Partie non attaquée
Avec la marne crue . 69,98 p. o/O.
Avec la marne calcinée . 95,40 p. 0/0.
Les Argiles telles que je les définis ne renferment donc essentiellement et dans leur état le plus pur et le plus parfait que de la Silice, de l’Alumine, et de l’Eau; ce qu’elles contiennent quelquefois de potasse, de magnésie, de chaux, de fer même, qui y est dans certains cas très-abondant, et de carbone, doit être regardé comme accessoire et comme étranger à leur composition essentielle.
Cependant quelques Argiles contiennent une certaine quantité de chaux qui ne paraît pas être entièrement à l’état de carbonate, mais à l’état de silicate et qui, sans les rendre effervescentes avec continuité, leur donne néanmoins un peu de fusibilité, ce sont la plupart des Argiles à Potier ( topferthon ) des minéralogistes.
J’ai cru devoir d’après cela diviser les Argiles sous le rapport de leurs propriétés et de leur emploi dans l’art céramique en deux variétés principales, l’Argile plastique et l’Argile liguline, sous lesquelles viennent se ranger une multitude de leurs variétés, résultat de la couleur, delà plasticité, delà fusion, toujours plus ou moins difficile , selon leur degré de pureté.
ARGILES
A. Argile plastique.
L Argile plastique présente avec tous les caractères que j’ai attribués aux argiles proprement dites :
Une grande plasticité , se prêtant aisément au façonnage sans se diviser entre les mains du Potier, se laissant en raison de sa ténacité aussi difficilement pénétrer par l’eau lorsqu’elle est humide, que priver de ce liquide lorsqu’elle en est imbibée.
Étant absolument infusible à une température d’environ 129° ( Wedg. ) , à moins qu’elle ne soit souillée de fer ou de gypse.
Cette Argile est la base des Grès-cérames, grossiers et fins , des creusets réfractaires , des pots de verrerie , des cazettes à cuire la porcelaine dure, des faïences fines dites terre de pipe, des hygiocérames , etc.
B. Argile figuline.
C’est une Argile liante, mais moins tenace que la précédente ; elle contient toujours un peu de chaux dans la proportion au maximum de 5 à 6 p. 0/0 en partie à l’état de carbonate et peut-être aussi à l’état de silicate ; elle ne fait jamais avec l’acide nitrique qu’une effervescence faible et qui s’arrête bientôt; toujours plus ou moins souillée de fer , elle rougit ou au moins jaunit à une haute température \ enfin , sans se fondre , elle se couvre d’une espèce de vernis et se ramollit à une haute température.
En tbut elle diffère peu de l’Argile plastique et se rapproche quelquefois des marnes.
Elle est employée dans la fabrication des faïences communes, des terres cuites, des briques, et, en général., dans celle des Poteries qui n’ont pas besoin d’être soumises pour leur cuisson à cette haute température qui donne à la pâte une telle dureté qu’elle ne pourrait plus prendre facilement les glaçures plombifères.
Je puis donner comme exemple de ces Argiles , le n° 1 1 de
ARGILES. GISEMENT
Longport, le n° ia5 de Malaise, le n° idi de Nevers, le n° i36 de Provins, et beaucoup des Argiles de Saxe (*).
Ces Argiles entrent plus ordinairement dans la composition des Poteries tendres et des faïences que les Argiles plastiques qui sont principalement employées dans la fabrication des Grès-cérames.
Origine et gisement général des Argiles
Plastique et figuline.
Origine. — Il est bien reconnu que les kaolins sont des Argiles qui tirent leur origine du felspath. C’était l’opinion assez générale des géologues et des minéralogistes, je crois l’avoir mise en plus grande évidence dans mon mémoire sur le kaolin. Quelques chimistes minéralogistes, et principalement M. Mitscherlich de Berlin attribuent la même origine aux Argiles et expliquent assez bien leur impureté et surtout la grande quantité de fer que renferment beaucoup d’entre elles, en ce qu’elles ne résulteraient pas comme le kaolin de la décomposition du felspath par l’eau , aidée de l’acide carbonique , mais de la décomposition du même minéral par l’action des pyrites j il faudrait admettre aussi dans le cas actuel que cette décomposition a eu lieu loin des terrains et des lieux où se trouvent actuellement les Argiles -, pour le kaolin, c’est au milieu des roches felspatliiques qu’on le trouve, roches qui sont rarement accompagnéés de pyrites -, or , les kaolins n’en renferment jamais ; les Argiles au contraire déposées en général en lits interrompus ou en amas, trouvées presque uniquement dans les terrains de sédiment , même les plus grossiers et les plus distants des terrains felspathiques, sont presque toujours accompagnées de pyrites. 11 n’y a presque point de gîtes d’Argiles plastiques sans' pyrites, ce qu’on sait d’autant mieux que leur présence est une grande gêne pour le Potier ; les Argiles ligulines en sont souvent plus exemptes, et les marnes argileuses des terrains tertiaires supérieurs n’en renferment presque jamais , si même elles en contiennent quelquefois.
Gisements. ' — J’ai insisté depuis longtemps (*) sur la généralité
(*) Voyez ces numéros dans le tableau N° V des Argiles.
(2) Deseript. géolog. du bassin de Paris. (Un vol. in-û° avec planches. Paris, 1822, p. 17 et 102.)
ARGILES. GISEMENT. 03
du gisement de l’Argile plastique, et c’est une considération qui peut avoir de l’importance pour l’art céramique.
La position la plus ordinaire de cette Argile quand on se pénètre bien de la définition rigoureuse que j’en ai donnée d’après sa constitution chimique , est d’avoir été déposée au-dessous des terrains tertiaires de toutes les époques. Toutes les terres argiloïdes qu’on trouve dans ces terrains , sont , sauf de très-rares et très-incomplètes exceptions, des marnes argileuses ou tout au plus des Argiles figulines.
Leur autre limite ou leur limite inférieure me parait être les terrains crétacés et les épiolithiques ou néocomiens.
On trouve cependant dans les terrains houillers au milieu des schistes argileux, des lits d’ Argiles qui ont les caractères des Argiles plastiques mais qui ne sont en général ni aussi délayables, ni aussi malléables que les Argiles supérieures aux terrains néocomiens et crétacés.
Les Argiles plastiques peuvent se trouver et se trouvent en effet quelquefois immédiatement au-dessus des terrains de tous les âges et de toutes les formations à l’exception du tertiaire comme on vient de le dire, mais cela ne détruit pas les règles que je crois avoir reconnues dans leur époque de formation, quelle qu’en soit la cause, et que je rapporte aux périodes que je viens d’indiquer, l’épiolithique ou néocomienne et la crétacée. Aussi en dessous des terrains épiolithiques qui renferment tant de marnes et si peu d’ Argiles , c’est-à-dire dans les formations crayeuses elles-mêmes, dans les formations jurassiques, du lias, du keuper, dans les terrains conchyliens, pœcilien, rudimentaire, etc., toutes les roches de sédiments nommés Argiles ( Kimmeridge Clay , Oxford Clay, Bradford Clay , etc.) (*) sont-elles, non pas des
(*) Il faut ou ne point adopter ce nom, ou le prendre dans sa véritable acception ; dans celle que je lui ai donnée en le créant ; sans cela, comme je l’ai dit dans la note 1 , page 81 de mon tableau des terrains (*), il n’y a plus que confusion, confusion qui ne se trouve pas seulement dans des désignations peu importantes de variétés, mais qui s’applique aux deux plus hautes considérations de l’Argile plastique : la détermination de sa position réelle dans l’écorce du globe et son emploi dans les arts céramiques. Il faut bien entendre avec moi que j’exclus de ces deux considérations bien des matières terreuses auxquelles on donne aussi le
(*) Tableau des terrains qui composent l’écorce du globe. IS29.
ARGILES. GISEMENT
Argiles plastiques, mais, comme je les ai dénommées dans mon tableau des terrains , de véritables marnes. Elles ont toutes été essayées.
Les Argiles plastiques se présentent ordinairement en amas à peu près lenticulaires et ellipsoïdes allongés, presque jamais que je sache, en stratification régulière, étendue, interposée entre des strates d’autres roches, mais généralement aussi presque superficielle ou recouverte de terrains de transport élastiques ou sédimentaires. Leur exploitation peut rarement être suivie avec régularité , en raison de leur disposition en nodules ellipsoïdes comme déposés dans des bassins qui retiennent les eaux et gênent encore par là l’exploitation.
L’Argile plastique renferme très-souvent des pyrites, souvent des cristaux de gypse, des amas de fer oligiste terreux (ocre rouge), de limonite terreuse (ocre jaune), qui la souillent et la rendent impropre aux emplois céramiques qui exigent une haute température, en lui donnant une fusibilité qu’elle ne doit pas à sa nature, mais à la présence de ces matières étrangères.
L’argile plastique ne présente jamais dans sa masse de débris des corps organisés : du moins je n’en ai jamais vu d’exemples bien évidents.
On remarquera que ces considérations géologiques sont trèspropres à diriger le Potier qui veut se procurer des Argiles plastiques, c’est-à-dire des Argiles réfractaires faciles à travailler. Aussi quand on habite dans un pays dont le sol est ce que les géologues nomment terrain de sédiment, si c’est un terrain de sédiment tertiaire , il y a très-peu de probabilité d’y rencontrer des lits ou amas d’ Argile plastique, et c’est à peu près inutile d’y faire des fouilles, à moins qu’on ne puisse le traverser entièrement et arriver ainsi soit au terrain crétacé , soit enfin à un terrain d’une tout autre origine que le terrain tertiaire.
Il ne faut pas cependant mettre dans cette règle une confiance absolue. Il y a dans le bassin tertiaire de Paris un exemple d’exception. M. de Senarmont, ingénieur des mines, a observé sur les
nom d’argiles, telles que le kaolin, les marnes argileuses , les smectites, les bols, les lilhomargcs, etc., qui sont bien des silicates d’alumine plus ou moins mélangés , etc. , mais qui ne sont pas des Argiles plastiques.