COULAGE DES COLONNES, ETC
sont complètement fermés, on passe dans la cornue environ un tiers de sa capacité debarbotine qui vient remplir les petites cavités qui auraient pu rester dans la jointure. On déverse cette petite quantité de barbotine par le bec de la cornue en la tenant renversée, c’est-à-dire le fond en haut, pour qu’il ne s’accumule pas de pâte dans la panse. Alors les clapotements, les éclaboussures, le délayement, ne sont plus à craindre ; toutes choses qui eussent eu lieu si l’on eût rempli et vidé la cornue par son bec.
On a par ce procédé des cornues légères d’une égale épaisseur et sans suture.
Si on veut éviter l’inconvénient qui est attaché aux pièces de forme sphérique ou qui en approchent, et qui consiste en ce que la partie sphérique supérieure étant étendue horizontalement tombe dans l’inférieure , il faut remplir entièrement le Moule de barbotine et l’y laisser séjourner longtemps, c’est-à-dire, de 5 à io minutes-, quand on fait écouler l’excédant la croûte de dépôt a pris assez d’épaisseur et de solidité pour ne plus céder à la pesanteur, elle reste à sa place.
§ 4. — Coulage des colonnes, pilastres et autres grands cylindres ou cylindroïdes creux.
Lorsqu’il s’agit d’obtenir par Coulage une colonnette de 80 centimètres sur le diamètre obligé d’une belle colonne qui est de 1 14 millimètres, si on voulait la remplir de barbotine par l’ouverture supérieure, il résulterait de la chute de la barbotine, quelques précautions qu’on prît , des éclaboussures sur les parois du Moule, des productions de bulles d’air qui rendraient la surface de cette colonne très-raboteuse ; il faut donc introduire la barbotine par la partie inférieure du Moule et la faire monter sans secousse jusqu’à sa partie supérieure, l’y laisser séjourner le temps nécessaire et vider l’excédant par une ouverture ménagée à son extrémité inférieure.
Il y a plusieurs moyens d’obtenir ce récultat, ceux que M.Regnier a employés avec succès sont : ou de pousser la barbotine de bas en haut au moye nd’un piston , PI. xi , Jig. 5 ; c’est par ce procédé qu’ont été fabriquées des colonnettes pour pieds de table, de console, de secrétaire, pour colonnes surmontées de grandes
UACHEVAGE.
pendules, etc 5 ou bien d’amener la pâte en barbotine dans cette direction en plaçant par un procédé tout hydrostatique, la barbotine dans un réservoir dont le fond doit être supérieur à la partie la plus haute du cylindre qu’on veut obtenir ; mais il faut remarquer que, dans ce procédé, il se présente un inconvénient qui paraît être en opposition avec les lois de l’hydrostatique , c’est que la barbotine n’atteint pas dans le canal de la colonne le niveau qu’elle a dans le réservoir; cela tient à l’état pâteux et visqueux de la barbotine : il faut dans ce cas mettre le réservoir beaucoup plus haut que la partie supérieure du canal.
Les pièces fabriquées par Coulage ne présentent point le vissage et les sutures des cylindres qui sont faits par ébauchage et même par Moulage à la housse ; elles ne montrent pas non plus les déformations, les bosselages et les longues coutures de ces mêmes pièces faites par le Moulage en deux coquilles. On n’a jamais pu obtenir de cylindres creux et réguliers, droits e à surface unie que depuis qu’on a mis en pratique le procédét du Coulage.
On peut dire enfin, que ce procédé montre toute sa supériorité, dans le Façonnage des pièces que l’on vient de nommer.
' Article IV. — dü UACHEVAGE.
Je désigne par cette expression technique, toutes les opérations qui ont pour but de perfectionner, finir, orner ou compléter une pièce déjà ébauchée ou préparée par les opérations précédentes.
Le R a c h e v a g e qui concerne le fini ou l’ornement des pièces a bien moins d’importance pour ce qu’on appelle la réussite de la pièce que 1’ é b au ch a ge. 11 exige en général de l’adresse, delà finesse de main et de travail , du goût çt un talent plué voisin de celui de l’artiste que de celui de l’artisan ; mais il est plus commun de le trouver ou de le faire naître, que celui qui constitue l’habile ouvrier ébaucheur; car dans le Rachevage les qualités et la perfection du travail sont, pour ainsi dire, extérieures et peuvent être jugées facilement par un œil exercé , tandis que le mérite de l’Ébauchage et du Moulage est pour ainsi dire intérieur et ne se manifeste que par la dessiccation et la
TOUUNASSAGE. lo9
cuisson, et lorsqu’il n’est plus temps de remédier aux imperfections du travail.
Le Rachevage consiste à terminer ou orner des pièces et à les compléter par des garnitures ou des ornements ajoutés.
§ 1. — Tournassage.
C’est la seconde partie, le complément du tournage, dont la première partie est l’ébauchage que j’ai décrit plus haut, art. i , § 2, A.
La fabrication des Poteries grossières rondes ou ovales, faites sur le tour ou sur la tournette, se borne à un ébauchage plus ou moins soigné et qui suffit pour leur donner l’épaisseur et la forme désirées ; la plupart des Poteries antiques n’ont pas reçu d’autres façons 5 mais dans les Poteries modernes et fines, telles que la faïence fine, quelques grès-cérames, les porcelaines, on demande des contours plus arrêtés et des surfaces plus unies : pour y parvenir, on remet sur le tour la pièce dont la forme a été préparée par l’ébauche, lorsqu’elle a acquis assez de consistance pour résister à la pression de l’outil tranchant dont on va se servir-, cette opération s’appelle Tournasser.
Les pièces rondes de Poteries qui doivent être Tournassées sont ébauchées d’autant plus épaisses que la pâte est moins liante et moins plastique. Ainsi, on conserve à l’ébauche des porcelaines dures, une épaisseur telle qu’à peine peut-on présumer sur la vue de l’ébauche la forme de la pièce qu’on veut obtenir 5 les pièces de faïence fine sont au contraire amenées par l’ébauchage presque à leur épaisseur.
Lorsque l’ébauche, par une dessiccation appropriée et dont on a déjà parlé art. 1 , a acquis la consistance convenable, qu’elle n’est pas tout à fait sèche , mais lorsqu’elle conserve encore un degré d’humidité qui permet de la couper en copeau sans la réduire en poussière, on la place sur un mandrin ou dans un mandrin (*) pratiqué sur la girelle du tour; on l’y place de manière à ce que son axe se continue avec celui du tour, et <?n l’y
(*) C’est comme on sait un support ou fixateur général des pièces, employé et dénommé ainsi dans tous les usages du tour quels qu’ils soient ; tantôt il embrasse la pièce , et tantôt la pièce l’embrasse, etc.
TOURN'ÀSSAGE.
fixe ou par la seule humidité du mandrin, ou au moyen d’un peu d’eau mise avec un pinceau.
Tantôt on se sert pour Tournasser du même tour que celui qui a été employé pour l’ébauche, et alors l’axe de la pièce est vertical ; tantôt on emploie des tours particuliers qu’on nomme tours anglais ou tours en l’air, dont l’axe est horizontal. La pièce se place à l’extrémité de cet axe sur un mandrin qu’on y a établi , et comme elle a acquis par la dessiccation assez de consistance pour se soutenir dans cette position horizontale, on ne craint pas de la lui donner 5 on la consolide sur le mandrin en pressant le bord de la pièce sur cette sorte de support au moyen de la lame. Dans les fabrications où l’on doit opérer avec une grande vitesse et où il est nécessaire que la main de l’ouvrier soit constamment supportée par un appui, cette sorte de tour et de position sont presque indispensables pour le Tournassage de toutes les petites pièces. Dans les Poteries plus délicates qui ne pourraient recevoir sans se briser une pression et un choc trop forts, comme la porcelaine, on préfère dans le plus grand ; nombre de cas, le tour à axe vertical au tour à tournasser à axe horizontal.
Les instruments coupants employés par le tourneur pour terminer les pièces, s’appellent tournassins,et sont de la plus grande simplicité. Ce sont, pour dégrossir, une plaque d’acier, à bord tranchant droit ou courbe, placée à l’extrémité d’une tige , et perpendiculairement à cette tige. Pour finir, ce sont des lames d’acier, minces, provenant ordinairement de vieilles lames de scies auxquelles l’ouvrier donne lui-même la courbure que doit avoir la pièce sur laquelle il l’applique, comme une sorte de calibre tranchant. C’est en tournassant que l’on forme sur les pièces , les moulures saillantes, les filets, les gorges, etc. , qu’aucune sorte d’ébauchage ni de moulage ne peut donner. Enfin , lorsque la pièce a reçu exactement la forme qu’elle doit avoir et une surface unie, le tourneur polit cette surface, c’est-à-dire remplit les petites cavités , abat les petites inégalités au moyen d’une lame mince de corne ou d’acier de ressort de pendule. Ce poli ne se donne pas à toutes les Poteries , ni même toujours à celles auxquelles on l’appliquait quelquefois.
SCULPTAGE. RÉPARAGE.
| 2. — Sculptage.
Les bustes et figures , les pièces à ornements en relief , n’ont quelquefois reçu dans le moulage qu’une forme grossière. On a été forcé de laisser pleines certaines cavités , de grossir certaines bases de saillies , ce qui s’appelle en graisser une partie , parce que sans ces précautions , ces parties n’auraient pu sortir du moule. Il faut enlever ces parties en excès et reproduire les cavités. Cette opération est un véritable sculptage qui s’exécute avec l’ébauchoir et la gouge. C’est un travail souvent long, ét qui exige de la part de celui qui l’exécute, un vrai sentiment des arts , puisqu’il s’agit de reproduire à la main ce que le moule a ôté , ou ce qu’il n’a pu donner.
Suivant la nature de la pâte , et plus encore la perfection et la justesse qu’on veut donner à la pièce , on se sert avec plus ou moins de suite et de succès de la gouge qui donne de l’effet et de la fermeté aux figures ou aux ornements , ou de l’ébauçhoir qui va plus vite , mais arrondit et émousse les formes.
§ 3. — Réparage et É vidage.
Ce sont encore des opérations d’achevage des pièces moulées.
La première consiste à enlever les coutures des moules , comme dans le moulage en plâtre , mais dans le Réparage des plâtres les coutures enlevées ne reparaissent plus , tandis que dans celui des Poteries , et notamment des porcelaines , la cuisson fait souvent reparaître, et d’une manière beaucoup trop sensible, les coutures ou sutures. Le mouleur tant en plâtre qu’en Poterie, doit donc apporter la plus grande attention pour que ces sutures soient placées de manière à ce qu’on puisse les enlever facilement et pour qu’elles soient le moins sensibles possible -, il faut remarquer à cette occasion , que loin d’abattre les sutures avec l’ébauchoir et de les faire , pour ainsi dire, rentrer dans la pâte , il faut les enlever avec l’instrument coupant et dentelé qu’on appelle gradine.
Le Réparage consiste aussi à boucher avec de la pâte , les bulles , cavités et gerçures que le moulage a fait naître , ou que le tournassage a mises à découvert. Cette opération exige encore des I. 11
MOLETAGE.
précautions et de l’intelligence pour que la pâte que l’on met dans ces cavités soit de la même densité que celle de la pièce ; il faut donc se garder de la faire entrer avec force au moyen de l’ébauchoir, mais on doit remplir ces cavités avec de la pâte qu’on y introduit légèrement à l’aide du doigt. Sans ces attentions, les gerçures reparaissent après la cuisson, soit en creux, soit en saillie.
On doit opérer ce Réparage presque immédiatement après que la pièce est sortie du moule.
Lorsqu’une pièce doit faire voir des ouvertures ou des jours qui en traversent l’épaisseur, comme dans les corbeilles , le moulage ne pouvant les donner par aucun procédé connu jusqu’à présent, il faut ouvrir tous ces j o u r s à la main, ce qui est une opération longue et assez difficile. Le moulage donne les parties saillantes , et présente en empreinte les parties qui doivent être • enlevées pour produire ces ouvertures ; c’est avec une lame de couteau, mince et effilée, que le répareur ouvre et découpe tous ces jours. 11 doit éviter de presser sur la pièce, et de briser ou de fausser les parties imitant les osiers, ou toute autre baguette séparant ces ouvertures et formant ornements ou réseaux.
Lorsque les ouvertures ou jours, au lieu d’être soit ronds, soit en lozange , sont allongés dans le sens de la hauteur de la pièce , la difficulté devient encore plus grande , et dans les pâtes délicates , on est obligé de mettre une limite très-rapprochée à l’allongement de ces ouvertures , parce que sans cette précaution , les baguettes gauchissent et entraînent la déformation de la pièce.
§ 4. — Moletage et Estampage.
On peut enrichir toutes les Poteries sans aucune exception d’ornements variés et même délicats , et qu’on y place à très-peu de frais , pourvu que ces ornements , ou au moins leur champ, soient en creux.
C’est au moyen d’espèce de cachets en métal ou de roulettes de même matière, qu’on nomme Molettes, et dont on a fait dans ces derniers temps de si nombreuses applications , qu’on imprime dans les pâtes céramiques encore molles, les ornements dont on veut les enrichir.