FINES, LUSTRÉES
Deuxième ordre. — POTERIES TENDRES LUSTRÉES (i).
Je reviendrai , à la suite de la description des Poteries du quatrième ordre , les Poteries émaillées , sur les différentes sortes de glaçures et leur division ; mais je dois rappeler la définition que j’ai déjà donnée de cette glaçure si différente des autres, que j’ai appelée lustre, et qui a été la seule glaçure connue des anciens , glaçure que nous ne faisons plus , et que nous ne savons même pas encore faire.
C’est en général une glaçure essentiellement composée de silice , rendue fusible par l’introduction d’un alcali , potasse ou soude , constamment colorée par un oxyde métallique introduit primitivement dans sa composition , ou qu’elle prend dans la pâte qu’elle recouvre.
Dans le premier cas, elle peut être épaisse; c’est la glaçure nommée improprement vernis ou émail des Égyptiens , et celle de beaucoup de carreaux , briques et plaques orientales.
Dans le second cas , elle est mise tellement mince , qu’on ne peut la détacher de la pièce. C’est le lustre des Poteries romaines , et notamment le lustre noir des Poteries grecques campaniennes-. J’ai parlé des premières à l’ordre des Poteries tendres mattes , parce que celles-ci sont bien plus nombreuses que les lustrées. Je vais, par suite de la même considération, traiter particulièrement des Poteries lustrées grecques ; troisième exemple des Poteries lustrées par une glaçure que je définis par sa nature silico-alcaline et par sa ténuité dans son application .
C’est avoir fait un grand pas dans l’art céramique que d être arrivé à mettre sur une Poterie à pâte fine , mais tendre , perméable et cuite à très-basse température , une glaçure mince , solide, imperméable, et, ce qui est plus remarquable encore, inattaquable par des agents puissants auxquels ne résistent ni nos vernis des premiers temps ni ceux des temps modernes , ni même nos vernis cristallins, d’ailleurs si éclatants.
Cette glaçure, que j’ai distinguée sous le nom de lustre, parce
(») Voir le tableau de classification , p. 300.
POTERIES TENDRES, FINES
que souvent elle ne fait que donner un lustre vitreux à la surface des Poteries , qu’elle est tellement mince qu’on ne peut la séparer, même à la vue , de la pâte qu’elle glace , cette glaçure, dis-je, a une composition si remarquable , si difficile à atteindre, que, malgré les efforts de nos plus habiles chimistes, qui, à Sèvres, se sont occupés spécialement d’en rechercher la nature , malgré les recherches suivies avec tant de sagacité et de persévérance par M. le duc de Luynes, on n’est pas encore arrivé à l’imiter complètement dans toutes ses qualités de densité , de parfaite étente , de résistance aux alcalis et aux acides , de solidité et d’absence complète d’oxyde de plomb. On en a néanmoins, tout récemment, considérablement approché , comme on va le voir plus loin.
Ce progrès , ou plutôt cette découverte si ancienne , car pour que ce fût un progrès il eût fallu qu’on sût ce qui l’a précédé , méritait bien que l’on fît un ordre particulier de cette sorte de Poterie dont la source, très-circonscrite, a cependant répandu ses produits, il y a 3,ooo ans, sur presque toutes les parties du monde occupées par les Grecs et les Romains, et dont les premiers et réels ouvriers en chef n’appartiennent qu’à ces deux peuples, et bien plus encore aux premiers qu’aux seconds.
Aussi ai-je placé dans la céramique romaine les Poteries lustrées avec les Poteries mattes , le lustre étant secondaire et à peine distinct de la pâte; tandis que chez les Grecs, les Poteries lustrées, l’emportant en tout sur les mattes, méritaient de constituer à elles seules un ordre entier.
La Poterie tendre lustrée se distingue des autres Poteries par les caractères suivants :
Pâte homogène , fine , mais à texture lâche , à cassure matte.
Ten dr e , son sourd.
Opaque, plus ou moins colorée en jaunâtre, rougeâtre ou grisâtre .
Surface luisante par un enduit vitreux , très-mince , alcalifère, rougeâtre, et souvent d’un beau noir.
Façonnage soigné , fait au tour ou au moule.
Cuisson simple à basse température.
Pâte composée principalement de silice , d’alumine , de fer et de chaux.
Fusible à la température d’environ 4od Wedgwood.
Fours à un seul laboratoire?
Point d’encastage , enfournement en échappade.
C’est avec les Poteries étrusques , une des plus anciennes , mais toujours plus perfectionnée qu’aucune autre Poterie antique 5 c’est à cet ordre qu’appartiennent les célèbres vases grecs à pâte fine, à parois minces, si remarquables par leur légèreté, la pureté de leurs formes et par le dessin simple et aussi caractérisé que naïf de leurs figures et de leurs ornements.
Cet ordre ne renferme jusqu’à présent que 4 genres de Poteries : Les Poteries romaines lustrées, dont j’ai traité avec les Poteries mattes de même origine.
Les Poteries égyptiennes lustrées, qui, en très-petit nombre, n’ont pas été séparées des Poteries mattes du même peuple. Quelques Poteries étrusques, mais encore d’une manière trèsincertaine pour moi,
Et enfin les Poteries grecques, campaniennes , italogrecques, grecques de l’Archipel, et de bien d’autres lieux. Ce sont les seules qu’il me reste à faire connaître.
Poteries grecques.
Poteries campaniennes ou italo-grecques .
Ces Poteries, que l’on considère comme les plus anciennes, sont celles qu’on a désignées pendant longtemps sous le nom impropre de Poteries et vases étrusques. Mais les antiquaires et tous les érudits qui ont fait attention aux lieux d’où ces vases ont été tirés, qui ont étudié les sujets qu’ils représentent, les inscriptions qu’ils portent, ont admis que la fabrication de ces Poteries datait d’un temps antérieur aux Étrusques , qu’elles étaient d’origine grecque et des plus, anciens temps de la Grèce. Winkelmann, faisant remarquer que ces vases ne se trouvaient point en Toscane, mais toujours dans ces parties de l’Italie qu’on appelait la grande Grèce, et notamment dans la Campanie, leur donna le premier le nom de vases campaniens. C est particulièrement sous ce nom et sous celui de vases grecs qu on les désigne maintenant , et que nous allons en parler.
L’origine de cette erreur, dénoncée par Winkelmann et entiè-
POTERIES TENDRES, FINES
rement détruite par d’Hancarville , vient, dit-on, de l’interprétation que les Toscans ont voulu faire en faveur de l’ancienneté de leurs ancêtres , les Étrusques , d’une épigramme de Martial , qui a appliqué le nom d’étrusque à des vases d ’Arezzo, faits dans cette ville par des ouvriers grecs venus de Samos. Les Toscans ont appliqué cette dénomination à tous les vases semblables déterrés en Italie.
Or, tous ces vases ont des caractères communs qu’on va indiquer 5 mais ils en ont d’autres historiques que les antiquaires ont su remarquer. Tel est le style et la nature des sujets qui y sont représentés, et qui sont toujours relatifs à la mythologie, aux usages et au costume des anciens Grecs , telles sont les inscriptions grecques placées sur ces vases, et qui indiquent par laforme des lettres , les changements arrivés à diverses époques dans l’écriture grecque , caractères et disposition qui ne permirent pas à des hellénistes, d’ailleurs très -instruits, d’y reconnaître la langue grecque (1).
La pâte de ces Poteries est toujours rougeâtre , quelquefois cependant d’un gris rougeâtre pâle -, elle est en général fine et légère, à texture lâche , et, comme nos Poteries communes, elle laisse transsuder l’eau , lorsqu’elle n’a été enduite d’aucun vernis ; elle est tendre et se laisse facilement entamer par le couteau ; elle n’a reçu qu’une faible cuisson.
Lorsqu’on met de l’eau dans ces vases , ils répandent une odeur argileuse des plus sensibles. L’eau ne les traverse pas tout de
(') La bibliothèque de la manufacture royale de Sèvres posséderais mémoires manuscrits sur les vases grecs vulgairement nommés étrusques , sans nom ni date. Néanmoins je crois , par des raisons qu’il serait trop long de développer , pouvoir les attribuer à d’Hancarville. Il y expose les motifs qui lui font regarder tous les vases peints comme étant de fabrication grecque et non étrusque , et parmi ces raisons il raconte à ce sujet une anecdote assez piquante , et qu’on aurait de la peine à admettre si elle n’était revêtue de son autorité. «Le chanoine Mazzo- » chi , très-savant helléniste, prit et donna pour étrusque mie inscription d’un vase » de la collection de Mastrillo. D’Hancarville la fit lire à M. Martorelli, qui, » sur la foi de Mazzochi , commença par nier le fait ; mais en la lui faisant épeler » lettre à lettre , il lui montra qu’il lisait du grec. Son étonnement fut extrême » et depuis lors il admit comme grecs la plupart des vases nommés étrusques. » D’Hancarville cite le vase figuré planches numérotées 24 et 25 du premier volume de son ouvrage, publié à Naples en 176G. C’est le vase de la Chasse au sanglier, et qui était, lorsqu’il écrivait cc mémoire, dans le Muséum britannique.
suite; mais au bout de 10 il 20 heures elle suinte en gouttelettes très-petites de presque toutes les parties où il n’y a pas de lustre.
Composition des pâtes et glaçures. — Cette Poterie s’approche davantage par la composition de la Pâte des faïences , que de celle des Poteries communes. Elle fond complètement à la température de la cuisson de la porcelaine , et renferme une assez forte proportion de chaux, mais elle ne fait pas effervescence.
Au reste , le tableau qui va suivre fera connaître , aussi bien qu’il sera possible , sa composition moyenne et la nature de ses lustres transparent et noir.
Le lustre transparent est tellement mince qu’il n’a pas été possible d’en détacher une quantité assez considérable et surtout assez exempte de la pâte pour arriver à connaître sa composition même par approximation. On a pensé , d’après sa ressemblance avec le lustre des Poteries romaines, qu’il pouvait avoir la même composition. Quant au lustre noir brillant qui est tantôt employé comme fond général et tantôt comme couleur d’ornements , on est arrivé non-seulement à en connaître la composition , mais à la prouver par synthèse. L’examen qu’on avait fait de ces deux glaçures , la rouge pâle et la noire , avait néanmoins été suffisant pour confirmer ce qui avait été avancé par Chaptal et par plusieurs autres chimistes , c est que ni l’une ni l’autre ne contenait de plomb , mais que la dernière pouvait être due à la vitrification de quelques produits volcaniques.
(Voir l’explication, page 559.)
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