LUSTRÉES, GRECQUES. LOCALITÉS. SAMOS
trouvait à trois milles au sud de cette ville, dans un lieu nommé Cadiana (*).
Il y a dans la traduction d’Hérodote faite par M. Miot , et publiée en 1822 , une vie d’Homère attribuée à Hérodo’te, dans laquelle on trouve une hymne aux Potiers , composée et chantée en l’honneur de ceux de Samos par Homère aveugle. Elle est remarquable par l’exactitude avec laquelle sont décrits les perfectionnements des vases de terre et les accidents qui peuvent leur arriver dans le four. Je la donne ici dans son entier.
« Le lendemain , des Potiers en argile qui travaillaient à » cuire des vases de terre et mettaient le feu aux fourneaux ,
» aperçurent Homère , dont le mérite leur était déjà connu ;
» ils l’appelèrent, et l’engagèrent à leur chanter des vers *
» promettant , pour prix de sa complaisance , de lui donner « quelques vases ou toute autre chose de ce qu’ils possé- » daient. Homère accepta leurs offres , et se mit à chanter » la pièce devers qui, depuis, a été nommée le Fourneau;
» la voici :
» O vous , qui travaillez l’argile , et qui m’offrez une ré- » compense , écoutez mes chants !
.» Minerve, je t’invoque ; parais ici, et prête ta main ha- » bile au travail du fourneau; que les vases qui vont en » sortir, et surtout ceux qui sont destinés aux cérémonies » religieuses , noircissent à point ; que tous se cuisent au » degré de feu convenable, et que, vendus chèrement,
» ils se débitent en grand nombre dans les marchés et les » lues de nos cités; enfin, qu’ils soient pour vous une » souice abondante de profits, et pour moi une occasion » nouvelle de vous chanter.
» Mais si vous voulez me tromper sans pudeur, j’invo- » que contre votre fourneau les fléaux les plus redoutables :
» et Syntrips , et Smaragos, et Asbestos, et Abactos, et
(>) Muritori. Anliquit. ilal. mediiœvi. T. III, p. 122, B C D. Ce plat me paraît par tousses caractères, et évidemment par son inscription, beaucoup plutôt romain que grec. r
POTERIES TENDRES, FINES
» surtout Omodamos , qui , plus que tout autre , est le » destructeur de l’art que vous professez.
» Que le feu dévore votre bâtiment, que tout ce que con- » tient le fourneau s’y mêle et s’y confonde sans retour, » et que le Potier tremble d’effroi à ce spectacle; que le » fourneau fasse entendre un bruit semblable à celui que » rendent les mâchoires d’un cheval irrité, et que tous les » vases fracassés ne soient plus qu’un amas de débris. » [Histoire d’ Hérodote , traduction par M. Miot. Paris, 1822, t. III, p. 263.)
Il est difficile de mieux préciser les résultats d’une fournée heureuse et surtout ceux d’une fournée manquée par excès de feu. C’est bien le spectacle qui se présente lorsqu’à l’ouverture d’un four on voit les piles coupées, écroulées les unes sur les autres , et les pièces de porcelaines brisées mêlées avec les débris des cazettes.
M. Miot a pensé que les noms cités sont ceux des fléaux que les Potiers ont à redouter, et que le poète a personnifiés comme des génies malfaisants. Le Syntrips et le S m a r a g o s seraient la rupture des vases en morceaux , l’Asbestosle feu qu’on ne peut modérer, l’Abactos l’infortune des ouvriers qui voyaient leurs travaux détruits, et l’ Omodamos une force destructive à laquelle rien ne résiste.
En admettant ce récit comme étant celui d’un événement réel (et il n’y a pas plus de motifs de le rejeter que tous ceux du même genre), on voit que la fabrication de la Poterie était célèbre dans l’île de Samos vers la fin du xe siècle avant l’ère chrétienne. La vie d’Homère étant généralement placée vers l’année 907 avant Jésus-Christ, il est certain que le tour à Potier, dont l’existence est déjà établie par un passage de l’Iliade cité plus haut (p. 20) , devait être connu et employé par les Potiers de Samos pour faire les vases qui leur avaient acquis une si grande réputation 3 00 ans avant que le Scythe Anacharsis soit venu en 592 en faire connaître à Athènes un plus parfait.
Samos était encore célèbre par ses coupes (cotylisques) rouges et noires avec des ornements en relief (collection de