FRAGILITÉ
Les couvertes n’ayant presque jamais le même degré de dilatation et de contraction que les pâtes se fendent, lorsqu’elles sont trop épaisses , par le plus léger changement de température, et entraînent avec elles la fracture de la pièce, surtout si celle-ci a une forme évasée. Je n’ai jamais pu laisser des vases en forme de campanule , qu’on nomme jasmin, mattes en dedans , sans les voir se briser peu de temps et quelquefois même très-longtemps après leur sortie du four. 11 a toujours fallu leur mettre à l’intérieur une couche de couverte à peu près aussi épaisse qu’en dehors.
Il est des cas où des pièces complètement isolées de toute cause de rupture se brisent instantanément et comme d’elles-mêmes. 11 n’est personne parmi les Potiers, fabricants et marchands qui n’ait été témoin de ces faits. La fracture est comme élastique, les bords s’écartent en coins comme la fente qui se fait dans une pièce de bois sèche.
On ne sait encore à quoi attribuer ce singulier phénomène, qui a lieu si souvent dans des verres qui n’ont pas été bien recuits ; mais dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas seulement dans de la porcelaine dure ou tendre que cette fêlure a lieu (elle est même bien plus rare dans cette dernière que dans l’autre), c’est dans des plaques de terre cuite qu’on appelle rondeaux, dont le tissu est grossier et même assez lâche. 11 est vrai que ces fractures comme détonnantes ont souvent lieu dans les fours mêmes, ayant encore une haute température. J’y reviendrai en parlant des accidents qui accompagnent la fabrication de la porcelaine dure.
On a présumé que l’état électrique de l’atmosphère où se trouvaient les pièces ainsi détruites par une fracture comme spontanée, pouvait être la cause si puissante et d’une origine encore si obscure, de ce singulier phénomène.
Tels sont les faits qui appartiennent à la considération de la solidité, de la Ténacité et de la Fragilité des pâtes céramiques.
§ 5. — Dilatabilité.
La mesure de la Dilatabilité des corps à très-haute température telle qu il était utile de l’avoir pour les pâtes céramiques cuites.
DILATABILITÉ.
est peut-être encore plus difficile à obtenir dans le cas actuel que celle de la haute température elle-même, et malgré les tentatives nombreuses que j’ai faites pour arriver par une route praticable a une mesure suffisamment précise de cette propriété, je n’ai pu encore obtenir aucun résultat admissible 5 il faut donc que je répète que nous ne possédons encore aucune notion précise sur ce point important. On sait seulement que les pâtes céramiques cuites sont, en général, comme les pierres, comme les verres, beaucoup moins dilatables que les métaux. L’usage que j’ai fait de 1 argent porté sur une barre de porcelaine dégourdie pour mesurer la température des fours dits m ou fl e où l’on cuit les peintures faites sur porcelaine avec des couleurs vitrifiables , m’a fait connaître des différences très-considérables entre la Dilatabilité de ces deux corps vers la température de la fusion de l’argent. Il y a néanmoins dans le peu qu’on sait à ce sujet une considération assez importante à faire et qui peut servir à montrer combien est illusoire l’idée qu’on a eue d’employer le platine comme pyromètre. On remarquera, d’après les expériences de MM. Dulong et Petit., que la dilatation du verre étant exprimée pour une déviation de température de o à 3oo deg. cent. paro,oo3, o3a, celle du platine est exprimée pour les mêmes limites par o, 002, 7 54. Or si, comme il est probable, les pâtes céramiques, et notamment la porcelaine, ont une dilatation voisine de celle du verre, on voit que le support en pâte céramique infusible qu’on donnerait à un barreau de platine éprouverait au grand feu, plus de mouvement que le barreau lui -même. Mais il est possible que ces rapports changent à de très-hautes températures, puisqu’ils ont déjà changé entre les limites si peu distantes de 100 à 3oo deg.
§ 6. — Conductibilité de la chaleur.
La solution de cette question qui intéresse et la physique et l’art céramique, quoique plus avancée que quelques-unes des précédentes, est encore loin d’être obtenue. D’illustres physiciens depuis M. Despretz s’en sont occupés dans le laboratoire de Sèvres , et je puis citer M. Mellon i et M. Malaguti 5 mais ces travaux ont fait voir combien cette question était difficile à résoudre, et