MACHINES A BROYER
Le pavé qui sert de meule dormante doit être de pierres dures ou d’une seule pièce, comme celui de Sèvres, ou de plusieurs morceaux joints le plus exactement possible.
Les blocs sont aussi de pierres dores, tantôt de quarz , tantôt de grès , tantôt de granité. On ne peut employer cette roche ou toute autre roche colorée que dans le cas où on ne craint pas d’enlever à la pâte la qualité qu'elle tient de sa blancheur. Chaque pierre ou bloc mobile doit peser au moins 100 kilogrammes pour avoir une action suffisante. Il peut Broyer en 24 heures 240 kilogr. de matière dure ; ce qui équivaut par conséquent en force et en produit à plus de huit meules de 7 décimètres du système précédent.
On a remarqué que les meules de grès à surface devenue lisse par l’usage avaient, tant dans les moulins à une seule meule tournante que dans les moulins à blocs, le grave inconvénient de faire des ressauts répétés (ce que les ouvriers appellent brouter), d’ébranler violemment toute la machine et de faire rejaillir une assez grande quantité de la matière à Broyer.
Cet effet a lieu particulièrement i° lorsque les meules deviennent trop lisses , 2° lorsque la matière est délayée dans une trèsgrande quantité d’eau , 3° lorsque le bloc est poussé sur toute sa face verticale ou au-dessus de son centre d’équilibre. On évite ces inconvénients : i°en ajoutant, quand cela est possible, une matière tendre telle que de l’argile, de la craie, à la matière dure à broyer, ou bien en rendant la masse à broyer plus pâteuse -, mais alors le broyage est beaucoup plus long, d’abord parce que les meules pèsent moins sur le fond, et ensuite parce que les parties les plus grossières sont arrêtées dans leur chute par l’épaisseur de la masse à traverser.
2° En poussant ou traînant le bloc au-dessous de son centre d’équilibre de manière à soulever un peu le bord qui marche en avant. Dans le plus grand nombre des cas les blocs sont poussés pardes palettes verticales et c’est à cette disposition qu’on attribue
semblables à celui que je décris , ont été figurés et décrits par M. de Saintamant , dans le Bulletin de la Société d’encouragement, 26e année, p. 345, et 28e année, p. 21 , PI. CCCLXXIX.
Ceux de la manufacture royale de Sèvres ont été décrits, figurés, calculés avec beaucoup de détails et d’exactitude dans le Portefeuille industriel du Conserva- ; toirc des arts et métiers, 1834, p. 309 et PI. xxxvii, xxxvm et xxxix C’est une I partie de ces figures , qui ont été faites sous mes yeux , que je reproduis dans la J Pi. VI.
BROYAGE
en partie l’inconvénient du broutage; quand au contraire ils sont traînés et que leur point d’attache a été calculé de manière à ce que le devant du bloc soit un peu soulevé ou seulement disposé à l’être comme je viens de le dire , le broutage est beaucoup plus rare , si même il a lieu. Dans les établissements céramiques où on ne craint pas l’influence colorante de la rouille, c’est avec des chaînes qu’ils sont attachés et traînés.
11 faut avoir soin dans les moulins de ce genre, que les blocs ne suivent pas toujours le même cercle, sans cela il se produirait des espèces de sillons dans lesquels de nouveaux blocs ne pourraient plus pénétrer ; il en résulterait qu’il y aurait absence complète de Broyage dans ces parties jusqu’à ce que les saillies entre les sillons eussent été usées et mises au niveau de ceux-ci.
Un procédé qui paraît très-avantageux par la quantité de matière qu’il Broie en peu de temps , est tiré de la méthode de Broyage du grain dans les moulins à farine ; il a été mis en pratique pour la première fois par M. Alluaud, fabricant de porcelaine à Limoges (*).
Les meules doivent avoir un grand diamètre, 2 mètres au plus , 1 mètre 5 décimètres au moins, au-dessous de cette dimension le procédé n’aurait plus d’avantage. La meule supérieure mobile doit tourner avec une grande vitesse dont le minimum serait 10 tours par minute et la marche ordinaire de 70 à 80 tours. On introduit par l’œil de cette meule d’une part , la matière à Broyer déjà réduite en pâte grossière, et de l’autre, l’eau qui doit la délayer ; un mouvement de tremblottement est imprimé , comme dans les moulins à grain , à la trémie qui fournit les matières pierreuses ; elles parcourent en hélice toute la distance du centre a la circonférence et s’écoulent en jet continuel par la circonférence , réduites à un très-grand degré de ténuité ; quand cependant elles ne sont pas assez fines , on les repasse sous la meule et ce repassage est toujours suffisant.
Il faut posséder un moteur très-puissant pour faire mouvoir avec cette rapidité une meule de 1 mètres de diamètre, mais on peut obtenir par vingt-quatre heures au moins 3oo kilogrammes
(l) Il est décrit et la meule est figurée dans les brevets d’invention, t. 39,
p. Û9, PI 11.
MACHINES A BKOYER.
de matière convenablement Broyée pour les pâtes, lorsqu’on ne perd en force que ce qu’on ne peut éviter ; c’est, suivant les données de M. Alluaud , 60 fois plus de matière que n’en produiraient 20 meules de grès ordinaire du premier système.
Le Broyage dans toutes les méthodes qu’on vient de décrire se fait à l’eau. On Broie aussi les matières dures à sec.
Cela s’est pratiqué’ pendant longtemps en Angleterre pour le silex 5 mais la poussière siliceuse qui se répandait dans l’atelier étant des plus pernicieuses pour la santé des ouvriers qu’elle rend phthisiques en peu d’années , cette méthode n’est plus pratiquée nulle part, à moins qu’on ne l’entoure des précautions qui éloignent tout danger ; ainsi à la faïencerie d’ Arboras près Lyon , nonseulement on continue de Broyer le silex à sec ; mais on a osé séparer les parties les plus fines des parties grossières par la ventilation.
Ce procédé a été employé, comme l’on sait, dans les arts qui ont besoin de poudres extrêmement fines, comme dans la parfumerie et la pharmacie. MM. de Caen à Arboras, se sont servis de ce moyen pour séparer la poudre fine du silex Broyé. L’appareil dans lequel ils opèrent est si bien clos que je n’ai pas vu qu’il s’en dégageât la moindre poussière.
Plusieurs fabricants viennent d’employer un nouveau mode de Broyage presqu’à sec, qui n’a pas les inconvénients du premier.
Ils ont appliqué comme l’a fait M. Alluaud, mais avec quelques modifications, le système des moulins à farine, au Broyage des matières à Poteries $ la matière pulvérisée grossièrement est amenée par l’œil de la meule tournante sur la meule gisante dont elle sort réduite à un degré de finesse suffisant ; il suffit d’humecter les matières grossières soumises à ce Broyage , pour éviter la poussière, et ce qui prouve l’absence complète de toute poussière, c’est qu’à Chantilly, à la manufacture de MM. Bougon et Chalot, il y a deux moulins semblables à côté l’un de l’autre 5 on Broie dans l’un le felspath pour la couverte de la porcelaine, et dans l’autre les cassons de Cazette pour faire du ciment, sans qu’on se soit jamais aperçu que cette terre cuite ferrugineuse donnât des taches à la couverte.
Lorsque les meules sont suspendues et ne portent sur la ma-
BROYAGE
tièrc à Broyer que par le bord opposé à celui de leur marche, elles s’usent par cette partie très-irrégulièrement et par suite de cette usure elles ne portent plus que sur une ligne et même point du tout, et alors il faut les baisser.
J’ai vu cette disposition des meules dans la manufacture royale de porcelaine de Nymphenbourg en Bavière (^et chezM. Bauer, fabricant de Poteries, rue de la Roquette. Les moyens de suspension, d’écartement et de rapprochement assez simples sont un peu différents l’un de l’autre 5 la meule tournante est soutenue par un axe montant, les matières sont introduites par l’œil*, cette même disposition était autrefois (avant 1829) celles des deux moulins à 10 tournants de la manufacture de Sèvres.
On a reconnu que ce procédé était très-imparfait et qu’il fallait, laisser agir les meules, quelles qu'elles soient, de tout leur poids ; mais pour que les grains de la matière à Broyer puissent s’introduire sous la meule tournante , il faut la piquer et lui donner ce qu’on appelle de l’engrain.
Ainsi que les meules soient piquées ou à grains saillants, ou à rainures diversement contournées , et à plus forte raison si elles sont lisses, il faut nécessairement leur donner de l’engrain, c’est-à-dire une disposition propre à engrainer, ce qui veut dire à saisir le grain, qu’il soit pierre ou végétal et à l’écraser quand il a été forcé par cette disposition à pénétrer entre les meules malgré leur application l’une sur l’autre. On enlève dans ce but une espèce de coin mince de grès sur la partie de l’échancrure de la meule qui marche en avant, ou sur les bords alternants des meules ovales. On produit ainsi une sorte d’ouverture en forme de coin (h) dans laquelle s’engagent les grains de la matière à Broyer ( PI. vi , fig. 1 , ce). La description de la figure expliquera clairement cette disposition.
Quel que soit le procédé de Broyage que l’on suive, il y a des précautions générales à prendre pour exécuter cette opération d’une manière complète et économique.
Quand on Broie à l’eau dans des tinettes , il 11e faut pas que le mouvement soit trop rapide parce qu’alors les matières à
0) J’cn donnerai un croquis à l'arlicle de cette manufacture.
MACHINES A BROYEll.
Broyer restent en suspension et ne passent pas sous les meules. Un ralentissement trop grand et surtout une suspension complète de mouvement vers la fin du Broyage permet aux matières fines de sè précipiter entre les meules, de s’y agglomérer et de coller les meules l’une contre l’autre avec une si grande force, qu’il faut avoir recours aux leviers les plus puissants pour les séparer et permettre au moulin de reprendre le mouvement.
On dit alors que les matières p 1 o m b e n t les meules. Il faut remarquer qu’il n’y a que les matières pierreuses telles que les sables siliceux et le felspath qui aient cette faculté. Les terreuses et les argileuses non-seulement ne l’ont pas, mais elles empêchent le plombage des premières lorsqu’elles y sont mêlées. Aihsi dans les fabriques où on Broie toute la masse même de la pâte, il n’y a pas de plombage.
Les matières siliceuses précipitées au fond de l’eau et s’y plombant, y forment une masse très -difficile à entamer; mais cette masse se divise aisément au moyen de l’eau qu’on agite au-dessus d’elle ; enfin on pare en partie à cet inconvénient en mêlant du vinaigre à l’eau de délayage.
On appelle engrenage l’action d’introduire dans les moulins les matières à Broyer; il faut en général avoir soin de ne pas mettre de suite dans les deux premiers systèmes toute la charge du moulin , et lorsque les matières sont différentes en dureté et en grosseur, on doit commencer par les plus grossières et les plus dures.
Le dégrenage est l’action de retirer les matières broyées. Tantôt il se fait de lui-même comme dans la troisième méthode, et alors le moulin marche toujours. Dans le plus grand nombre des cas on arrête le moulin ou plutôt on dégraine entièrement la matière Broyée avant d’en engrener de brute.
La finesse que doit acquérir la matière n’a pu jusqu’à présent ni se prescrire ni s’exprimer, on l’a toujours jugée empiriquement par le toucher ou même par le craquement sous la dent.
Cependant lorsqu’il s’agit de comparer entre eux les différents degrés de finesse d’une même matière on peut y arriver par une voie plus précise au moyen de la méthode qui sera décrite au § 1 de l’art. i"r duchap. vi.