‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 21 sur 111 · DE LA CHARPIE BAUTE RETIRÉE DU LINGE · texte numérisé non relu

DE LA CHARPIE BAUTE RETIRÉE DU LINGE

Caractères , propriétés. La charpie brute est tantôt fine, tantôt grossière, et tantôt courte ou menue.

La charpie fine, belle , fraiche , qui n'a point été comprimée , est blanche, légère , douce au toucher, souple, élastique. Les filamens qui la forment s’enlacent dans une foule de directions variées et tiennent les uns aux autres (PI. XVIIE, fig.1v). Leur longueur doit être , en général, au moins de cinq travers de doigt. Ils sont fins, tortueux , et présentent une multitude d’inflexions ou d'ondulations alternatives peu prononcées , dues à l’entrecroisement et à la pression qu'ils éprouvaient dans le linge d’où on les a retirés ; ils sont hérissés dans tous les gens d’une sorte de duvet cotonneux, délié, formé par d'innombrables filets divergens du tortis de filasse qui les compose , et que l’on ne distingue bien qu’au microscope. Ces filets de la charpie sont contournés et souvent recourbés en crochet par leur extrémité : c'est à cause de cetté disposition que ses brins adhèrent si bien les uns aux autres; enfin ces brins sont faciles à étendreset à déchirer.

La charpie grossière ne diffère de la précédente qu’en ve qu'elle est composée de filamens plus gros, à inflexions . alternatives plus prononcées, et d’ailleurs moins cotonneux, plus durs, plus raides, plus solides et plus lourds.

La charpie courte ou menue est formée de filamens courts, et mal unis par cela même. Elle est d’ailleurs

remplie de nœuds durs au toucher, qui proviennent pour. la plupart de la manière dont elle a été préparée, comme: on le verra plus bas. La charpie , quelle qu en soit l'es nhbn étant apposée : sur une surface couverte d’une mince couche d’eau,s’y applique très promptement, et à vue d'œil, dans toute ou presque toute son étendue ; par un phénomène de capillarité, elle s'humecte et abrhe en un moment autant de liquide qu'elle peut s'en pénétrer. | Ayant pris deux. mèches de charpie d’une longueur et d'un poids égal, coupées toutes deux ayec des Ciseaux à leurs extrémités, mais faites l’une avec du vieux linge, l’autre avec du linge neuf, je les pliai en deux parties égales ; je rangeai trois verres l’un à côté de l'autre sur la même ligne , et je mis les deux mèches à chevalet dans la même position sur les bords de deux. verres voisins ; je remplis alors'celui du milieu où chacune plongeait, tantôt “âvec de l’eau, tantôt avec du vin, tantôt avec.de l'huile, etc., pour juger à la fois de la faculté absorbante de la charpie tirée du linge yeux , et de la charpie tirée du linge neuf. Il résulte de ces expériences que la charpie absorbe l'eau, le vin, très promptement, avec une grande facilité, et sans interruption ; que celle qui est faite avec de Ja toile neuve, en absorbe davantage que celle qui est retirée d'un ie médiocrement usé, résultat: qui est en opposi- | tion avec les-idéès généralement reçues ; que’ni l’une ni l’autre n’absorbent facilement huile. IL est certain qu’elles n'absorbent pas sensiblement le pus; qu'elles n’en absorbent guère que la partie la plus fluide, ce qui est fort peu de chose. C'est ce que prouvent ces plumasseaux qu'on retire si souvent presque secs de dessus une partie en pleine suppuration ; ils prouvent encore que l’on s’est exagéré la faculté absorbante de la charpie ; que si, par conséquent,

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des plamasseaux en sont tout imbibés, cela tient à ce qu’ils en ont été en quelque sorte inondés.

Es charpie étant répandue sur des corpuscules légers, comme le sable et la poussière, ils ÿ adhèrent promptement, au point qu'il devient dificile de les détacher.

La charpie fine excite et échauffe les plaies ou les ulcères , sans les irriter; elle des avive, les tient rouges et vermeils, et tandis qu’elle y absorbe la partie la plus fluide du pus, la partie solide et albumineuse de ce dernier y reste attachée. Elle-même, la charpie, adhère aux'points que la suppuration ne tient pas continuellement humides, et particulièrement aux bords des solutions de continuité , si l’on n’a pas le soin de les couvrir d’une PAPAS RE découpée enduite de cérat.

La charpie grossière , employée aussi à nu età sec sur une plaie ou un ulcère , ne les excite pas seulement , elle les irrite, et peut y déterminer des saignemens ou une trop odtlante suppuration , qui retardent la cicatrisation. Il + aurait peut-être méme du danger à l'employer sur de grandes plaies. Absorbe-t-elle mieux que les précédentes les fluides de la suppuration ou le sang? Je l'ignore. Les expériences que j'ai citées plus haut portent à le croire.

Quant à la charpie courte ou menue, elle pourraitirriter, par les nodosités qu'elle présente, et d’ailleurs, par cela même, absorber moins aisément les fluides des plaies ou des ulcères. |

La charpie, suffisamment couverté de cérat ou de tout autre enduit gras , ne s'attache point‘aux plaies , lors même que celles-ci sont sèches. Elle ne les excite pas, d’ailleurs, d'une manière manifeste , si le corps gras qui la recouvre est bien frais ; enfin elle en absorbe plus diflicilement les fluides. Or, Miisaue très fréquemment on ne craint pas de lenduire de cérat , même dans le cas d'une abondante sup-

puration , il suit de‘là que généralement, en exagérant beaucoup l’activité absorbante de la charpie sur les plaies ou les ulcères, on y attache plus d'importance dans les livres que dans la pratique.

De la manière de l'employer. On l'emploie en chirurgie sous les formes assez variées de plumasseaux, de gàteaux, de boulettes, de boules, de bourdonnets, de tampons, de mèches et de tentes, ou même en masses irrégulières assez considérables. R

Usages. Elle sert tantôt à prévenir le contact de l'air ou des corps étrangers ; tantôt à modérer une pression fatigante ou insupportable ; tantôt à déterger une plaie réunie, ou non réunie, immédiatement ; ici, à remplir les vides qui restent entre les différentes pièces d’un appareil; ailleurs, à dilater une ouverture ou un conduit rétrécis. Dans certains cas, on en fait des boules ou des boulettes com pressives, et dans d’autres, des plumasseaux que l’on couvre de médicamens.

En général, on n’emploie guère et on ne doit employer sur les solutions de continuité ou sur les membranes muqueuses et la peau nue que la charpie fine: Il ne faut se servir de la charpie brute et de la charpie menue que pour combler des vides, comprimer une partie, ou recouvrir la charpie fine. Tel est aussi le seul usage à faire de celle qui a servi, et qu'on a d’ailleurs parfaitement blanchie. On recouvrira les plaies douloureuses, sèches ou saignantes, avec de la charpie enduüite de cérat frais: on pourra, au contraire, retrancher ce médicament toutes les fois que la suppuration sera abondante, et que d’ailleurs il n’en résultera pas d’irritation.

Préparation. La charpie doit être faite avec du linge à demi usé, d’un tissu peu serré, blanc de lessive, et que la blanchisseuse n’a point coloré en bleu ou endurci par de

l'empois. Dans certains cas, où l’on pourrait craindre que le linge dont on serait obligé de se servir fut empoisonné par des miasmes délétères et contagieux, il serait très prudent de le passer au chlore, et ensuite de le bien laver. NL

On a recommandé de rejeter le linge blanchi à la chaux ou à l’eau de javelle. Tant de précautions ne sont guère permises que dans les cas où l’ongst amplement pourvu de linge de bonne qualité ; mais, pour peu qu'il soit rare, je ne crois pas QW'il y ait grand risque à se servir de celui que je viens de dire et qu’on aurait rejeté dans le cas d’abondance. Ïl n’y en aurait certainement aucun à employer sur des points de la peau parfaitement sains, de la’ charpie que l'on aurait retirée de ce linge. On pourrait d’ailleurs s’en servir comme moyen de remplissage.

Ilest plus rationnel de refuser le linge de rebut des casernes, des prisons'et des hôpitaux; cependant ce précepte souffre encore des exceptions , s’il peut étre-assaini avec avantage. “

La charpie ne doit être faite que par des personnes propres, et dans un lieu propre. Des gens sales, grands priseurs, couverts de vermine ou affectés de la syphilis, peuvent lui communiquer des propriétés malfaisantes. et dangereuses. |

Il y a peut-être un pe de sévérité dans ces préceptes ; mais on s'écarte si souvent des règles les plus rationnelles, qu'on ne risque rien de commander trop pour que l'on obéisseassez. À

Pour faire de la charpie, coupez le linge que vousaurez choisi, en morceaux carrés d'au moins cinq travers de doigt de large ou pius, selon la longueur dont vous aurez besoin. Tenant un morceau de la main gauche, saisissez les fils par leur extrémité avec le bout ou les ongles de lin-

dex et du pouce de la main droite, sur lun des bords du linge ; saisissez-les un à un, ou au plus, deux à deux à la fois, tirez-les sans secousse, parallèlement, à peu près , à leur direction. En prenant plus de deux fils ensemble, souvent, surtout si le linge est usé, les fils, au lieu de céder et de venir facilement, se tendent, se rapprochent, se pressent, se nouent en petites masses et enfin se cassent. La chateie qu'on en retire s’qbtient plus difficilement ; elle est peu homogène, et se lie mal ; elle est remplie de nœuds que l'on est souvent obligé à rejeter , et il en résulte des pertes réelles de temps, de main d'œuvre et de matière.

Lorsqu'on a besoin de longue charpie pour faire de grandes mèches ou des tentes, par exemple, il faut tailler les morcéaux de linges très longs et très étroits, redoubler de précautions, et suivre plus scrupuleusement encore dans la préparation de cette charpie, les règles que nous venons de prescrire pour faire la charpie la plus commune. Ces détails pourront sembler oiseux aux chirurgiens des grandes villes ; ils ne le seront pas pour ceux qui, pratiquant leur art “dans les villages et les hameaux, sont souvent obligés de préparer eux-mêmes et à la hâte la charpie dont ils ont besoin, ou d'enseigner à des hommes peu intelligens la manière de la préparer. :

* Conservation de la charpie. Dans les grands établissemens, elle doit être rassemblée à mesure qu’elle est faite, conservée dans un lieu parfaitement sec, bien aéré et élevé d’un étage au-dessus du sol, car elle se pique et moisit par l'humidité. Il ne faut point l’entasser, parce qu’à la longue elle s’altère ; ses filaments adhèrent de plus en plus intimement, elle finit par former de petites masses dures, et doit perdre sa faculté absorbante. Par conséquent, il ne faut pas la conserver trop long-temps sans l’agiter et la battie. Serait-il convenable de la carder ? comme la pro-

posé Lombard {1). Je ne le pense pa Cette opération la hache en charpie menue.

Déposée trop près des salles, des il de la boucherie, de la chambre des morts, dans les hôpitaux, elle con- : tracte, dit le professeur Percy, des qualités nuisibles ; elle devient l’excipient de toutes les émanations animales et de germes contagieux. On ,conservait depuis plusieurs années, à l’'Hôtel-Dieu de Paris, de la charpie qui était emmagasinée- à portée des salles ; distribuée aux blessés de l'une des sanglantes journées de la révolution , la pourriture, d'hôpital se manifesta sur les plaies du plus grand nombre d’entre eux, et il a paru à M. le professeur Pelletan, qui nous a révélé ce fait, que cette charpie en était la seule cause. Si cette conséquence n’est pas rigoureuse, elle est au moins très probable.

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