C. Influence du mode de façonnage sur la Retraite
Cette Influence est des plus importantes à considérer, car on peut avancer que la plupart des défectuosités des Poteries délicates, telles que la porcelaine, viennent de cette cause.
Les pâtes céramiques, toutes choses étant égales d’ailleurs, prennent d’autant moins de Retraite qu’elles étaient moins abreuvées d’eau lorsqu’on les a façonnées , et qu elles ont été
plus comprimées dans le façonnage.
Ainsi, et sans exception, toute pièce faite par moulage prend moins de Retraite que celles qui sont faites par ébauchage 5 de là la difficulté que l’on éprouve d’ajuster régulièrement dans une même pièce les parties tournées, comme les tasses, les vases, les goulots ou parties rondes des pots à l’eau, des pots à lait etc,, avec les anses, les collets, etc., qui sont moulés.
Cette différence est si sensible, si délicate dans certaines pâtes très-plastiques, telles que certains grès fins, en même temps plastiques et fusibles, ainsi que dans les porcelaines dures, que la moindre inégalité de compression , soit dans le tournage , soit dans le moulage, se manifeste dans la dessiccation de la piece,
p) Tableau VII , H.
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au moment où commence la Retraite, et bien plus encore par la cuisson, où la Retraite s’opère complètement.
Ainsi , dans le tournage , la pâte étant plus serrée sur la ligne de la spirale où les mains de l’ouvrier, opposées l’une à l’autre , la compriment entre elles, que sur la ligne intermédiaire de cette même spirale, (voyez PL LV,Jig. g, B, D, oh(d) indique la partie de la spirale faites par les mains de l’ouvrier, et (5) les parties qui restent en saillie, et qui ont été moins comprimées), cette inégalité de compression se représente à la dessiccation, èt surtout à la cuisson et produit le défaut dont j’ai déjà parlé à l’art. 1er du façonnage des pièces sous le nom de v i s s a g e , p. 1 23.
Dans le tournage, quelques saillies circulaires qui paraissent sur les pièces et leur gauchissage, peuvent être également attribués à des inégalités de compression, mais elles peuvent aussi être dues à d’autres causes, ce qui rend la question plus compliquée et le remède plus difficile à appliquer. Les fentes ou fissures qu’éprouvent certaines pièces en séchant et en cuisant, sont aussi dûes à la Retraite, qui, au lieu de se faire vers un seul point qui, pour que la pièce soit régulière, doit être le centre de figure, se fait sur deux points. Ce qui montre que les fentes doivent être attribuées à cette cause, c’est qu’une pièce une fois sèche n’en éprouve plus, c’est qu’on n’en voit que très-rarement dans le sens horizontal , la pesanteur concourant avec la Retraite pour la faire agir dans une même direction. Le Potier doit donc éviter toutes les circonstances de formes qui peuvent déterminer un ou plusieurs centres de Retraite dans une pièce, tels que des amincissements placés entre des parties épaisses, des plis ou sinus profonds et minces dans leur fond, etc. Le procédé du moulage mince et égal d’épaisseur est le plus sûr pour faire réussir toutes les pièces de Poteries qui sont par leur volume plus disposées à fendre que les autres.
Les autres altérations que les Poteries éprouvent dans leur forme, et qui résultent de la retraite, sont principalement applicables au moulage. Ce sont :
i° Les inégalités de surface, dues au tamponnement inégal ou à la pression inégale du rouleau lorsqu’on moule à la croûte. Dans
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le premier cas, ce sont comme des ondulations*, dans le second, ce sont des sillons superficiels.
2° Les lignes saillantes que laissent sur les pièces faites dans les moules , les sutures des différents morceaux des moules ; en vain veut-on faire disparaître ces lignes sur la pièce fraîche au moyen d’un réparage très-soigné, la différence de pression, et par conséquent la Retraite différente qui s’opère sur les parties par la cuisson, font reparaître toutes ces lignes de suture.
Tels sont les résultats principaux de la Retraite dans les pâtes céramiques, et les graves inconvénients qu’elle entraîne à sa suite. On a donc dû chercher tous les moyens de les éviter ou de les corriger; j’en ai déjà indiqué plusieurs en parlant, à l’article du Façonnage, des soins que devaient apporter le tourneur et le mouleur pour exercer une pression égale sur toutes les parties de la pièce qu’ils exécutent.
L’ancienneté de la pâte et une manipulation fréquente contribuent à lui donner l’homogénéité de masse. Les matières dégraissantes facilitant d’une part le dégagement égal de l’eau , et de l’autre répandant dans toute la masse argileuse une sorte de réseau non sujet à la Retraite, met obstacle au rapprochement plus rapide dans une partie de la pièce que dans l’autre, égalisent pour ainsi dire la Retraite et concourent , avec le moyen précédent, à en régulariser la marche. A ces moyens, pour ainsi dire intérieurs, on en a ajouté d’autres qui sont presque mécaniques, les cerces , c’est-à-dire le petit cerceau ou couvercle de construction qu’on met sur les pièces rondes pour les empêcher de gauchir, en opposant un obstacle mécanique , maîtrisent ainsi , jusqu’à un certain point, la Retraite en spirale des pièces tournées , car ces cerces prennent une Retraite semblable , mais dans une direction opposée.
Lorsque toutes les circonstances et toutes les précautions que je viens d’énumérer ont été rassemblées pour donner à la pâte l’homogénéité de masse si nécessaire, et à la compression de façonnage toute l’égalité possible , la Retraite se fait avec une constance et une régularité remarquables.
Les mêmes pâtes présentent , avec une exactitude rigoureuse , la même Retraite, en sorte qu’on peut obtenir avec certitude les
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dimensions déterminées. La Retraite se fait également dans toutes les directions. On le prouve en traçant un cercle avec le compas sur une plaque céramique. Si cette plaque a été moulée avec les précautions indiquées, et qu’elle soit d’une pâte à prendre un dixième de Retraite, le diamètre du cercle a diminué juste d’un dixième, et le cercle est resté parfaitement régulier 5 ce qui n’eût pas eu lieu si la Retraite se fût opérée inégalement.
11 paraîtrait, d’après cela, que le pyromètre de Wedgwood, fondé sur la Retraite des pâtes céramiques , devrait être un instrument exact. J’ai déjà annoncé qu’on 11e pouvait le considérer ni comme instrument comparable, ni comme un instrument propre à faire connaître avec exactitude et constance la température du foyer où on le place, la Retraite qu’il éprouve dépendant de la nature nécessairement variable de la pâte avec laquelle on l’a fait, de l’état de mollesse dans lequel on a pris cette pâte, de la pression qu’on a exercée pour mouler les cylindres pyrométriques. Or, quelque attention qu’on apporte dans ce moulage, de quelque manière qu’on l’opère, il y a toujours des variations et inégalités de pression qui seraient sans importance pour un vase, mais qui suffisent pour enlever à l’instrument son exactitude 5 la Retraite de ces petits cylindres sur leur diamètre est extrêmement petite et doit cependant, pour être sensible, être mesurée avec un instrument qui multiplie par le même quotient les petites inégalités qui résultent nécessairement de toutes les circonstances de leur façonnage. Enfin , je rappellerai que la rapidité qu’ort met à cuire une pâte céramique a , d’après les expériences de Fourmy, une influence très-sensible sur la Retraite qu’elle éprouve.
Néanmoins, nous croyons qu’on pourrait donner, au moyen de quelques perfectionnements, assez de précision à cet instrument pour le rendre utile dans la pratique des arts céramiques. J’en ai déjà parlé à l’article du Jugement du feu.
D. Effet de la compression sur la Retraite.
La Compression ne réduit pas la retraite autant qu’on pourrait le croire, si elle n’est pas parvenue à chasser toute l’eau interposée.