MATTES. LES VASES 1) HORTICULTURE
La pâte des Poteries d’horticulture les plus ordinaires appliquées à l’usage de tous les jardiniers , est, suivant les localités , ou une argile figuline , ou même un argile plastique brune , telle que celle qu’on emploie à Paris et qui est tirée dans les plaines d’Ivry. On la dégraisse avec du sable siliceux extrait de même au sud de Paris; on l’y ajoute dans des proportions qui diffèrent suivant que l’argile est plus ou moins grasse ou plastique. La pâte de la Poterie de Paris se compose ordinairement de deux tiers d’argile et d’un tiers de sable.
Le façonnage n’a rien de particulier. Comme je ne parle que des Poteries ordinaires et simples , toutes les pièces sont rondes et faites au tour ; quand il y en a de carrées , on les moule rapidement et grossièrement.
On les cuit à nu. Le four du Potier qui sert à cette cuisson et à d’autres semblables , c’est-à-dire à celles qui n’exigent point d’encastage, est représenté PI. xxm,/%. i. Cette figure a été ■faite sur celui de M. Follet, un des plus habiles et des plus ingénieux Potiers en objets d’horticulture.
On les pose l’un sur l’autre en prenant les précautions nécessaires pour qu’ils ne s’écrasent pas. On fait avec des briques à cuire , un plancher factice qui couvre le sol du four , et c’est sur ce plancher que se placent les Vases de jardinage , les plus grossiers en bas, les plus délicats en haut, vers la voûte et vers l’extrémité du laboratoire.
La condition d’emploi des Vases d’horticulture est fondée sur la porosité et la perméabilité de la pâte. Leurs qualités sont fondées sur le convenable mélange de sablé et surtout sur le degré de cuisson. Il faut qu’ils soient bien cuits. Quand cette condition n’est point remplie , cette Poterie , perpétuellement abreuvée d’eau , se désagrégé , et les vases , perdant leur solidité , ont très-peu de durée. C’ee-tau son qu’on reconnaît leur qualité, et c’est à la couleur blanc jaunâtre qu’on la présume à Paris; car il y en a ailleurs d’un assez beau rouge qui sont fort estimés.
On peut admettre une différence de durée de deux à vingt ans entre ces pots , suivant leurs qualités. On en connaît au Jardin du Roi à Paris, qui durent depuis 1824 , exposés en plein air dans l’école de botanique : ils sont assez épais.
542 POTERIES TENDRES, GROSSIÈRES
On fait de ces Poteries communes presque partout 5 mais en général les plus estimées sont celles d’Angleterre et de Belgique , dont la pâte est rouge , fine et serrée.
Il nous en est venu au Musée de Sèvres de divers départements. Celles de Braisne sont jaune pâle et dures ; celles de M. Desoteux, à Samer, dans le Pas-de-Calais , sont jaune rosâtre et ont presque la dureté du grès. Il en est de même de celles de Desvres qui sont grossièrement faites , mais qui approchent aussi de la dureté du grès ; les pots de Bournon , dans le Puy-de-Dôme , sont rosâtres et micacés , ce qui indiquerait l’emploi de l’arkose d’Auvergne dans la composition de leur pâte.
Enfin le Musée céramique en a reçu de Baltimore qui sont en pâte fine et rougeâtre , ayant aussi presque la dureté du grès.
J’ai vu des Vases de la Chine destinés à conserver ou a transporter des plantes ; mais comme si dans ce pays on ne savait faire que du grès et de la porcelaine , et aucune de ces Poteries que nous appelons communes , des deux seuls vases que j’ai vus, l’un est en porcelaine grossière craquelée , et l’autre en grès avec une couverte terreuse.
On fait aussi des Vases destinés à conserver les plantes dans la terre où elles croissent et propres à être placés dans les appartements. M. Follet, que j’ai déjà cité, a donné à cette branche de l’art céramique une sorte de luxe et une grande extension. I^es pièces qui composent ses Poteries fines sont d’une pâte tantôt rouge, tantôt presque blanche. Leurs formes extrêmement variées sont souvent pures et assez élégantes ; elles sont même quelquefoisriches par les ornements en relief qu’il y a introduits. Cette application dej formes agréables a permis l’introduction des plantes vivantes et continuant de croître dans les appartements, sans être obligé ni de les mettre dans des vases de Porcelaine ou de faïence revêtus d’émail , enduit imperméable qu’on regarde comme nuisible à la végétation , ni de cacher les sales et vilains pots ordinaires au moyen d’enveloppes nommées cache-pots , qui donnent au vase un volume ot une lourdeur d’aspect hors de proportion avec les végétaux généralement assez petits qu’ils doivent contenir.
MATTES. les formes a sucre.
3a Sorte. - Les ustensiles dits FORMES A SUCRE,
Une troisième sorte d’ustensiles de terre cuite qu’on laisse ordinairement sans aucune glaçure sont ceux qu’on nomme Formes à sucre.
Ce sont des cônes creux dans lesquels se moulent les cônes solides qu’on appelle pains de sucre.
La composition de la pâte est à peu près la même que celle de toutes les Poteries communes 5 sa base est une argile figuline et plastique.
La préparation de l’argile par coupage , pétrissage , etc. , ne diffère pas des autres préparations 5 l’argile n’est pas lavée mais coupée à la doloire pour être plus facilement débarrassée des corps étrangers visibles.
Lorsqu’elle est suffisamment épluchée, on la détrempe et on y ajoute la quantité de sable qu’elle demande, suivant sa qualité, pour être convenablement dégraissée. La masse ou pâte ainsi composée, est pétrie aux pieds, c’est-à-dire marchée jusqu’à ce que le mélange d’argile et de sable soit bien complet ; elle est alors en état d’être façonnée.
C’est sur le tour qu’on lui donne , par cette sorte de combinaison du moulage et du tournage qu’on désigne sous le nom de moulage à la house, la forme conique qu’elle doit prendre.
Le tourneur chargé de ce façonnage corroie encore la pâte et en fait une balle de la grosseur nécessaire pour la forme qu’il se propose d’exécuter, il la porte sur le tour, où il fait l’ébauche de la pièce. Jusqu’à présent c’est la marche ordinaire de cette première partie du façonnage \ mais le reste est plus particulier à la pièce qu’il veut obtenir. Il porte son ébauche sur un autre tour où est fixé un moule ou mandrin en métal ou en bois cerclé de métal. L’ouvrier fait descendre sur ce moule un cercle en bois ou en métal sur lequel doit reposer la forme , afin d’obtenir la dimension demandée. Il graisse le moule, prend son ébauche et en coiffe ce moule , puis appuyant en tournant sur la house, il fait monter la tête ou sommet du cône et descendre jusqu’au cercle de fer. ce qui en fera la base. Mais
POTERIES TENDRES, GROSSIÈRES
pour enlever de dessus le moule les Formes ainsi obtenues , il faut percer le sommet du cône. Sans cette précaution la pression de l’air les y ferait tellement adhérer qu’il ne pourrait les enlever que par morceaux. Quand la pièce a pris une certaine consistance , on ôte le cercle de la base et on en arrondit le bord.
Les Formes sont ensuite polies en dedans le plus complètement possible afin de faciliter la sortie du pain de sucre qui s’y sera moulé en cristallisant.
On les laisse sécher et on les cuit. Les Formes faites à Orléans avec l’argile plastique supérieure à la craie , acquièrent par la cuisson , quoiqu’elle n’ait pas lieu à une haute température, une dureté presque égale à celle du grès-cérame , qualité que l’on y recherche afin qu’eUps puissent mieux résister aux chocs répétés qui accompagnent toujours l’opération de la cristallisation du sucre.
Cette description de la fabrication et du façonnage des Formes à sucre , est relative à celle d’Orléans , où l’on fabrique nonseulement pour les sucreries de la ville, mais pour être souvent transpptp assez loin, un grand nombre de ces ustensiles. C’est à M. GaspjÉjjrd Gilbert , chef d’une des fabriques les plus accréditées de cette ville , que je la dois.
Suivant les lieux où on les fabrique , elles ont une couleur et une dureté assez différentes. Celles de M. Gilbert, d’Orléans, sont rougeâtres, très -dures et très - sonores. La dimension des échantillons que le Musée céramique possède est de 55 centimètrÉ de hauteur. Celles qu’on fait à Marseille, dans la fabrique de M. Martin , sont jaunâtres , assez dures aussi , et d’une grande dimension, LeggHjje a 78 centimètres de hauteur sur 45 de diamètre à la base.