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SECTION II— CONDITIONS DE COMPOSITION GÉNÉRALE

Pour atteindre le but qu’on se propose, qui est de lier les éléments des pâtes de la manière la plus facile, la plus complète et la plus convenable, ou de former des pâtes faciles à travailler et solides sous tous les rapports, il faut remplir certaines conditions dont les principales sont l’état physique et chimique des parties, la plasticité et l’homogénéité. Ce sont des conditions essentielles de fabrication de toute pâte céramique.

Pour remplir ce double objet, les matériaux (*) de toutes les pâtes céramiques doivent consister en matières plastiques et en matières arides ou dégraissantes, réunies de manière à former lin tout homogène.

L’homogénéité de nature, c’est-à-dire la répartition égale dans toute la masse des matériaux qui la composent, et celle de densité, c’est-à-dire une égale densité dans toutes les parties de cette masse, sont des conditions de premier ordre ; car on peut façonner par différents procédés des pâtes, et en obtenir des Poteries parfaites, pourvu que ces pâtes possèdent cette double homogénéité.

Ces conditions de perfection des pâtes et les moyens d’y arriver s’obtiennent par quatre voies ou moyens. La plasticité, le dégraissement, l’action de l’eau et l’homogénéité, but où doivent conduire les trois premières.

Article Ier. — ÉTAT TIIYSIQUE ET CHIMIQUE DES PARTIES.

Il ne suffit pas pour obtenir des Poteries d’une sorte et d’une qualité données de former une base composée des éléments chimiques (silice, alumine, chaux, alcali, etc.), qui doivent constituer la Poterie qu’on veut faire. Il faut encore que les matériaux employés remplissent une condition essentielle, qui consiste à

(!) On voit qu’il ne faut pas confondre les matériaux qui composent une pâte avec les éléments de cette pâle. Par exemple : les matériaux de la porcelaine sont : le kaolin et le fclspath, et ses éléments sont : la silice, l’alumine et la potasse.

COMPOSITION GÉNÉRALE DES PATES

présenter à peu près le même mode de combinaison et le même mode d’agrégation que possèdent les matériaux employés ordinairement dans la composition de cette sorte de Poterie.

Cette condition a été mise en évidence par le travail que j’ai fait conjointement avec M. Malaguti et publié en 1 84 * (*), sur la fabrication que nous appelons artificielle de pâte de porcelaine, composée des éléments qui la constituent telle, mais pris chacun dans un état d’isolement et de finesse sous lequel la nature ne les présente jamais. On a vu par nos recherches et nos expériences quelle influence l’état physique et chimique des matériaux employés avait sur la plasticité, la fusibilité et les autres qualités demandées tant aux pâtes en façonnage qu’aux pâtes faites. Comme ces essais ont été principalement dirigés sur la fabrication des pâtes de porcelaine , j’y reviendrai au chapitre de cette Poterie. Je dois me contenter de dire que l’alumine pure , soit hydratée , soit privée d’eau , et la silice pure , mêlées dans les proportions où elles se trouvent dans les pâtes avec de la chaux , etc. , donnent des masses qui ne possèdent ni la plasticité ni la ténacité nécessaire au façonnage des pâtes, et qu’elles ont une fusibilité que ne présentent pas les pâtes composées de ces mêmes éléments, mais existant déjà combinés dans les matériaux naturels que l’on est dans l’habitude d’employer.

Il en résulte, ce que j’avais dit souvent, mais seulement comme présomption , que l’analyse chimique d’une Argile , d’un Kaolin , d’une Marne , était insuffisante pour savoir si ces matières étaient propres à la fabrication des Poteries ; qu’il n’y avait d’autres moyens pour le savoir sûrement, que des essais techniques , soit sur les matières seules , soit sur les matières mélangées avec d’autres terres. Dans ce dernier cas l’analyse chimique pouvait donner d’utiles directions pour éviter de longs et dispendieux tâtonnements , mais elle ne suffit dans aucun cas.

Il en résulte aussi qu’à moins d’avoir exactement les mêmes matériaux, la composition d’une pâte ne peut servir que pour les localités où l’on possède ces matériaux , et que les secrets

C1) Second Mémoire sur les Kaolins (Archives du Muséum d’histoire naturelle. 1841, tome h, page 217).

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qu’on a fait si longtemps des compositions des pâtes de porcelaine de Sèvres , de Saxe , de Berlin , etc. , ne pouvaient être bons que pour éviter la contrefaçon dans le pays même.

§ 1 . — Des matières Plastiques et de la Plasticité.

On entend par Plasticité la faculté qu’ont certaines matières molles de prendre sous la main de l’ouvrier toutes les formes qu’il veut produire. On appelle pâtes longues celles qui jouissent au plus haut degré de cette faculté , et pâtes courtes celles qui , par opposition , ne la possèdent que faiblement.

La Plasticité, quoiqu’elle ne soit pas une condition indispensable au façonnage des pâtes céramiques ( les pâtes des anciennes porcelaines tendres n’ont aucune plasticité), est cependant la propriété le plus généralement recherchée , comme se prêtant le mieux au façonnage le plus facile et le plus ordinaire de ces pâtes.

On n’a encore aucun moyen précis d’évaluer la Plasticité d’une pâte , car elle peut dans une même pâte dépendre de deux causes différentes : la quantité d’eau qu’elle renferme et la finesse des parties.

Ces deux conditions étant les mêmes, on peut évaluer la Plasticité d’une pâte par le degré d’allongement que des boudins ou colombins de cette pâte peuvent prendre sans se rompre ou se déchirer-, mais cette évaluation que l’ouvrier habitué à manier de la pâte fait avec une assez grande précision , ne peut s’exprimer que d’une manière vague.

La Plasticité ne se trouve complètement et naturellement que dans quelques éléments naturels des pâtes, l’argile, la marne argileuse, et la magnésite; je ne connais aucune autre matière minérale qui possède cette propriété.

On remarquera que les trois matières que je viens de citer renferment de l’eau dans un état d’adhérence telle, que la dessiccation à ioo deg. ne peut l’en faire dégager et qu’il faut presque les considérer comme des hydrates.

On remarquera également que pour la marne, c’est l’argile qui 1. 6

MATIERES PLASTIQUES

lui donne cette propriété, et qu’elle décroît à mesure que la marne devient plus calcaire.

On remarquera enfin que dans l’argile elle-même, qu’on regarde comme un silicate d’alumine hydraté, c’est à l’alumine seule qu’on peut attribuer cette propriété.

Et cependant l’alumine pure, soit qu’on la prenne à l’état gélatineux, soit qu’après l’avoir desséchée on la broie longtemps avec de l’eau, ne donne jamais une pâte liante et plastique.

On ne peut pas l’obtenir davantage lorsqu’on y mêle de la silice pure dans la même proportion que celle qui entre dans la composition des argiles.

Il y a donc dans ces dernières une texture particulière que les circonstances de leur formation ou le temps a fait prendre aux parties qui les composent et que nous n’avons pu encore imiter complètement.

Les expériences d’Ekeberg, celles de Thaer, celles que nous avons faites sur des pâtes entièrement artificielles , c’est-à-dire composées d’alumine pure et de silice pure, et que je viens d’indiquer (‘), confirment les conséquences que des physiciens et quelques praticiens avaient tirées d’observations faites d’une manière vague et incomplète.

Il paraît donc que l’état gélatineux de l’alumine n’est pas l’unique cause delaPlasticité, mais qu’il faut que cet état soit restreint dans certaines limites et accompagné de certaines circonstances.

Ainsi un hydrate trop peu dense ou trop aqueux n’a aucune Plasticité.

Un hydrate mêlé de parties grossières qui n’ont elles-mêmes aucune adhérence pour l’hydrate, n’a également qu’une faible et incomplète Plasticité.

Il paraît qu’il faut que l’hydrate gélatineux, principe de la Plasticité terreuse, soit dans un état particulier de concentration, telle qu’il puisse servir de lien à des parties ni trop ténues comme dans l’alumine, ni trop grossières comme dans le sable ou dans

C1) Je parlerai de ces expériences à l’article de la Porcelaine, et je reviendrai sur la plasticité et les moyens de l’évaluer au chap. vi, des propriétés et qualités physiques des pâtes.

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la poudre d’alumine cuite, où les parties sont tellement rapprochées que l’eau ne peut plus s’y combiner.

11 y a donc dans les matières terreuses plastiques des parties qui sont dans un état particulier d’adhérence analogue à celle des corps que l’on appelle visqueux ; et cela paraît d’autant plus vraisemblable qu’on peut donner à des pâtes composées de matières arides, de matières qui n’ont aucune liaison entre elles, une plasticité suffisante pour qu’on puisse les mouler par pression, en ajoutant à ces pâtes une matière visqueuse végétale ou animale telle que de la gomme, de la colle de farine, un mucilage, et même du savon.

Si la Plasticité est une condition de première importance pour faciliter la fabrication et par suite le façonnage des pâtes, portée à un trop haut degré , elle a de graves inconvénients qu’il faut savoir maîtriser. Une pâte trop plastique sèche difficilement et inégalement. Les pièces qui en sont faites éprouvent par la dessiccation une déformation considérable et sont très-sujettes à se fendre. Ces inconvénients sont développés et aggravés par la cuisson. Il a donc fallu introduire dans la composition des pâtes céramiques des matières qui détruisent les mauvais effets de la Plasticité lorsque ces matières ne s’y trouvaient pas naturellement. Ce sont les matières qu’on appelle arides ou dégraissantes. Nous appellerons cette opération Dégraissement des pâtes.

§ 2. — Du Dégraissement des pâtes.

Les matières que l’on appelle arides ou dégraissantes sont , comme on l’a vu , assez variées , et sont appliquées suivant la nature de la base plastique et la qualité de Poterie qu’on veut obtenir. Les unes sont naturelles ; on les a fait connaître; les autres, artificielles, sont celles qu’on nomme improprement ciment, qui est le résultat de la trituration des pâtes céramiques déjà cuites , et celles qu’on appelle Escarbilles. Ce sont les scories mêlées de charbon, qui tombent de la forge des serruriers.

On choisit ces matières suivant la nature, la qualité et le but économique de la Poterie qu’on se propose de fabriquer.

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