MOULES EN TEUKE CUITE
Pâte maigre pour les grands Moules.
De pâte de porcelaine dure non cuite . . 7
ou de sable On . 3
De pâte de porcelaine fritée (*) . 1
D’argile très-plastique . 1
Pâte grasse pour les petits Moules.
De pâte de porcelaine dure non cuite . 5
ou de sable . 2 7 à 3
D’argile plastique . 2
On varie la manière de faire ces Moules suivant la nature, la forme et la dimension des modèles.
Lorsque c’est un médaillon ou un ornement simple de petite dimension qui a peu de relief, on cherche à l’imprimer dans la masse de pâte préparée, au moyen de la pression puissante et égale que le choc violent de la masse sur le modèle ou du modèle sur la masse, doit lui faire éprouver. C’est ce qu’on appelle formation du Moule par projection.
Lorsque le modèle est trop grand ou d'une forme qui ne se prêterait pas à ce procédé , tels que des anses de tasses ou de vases , de petits plateaux ou soucoupes, on remplit une v i ro le (a) en cuivre ou en toute autre matière solide avec de la pâte à Moule, on la remplit exactement et on l’y comprime même, et après en avoir uni la surface et avoir graissé légèrement le modèle, s’il est en métal, en y enfonce la partie du modèle dont on veut avoir le Moule, soit avec la seule force des bras, soit à l’aide d’une presse.
On ne peut faire que difficilement par ce procédé des moules composés d’un grand nombre de pièces, il paraît même qu’il est difficile de les faire de plus de deux pièces, cependant on y parvient en suivant le procédé des mouleurs en sable pour le bronze qui consiste à saupoudrer les premières pièces avant de faire les autres, encore faut-il beaucoup de soin dans la division du modèle et dans la fabrication du Moule pour que ces pièces s’ajustent bien après la cuisson des moules.
(') On fera connaître à l'article des Porcelaines tendres la composition de cette porcelaine ; on peut y suppléer par un mélange d’argile blanche et de sable.
(2) O11 appelle Virole, dans les arts, un cercle ou cylindre très-bas, de métal ou de bois , qui peut s’ouvrir en deux ou trois parties sur sa circonférence , lorsqu’on a lâché ou enlevé les vis ou goupilles qui tenaient ces parties réunies.
MOULAGE
On peut faire en terre cuite des Moules de soucoupes unies, des Moules d’assiettes de 1 5 à 1 6 centimètres dont on ne polit pas l’intérieur, ee qui est un avantage pour l’économie de la fabrication et pour l’adhérence plus complète de l’émail.
Les Moules en terre cuite sont très-sujets à gauchir 5 il faut donc les sécher avec beaucoup de lenteur et ne les porter au four que parfaitement secs. On les cuit au feu de porcelaine que l’on nomme dégourdi.
Les moules cintrés doivent être séchés sur un support en plâtre ou sur un support ou noyau en terre saupoudré de dégourdi de porcelaine } il faut qu’il ait la même courbure que le modèle dont on a tiré le Moule.
Les Moules en terre cuite absorbent l’humidité de la pâte comme les moules en plâtre et comme eux il faut les laisser sécher avant de continuer de s’en servir, quand on s'aperçoit qu’ils en sont complètement abreuvés.
§ 3. — Du Moulage proprement dit.
Mouler une pâte, c’est lui faire prendre la forme d’un corps ou appui quelconque sur lequel on l’applique, quel que soit 1 état ou la nature de cette pâte, et celle du modèle ou du moule.
Le Moulage le plus général s’exerce sur des pâtes molles. On peut aussi mouler des pièces avec des pâles sèches et pulvérulentes, et même avec des pâtes céramiques liquides ; mais comme ce sont des opérations tout à fait distinctes les unes des autres , j’en traiterai séparément. Je distinguerai donc deux sortes de Moulages . A . Le Moulageà la main, B. le Moulage à la presse.
Le premier étant le plus ordinaire et ne s appliquant qu aux pales molles, c’est-à-dire humectées d’eau, c’est par lui que je commencerai comme présentant le plus de procédés communs aux autres et presque toutes les conditions essentielles de succès.
Cette opération délicate offre des différences notables suivant les diverses sortes de Poteries auxquelles on l’applique, ce qui rend assez difficile de la décrire d’une manière qui soit en même temps et générale et précise (*).
(*) Je prends plus particulièrement dans la Porcelaine les détails de description de cette opération , parce qu’elle est plus complète dans cette fabrication que dans les autres.
MOULAGE A LA MAIN
On peut reconnaître dans toutes les classes de Moulage plusieurs actes ou temps qui peuvent se réduire à trois:
Le p rem ier est la préparation de la pâte, le second consiste dans l’action propre du Moulage , et le tr o i s i è m e dans celle du Moulage et de ses suites.
Nous allons suivre ces trois temps dans les trois sortes de Moulages que je vais décrire.
A. Moulage à la main.
Le Moulage à la main est celui dans lequel la main de l’homme est l’instrument principal.
Suivant l’objet qu’on veut mouler, on prépare la pâte en b ail e s ( A ), en croûte ( B ) ou en housse ( C ).
(A) Moulageà la balle. On fait par le mania g e, des balles de pâte bien homogènes comme pour l’ébauchage. Si la pâte est trop courte, on peut lui donner du liant ou de la plasticité par le gommage ou l’addition d’un mucilage ; il faut le choisir de telle nature qu’il ne prenne pas en se desséchant plus de retraite que la pâte, et qu’il n’occasionne pas de gerçures. La gomme arabique en petite quantité, la colle de farine sont les matières qu’on emploie ordinairement.
Ayant ouvert le moule en deux parties, on imprime fortement dans toutes les cavités d’une des coquilles de ce moule, le plus également et le plus lentement possible, les petites balles de pâte qu’on a préparées. Pour que la pâte adhère au moule comme il convient, qu’elle ne se soulève pas et ne produise pas de contre -moulage, on met une toile, plus ou moins fine , entre le doigt et la pâte, ou bien on se sert d’une éponge , la pâte ne contractant pas avec ces corps l’adhérence qu’elle contracte avec la peau.
S’il s’agit d’une pièce symétrique qu’on puisse composer de deux moitiés égales, et qui doive rester pleine comme une anse de tasse ou de vase, on moule de même l’autre partie, mais en laissant sur chacune d’elles un peu de pâte en excès. On applique alors les deux coquilles l’une contre l’autre en les serrant fortement, l’excès de pâte se rend dans une rigole qui borde la pièce.
Si la pièce moulée à la balle doit rester creuse comme doit l’être un buste, un petit vase à ornement, etc., on suit à peu près la même marche, mais on augmente l’adhésion et on évite les bavures trop fortes en garnissant de barbotine les bords des deux coquilles.
(Z?) Le Moulage à la croûte consiste à faire sur une table de pierre dure une croûte ou lame de pâte bien égale de densité et d’épaisseur, destinée à prendre sur le moule la forme de la pièce qu'on doit obtenir. ’!
On étend sur une table de marbre ou de pierre bien dressée (mm), PI. lv, ftg. 10, une toile forte mouillée, ou une peau de daim mouillée ( bb ) ; on
MOULAGE A LA MAIN. 137
place sur cette peau la masse de pâte (c) bien corroyée et battue, nécessaire à la grandeur de la croûte que l’on veut obtenir.
On pose des deux côtés de cette masse, hors de la peau et sur le marbre même, plusieurs règles de bois assez minces ( aa ) qu’on place l’une sur l’autre en nombre suffisant pour égaler presque en épaisseur celle de la masse de pâte qu’on vient de placer; alors prenant un rouleau ou cylindre (r) de bois, bien régulier, on l’appuie sur les règles et on le fait rouler de manière à étendre la masse de pâte ; on commence ainsi à en réduire l’épaisseur, puis on ôte de chaque côté une règle et on pousse de nouveau le rouleau qui amincit également la croûte ; on ôte encore une règle et on continue ainsi jusqu’à la dernière règle dont l’épaisseur doit avoir donné celle de la croûte.
Alors soulevant cette croûte à l’aide de la peau, on l’applique sur la convexité du noyau en plâtre de la pièce que l’on veut mouler ; on avait eu soin de mouiller ce noyau , avant d’y appliquer exactement la croûte avec une éponge ; mais on ne l’y laisse pas longtemps, car en prenant de la retraite, elle se fendrait.
On recouvre alors ce noyau avec le Moule creux qui doit donner l’extérieur de la pièce dont le noyau a ébauché l’intérieur.
Ce moule, plus sec, enlève la croûte au noyau; on continue à l’y appliquer exactement d’abord avec l’éponge, puis avec des tampons remplis de poussière de la même pâte. Cette opération commence le raffermissement de la pâte, et en l’abandonnant à elle-même, elle continue à se dessécher et à se détacher du Moule sans se fendre ni se gercer, parce qu’aucune saillie ne doit s’opposer à sa retraite.
L’exemple que je viens de donner est pris du Moulage d’une saucière et les figures 7, A, B, C, feront comprendre cette opération avec plus de clarté que ne pourrait le faire une plus longue description.
Ce Moulage, le plus compliqué, est en général , comme j’en ai averti, celui de la porcelaine. J’indiquerai, en traitant des autres sortes de Poterie, comment on le simplifie.
(C) Le Moulage à la housse est la combinaison de l’Ébauchage par le tour et du Moulage. C’est le plus convenable aux pâtes délicates, c’està-dire à celles qui sont le plus susceptibles de manifester les inégalités de pression de l’Ébauchage et du Moulage; il consiste donc en deux opérations s’exécutant l'une et l’autre par le tourneur. Dans la première, le tourneur ébauche sa pièce comme s’il devait la faire sur le tour, et il lâche d’atteindre, le plus possible, la forme extérieure et en partie l’épais seur de la pièce (Voy. fig. 6, A, une pièce ainsi préparée). Cette opération faite, il prend la pièce, ou ce qu’on appelle alors la housse, encore molle, et la plaçant dans un moule de plâtre creux, mais nécessairement simple et à très-large ouverture , il applique sa housse avec 1 éponge contre les parois du Moule et lui en fait prendre intérieurement exactement la forme (Fig. 6, B).
MOULAGE A LA MAIN
11 faut que la pièce qu’on veut mouler à la housse soit évasée, et qu’elle le soit assez pour permettre l’introduction de la main et du doigt ou au moins d’un bâton muni d’un tampon d’éponge. Il faut qu’elle soit unie; elle ne peut porter aucune moulure , astragale ou autre saillie , parce que la pression qu’on peut lui faire éprouver ne serait pas assez forte pour faire pénétrer la pâte dans les cavités qu’on aurait laissées dans le Moule; ou bien si on voulait arriver par une forte pression dans ces points, cet excès contribuerait à la déformation de la pièce.
Parconséquent si cette pièce doit présenter des parties d’ornements en saillie, il faut, suivant leur forme, ou les faire naître en les tournassant , ou les appliquer après coup par le procédé que je décrirai en son lieu.
J’ai dit que ce procédé avait de grands avantages pour les pâtes délicates, et notamment pour les pâtes de porcelaine. Il évite, quand on peut l’employer, une multitude de causes de déformations et de déchet, telles que le vissage, le gauchissage et même la fente. J’y reviendrai en parlant de la porcelaine.
On moule ainsi les assiettes , mais par une opération toute particulière qui sera décrite en s#n lieu, les culots de vases, les jattes, pots à sucre, même la plupart des tasses.
On doit appliquer ce Moulage à toutes les formes qui en sont susceptibles ; il n’a d’autre inconvénient que d’exiger deux opérations avant le tournassage et d’entraîner la confection d’un grand nombre de moules de plâtre qui sont chers en façon et en matière, et qui causent de l’encombrement.
Ce que je viens d’exposer n'est pour ainsi dire relatif qu’à la préparation de la pâte pour le Moulage.
Je n’ai point encore parlé de l’opération en elle-même et des précautions générales qu’il faut prendre pour la faire réussir.
Le Moulage, quel qu’il soit, d’une pâte quelconque, ne peut s’opérer sans pression.
Cette pression s’exerce ou à la main ou à la presse.
La balle, la croûte ou la housse, et uniquement les deux premières lorsqu’il s’agit de pièces garnies de parties en relief, doivent être pressées sur les moules avec le plus d’égalité possible.
La main et les doigts suffisent même dans quelques cas, en pie-
MOULAGE A LA MAIN
liant la précaution indiquée plus haut, d’interposer un linge entre la pâte et la peau des mains pour éviter l’adhérence qu’elle est disposée à contracter avec elle. Lorsque les parties à mouler sont planes ou courbes, mais nues et étendues, on comprime avec une éponge légèrement humide, soit en glissant^ soit en tamponnant.
Dans le Moulage à housse on emploie ce moyen , et on s aide aussi de l’estèque.
Lorsque les parties à mouler sont de formes irrégulières, garnies de cavités et de taille profondes comme le sont les figures, les anses, les parties de vases chargées d’ornements, on s’aide d’un tampon de linge placé à l’extrémité d’un manche de bois ou même d’une espèce de marteau de bois également muni de tampons, et, après avoir fait entrer avec la main la balle de pâte, dans la cavité du moule, on lui fait prendre exactement toutes les sinuosités de cette cavité à l’aide de l’un ou de l’autre de ces tampons.
Quels que soient le moyen et la pâte qu’on emploie, il faut faire en sorte que toutes les parties d’une même pièce soient également comprimées. Cette condition est de rigueur pour le succès des pièces d’une certaine dimension. On sait que son exécution résulte entièrement de l’intelligence, de l’adresse et de l’attention de l’ouvrier ; que si l’une de ces qualités lui manque, la pièce sera mal moulée. J’ai souvent vu les pièces les plus simples, telles que le même portrait en médaillon d’un décimètre de diamètre fait avec la même pâte dans le même moule, réussir toutes ou manquer presque toutes , suivant l’ouvrier ou l’attention de l’ouvrier qui les avait moulées. Les résultats ordinaires d’un mauvais Moulage sont la déformation, les bosselages et les fentes.
Pour continuer d’exposer ce qui est relatif au Moulage a la main, il me reste à parler des autres précautions à prendre pour
le faire réussir et du démoulage.
Au bout d’un certain temps les moules de plâtre et même ceux de terre perdent en grande partie la propriété qu ils ont d’absorber l’humidité de la pâte, et celle-ci devient adhérente
MOULAGE A LA MAIN
au moule; on dit alors que les Moules se graissent ; ils prennent aussi ce défaut par une longue exposition à l’air des ateliers ; la poussière et les fuliginosités qui s’y répandent, bouchent en effet les pores du plâtre et lui enlèvent sa propriété absorbante; un long usage produit le même effet en enduisant peu à peu la surface du moule d’une légère couche de pâte très-comprimée, on répare ce mal, du moins en partie pour les pièces rondes, en leur enlevant sur le tour cette sorte d’épiderme ; mais cette opération ne peut pas se répéter puisqu’elle diminuerait alors sensiblement les dimensions des Moules. On peut aussi laver fortement ou brosser la surface des Moules ; toutes ces corrections les altèrent.
Un Moule pénétré de toute l’humidité qu’il peut absorber, est dans le même cas qu’un moule graissé. Il faut donc avoir un très-grand nombre de Moules d’une même pièce, dans les fabriques où le travail est actif, afin de laisser sécher les Moules humides sans être obligé de suspendre le travail..
d. Le Démoulage est l’action de retirer du moule la pièce moulée.
Lorsqu’un moule n’a aucun des inconvénients qu’on vient de signaler et qu’on peut y laisser séjourner quelque temps la pièce sans craindre que gênée dans sa retraite elle ne se fende, alors elle diminue de volume en se raffermissant et peut se retirer avec facilité du moule.
Si le moule est d’une seule pièce comme dans les anses, les médaillons, etc. , on facilite le dégagement de la pièce moulée en l’enlevant avec une petite balle de pâte humide.
Si le moule est de plusieurs pièces, on ôte la chappe, puis successivement et avec soin toutes les parties du moule ; la pièce est alors dégagée, mais elle présente beaucoup 'de sutures en saillie qui sont d’autant moins fortes que le moule était bien fait et les pièces très-serrées les unes contre les autres; l’enlèvement de ces lignes de sutures constitue une partie du réparage dont je parlerai plus bas.
11 faut toujours éviter de démouler trop tôt surtout les pâtes délicates, parce qu’étant très-molles, très-gonflées, on peut en
MOULAGE A LA PRESSE
cherchant à vaincre leur adhérence au moule, les déchirer ou simplement les courber, courbure qui reparaît souvent par la cuisson.
Lorsque la pièce est retirée du moule et qu’elle a été mise en état de sécher, il faut veiller cette dessiccation, la rendre lente et égale, et pour empêcher certaines parties saillantes et minces de se relever, il faut mettre la pièce sur la surface plane d’une matière absorbante telle qu’une plaque de plâtre , et charger les parties saillantes de petites masses de pâte qui les empêchent de gauchir ; enfin, lorsque la pièce qu’on veut obtenir a été moulée en plusieurs parties, il faut réunir les parties ensemble. Cette réunion, que l’on appelle col âge, est une opération commune à plusieurs sortes de Poteries, et comme elle exige des précautions particulières, j’en traiterai dans un paragraphe distinct.
B. Moulage à la presse.
On a dû remarquer à l’article du Moulage à la main, combien le succès de ce Moulage dépendait de la diversité des talents, du caractère, et même des dispositions accidentelles de l’ouvrier. On a pu voir aussi combien d’opérations et de précautions minutieuses il fallait prendre, surtout dans la pâte de porcelaine dure ; c’est pour éviter ces incertitudes et ces lenteurs qu’on a cherché à employer des moyens mécaniques. On croyait que ces moyens donnant une pression puissante et toujours égale, on aurait promptement, nettement et sûrement les empreintes et les pièces moulées qu’on voulait obtenir ; mais l’expérience a prouvé que ce Moulage offre de nouvelles difficultés, de nouvelles incertitudes et qu’il était très-difficile de le mettre en pratique avec succès dans les arts céramiques.
Le Moulage à la presse, des pâtes humides et fermes est jusqu’à présent presque impossible si la pièce a une dimension de plus de 1 5 centimètres de côté ou de diamètre et si les pièces en pâte fine et plastique doivent être cuites à une haute température et y conserver exactement leurs formes et la délicatesse de leurs ornements. Il faut d’abord réunir deux conditions : la solidité des Moules, et l’égalité de pression.
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MOULAGE A LA PRESSE
Les Moules absorbants étant les plus propres au Moulage des pâte9 humides, on ne peut employer que deux matières, le plâtre qui est trop peu solide, la terre cuite qui ne peut donner que des moules petits, rarement réguliers, etc.
Quoiqu’il parût au premier aperçu qu’il était facile d’obtenir d’une bonne machine, une pression égale, on a trouvé à la pratique qu’il était au contraire très-difficile de réunir les conditions d’une bonne presse avec celles qui sont nécessaires pour que la pâte ne fuie pas sous la pression, ou que l’eau qù’elle renferme" soit également exprimée de toutes les parties de la masse. En sorte qu’on n’avait pu jusqu’à présent obtenir par ce procédé que de très-petites pièces souvent altérées par des gerçures, des fuites, le relèvement de leurs bords, etc.
Je dois me contenter de faire connaître les principes qui paraissent devoir diriger tous les Moulages à la presse.
Premièrement il est avantageux que les pâtes soient presque sèches, même pulvérulentes, et que la pression n’ait point d’autre action à exercer que de rapprocher le plus possible les parties, de manière que la cuisson n’ait plus qu’à compléter ce rapprochement. Tl ne faut pas que la pression ait en outre à chasser l’eau interposée entre les parties d’une pâte molle, car, à cette expulsion qui ne peut presque jamais se faire également dans toutes les parties, s’ajoute la difficulté de savoir où diriger cette eau expulsée.
On avait donc presque rendflcé à tout Moulage à la presse mécanique des pâtes molles, car il ne faut pas confondre ce Moulage par puissante pression mécanique avec celle qu’exerce dans des moules absorbants en plâtre ou en terre cuite la force des bras de l’ouvrier.
Le Moulage à la presse des pâtes sèches a été tenté et même pratiqué il y a plus de 35 ans par Potter; il a fait ainsi à la manufacture de Sèvres sous mes yeux, en 1809, des plaques de porcelaine de petites dimensions (au plus un décimètre) par le procédé que je ne puis indiquer que sommairement.
L’arbre de la presse qui portait une vis très-bien faite, était traversé d'une barre de 4 mètres environ mue par deux hommes ; il était terminé
MOULAGE A LA PRESSE
inférieurement par un plateau auquel adhérait un billot de bois. La pâte, réduite en poudre fine, était placée entre deux moules en fer ou en cuivre renfermés dans un anneau ou forte virole en fer doublée de cuivre en dedans ; un tampon en cuivre d’un diamètre égal à celui de la virole portait en dessous la pièce supérieure du moule ; un plateau de bois était placé sous la pièce inférieure du moule , présentant le creux du bas-relief à mouler; elle portait sur une plaque de fonte encastrée dans l’établi.
Les pièces de porcelaine Moulées par ce procédé sortaient nettes et sans gerçures, mais tous les médaillons ainsi Moulés et qui ont passé au grand feu se sont plus ou moins gauchis ; quoique n’ayant pas 6 ou 7 centimètres de diamètre, ils étaient déjà trop grands pour réussir par cette méthode de Moulage. M. Potter avait fait par le Moulage à la presse et avec succès un très-grand nombre de boutons d’habits en porcelaine , et il avait pu croire qu’il obtiendrait sur des médaillons plus grands le succès qu’il avait eu sur des pièces petites, convexes, épaisses en comparaison de leurs diamètres, telles que des boutons.
On n’a pas d’abord donné suite à ces essais. Mais on vient de faire en Angleterre , en porcelaine tendre , dans la fabrique de M. Menton, une quantité prodigieuse de ces boutons de toutes formes, de toutes grandeurs, qu’on met dans le commerce à trèsbas prix.
Ce n’est pas qu’on n’eût pris une multitude de brevets d’invention, décrit une multitude de procédés pour Mouler mécaniquement et par pression plus ou moins forte, des briques,, des carreaux d’appartement et de poêle, des tuiles, etc. Les premiers travaux faits en 1816, par M. Matelin, à Orléans, sont de cette nature et l’ont conduit au Moulage beaucoup plus difficile et délicat des faïences et des porcelaines que je vais décrire.
Quant au Moulage soit à la presse, soit autrement , des briques et carreaux, comme il est particulièrement applicable à ce genre de terre cuite, j’en traiterai au chapitre qui le concerne; j’y renvoie également tous les Moulages dits en mosaïque , ou incrustations de pâtes de diverses couleurs, etc.
Je ne connais d’autres tentatives de Moulage à la presse, de faïences et de porcelaines, que celle qui fait l’objet du brevet d’invention obtenu en i834parM. P. S. Jullien de Paris, mais qu'il n'a pas même mis en pratique et dont la description ex-
iU
MOULAGE A LA PRESSE
trêmement vague et générale, montre néanmoins que c’est le meme procédé que celui de Potter en 1809, sauf peut-être, l’enduit d’essence de térébenthine, déjà connu et décrit ailleurs pour un procédé dans lequel la pâte céramique est appliquée sur un métal. L’auteur n’a pas abordé la grande difficulté, qui est d’empêcher ce genre de Moulage de faire gercer ou gauchir les pièces au feu de cuisson.
On verra que le Moulage à la mécanique des briques et carreaux ne présente point les difficultés du Moulage des faïences et des porcelaines. Il faut donc se défier des procédés et des machines qui prétendent s’appliquer à toutes les classes de Poteries 5 cela désigne presque toujours une personne qui jn’a pas fait l’expérience de ces diverses applications ou au moins qui ne l’a pas conduite fort loin.
Je me bornerai à décrire le Moulage à la presse que j’ai vu pratiquer par M. Matelin, avec un succès qui me parait certain pour les faïences communes et fines, et qui n’est encore que probable pour les porcelaines.
L’influence de la nature des pâtes sur l’opération du Moulage à la presse , est inverse de celle qu’elle exerce sur l’opération du coulage. Dans le Moulage, plus les pâtes sont plastiques, plus aussi leur Moulage est facile.
Ainsi , les pâtes de faïence commune , mais surtout celle de faïence fine, les pâtes de grès-cérame, sont plus faciles à mouler par voie mécanique que les pâtes de porcelaine.
Parmi les procédés qui ont été proposés et décrits, je choisirai celui qui a été pratiqué sous mes yeux sur la pâte de faïence ou sur celle de porcelaine par M. Matelin, un des plus ingénieux et des plus persévérants applicateursdela mécanique aux arts céramiques.
La presse qu’a inventée et qu’emploie ce mécanicien n’a peut-être rien dans sa puissance mécanique qu’on ne puisse obtenir par un autre système de pression. Nous devons donc arriver au piston proprement dit , qui reçoit le mouvement et la puissance avec lesquels il agit sur la pièce en pâte qui lui est soumise. La seule observation qu’on doive faire, c’est qu’il descend bien perpendiculairement sur le plateau qui porte le moule dans lequel est la pâte à façonner, qu’il descend lentement, si on le veut, en exerçant toute sa puissance avec la même lenteur, ou qu’il descend rapidement en donnant un choc violent, comme celui du mouton du balancier des monnaies, à la pâte à mouler.
MOULAGE A LA PRESSE
Le Moulage des assiettes, plateaux et autres pièces plates est soumis à des règles très-différentes du Moulage des pièces creuses telles que tasses, pots à confiture, 'etc. Je vais décrire l’un et l’autre.
Pour les assiettes, plateaux , etc., les deux Moules, l’inférieur ou le creux C, et le supérieur ou le saillant BB, l’un qui doit donner le dessous de la pièce, l’autre qui doit donner le dedans ou l’intérieur, sont en cuivre jaune, PI. x, fig. d.
L’inférieur ou le creux est placé sur une plaque de fonte ( ss ) nommée tas, ouverte dans son milieu, sur la table (s’s) de la presse également percée d’une ouverture correspondante à celle du tas. Ce Moule est fixé par deux bras en fonte qui entrent dans des trous ouverts sur le tas , de manière à ce que son centre soit dans une exacte continuité avec celui de l’axe du piston A de la presse.
On place sur ce Moule, qui est toujours uni, une pièce mince de cuivre jaune qu’on nomme capsule, et qui épouse exactement la forme du Moule, car elle a été repoussée sur le Moule lui-même. C’est dans celte capsule qu’on étend la croûte de pâte quia reçu, par les moyens connus, le diamètre et l’épaisseur convenables.
On attache avec des vis, sous l’épalement du piston, l’autre moitié du Moule, également en cuivre, et chargée des ornements en creux qui doivent être nettement imprimés en saillie sur l’intérieur de l’assiette.
On a graissé avec de l’huile de térébenthine l’intérieur de la capsule et la surface du Moule supérieur. On peut dire que c’est de cette si simple opération que résulte, en grande partie, le succès du procédé.
Enfin , dans le cas où le moule inférieur est en plâtre , on l’entoure, ainsi que la capsule et la croûte, avec un fort et haut collier en cuivre qui s’ajuste exactement sur la circonférence de ces pièces, et qui a pour objet de maintenir ce moule et d’empêcher la pâte de s’échapper trop facilement de l’entre-deux des Moules.
Tout étant ainsi préparé, on descend lentement le Moule supérieur, et quand on est assuré qu’il entre sans obstacle dans le collier, on le relève et on le descend avec une force, et avec des récidives de forces proportionnées à celles de la pression qu’on veut faire subir à la pâte.
On le relève, et la pièce doit être très-nettement et très-également moulée sans aucune gerçure.
Il faut l’enlever du moule et la sortir du collier. On ne peut le faire avec les mains, on la déchirerait, ou tout au moins on la déformerait. C’est pour éviter cet embarras que M. Matelin a inventé la capsule. On emporte la pièce en prenant la capsule par-dessous ; mais on sent qu’il faut la faire sortir hors du collier. Pour cela on l’élève au-dessus du bord de cette enveloppe, soit en la soulevant au moyen d’une espèce de s e 1 1 e ou de plateau en bois ou en cuivre (o, rr), qui s’élève de dessous la table de la presse, soit par des crochets liés avec le levier de la presse qui enlèvent la capsule lorsque après la pression le mécanicien relève le levier. I. 10
MOULAGE A LA PRESSÉ
Ces moyens mécaniques peuvent être conçus, modifiés, perfectionnés par tous les mécaniciens; ils ne tiennent pas essentiellement au Moulage de la pâte par pression, nous ne devons donc pas nous y arrêter davantage. Ce qui tient plus directement à notre objet, ce sont les formes du Moule, l’enduit d’essence de térébenthine propre à empêcher l’adhérence de la pâte à un Moule métallique, par conséquent à un Moule qui n’est nullement absorbant, et enfin la pression puissante , perpendiculaire au centre des Moules, vive, nette , sans reprise , et par conséquent sans crainte du contre-Moulage.
Le Moulage des pièces creuses exige un appareil different dont le but principal est le démoulage , c’est-à-dire le moyen de retirer de son Moule la pièce moulée, souvent couverte d’ornements en saillie.
La position du Moule saillant pour l’intérieur de la pièce, fig. 2, Afet D, est la même à peu près que dans le Moulage d’une assiette; mais celle du Moule creux G et D pour l’extérieur exige une disposition différente. En supposant une tasse, soit droite, soit conique ou à peu près, il faut que ce Moule soit divisé en quatre parties, fig. 2, B, qui se sépareront et s’écarteront pour le démoulage; chaque partie est, comme le fait voir la figure C, adhérente à une chappe en fer ( gg , o) également séparable en quatre pièces ; une virole H en fer assez forte pour résister à la puissance de pression que le piston ou arbre doit exercer latéralement dans l’intérieur du Moule, les rapproche et les tient réunies.
Lorsque le Moule ou noyau F également en cuivre , essencé comme précédemment, a comprimé la balle de pâte mise dans l’intérieur du Moule G et l’a imprimée sur les parois, il se relève en enlevant la virole H, et par le même mouvement ou par une action particulière, les quatre pièces s (xy, fig. B, C, D) de la chappe en fer ou du Moule, soit en cuivre, soit en plâtre durci , soit en terre cuite, qui y sont fixées, sont retirées de quelques centimètres en suivant une coulisse qui ne leur permet pas de se déranger, et la pièce moulée est mise à nu; on l’élève au moyen i d’une bascule placée sous la table de la presse , et on la retire sans y toucher en la prenant par-dessous la plaque de cuivre que nous avons nommée capsule, et qui présente à son centre le mamelon saillant, ou enfin l’élévation (o) qui a dû former la cavité ou l’enfoncement qui se trouve toujours sous le pied des tasses.
Je me borne à cet exposé des principes mécaniques de ce Moulage, les figures et leur explication donneront les détails nécessaires à sa mise en pratique.
Il s’applique à toutes les pâtes céramiques ; mais très-difficilement aux pâtes courtes, comme celle des porcelaines.
On ne peut avec ces pâtes approcher du succès pour certaines pièces, telles que des assiettes de déjeuner, qu’en employant pour l’un des deux moules une matière absorbante, telle que du
COULAGE
plâtre ou (le la terre cuite ; mais alors il faut cercler ou garnir les moules d’armatures en fer pour les empêcher de se fendre , et les changer fréquemment.
Lorsque les diverses pièces sont sorties des moules hien et rapidement façonnées , et couvertes d’ornements très-nettement imprimés , on n’a encore rien obtenu si elles ne sortent pas du four de cuisson sans déformation ou gauchissement, sans gerçures et sans ondulations. Il paraît que les pièces en faïence commune et en faïence fine , sont la plupart exemptes de ces défauts , et qu’on peut les faire avec une très-grande rapidité (1). Je dis qu’il paraît, parce que je ne sache pas, ni que le procédé de M. Matelin, ni qu’aucun autre ait été encore mis en pratique en grand, avec suite et continuité (excepté celui de M. Minton pour les boutons).* Quant à la porcelaine, il n’y est pas applicable encore avec un succès assuré. Les pièces qui ont été faites à Sèvres, et qui, sorties de la presse, paraissent parfaites sous tous les rapports , ont presque toutes (au moins quatre-vingt-dix-sept sur cent) présenté, sur toutes les parties plates, après leur passage au grand feu , des gauchissements et des ondulations qui les rendaient défectueuses.
Article III. — FAÇONNAGE PAR COULAGE.
La propriété absorbante des Moules de plâtre suffisamment secs a fait remarquer qu’une pâte liquide que l’on y répand est trèspromptement amenée à un état de fermeté analogue à celui des pâtes ébauchées et déjà ressuyées; on a pensé qu’on pourrait faire prendre facilement, promptement et assez sûrement, un grand nombre de formes à des pâtes liquides versées dans les Moules : de là est résulté le Façonnage ou Moulage par Coulage.
Il consiste en général à choisir des pièces qui présentent peu de parties étendues dans le sens vertical ou dans le sens horizon- ; tal lorsque ces pâtes sont dans une position à ne pouvoir se soutenir, telles que l’hémisphère supérieur d’un sphère creuse, par
P) M. Matelin assure atoir fait avec deux aides trois mille assiettes de dessert , | couvertes d’ornements en relief, en une journée de dix heures. Je lui ai vu faire , en 1837, avec l’aide d'une seule personne, et avant que son procédé fût complet ^ plus de 200 petits pots à pommade couverts d’ornements en relief en moins d’une heure.
COULAGE
conséquent, le crâne dans un buste. 2° A faire des Moules pour des vases creux tels que bouteilles, cornues de chimie, dans lesquels on puisse introduire la pâte liquide par une ouverture en forme de goulot et la faire ressortir ou par cette même ouverture ou par une autre ouverture convenablement placée.
Quand une pièce présente ces premières conditions, que le Moule a été disposé de façon à répondre aux secondes , on choisit et on dispose la pâte de manière à ce qu’elle soit propre au Coulage. La pâte de porcelaine la plus favorable au Coulage doit être suffisamment plastique et déjà ancienne ou au moins douée des qualités que lui donne l’ancienneté par l’addition d’environ la moitié de son poids de tournassure (1). Si on essaye de faire des tables par coulage avec une pâte sableuse , grossière , courte et neuve, on n’obtiendra pas sur 8 coulées une plaque qui ne se fende en plusieurs morceaux immédiatement après son raffermissement sur la première table de plâtre. On amène ensuite cette pâte par une addition suffisante d’eau à l’état d’une bouillie peu épaisse qu’on nomme barbotine et surtout complètement exempte ou de parties granuleuses ou de bulles d’air -, pour lui donner cette importante homogénéité, il faut la passer dans un tamis de fil de laiton et ensuite la remuer doucement et longtemps avec une large palette de bois jusqu’à ce qu’on ne voie plus aucune bulle d’air se dégager. Lorsqu’elle est dans ?cet état d’homogénéité, on la coule avec des précautions nombreuses, même minutieuses, mais importantes, que je vais décrire en prenant ici les exemples de Coulage dans des pièces de formes, de structures, et de dimensions tout à fait différentes.
La condition importante pour les pièces creuses telles que tubes, cornues, vases à une seule ouverture, est de remplir entièrement et promptement le moule, de n’y laisser la barbotine que de 2 à 5 minutes suivant l’épaisseur désirée, et de décanter tout ce qui est resté liquide par une ouverture destinée à cette sortie ; le Moule se trouve alors couvert sur toutes ses parties d’un enduit de pâte céramique de 3 à 5 millimètres d’épaisseur suffisamment solide pour se soutenir et qui prend plus de consistance à mesure que
(*) On verra plus lias qu’on appelle ainsi les copeaux qui résultent de l'achcvage des pièces tournées.
COULAGE
l’eau pénètre dans le moule de plâtre par l’effet de la capillarité-, lorsque l’on juge que l’absorption a atteint ses limites, on coule une seconde couche de pâte de la même manière et ensuite une troisième jusqu’à ce que la pièce ait acquis assez d’épaisseur et de consistance pour pouvoir être dégagée du Moule, être maniée et réparée sans être brisée.
Les coutures des Moules, en général très-peu saillantes, sont faciles à enlever et ne laissent aucune empreinte même sur les pâtes les plus sensibles aux inégalités de pression. Lorsqu’on est parvenu à couler la pâte sans choc, avec égalité, c’est-à-dire sans la faire repasser plus souvent sur une partie du moule que sur une autre, à lui donner une épaisseur convenable, on obtient des pièces légères, d’une épaisseur égale, peu susceptibles de se fendre par dessiccation ou cuisson, et ce procédé semblerait parfait si on pouvait l’appliquer à toutes les pâtes et à toutes les pièces , et si les conditions précédentes ne devenaient pas trèsdifficiles à remplir lorsque les pièces ont une dimension supérieure à celle d’un buste de demi-nature, d’un cylindre de 6 ou 7 décimètres, d’une plaque de même dimension, etc., et enfin , s’il n’exigeait pas un très-grand nombre de Moules.
Le Coulage s’applique plus particulièrement à la porcelaine soit dure, soit tendre, qu’à toute autre pâte; je ne sache pas qu’on l’ait employé pour les pâtes très-plastiques telles que la faïence et le grès-cérame. Ces pâtes très-argileuses forment tout de suite sur le Moule absorbant un enduit presque imperméable, qui arrête sur le champ l’absorption.
L’idée du Façonnage des pâtes céramiques par Coulage est assez ancienne , elle remonte à plus de 6o ans ; mais ce procédé a été peu appliqué , parce que ce n’est guère que dans le Façonnage des porcelaines dures et tendres qu’il peut être employé ; il s’est par conséquent peu perfectionné. Je crois que c’est la manufacture royale de porcelaine de Sèvres , qui en a fait en France l’usage le plus étendu et le plus important , et qui a donné à ce procédé des perfectionnements et des applications auxquels on n’avait pas songé. C’est à M. Regnier, chef d’atelier des façonsetcuissons,
| qu’elle les doit presque tous.
Le procédé du Coulage paraît avoir été’ mis en usage il y a en-
loO
COULAGE DES PLAQUES
viron 60 ans dans les manufactures de porcelaine tendre de Tournay ; il n’était employé que pour ce qu’on appelle le creux , c’està-dire les tasses , pots à sucre , j attes , etc . La pâte de cette porcelaine très-courte ne se prêtant pas à l’ébauche , on forme les pièces en remplissant de barbotine des moules de plâtre très-secs , et les vidant presque aussitôt. Cette opération que par la bienveillance de M. de Bettignie , j’ai vu pratiquer à Tournay en 1 835 , se fait avec une grande rapidité ; elle exige , en conséquence , une trèsgrande quantité de moules.
Un ouvrier, nommé Tendelle, a mis aussi en pratique le procédé du Coulage pour la porcelaine dure, vers l’an 1790, dans la fabrique de M. Locré, rue Fontaine-au-Roi. Le musée céramique de Sèvres possède depuis 1 8 1 9 une tasse , un pot à l’eau à godrons torses, qui a été fait par le procédé du Coulage, dans la fabrique de M. Morel , à la Villette. Il est remarquable par sa légèreté et la netteté de sa forme.
C’est vers l’an 1 8 1 4 qu’on a commencé à appliquer le Coulage dans la manufacture royale de Sèvres , à la fabrication des plaques à peindre, des tubes, des cornues ; on l’a perfectionné en 1822 , en cherchant à faire des bustes de moyenne grandeur par Coulage. Enfin, on a fait vers 1 83 1 des plaques à peindre de plus d’un mètre 25 centimètres de longueur, et depuis cette même époque, on ne fait plus autrement les plaques , les tubes , les cornues , etc.
J’ai vu en i836, dans la manufacture de MM. Davenport à Burslem, dans le Stalfordshire , faire un grand nombre de petites pièces par le procédé du Coulage.
Après ces exemples qui établissent les phases de progrès et j d’emploi de ce procédé , j’en vais décrire les applications avec i les détails qu’elles exigent pour être bien comprises et pratiquées.
§ 1 . — Coulage des plaques à peindre (‘).
Coulage d’une plaque rectangulaire de 1 mètre sur 80 environ
Le moule est ici une plaque de plâtre ( pp ) qui doit avoir 6 cent, d’épaisseur, 2m 08e de longueur sur 1 mètre de largeur; elle est bordée d’une feuillure destinée à recevoir des tringles de bois (//) qui doivent s’y ajuster très-exactement.
(') PI. XL vu , fig. 1,2, 3; les figures â et 5 sont relatives au transport au feu et à la cuisson.
COULAGE DES PLAQUES. loi
Ces plaques de plâtre doivent être faites de plâtre fin coulé d’urre seule gâchée sur une dalle de pierre bien dressée; il faut avoir soin de faire dégager toutes les bulles d’air qui peuvent être dans le plâtre en promenant dans cette coulée dans tous les sens , jusque sur la plaque de pierre et comme en sautillant, une règle de champ, de manière à rendre très-homogène cette partie qui porte sur la pierre et qui doit être celle sur laquelle on coulera la plaque de porcelaine; car les moindres inégalités de densité dans cette plaque de plâtre reparaîtraient sur la plaque de porcelaine (*). Lorsque la table de plâtre est sèche, il faut la retourner et la gratter à vif sur la surface qui, appliquée sur la dalle de pierre, était l’inférieure et qui est devenue la supérieure. Ce grattage ouvre un assez grand nombre de petites cavités bulleuses qu’il faut boucher avant d’employer cette table en plâtre au coulage de la porcelaine.
On passe sur la plaque qui vient d’être grattée une éponge imbibée de barbotine de porcelaine très-claire, en y revenant à plusieurs reprises; il se forme une petite croûte de pâle très-mince qu’on enlève avec le racloir de bois, et tous les pores sont bouchés par ce qui reste de cet enduit. Ensuite pour sécher cette surface et l’unir parfaitement, on la saupoudre de poussière très-fine de dégourdi de porcelaine qu’on enlève en la frottant et en la balayant avec une de ces brosses de soies de porcs qu’on appelle des demi-quartiers.
Il faut avoir soin que cette table de plâtre humectée par la première opération de lavage, reste plus humide dans son milieu que sur ses bords. Sans celte opération , on risquerait de voir la plaque de porcelaine se fendre sur les bords en prenant sa retraite de toutes parts.
La table de plâtre (pp)placée et fixée sur lechâssis ( ao ) par les tringles (tt) dont on a parlé, est prête à recevoir le coulage de la pâte de porcelaine, mise à l’état de barbotine de consistance convenable, parfaitement homogène et exempte de grumeaux et de bulles par les précautions et moyens décrits au commencement de cet article.
Coulage proprement dit. — On pose à une des extrémités de la table de plâtre, dans une place qui lui est réservée sur le châssis, une auge ( cxze ) garnie en zinc sur toutes ses faces et dont le fond doit être de niveau avec la surface de la table de plâtre ; on ferme cette auge .avec une planchette de bois (c), et on bouche l’intervalle entre la planchette et la tringle avec des colombins de cire jaune très-maniable pour que la pâte ne puisse pas s’échapper entre la planchette (e) et la tringle (<).
La table de plâtre est donc entouréç de toute part d'une bordure de planches (ce bb ) élevée d’environ 12 cent, sur les côtés et 18 cent, aux extrémités (cc).
P) J’ai vu sur une plaque de plâtre des taches grisâtres qui indiquaient le centre particulier de prise du plâtre, reparaître constamment sur la plaque de porcelaine au moment du coulage en petit bassin rempli d’eau , et, après la cuisson, en saillie comme des pustules plates.
COULAGE DES PLAQUES
Tout étant ainsi préparé, on incline le châssis (a) en le faisant rouler sur son axe T, comme on le voit fig. 1, B, et on remplit l’auge en zinc de la barbotine P préparée comme il a été dit. On a soin de l’agiter continuellement avec une palette en bois’, mais très-lentement, pourchasser les bulles d'air sans y en introduire de nouvelles.
On a placé la planche (e), qui ferme l’auge en avant, dans ses rainures, et en arrière d’un rebord particulier garni en zinc et dont la forme ingénieuse et très-importante est donnée en ( g ), fig. 1, A.
On relève la bascule (dd) et on met le châssis horizontalement; on enlève la planche (e) qui ferme l’auge et retient la barbotine, et celle-ci s’écoule par un flot dont le bord antérieur doit être à peu près droit et avancer le plus parallèlement possible au bord de l’extrémité de la table de plâtre. On incline lentement et sans interruption le châssis dans le sens opposé à sa première inclinaison jusqu’à ce que le flot soit arrivé à l’extrémité de la table de plâtre. Alors on replace cette table horizontalement et on lui donne d’abord, puis quelques minutes encore après, des secousses en la relevant et la baissant sur des supports en fer destinés à la maintenir horizontale.
Le rebord (g, fig. A) en forme d’arc très-surbaissé, dont j’ai parlé, est élevé transversalement dans son milieu pour que le flot qui avance ordinairement plus rapidement dans le milieu que sur ses côtés , soit ralenti par la partie élevée du rebord en question et coule en conservant le parallélisme nécessaire à l égalité du flot, et par conséquent à l’égalité d’épaisseur. On ne réussit pas toujours, et alors la plaque de porcelaine cuite présentera de larges ondulations qui rappellent celles du flot.
On laisse alors la coulée de barbotine en repos; elle a environ de 22 à 25 millimètres d’épaisseur; et si elle paraît en avoir plus ou moins à une extrémité qu’à une autre, on règle l'inclinaison de manière à rétablir l’égalité.
Au bout de 45 minutes ou d une heure et demie , suivant l’état de la plaque en plâtre et l’épaisseur de la barbotine , la coulée est devenue terne à sa surface, ce qui indique qu’elle est suffisamment affermie pour qu’on puisse enlever les planches de bordure (bby fig. 1 , B). Il faut alors, et sans plus tarder, enlever sur les quatre côtés de cette plaque, en la coupant avec une lame mince, une bande de pâte d’au moins 5 centimètres.
On la coupe et on l’enlève pour deux motifs. D’abord la plaque de porcelaine adhérant plus fortement à son support de plâtre et à ses bordures de bois par ses bords et trouvant de la résistance dans sa retraite, se fendrait; il faut la dégager de ses points d’adhérence. Ensuite les bandes marginales ayant par leur position une tout autre texture ou densité se relèveraient toujours à la cuisson. Ces bandes enlevées, la plaque en se raffermissant prend sa retraite librement et également ; mais elle en prend proportionnellement beaucoup plus sur l’épaisseur que sur scs autres dimensions, cl au bout de 12 à 18 heures qu’elle est bonne à
COULAGE DES PLAQUES
retourner, de 20 à 25 millimètres d épaisseur qu’elle avait, elle est réduite à 12, 15 ou 18 millimètres, tandis qu’elle n’a pris qu’environ 4 millièmes de retraite sur ses dimensions horizontales.
Retournement et Séchage de la plaque. — Il ne faut pas laisser sécher cette plaque ni sur la table en plâtre , ni dans la même position où elle a été coulée, c’est-à-dire qu’il faut que la face qui était inférieure et appliquée sur le plâtre devienne la supérieure et exposée à l’air. C’est une opération très-délicate que de retourner une pièce de celte dimension (nous avons admis celle des plus grandes plaques que la manufacture ait faites et qui avaient 1 mètre 34 centimètres sur 1 mètre dans l’état où on les a prises pour les retourner), aussi peu consistante et que le moindre faux mouvement peut casser, gauchir ou étonner. Ces deux derniers accidents invisibles sont bien pires que le premier ; car dans le premier cas on ne perd que la façon, qui est bien peu de chose, puisqu’elle ne prend pas six heures à trois personnes , un maître-mouleur en porcelaine et deux aides, tandis que dans le second on perd quelquefois la plaque entière avec tout ce qu’elle a coûté de pâte, d’encastage, de cuisson , etc.
On s’y prend comme il suit pour retourner entièrement une pareille pièce. La figure 2, A et B, l’indiquant d’ailleurs très-clairement nous permettra d’abréger cette description qui sera répétée à l’explication des planches.
On commence d’abord par réduire encore ses dimensions en coupant sur tous ses bords une bandelette d'environ 6 centimètres qui s’était déjà un peu relevée et qui se relèverait encore bien plus à la cuisson, et on la transporte avec la table de plâtre (p) sur laquelle elle a été coulée, sur un châssis en bois, T, fig. 2, A et B; on descend sur cette plaque ( i ) une autre plaque de plâtre (jp'p) parfaitement dressée, et on la pose bien parallèlement et très-doucement sur la plaque de porcelaine (fi). On place les planches T, puis les traverses ( l ) que l’on serre au moyen des écrous à oreille (o) sur les traversesT. On relève alors tout l’appareil et au moyen des demi-cercles (rr) on le remet horizontalement, mais dans le sens opposé à celui où il était, en sorte que la plaque de porcelaine (i) se trouve retournée, comme on l’a dit plus haut, et placée sur une autre table de plâtre très-sèche (p'p ) ; mais elle ne tarde pas à s’humecter en absorbant assez rapidement l’humidité de la plaque de .porcelaine ; on enlève le châssis T, les planches., les traverses, et la table de plâtre ( pp ), en sorte que la plaque de porcelaine (i) présente en dessus et à l’air la face qui était appliquée, au moment du moulage, sur la première table de plâtre (p). On la laisse sécher tranquillement et prendre sa retraite de dessèchement, qui, si faible sur la première table , est maintenant très-considérable, puisqu’il est d’environ 4 p. 0/0.
Cette plaque a déjà couru des chances de perte, car outre 'celles qui peuvent résulter des accidents du renversement , elle a pu se fendre en
COULAGE DES PLAQUES
plusieurs pièces presque immédiatement après son coulage; mais si elle a échappé aux accidents du renversement , on n’a plus à craindre aucune fente entre le moment où elle a été placée sur sa nouvelle table de plâtre et celui où, étant suffisamment sèche, on la prendra pour la porter au feu de dégourdi.
Lorsqu’au bout de dix ou quinze jours, suivant les circonstances de température, d’humidité atmosphérique, d’épaisseur, etc., elle est presque sèche, il s’agit de la porter au four pour lui faire éprouver le feu qu’on nomme de dégou rdi; il faut non-seulement la porter de l’atelier au four, mais la redresser et la transm ettre d’une table ou plaque de plâtre sur une plaque de terre cuite. C’est une opération encore plus délicate que la précédente , car la plaque de porcelaine est plus cassante dans son état de dessiccation presque complète qu’elle ne l’était dans son état de mollesse un peu tlexible.
L’opération de t r a n s m i s s i o n d’une plaque de plâtre sur une plaque de terre cuite esta peu près semblable à la première, mais avec quelques modifications rendues nécessaires par le but de l’opération.
Il s’agit d’ôter la plaque de porcelaine ( i ) qui en quinze jours a pris sur la table de plâtre (p'p ) sur laquelle elle a été placée par le renversement qu’on vient de décrire, toute la dessiccation nécessaire, il s’agit, dis-je, d’enlever cette plaque pour la transmettre sur la table de terre fig. 4, A) où elle doit recevoir son premier feu.
On a préparé un châssis, E, E, fig. 3, A, composé de tringles de sapin et muni de quatre poignées; on place sur le sol la table de plâtre (P), fig. 3, A, qui porte la plaque de porcelaine en cru ( i ), on y présente le châssis E. Puis on l'y place, le plus parallèlement et le plus doucement possible, et pour l’y affermir solidement et l’y appliquer exactement, on glisse des bandes de papier sous toutes les tringles qui ne portent pas sur la plaque, on garnit tous les angles rentrants (u) avec des baguettes (v, fig. 3, A, B, C) ou rouleaux d’un centimètre de diamètre , ;iu plus, de cire à modeler très-molle de manière à ce que la plaque de porcelaine porte partout sur le châssis lorsqu’elle s’y appliquera.
Le châssis est muni sur le bord ( ff ) qui doit devenir l’inférieur, de tasseaux peu saillants (tl) destinés à retenir la plaque de porcelaine lorsqu'on redressera le châssis pour transporter celle-ci, dans une situation oblique, jusque dans le dégourdi du four.
Ces préparations faites, on redresse doucement, et en même temps, la table de plâtre (P) sur laquelle est toujours la plaque de porcelaine ( i ) et le châssis E. Lorsque cet ensemble est devenu vertical on enlève la table de Plâtre (P, fig. 3, A) ; la plaque de porcelaine est alors soutenue par les tasseaux [tl). On incline le châssis , comme on le voit, fig. 4 en x, et on transporte ainsi la plaque de Porcelaine au four. Arrivé vis-à-vis le bâtis en brique (M, fig. 4et5), qui porte, sur une inclinaison d’environ 15 degrés, une table ou plaque de terre cuite {x), bien
COULAGE DES TUBES-
dressée, convenablement sablée, et munie à sa partie inférieuredc tasseaux en bois (t'), qui doivent alterner avec les tasseaux (f) qui sont sur le châssis (ff), fig. 3, A, on approche la plaque de porcelaine, fig. 3, B, soutenue par son châssis E, on relève la plaque de terre (x , fig. 4,) , on les met toutes les deux dans la position verticale. La plaque de porcelaine porte sur les tasseaux en bois (E); on enlève alors le châssis en bois (<)» et la plaque de porcelaine (î), si fragile, si friable, portée sur les tasseaux (f), et sur la plaque en terre (&) , est mise avec celle-là dans la position inclinée où elle doit cuire et que présente la figure 4.
Comme les tasseaux en bois doivent brûler , on élève dans les intervalles un support en brique qui , joignant exactement le bord inférieur de la plaque, doit les remplacer.
Telle est la suite assez longue , très-minutieuse , très-délicate des opérations nécessaires au Coulage , séchage et transport au four d’une grande plaque de porcelaine de i mètre u 5 centimètres sur environ 1 mètre. Tout ce qui dans cette opération est relatif au Façonnage , se continue jusqu’à son placement au dégourdi. Nous la quitterons là, pour la reprendre lorsqu’à l’article Porcelaine, on parlera de sa mise en couverte et de l’encastage.
§ 2. — Coulage des tubes en porcelaine.
Les moules des tubes doivent être faits en plâtre avec les mêmes précautions que les tables à couler des plaques en porcelaine.
Ils sont en deux coquilles avec feuillures et ouvertures en entonnoirs aux extrémités, tenon et ligature, comme l’indique la figure 7, B (1).
Il faut avoir au moins 100 de ces moules pour procéder de suite, pendant une journée, au Coulage et démoulage.
On passe dans chaque partie du moule, avec un gros blaireau, un enduit de barbotine très-claire. On ajuste les deux coquilles l’une sur l’autre, puis on les serre fortement avec un garrot ou avec des écrous. On a alors un canal cylindrique sans noyau.
On a de la barbotine préparée avec la même précaution que pour la plaque, dans un petit baquet , fig. 7, P, à robinet, (r).
Au-dessous et au pied du trépied qui porte le baquet à robinet est un autre baquet avec une traverse en bois (b) munie dans son milieu d’un tampon conique en peau. On place l’ouverture du moule que nous appellerons inférieure sur le tampon qui la ferme exactement. On ouvre le robinet (r), et on remplit le canal de barbotine; elle s’affaisse un peu et on la remet au niveau par une addition de barbotine et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle ne s’affaisse plus sensiblement; alors on enlève le moule de dessus le tampon, la barbotine non adhérente s’écoule , il en
(*) Voyez d’ailleurs l’explication de la planche xl.