TEXTURE ET PERMÉABILITÉ
vineux, acides ou huileux; comment ils pouvaient faire cuire leurs aliments sans imprégner leurs ustensiles culinaires de la graisse et du jus qui sont un condiment indispensable des viandes qui ne sont pas rôties.
Je n’ai pas voulu élever cette difficulté et tirer les conséquences que je présente, sans m’assurer par de nombreuses expériences de la réalité et de l’étendue de cette Perméabilité.
Je ne les rapporterai pas toutes, mais je citerai seulement celles qui peuvent faire connaître et cette imperfection et les circonstances dans lesquelles elle pouvait être à peu près corrigée.
Tous les vases et ustensiles a surface complètement matte (excepté les grès-cérames) , tant anciens que modernes , grecs , étrusques, romains, germains, gaulois, Scandinaves, ceux de l’Asie Mineure et de l’Inde, les Poteries brésiliennes, péruviennes, mexicaines et celles des Antilles, absorbent promptement les liquides aqueux ou huileux qu’on y met ; souvent c’est à cette absorption que s’arrête la perméabilité et le liquide amené à la surface externe en petite quantité s’évapore sans se réunir en gouttelettes, j’en donnerai des exemples remarquables à l’article des Poteries de l’Amérique méridionale.
Cette absorption et le suintement qui en résulte ne s’établissent quelquefois qu’au bout de 8, 12 et même 24 heures, ce qui donne le temps d’employer ces vases, si ce n'est pour contenir constamment des liquides, au moins pour les transporter.
Tout vase antique couvert seulement à l’extérieur d’un enduit luisant, quelque mince qu’il soit, retient l’eau, même l’eau bouillante pendant son ébullition et après son refroidissement, pendant un temps indéfini. Ainsi, pourvu qu’il n’y ait pas de parties mattes, ces vases grecs ornés, qui par leurs culots et une seule anse de côté ressemblent à nos pots à l’eau , ne perdent l’eau que par le dessous du pied qui n’a point reçu d’enduit luisant.
Quelques vases grecs des îles de l’Archipel et notamment ceux deMilo, qui ont été généralement plus cuits que les autres, conservent assez bien l’eau.
D’après l’énumération que les historiens et les antiquaires nous donnent de l’usage d’un assez grand nombre de vases, on ne
peut douter qu’ils ne fussent employés aux usages de la cuisine et de la table ; je donnerai cette énumération à l’article des Poteries antiques à pâte tendre, on y verra des vases à contenir du vin, du vinaigre, de l’huile, des vases à cuire des champignons et des légumes , des plats pour cuire des viandes ou du poisson , qui étaient évidemment en terre cuite. J’ai voulu essayer un de ces plats à manche qui ressemble à nos petits
plats à cuire des œufs avec du beurre , figuré
ci -contre ; d’abord , son odeur , quoique
bien lavé à l’eau bouil- lanteî était des plus repoussantes, ce qui te- N° 6. nait probablement à
son long séjour dans des tombes \ j’ai fait néanmoins cuire des œufs dans du beurre et j’ai été étonné de voir que le beurre fondu non-seulement n’avait pas traversé le plat, mais n’avait même été absorbé qu’en petite quantité. Comme on pouvait attribuer cet effet à une imprégnation d’humidité ou de quelque matière qui avait bouché les pores de la terre, je l’ai fait passer au dégourdi des fours de porcelaines -, il est alors devenu plus sonore et absorbant, mais on voit qu’il avait fallu peu de chose pour lui enlever une grande partie de ce défaut. J’ai tenu allumée pendant quelques jours une lampe antique ; je m’attendais à voir l’huile que j’y avais mise, suinter de toutes parts-, elle a été en effet assez promptement absorbée et a traversé l’épaisseur de la lampe, mais elle s’est arrêtée à sa surface extérieure et n’a pas été au delà.
Il est probable que ces Poteries une fois imbibées de la matière graisseuse qu’on y mettait , ne la perdaient pas par suintement continu , et pouvaient conserver celle qui restait, n’ayant d’autre inconvénient ( inconvénient qui pourrait être très- désagréable pour beaucoup d’entre nous) que de communiquer aux matières semblables qu’on y mettait de nouveau ce que nous appelons un goût de graillon.
Les Poteries modernes de la classe des Poteries à pâte tendre qui n’ont point eu le lustre des anciens, ou sur lesquelles on n’a pas voulu employer le vernis plombeux des modernes, sont absorbantes et perméables ; mais on a pu quand on l’a voulu leur enlever au moins en partie ce grave inconvénient en les enduisant de
TÉNACITÉ
suif ou d’une graisse analogue, comme l’ont pratiqué les Potiers du Pérou, qui font pénétrer cette graisse par la chaleur, ce qui contribue à donner à ces pâtes, d’après le capitaine Bagnold. la couleur noire qu’elles ont généralement (Aikin). Les anciens, et dans les temps modernes les Espagnols , frottaient avec de la cire les jarres dans lesquelles ils devaient mettre et conserver de l’eau, du vin ou de l’huile (Aikin).
Ii est donc de fait que toutes les Poteries anciennes, c’est-àdire, jusqu’à l’époque où l’on a découvert le vernis plombeux et le grès-cérame, absorbaient l’eau et tous les corps liquides, par toutes les parties où il n’y avait aucun de ces enduits lustrés; on ne doit excepter de cette généralité que les Poteries grecques ornées , les Poteries romaines rouges et quelques Poteries noires étrusques, présentant aussi un enduit luisant comme vitreux.
§ 4. — Ténacité et Fragilité.
La Ténacité est une propriété très-importante pour les usages économiques, car elle est relative à la plus grande résistance que les Poteries doivent offrir à la fracture par le choc ou par le changement brusque de température. Non-seulement le Potier doit chercher à faire des Poteries brillantes , tines , imperméables, mais il doit aussi chercher à les rendre aussi peu fragiles que le compprte la nature de la matière.
La Ténacité des pâtes faites n’est pas toujours, comme on pourrait le croire, en rapport avec leur texture; et la Fragilité elle-même ne suit pas exactement la Ténacité ; elle tient autant à la facilité avec laquelle le mouvement du choc se propage dans le corps, qu’à l’adhérence entre elles des parties de ce corps.
On reconnaît , par l’expérience journalière et par l’observation la plus simple, que les Poteries à texture grossière, qui ne se cassent pas facilement par le choc, jouissent cependant d’une très-faible Ténacité. En effet , leurs parties ont peu d’adhérence entre elles, et la plus faible courbure suffit pour les séparer, tandis que la porosité de leur pâte s’oppose à la propagation de la vibration qui résulte du choc.
TÉNACITÉ
Parmi les pâtes à pâte dense, on a remarqué que toutes choses paraissant égales d’ailleurs, celles qui étaient composées d’une matière vitreuse alcaline et même en partie vitrifiée, rendue opaque par des matières terreuses comme interposées, avaient beaucoup plus de Ténacité dans toute l’étendue de cette propriété que les pâtes vitreuses à composé presque uniquement terreux. Ainsi, les porcelaines tendres, comme celle de Tournay et même celle qu’on faisait à Sèvres , résistent bien plus fortement à la cassure par le choc que les grès et les porcelaines dures , qui se brisent par le moindre choc.
Il ne faut donc pas confondre dans l’usage , la Ténacité due à la cohésion des parties, qui se mesure par la résistance qu’elle montre à la fracture par pression , avec la Ténacité qui consiste dans une résistance à la fracture par le choc. La porcelaine dure, dont un faible coup détache des éclats avec facilité , présentera beaucoup plus de cohésion que les faïences communes qu’on peut frapper assez fortement sans en détacher aucun éclat.
Mais on voit que ces évaluations de cohésion ne sont qu’approximatives , qu’on ne peut que les présumer sans pouvoir les exprimer ni d’une manière précise, ni même avec certitude.
M. Boch Buschmann , que j’ai eu plusieurs fois occasion de citer dans cet écrit , a inventé un instrument propre à faire connaître, avec une exactitude qui parait suffisante pour la pratique, le degré de cohésion ou de Ténacité de différents corps fragiles. Cet instrument , dont la description exigerait des détails trop nombreux et une figure très-compliquée , a été décrit dans le Bulletin des Sciences, par la Société Philomatique (mars 1809, page 3i 1 et figure, pl. 5). Nous y renvoyons.
On a dû chercher à donner aux Poteries la plus grande Ténacité, c’est-à-dire celle qui les ferait résister à la fracture par le choc, par le changement brusque de température ou parla pression. Mais il est presque impossible de réunir dans une même sorte de Poterie les trois sortes de Ténacités. Il est même très-difficile de les doter de l’une d’elles sans leur donner en même temps des défauts assez graves.
Ainsi , on peut donner à des Poteries la faculté de résister assez bien au choc et au changement rapide de température en
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rendant leur texture lâche et grossière. Mais elles deviennent alors perméables ou d’un aspect désagréable. Telles sont les Poteries communes à pâte tendre, qui s’écrasent facilement sous une faible pression ( les Poteries communes peu cuites , les pots d’horticultures, les creusets et pièces d’encastage faits avec des ciments plus ou moins gros). Elles peuvent avoir une texture fine et serrée, et cependant au moyen de l’introduction presque mécanique d’une matière terreuse ou d’un oxyde métallique, tel que le plomb dans une masse vitreuse, résister très-bien au choc. Les pièces de porcelaine de l’ancien Sèvres , celles qui sont faites à la façon de Tournay , la Poterie nommée ironstone en Angleterre, ont éminemment cette qualité. On peut jeter des assiettes faites de ces pâtes avec une certaine adresse sur le plancher, sans qu’elles se brisent ; mais elles ne résistent pas à l’action d’une température mal ménagée.
Les Poteries dont la pâte est d’un tissu très-:serré , très-dur, et ordinairement très-sonores, sont généralement très-fragiles et par le choc et surtout par l’action d’une chaleur vive et inégalement appliquée -, mais elles ont une Ténacité assez puissante pour supporter sans s’écraser une forte pression ; telles sont les faïences fines cailloutées, les grès-cérames, les porcelaines dures. Cependant beaucoup de ces dernières peuvent, dans un grand nombre de cas, soutenir une haute et inégale température d’application sans accident. De là tous ces grès et ces porcelaines dits à feu. On ne connaît pas encore très-précisément la cause de cette précieuse qualité ; cependant on peut la présumer d’après les observations et même les expériences suivantes.
11 est très-rare que les grès-cérames presque uniquement composés d’argile plastique suffisamment dégraissée par la quantité de sable nécessaire à leur dessiccation et à leur cuisson, puissent supporter sans se briser l’action du feu; les porcelaines dures très-translucides sont généralement dans le même cas; mais quand elles ont pour base un kaolin très-argileux tel que celui des porcelaines de Saxe, de Sèvres, de Bayeux, elles acquièrent, avec de l’opacité et une couleur grisâtre, une assez grande résistance aux changements non ménagés de température ; on donne à quelques porcelaines cette même faculté par l’introduction dans
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leur pâte d’une certaine quantité d’argile plastique. Les Poteries qui sont comme l’intermédiaire entre les grès-cérames et les porcelaines et que Fourmy a nommées hygiocérames sont tout à fait dans ce cas 5 les hygiocérames que cet habile Potier avait faits, ceux que l’on a faits à son imitation, à Plombières, à Orchamps dans le Jura, à Berlin et près Berlin sous le nom de Poteries de santé , jouissent éminemment de cette qualité, et j’en ai éprouvé des effets qui m’ont étonné.
Le fendillement de la couverte, qu’on appelle gerçure ou tressaillure, quand cette couverte n’est pas trop épaisse , quand ce fendillement n’a pas été trop loin , quand il forme des fentes fines, courtes et multipliées, qui divisent la glaçure en une multitude de petits carreaux , donne aussi aux Poteries à pâte fine, dure et sonore, la propriété réfractaire que nous examinons.
On croit que la coloration de cette couverte terreuse en brun- ‘marron par des oxydes de fer et de manganèse, contribue à donner à ces Poteries la résistance au feu qu’on leur connaît; de là la couleur générale de presque tous les hygiocérames. Je n’ai pas eu occasion de faire les expériences délicates et difficiles qui auraient pu infirmer ou confirmer cette singulière opinion.
La composition matérielle et chimique des pâtes a une grande influence sur leur Ténacité à l’égard du choc et de la température.
Des pâtes à grains extrêmement fins sont plus Fragiles dans ces deux cas que des pâtes à tissu grossier.
La chaux, en quantité notable, en augmentant la fusibilité des pâtes , les rend en général fragiles au point de céder sous le premier choc et au plus faible changement de température, et de se diviser même en mille pièces.
La couverte felspathique ou vitro-terreuse , trop épaisse se gerce, se fissure, et ces fissures, se communiquant dans la pâte, en déterminent la fracture. Si les pâtes, qui ne sont pas de la nature demi-vitreuse de la porcelaine, ni même des grès-cérames, se fendent d’autant moins qu’elles sont peu cuites, il n’en est pas ainsi de ces dernières : la couverte tressaillant plus ou moins visiblement , entraîne dans ce dernier cas la fracture de la pièce.