des Poteries encore si anciennes.

Quant aux Poteries modernes du Mexique, certaines ont un caractère tout particulier. Leur pâte est fine , absorbante , à peine cuite, et cependant difficilement perméable. Leurs couleurs ordinaires sont le blanc sale , le gris perlé , le rouge très-vif de la plus belle ocre , et enfin le noir.

11 paraît que les Poteries dont la pâte est rouge et celles qui le sont seulement à leur surface doivent cette couleur soit à l’ocre introduite dans la pâte , soit à un frottis ou enduit de cette ocre argileuse. Lorsque cet enduit n’a pas été frotté et poli par une sorte de brunissage , il reste mat. C’est du moins ce que semblent indiquer clairement les pièces que j’ai eues sous les yeux et qui ont été fabriquées la plupart par les indigènes de Tonala, province de Guadalaxara, au Mexique.

Ces Poteries sont souvent légères, d’une ténuité remarquable, jamais faites au tour, mais façonnées à la main avec une grande perfection. La jatte ovale rouge à larges canaux adoucis , figurée sur la PL xx, fig. 7,^est un exemple frappant de ces Poteries à pâte gris pâle , mais d’un beau rouge luisant à leur surface , d’une grande ténuité et très-sonore.

Les Poteries à pâte gris de lin , façonnées en coupes ou vases à boire , de toutes sortes de formes , sont ornées de dessins noirs , bleuâtres , gris foncé , qui ne sont pas superficiels , mais qui sont dans l’intérieur même de la pâte. Beaucoup de ces vases, fabriqués à Mexico , étant perméables , font l’office d’alcarazzas , ou vases à rafraîchir.

Il y a aussi des dessins réellement superficiels ; tels sont les ornements d’un éclat métalloïde bronze qui garnissent l’intérieur de la jatte citée plus haut.

On faitégalement dans les Antilles, à la Martinique surtout, des Poteries semblables à celles qui ont la pâte grise avec des ornements bruns et bleuâtres.

Ces Poteries, et les rouges principalement, communiquent à

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l’eau un goût argilo-ferrugineux qui plaît beaucoup aux femmes de ce pays , même des classes les plus élevées , au point que plusieurs dames aiment à croquer les débris peu durs de cette Poterie à peine cuite.

Parmi ces Poteries , on remarque des petits vases d’une forme assez pure pour engager d’admettre qu’ils ont été faits sur le tour. Tel est le vase rouge qui vient de Saint-Pierre-Martinique ,

PI. xx , fig. 10.

Amérique méridionale. — La fabrication de la Poterie est connue de toutes les nations de l’Amérique du Sud , excepté chez les peuples Pampèens de M. Aie. d’Orbigny. On trouve des fragments de vases presque partout , dans des contrées où il n’y a pas trace de monument .

Les Poteries de l’Amérique méridionale peuvent et doivent même être séparées comme celles de l’Europe et surtout de la Grèce en deux époques parfaitement distinctes établies encore plus par leur emploi que par la chronologie <

Poteries antiques. — Les premières sont les Poteries anciennes fabriquées avant la conquête et déposées comme chez la plupart des peuples de l’ancien continent, et surtout de l’Europe,

dans des tombeaux.

Ces Poteries présentent, comme le font voir, au moins en partie, les planches de la description du Musée céramique de Sèvres et celles du présent ouvrage , des faits très-remarquables sous tous

les rapports.

Leur pâte est tantôt rouge comme chez les Grecs, tantôt noire comme chez les Étrusques. Elle est généralement matte ou rendue luisante plutôt par frottement que par glaçure. Elle est peu cuite, perméable.

Les pièces sont souvent assez légères ; leur façonnage est tressoigné : leurs formes ovales ou rondes sont assez pures , et cependant il est sûr qu’aucune pièce n’a été façonnée sur le tour ni faite dans un moule : toutes ont été faites entièrement à la main sans le secours d’aucun moletage , même pour les ornements en

relief.

POTERIES TENDRES , FINES

Leurs formes souvent bizarres ont cependant dans quelques pièces une assez grande simplicité et un ensemble de contours qui les rapprochent un peu des vases grecs , et quelquefois , mais plus imparfaitement, des étrusques et des chinois (‘).

Les têtes et faces humaines qui forment l’ouverture et le goulot de certains vases , ou qui sont simplement ou grossièrement façonnées en relief ou en linéaments sur ces parties des vases , rappellent ces mêmes dispositions dans les vases étrusques et dans les vases germains (2).

Mais c’est surtout par le genre d’ornementation que les anciennes Poteries péruviennes et chiliennes se rapprochent le plus des anciennes Poteries grecques (*). Les méandres, les bâtons rompus qu’on appelle grecques, les frises qu’on nomme des postes y sont fréquemment dessinés ou peints en diverses couleurs sur ces vases anciens , ainsi que le montrent les figures que je viens de citer.

Ulloa avait été déjà frappé de ces analogies lorsqu’il dit qu’on trouve dans les tombeaux des Indiens de l’Amérique méridionale

(») Consultez les planches du Catalogue du Musée céramique de Sèvres. Je puis citer comme analogues aux formes grecques, la PI. xvii , fig. 1 , 3 , 5 et 8, PI. xvm , fig. 6 , 11 et 12 ; et aux formes chinoises, la PI. xvm , fig. 3 , et, dans l’Atlas de d’Orbigny, les figures de monstres, PI. xvii, fig. 6, PI. xx , fig. 1.

Une des ressemblances les plus remarquables entre les vases de l’Amérique méridionale, notamment entre les péruviens et les vases chinois, se montre dans le vasé biforme à col étranglé semblable à certaines gourdes, et qui est représenté dans l’Atlas de d’Orbigny, planche , n° 19 , fig. 5, et dans celui de ce traité , PI. xvm , fig. 3.

On trouve cette forme toute particulière en porcelaine de Chine. Mais ce qu’il y a de plus frappant , c’est que dans les vases de ces deux contrées si complètement séparées, on voit sur le chinois le lézard passant de la sphère inférieure à la supérieure, et sur le péruvien une espèce de petit singe dans la même position ayant l’un et l’autre cette particularité de la queue bifurquée qu’on n’avait encore vue que dans les vases de la Chine. Je ne tire aucune conséquence de ce fait singulier ; je dois d’autant mieux me contenter de le signaler qu’il ne peut offrir quelque intérêt qu’aux historiens et aux géographes, toutes considérations étrangères à mon sujet. Je donnerai néanmoins à l’article des Porcelaines chinoises la figure comparée de ces deux vases, que le Musée céramique de Sèvres possède.

(*) Voyez l’Atlas d’ Antiquités péruviennes d’Alc. d’Orbigny, PI. n° xv, PI. n° xvi , PI. xvm, fig. 1 et 6 , PI. xix, fig. 4, PI. xx, fig. 4 et 5, PI. xxi, fig. 1.

(3) Pour l’analogie de décoration grecque , le Musée céramique , PI. xvm , fig. 5 , 6 et 12 , PI. B , les fig. 3 , 6 , 8 , 11 et 12.

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