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JUGEMENT DU FEU

la cazette où elles sont placées et retarde un peu leur cuisson , qu’elles ne peuvent jamais être placées que vers les parois, où la température est différente de celle du milieu du four -, et enfin , qu’un refroidissement prompt peut influer sur leur couleur ou le glacé de leur émail , et par conséquent les mettre dans un état un peu différent de celui de la Poterie qu’on veut cuire. 11 faut donc encore des précautions , de l’expérience , et même du tact , pour juger le feu par ce moyen presque direct.

On a dù chercher, et cette recherche a été une des plus suivies par les physiciens qui se sont occupés de l’industrie pyrotechnique, on a dû chercher, dis-je, des moyens de juger d’une manière plus précise, plus absolue, plus transmissible, la marche du feu dans les fours à Poterie, c’est-à-dire à trouver un pyr omètre qui la donnât.

On a tenté successivement les pyromètres d’argile, les pyromètres métalliques, les thermomètres à air, etc. : la description de ces instruments , l’histoire de ces tentatives et de leurs résultats serait longue et nous éloignerait beaucoup trop de l’objet de cet article. Je dois me borner à faire voir quelles sont les conditions que doit remplir un pyromètre pour être appliqué utilement aux arts céramiques , et on en déduira facilement pourquoi aucun de ceux qui ont été inventés n’a pu encore y être employé.

Les conditions auxquelles doit être astreint un pyromètre destiné à mesurer les hautes températures du four à Poteries sont : i° qu’il soit d’un emploi facile, c’est la première de toutes pour l’introduction des instruments mensurateurs dans les arts industriels; 20 qu’il fasse connaître la température de la partie du four où s’opère la cuisson des pièces; 3° qu’il la fasse connaître promptement, c’est-à-dire dans le moment où on l’observe; 4° qu’il puisse indiquer avec sûreté la marche du feu dans le four; 5° qu’il donne ces résultats et ces indications avec exactitude, d’une manière précise, absolue et transmissible dans tous les lieux et dans tous les temps.

Il faut donc qu’un pyromètre qui doit faire connaître la température d’un four à Poterie puisse être placé assez avant dans l'intérieur de ce four pour recevoir la température qu’il est essentiel de juger.

pyromètres et pyroscopes.

Or, les parois d’un four à porcelaine ont , terme moyen , 7 de- «mètres d'épaisseur ; il faut que l’instrument pénètre jusqu’à au moins 6 décimètres dans l’intérieur du four, et c’est même trespeu. Il faut par conséquent qu’il fasse connaître la température qu’il a éprouvée, à au moins 13 décimètres de distance du point où il la reçoit, et qu’il la fasse connaître promptement et sure-

m Le pyromètre d’argile, construit par Wedgwood, et fondé sur la propriété qu’ont les pâtes argileuses de diminuer de volume par la cuisson , faisait connaître la température promptement et commodément. 11 ne s’agissait que de retirer les petits cylindres d’argile et d’en mesurer la diminution sur une eche e disposée dans ce but O 5 il remplissait donc fort bien les deux premières conditions, mais il neremplissait nullement les autres -, car, suivant qu’on conduisait le feu avec plus ou moins de rapidité , la retraite des cylindres , à température égale , était sensiblement différente, cçmme l’a très-bien prouve Fourmy. En suite, suivant la nature de l’argile employée pour le faire, la préparation mécanique qu’on lui avait fait subir, la pression que masse et les dés ou cylindres avaient éprouvée dans la fabrication , ceux-ci prenaient par la même température des retraites fort différentes, en sorte que des cylindres mis dans un four a cote les uns des autres, indiquaient des températures qui auraient différé de o à 7 degrés -, ils ne faisaient donc connaître la température ni sûrement, ni constamment de la même manièie*, aussi y a t 0

renoncé en grande partie. # j

On a passé aux pyromètres métalliques, et comme il n y a que le platine qui puisse résister sans altération à la haute température de la plupart des fours à Poteries, c’est vers l’emploi de ce métal qu’on a dû nécessairement se diriger -, mais on sait qu’il est un e ceux dont la dilatation est la plus faible, et comme il faut nécessairement : 1° supporter et arc-bouter les baguettes ou petites barres de platine de manière à ce que leur dilatation se reporte et se manifeste en entier à une seule extrémité •, et — tian

(t) Je ne décrirai pas ici cet instrument , qui l’a été dans tous les ouvrages de physique et sur lequel je reviendrai plus loin.

PYROMÈTRES

tre cette dilatation en dehors du four, c’est-à-dire à au moins un mètre trois décimètres du point où elle a lieu -, il faudrait établir des supports et des moyens de transmission qui n’éprouvant ni courbure, ni affaissement, ni retraite, à la haute température qu’ils ont à supporter, puissent transmettre exactement cette petite dilatation. Jusqu’à présent ce difficile problème est resté sans solution.

On voit qu’il est presque impossible de remplir ces conditions d’une manière satisfaisante , c’est-à-dire de manière à connaître sûrement la température de la partie du four où l’on a mis le barreau de platine 5 car certainement ces supports et barres de transmission éprouveront des dérangements et une dilatation qui seront plus considérables , et par conséquent plus sensibles que la petite dilatation du barreau de platine , en le supposant de 3 décimètres de long.

On a proposé le thermomètre à air -, il paraît susceptible de mesurer avec précision les plus hautes températures; mais c’est un instrument trop difficile à établir, à manier, à placer convenablement dans un four à Poterie , pour qu’il puisse devenir usuel.

Je l’ai essayé dans les fours de Sèvres et les difficultés qu’il présente pour être placé et pour transmettre sans trop de complications la connaissance précise de la dilatation de l’air à 1 3 décimètres de distance du réservoir, m’y ont fait renoncer, au moins pour le moment; j’ai crû remarquer que la dilatation de l’air restant, était très-peu considérable vers la fin du feu, c’est-àdire à une très-haute température.

Enfin, dans ces derniers temps, M. Prinseps a proposé comme un mensurateur exact et comparable des hautes températures , des alliages à proportions bien précises de platine , d’or et d’argent. On a écarté l’argent à cause de la propriété particulière qu’il a de produire en se figeant, des espèces de filaments composés d’un alliage plus fusible qui se sépare de l’alliage principal en faisant varier le moment de la fusion. C’est ce qu’on appelle r o c h a g e. On s’est donc réduit à l’alliage en diverses proportions de platine et d’or. Nous avons essayé dans les fours de Sèvres ce moyen d’évaluer la température, c’est M. A. Laurent qui a fait les grains d’alliage et qui a suivi les expériences.

ET PYROSCOPES.

Nous avons vu qu’il était très-difficile de connaître dans un four fermé le moment précis où ces alliages fondaient, que ce moment n’était même pas toujours exactement le même suivant des circonstances que nous n’avons pu apprécier, que les grains d’alliage ne peuvent servir qu’une fois parce qu’à une seconde fusion ils étaient devenus plus ou moins fusibles par les changements que la première avait opérés dans leur structure.

Cependant ces inégalités de fusion , auxquelles on pourrait remédier et qui ne sont inévitables que dans les alliages qui rochent, ne nous ont pas empêchés d’obtenir un résultat qui, s’il n’est pas parfaitement sûr, peut au moins donner une idée de la plus haute température qu’atteignent les fours de Sèvres-, d’après quatre expériences qui ont été faites par M. Laurent à nos trois fours et qui ont été répétées récemment par M. Salvétat, nous pouvons établir avec quelque certitude que

le maximum de température s’arrête à l’alliage I0°’

bouton est bien formé, qu’à 54 de platine il n’y a que ramollissement. Quand on sera arrivé à pouvoir connaître exactement et facilement le moment où s’opère la complète fusion,, on aura un mensurateur très-comparable des hautes températures, mais jamais un instrument propre à être employé habituellement dans les opérations industrielles où il ne s’agit pas de connaître le degré de température dans un seul point et à la fin de la cuisson, mais dans plusieurs places et à divers instants pour arriver à conduire le feu le plus également possible et à l’arrêter au moment convenable.

Les Potiers sont donc réduits à juger la température par la couleur du four et par les montres ou pyroscopes. Ceux-ci font connaître cette température tantôt par le glacé de l’émail ou de la couverte , tantôt au moyen du ton que certains vernis colorés acquièrent par la différence des températures. Je parlerai de ces sortes de montres en faisant la description des ordres de Poteries auxquelles elles sont propres. (Voyez Additions T. I. p. 670.)

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