BRIQUES LÉGÈRES
siliceuse d’un blanc légèrement jaunâtre, traçante comme la craie, friable et se réduisant entre les doigts en une poussière impalpable, mais ne se délayant pas dans l’eau comme l’argile. Il fout pour la travailler y ajouter un vingtième d’argile ; alors on peut en faire des Briques légères et très-solides , semblables en tout, quand elles sont cuites, à celles de Fabroni. et dont la pesanteur spécifique est plus faible que celle de l’eau de près de moitié.
Cette terre est presque entièrement composée de silice gélatineuse dissoluble dans les alcalis, comme l’indiquent les résultats suivants de l’analyse qu’en a faite M. Fournet.
Silice pure .
Eau, acide carbonique et matière organique. . . Fer et alumine .
Mais ce qui ajoute un grand intérêt scientifique à celui que cette terre siliceuse présente déjà comme matière céramique, c’est l’origine organique de cette silice et de presque toutes celles qui lui ressemblent, origine découverte par les curieuses observations microscopiques de M. Ehrenberg. Elles sont trop étrangères à mon objet pour que je puisse me permettre de les développer. Je dois me contenter de rappeler que les silices pulvérulentes sont presque entièrement composées de. carapaces et de débris d’animaux infusoires microscopiques de la famille des cypris, des daphné et des bacillaires. Que les terres siliceuses légères, infusibles, qu’on peut rendre plastiques par l’addition d’un peu de bonne argile, sont beaucoup plus répandues qu’on ne le pense. Le sol de Berlin, celui des bords delaSprée,à peu de profondeur, en est presque entièrement composé, et M. Ehrenberg voulant joindre à ses belles découvertes scientifiques une application industrielle , a présenté à l’Académie de Berlin , en mai 1842, des Briques faites avec cette matière et cuites au grand feu de la manufacture royale de porcelaine de Berlin, ayant toutes les propriétés qu’on vient d’indiquer et ne pesant que le quart d’une Brique ordinaire d’une même dimension. En y ajoutant de l’argile, pour en rendre le façonnage plus facile et la solidité plus complète, elles n’acquièrent encore que la moitié du poids des Briques ordinaires.
TUILES
On a cherché à faire des Briques légères par un autre procédé, et qui me paraît assez singulier. Il consiste à mêler à la pâte de Brique des petits fragments de pomme de terre qui, en se brûlan par la cuisson, laissent les Briques criblées de petites cavités. C’est, m’a-t-on assuré, à Bellingen, près Berlin, qu’a été appliqué ce procédé ; mais sera-t-il applicable en grand?
| 2. — Des Tuiles et des Carreaux.
A. Tuiles.
La fabrication et la cuisson de la Tuile ont de grandes ressemblances avec celles de la brique. Les principales opérations
sont les mêmes.
La terre préparée pour la brique peut également servir pour la Tuile : elle a seulement besoin d’être plus fine , il n est jamais nécessaire qu’elle soit infusible.
Quand le mouleur veut former une Tuile plate et rectangulaire , il place sa terre préparée dans un moule de bois forme de quatre règles : celle d’une des extrémités a une échancrure carrée. La Tuile, moulée comme on l’a décrit pour la brique, est glissée sur une palette de bois que présente un apprenti : la saillie produite à l’un de ses bouts par l’échancrure du moule est relevée avec le doigt par l’apprenti ; elle devient le crochet que 1 on remarque à toutes les Tuiles, et qui sert à les attache! aux lattes des couvertures.
O11 porte ces tuiles sur l’aire de l’atelier, pour leur faiie prendre un commencement de dessiccation. Lorsqu’elles ont acquit la consistance nécessaire, un ouvrier placé à cheval sur un banc, les bat l’une après l’autre sur ie plat et sur le tranchant , et les dispose en haie de la même manière que les briques.
Dans le façonnage ordinaire des Tuiles, la partie la plus lisse qu’on appelle la croûte, celle qu’il serait utile de mettre en dessus , pour que les eaux pluviales s’y arrêtent moins et les pénétrent moins, pour que les mousses y croissent plus difficilement, est au contraire inférieure, parce que les bords de la Tuile se re-
TUILES
lèvent en se séchant et cuisant, et qu’il faut mettre en dessus la partie convexe. M. Valentin Féau-Bechard, d’Orléans, est parvenu à faire des Tuiles à deux croûtes qui répondent à toutes ces conditions, et qui par suite de son mode de façonnage sont plus solides sans être plus lourdes.
La porosité des Tuiles ordinaires en les rendant facilement pénétrablesà l’eau, et permettant aux mousses d’y croître facilement, accélère leur altération et leur destruction; une des qualités principales des Tuiles est donc d’être imperméables à l’eau, on a cherché à leur donner cette qualité par différents moyens.
Les uns consistent à les pénétrer d’une matière huileuse et bitumineuse , tel que l’a proposé M. Tofïler, médecin dans le gouvernement de Polosk, et beaucoup d’autres personnes. C’est un procédé étranger à l’art céramique.
D’autres à donner une grande densité aux Tuiles , par une puissante pression ou par une composition dans laquelle l’argile plastique entre pour une forte proportion.
Les moyens mécaniques de compression sont analogues à ceux qu’on a appliqués aux briques. J’en ai remarqué un des plus simples dans la tuilerie du prince Clary , à Tœplitz. Lorsque la masse a été préparée et bien battue à la main, on en forme de gros parallélipipèdes qu’on divise avec le fil de laiton, en tranches de l’épaisseur qu’on veut donner aux Tuiles. On place ces lames presque carrées dans un moule de fer placé au fond d’une fosse évasée , sur le bord de laquelle se tient un ouvrier les jambes écartées. Elles y sont fortement comprimées et moulées par un volumineux et puissant balancier semblable à celui avec lequel on frappe la monnaie. Un ouvrier fait mouvoir ce balancier, celui qui est dans la fosse place la lame d’argile dans le moule et la retire comprimée et moulée en Tuile.
Deux ouvriers façonnent ainsi cinq mille Tuiles en un jour.
Le four, assez haut, à foyer inférieur et bouche latérale, est chauffé quatre jours, deux jours au bois, deux jours au lignite.
Les produits de la tuilerie de Bordes , près Vallières , département de la Moselle, sont aussi comprimés par des moyens mécaniques , pour lesquels l’inventeur, M. Chevreuse, a pris un brevet d’invention.
TUILES
Le troisième moyen qui est le plus efficace, mais le plus cher, est de vernisser les Tuiles du côté qui doit être extérieur. Les matériaux de cette glaçure et les moyens de l’appliquer ne diffèrent pas sensiblement de ceux qu’emploient les Potiers de terre vernissée , et qu’on décrira en traitant de cette classe de Poteries. On ne fera ici que l’indiquer.
On emploie quelquefois du minerai de plomb que les ouvriers appellent alquifoux (c’est de la galène ou sulfure de plomb). On la choisit sensiblement exempte de roche, on la broie finement, on y ajoute une partie de sable qui égale ordinairement en volume celui de la galène pulvérisée. On trempe la Tuile bien sèche dans ce qu’on appelle l’eau grasse, c’est de l’eau dans laquelle on
a délayé une certaine quantité d’argile.
On saupoudre sur une des faces de la Tuile le mélange de galène et de sable préparé, et on porte au four les Tuiles apres les
avoir laissées sécher de nouveau.
C’est surtout en Hollande qu’on donne ce genre de glaçure aux Tuiles. Le procédé hollandais est un peu différent du précédent. On prend vingt parties de litliarge broyée et trois de manganèse, on y ajoute de l’argile délayée dans l’eau, de manière à faire du tout une bouillie assez épaisse , pour qu’une petite balle d’argile ne s’y enfonce point. On verse de cette composition sur une des faces de la Tuile crue et bien sèche ; mais on a soin de n’en point mettre dans les endroits où les Tuiles doivent se toucher dans le four. On les place dans la partie- du four où la température est la
plus élevée et toujours de champ. •
Il y a un autre procédé , très-différent des précédents , poui vernir les Tuiles-, il a la plus grande analogie avec la glaçure des grès au selmarin , et ce sel entre également dans la coin position qui doit donner le glacé. 11 est dû à M. Niesmann, potier à Leipsick , ou au moins décrit par ce Potier (’)•
Le four doit être fermé en haut par une voûte, et le foyer placé à une extrémité opposée à celle où s’ouvre la cheminee.
On fait un mélange de selmarin et de litliarge, le tout finement pulvérisé. On y ajoute un peu d’ocre rouge. Un ouvrier jette ce
(M Neues Mag. ail. Neu. Erfindungen, 1. 1, 2' liv., p. 109.
TUILES
mélange dans le four quanti il est en grand feu, tandis que l’autre entretient l’activité de la combustion en jetant constamment dans le foyer du bois saupoudré du mélange à glaçure. On remarque qu’il faut que ce mélange tombe sur le combustible enflammé , et non sur la braise , pour que la glaçure soit complète; car, dit le Potier qui a décrit ce procédé, la flamme seule peut volatiliser la glaçure et la faire pénétrer dans les Tuiles. L’aspersion de la poudre vernissante doit se faire trois fois.
On a peut-être plus employé les Tuiles vernissées dans le moyen âge qu’on ne le fait actuellement. Beaucoup d’églises d’Italie ont été recouvertes de tuiles vernissées de diverses couleurs. On vient de faire renaître cet usage en Bavière au moyen de Tuiles vernissées , seulement sur la partie qui est à nu , avec des émaux brillants , brun chocolat, brun jaunâtre, bleu vert, et jaune (1). On voit, dans le Musée céramique de Sèvres, de grandes faîtières venant de Tarulon en Espagne , couvertes d'un beau vernis vert.
Les Tuiles et les Carreaux se cuisent au bois , à la tourbe et à la houille , comme les Briques , à peu près de la même manière qu’elles, c’est-à-dire qu’il faut laisser entre elles assez d’espace pour que l’air puisse circuler librement et également dans toutes les parties.
Les premières assises d’une fournée, qui sont les plus voisines des foyers, sont faites avec des Briques crues, qui cuisent en même temps que les Tuiles.
Le four dans lequel on fait cuire les Tuiles en Hollande, avec de la tourbe, ressemble entièrement au four pour cuire les Briques au bois; il n’en diffère que parce qu’il est fermé par une voûte percée de trous carrés qui correspondent aux ouvertures des arceaux transversaux des foyers. Ces fourneaux contiennent, d’après Jars, quinze à seize milliers de tuiles. Il faut quarante heures pour les cuire, et trois jours pour laisser refroidir le fourneau .
Quand on veut donner aux Tuiles ou aux Carreaux cette cou-
0) Catalogue du Musée Céramique, M. PI. 11 , fig. 1S ot fig. 10.
TUILES
leur gns-de-fer, qu’on leur trouve en Hollande, on les enfume de la manière suivante :
Lorsqu’elles sont suffisamment cuites , mais pendant qu’elles sont encore rouges, on fait brûler auprès des bouches qui sont fermées , des feuilles de sapin , afin d entretenu la cbaleui dans cette partie du four pendant qu’on jettera dans les foyers ouverts des petits fagots de bois vertde verne ou d’aune, humides et munis de leurs feuilles-, on en jette six par foyer-, on muraille aussitôt les ouvertures du foyer, et on ferme toutes les ouvertures supérieures avec des carreaux ; on recouvre le tout d’une couche épaisse de sable mouillé-, on ne défourne qu’au bout de huit à dix jours ; les Tuiles ont pris alors la teinte gris-de-fer qu’on veut leur donner.
La forme ordinaire des Tuiles est presque un carré ; cependant cette forme varie dans quelques circonstances. On en fait de trapézoïdales pour couvrir les toits circulaires des tours et des colombiers -, on les nomme Tuiles giron nées. On en fait en forme de gouttières, que l’on nomme faîtières, et qui sont mises sur l’arête des toits.
Enfin, on en fait aussi qui ont une double couibuie in\eise en forme d’S; elles se mettent à recouvrement l’une sur l’autre, de manière à se servir mutuellement de gouttière. La façon de celles-ci est plus compliquée : après les avoir moulées planes dans un moule carré ordinaire , on les transporte sui un moule qui a la forme qu’on veut leur donner.
Les Tuiles ordinaires, c’est-à-dire planes et rectangulaires, se placent sur les toits, de manière que leurs bords inférieurs soient horizontaux et que les bords latéraux soient perpendiculaires sur les précédents; le recouvrement est tel qu’il n’y a qu un tiers de la tuile d’apparent, ce qui charge considérablement la charpente du toit -, on a cherché differents moyens d’alléger cette charge et de diminuer en même temps le nombre des tuiles employées, en modifiant tantôt leurs formes, tantôt leur disposition entre elles; un architecte, M. Cathala, les a fait faire carrées et les a fait poser diagonalement : le crochet doit être alors k un des angles, qui devient l’angle supérieur; on gagne par ce procédé près de moitié sur le nombre des Tuiles ; et comme le
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bâtiment est moins chargé, la charpente peut être beaucoup plus légère.
Dans le canton de Lucerne, à Malten, on fait les Tuiles longues et terminées en pointes : des sillons, creusés sur la surface supérieure , conduisent les eaux pluviales vers la pointe de chaque Tuile : ces Tuiles sont appliquées à côté les unes des autres en lignes perpendiculaires au faîte du toit 5 des petites lames de bois, placées sous les joints, conduisent au bord du toit, l’eau qui passe dans les lignes de jonction. Elles sont longues et trop lourdes (38 cenL sur 17 et 2 d’épaisseur).
Ces considérations et toutes celles qui sont relatives aux diverses formes qu’on peut donner aux Tuiles, aux bords relevés, aux échancrures et aux autres particularités de leurs formes, ayant pour but de rendre leur jonction impénétrable à l’eau de la pluie sans augmenter leu,r poids, sont des dispositions qui appartiennent plus à l’art des constructions qu’à l’art céramique et qui sont étrangères à l’objet principal de ce traité.
D’autres procédés ayant le même objet, se rattachent plus immédiatement à la partie céramique de l’art.
Ainsi, M. Chevreuse a cherché à donner à ses Tuiles, qui ont 28 cent, sur 1 5, beaucoup plus de légèreté en formant en dessous quatre dépressions ou canaux transversaux très-peu creux.
Les Tuiles de Tœplitz dont on a décrit plus haut le façonnage par une puissante percussion, n’ont sur une assez grande dimension (37 centimètres sur 9), qu’une très-faible épaisseur (12 millimètres au plus).
Les Anciens, et particulièrement les Romains ont su fabriquer des Tuiles; les Potiers qui les fabriquaient étaient nommés, à Rome, figuli ab irnbricibus (Muratori dans Mongez) ; il reste dans toutes les parties de l’Europe occupées par ce peuple, des Tuiles et des Carreaux de revêtement en grand nombre, pièces qui, par leurs dimensions et leur compacité, toujours plus grandes que celles des Briques à cause de l’usage auquel elles sont destinées , ont pu résister à toutes les actions destructives.
C’est par leurs formes et par quelques dispositions ornementales qu’elles different des nôtres. Elles sont généralement
presque carrées, très-grandes (1), ayant jusqu’à 60 centimètres de côté , souvent avec deux rebords , comme le présente la figure 21. Ces rebords, sur les pièces antiques qu’on a également nommées Tuiles quoiqu’elles ne puissent avoir cet usage, étaient très-variés de formes et de positions , et montraient que ces pièces étaient plutôt des portions de caniveau que des Tuiles véritables (2). Elles étaient marquées du cachet du fabricant (M. C. fig. 20) ou des numéros de la légion qui les avait faites. Cet usage s’est continué en Italie jusqu’à la fin du xve siècle 5 on marquait à Pesaro, lieu si célèbre par ses fabriques de Poteries, les plaques de terre cuite du nom du fabricant , de celui du propriétaire ou de celui du seigneur. On en trouve encore beaucoup qui portent les armoiries et même le nom de Costanza Sforza, seigneur de Pesaro (Passeri).
On confond souvent sous le nom de Tuiles, de grandes plaques de terre cuite, qui devaient avoir servi de Carreaux, soit de couverture de canaux, soit de caniveaux ou de revêtement de murs, qui, beaucoup plus grandes que les Briques et les Tuiles proprement dites , avaient jusqu’à 8 décimètres de côté (plus de 2 pieds romains); on les appelait bipeda.
Celles qu’on a trouvées dans l’Essex, et qui ont été décrites par Thomas Walford (3), avaient 16 et 21 centimètres de côté sur 1 1 centimètres d’épaisseur, ce qui ne peut être appliqué à une Tuile comme nous l’entendons ; elles étaient couvertes sur une de leurs faces des ornements gravés que j’indique ici :
(1) Musée Céramique , M, PL 11, fuj. 20 et 21.
(2) Echu. Turner, Mémoires de la Société royale de Londres , \ol. XXII. p. 82, Pl.i.
3) Mémoires de la Société des Antiquaires de Londres, vol. XIV, p. 64 à 72,