IL. à
Valenuna, obligés de panser leurs malades au milieu des ruines de Smolensk, au moyen d’étoupes et de coton de bouleau. (Ségur, Hist, de Napoléon et de la grande dues 4e éd., P: 316. Paris, 1835.)
Je n'ai rien dit de plus, ni de moins, sur l'emploi de la charpie de coton, dans la première baton de cet ouvrage. Mais l'apologie qu’en a récemment faite M. Mayor m'oblige d’ajouter quelque chose à ce que J'en aïdit en 1826.
Suivant le célèbre chirurgien de Lausanne (1) « On est » obligé d'utiliser, pour la confection de la charpie, toute » espèce de vieux linge. » dire toute espèce pour dire le linge qui convient, comme celui qui ne convient pas, c'est une exagération; car c'est à faire du aie de on CRIRIDIE les vieux chiffons.
«Ces chiffons doivent être lessivés; mais qui nous garantira qu'ils l’ontété avec soin, dit M. Mayor, et qu'ils ne sont pas salis par des restes de sueur, de pus, de sanie, provenant de phthisiques, de galeux, de vénériens.»2eExa : gération de M. Mayor. Qui a prouvé que des linges, quels qu'ils soient, peuvent communiquer la phthisie, et des linges ladite la gale ou la vérole ? qui à prouvé Li ls puissent causer une autre maladie ?
« La charpie s’altère: » Sans doute ! mais lé coton peut s’altérer aussi. 3° Exagération.
Elle est souvent abandonnée sur des lits malpropres , ou livrée à des mains dégoutantes. Mais n’en serait-il pas de même pour le coton si on s’en servait comme on se sert de la charpie ? fe Exagération- : |
Il est vrai qu on ne peut pas s’en procurer toujours : ; mais il n’est pas vrai qu’on en manque souvent. 5° Exagération.
Enfin il est vrai que son prix est trop élevé.
(1) Troisième édition, Paris, 1838 ,Edition contrefaite sur la deuxième édit. de Lausanne en 1837, ch. IV.
En conséquence, M: Mayor propose de remplacer la charpie par Le coton. « Rangé, dit-il, comme ce qui existe de plus malfaisant et de plus hostile à l'humanité, au nombre des êtres venimeux, le coton, avec tous les tissus qui en dérivent, a été et est encore universellement redouté et proscrit, etc. » La preuve qu'il n'est pas si redouté, si proscrit, c’est qu’on s’en sert généralement pour chemises et pour mouchoirs de poche , bien qu'il irrite parfois le nez et la lèvre supérieure, jusqu’à ‘y déterminer une olophlictide. 6° Exagération.
Suivant M. Mayor, on le redoute tellement, qu'on lui préfère non seulement la charpie, mais la mousse et le foin! avec un point d'exclamation. 7e Exagération.
Comment se fait-il que le célèbre chirurgien suisse, écrivant sur les bandages et les pansemens , enveloppe tous les chirurgiens dans sa critique, et ne fasse pas la moindre exception pour l'ouvrage classique de bandage et de pansement, actuellement en usage en France, bien que cet ouvrage, loin de manifester contre le coton les préventions ridicules que M. Mayor prête à tout le monde , lait précisément recommandé contre certains ulcères et dans d’autres cas encore? (1) Pourquoi M. Mayor oublie-t-il que le coton est d’un usage vulgaire en Ecosse dans le traitement de la brülure ; que le docteur Anderson en a fait le sujet derecherches expérimentales pratiques à l'hôpital de Glascow, et n’a eu qu'à s’en féliciter ; que l’on a vérifié en France l'avantage de son emploi dans certaines brülures (2)?
Pourquoi donc le célèbre chirurgien qui se plaint si vivement du dédain et de l'injustice deses confrères (3) ne
(1) Voyez p. 16 de la première édition de mon 7raité des bandages ou plus haut dans celle-ci l’histoire de la charpie, depuis la p.8 , jusqu’à la p. 18 , qui sontextraites de la première édition, et surtout la p. 17.
(2) Art. Brûlure du Dict. de méd. en 25 vol.
(3) Ouv. cit., troisième édition, p. 561, en note.
se montre-t-il pas lui-même plus juste, et pousse-t-il l’oubli jusqu’à ne citer jamais ceux qu'il reproduit ou qu’il imite?
J'en suis vraiment fâché pour M. Mayor, parce que les envieux de son talent, et qui est-ce qui n’a pas d’envieux ! seraient capables de supposer qu'il cite d'autant moins qu'il craint davantage de se dépouiller lui-même d’une partie des idées auxquelles il attache tant de prix; ou qu'il ne prête des craintes ridicules à ses confrères que pour se donner plus de relief à lui-même (x). Je suis bien persuadé que ce serait là de calomnieuses suppositions ; mais il est de l'intérêt de M. Mayor que tout le monde le pense comme moi-même,
Au reste, quelles que soient ses exagérations, je me > plais à dire qu'il a rendu service à la chirurgie en lui rappelant que le coton peut remplacer ou suppléer la charpie, parce qu'il a des propriétés analogues ; qu’il coûte moins cher et qu'on s’en procure facilement. Mais je ne pense pas, comme notre honorable confrère , qu’il puisse toujours suppléer la charpie.
On fera très bien de l'employer comme remplissage. Il peut s'appliquer à la peau et même sur les ulcères et les plaies peu sensibles , peu étendues. On pourra sans doute, dans beaucoup de cas, s’écarter de ces principes , mais on ne devra jamais le faire qu'avec prudence et réserve.
(1) On voit quelques praticiens qui font d’autant plus de bruit etse vantent d’autant plus qu’ils en ont moins le droit. C’était déjà ainsi du temps d’'Hippocrate. « En tout art, dit-il , il est honteux de faire beaucoup de bruit avec de grands appareils et de chercher à faire parler de soi pour n’opérer rien de bon,» Traité des art., 6 21,1. I, p. 48, trad. de Gardeil. C’est ainsi à Paris , parce que, j'aime à le eroire, du moins, c’est un centre de rivalités nuisibles les unes aux autres et que d’ailleurs c’est un centre de corruption qui a perdu depuis long-temps la pureté des mœurs provinciales, Je me plais à penser qu’on n’agit pas ainsi en Suisse.
Voici un exemple bien malheureux, qui prouve, jecrois, la sagesse de ce précepte : j'avais fait depuis neuf jours l'extirpation de la cuisse, en d’autres termes , l'amputation du membre dans l’articulation iléo-fémorale, chez une femme de 50 à 60 ans, pour une énorme tumeur encéphaloïde, qui remontait depuis le tiers inférieur de la cuisse, jusque vers laine. La malade avait été jusque là parfaitement bien; elle n'avait eu que peu de fièvre ; la suppuration était modérée; en un mot, la malade était dans l’état le plus favorable , quand, poussé par une aveugle fatalité, et contrairement à ma prudence habituelle, dans les cas graves surtout, je conçois la malheureuse idée d'essayer en petit, l'usage du coton, faute de belle charpie. J'en applique, en conséquence, sur deux pouces carrés environ, dela vaste plaie que j'avais à panser.
Deux ou trois heures après, je suis appelé pour secourir Ja malade tourmentée par une irritation ardente, développée depuis le pansement ; je me hâte de lever l’appareil ; je trouve la plaie très rouge, surtout à l'endroit où était appliqué le coton ; je la couvre d’un cataplasme émollient; au bout d’une heure, lirritation locale n’ayant pas diminué, et semblant même accrue, j’emploie l'irrigation, üède d’abord , plus fraiche de quelques degrés ensuite , et J'administre une potion calmante.
Le mal empire avec rapidité; du trismus se manifeste dans la journée même , et cinquante heures plus tard ; le onzième jour de l'amputation, la malade, qui avait été si bien pendant neuf jours, succombe avec le tétanos, sans que l'irritation de la plaie se soit calmée.
La malade eût, sans doute, très-bien pu mourir de l'ablation de la cuisse, lors même qu’on n’eüût pas employé le coton, qui, d’ailleurs, ne fut essayé que sur une parte très-étroite de la plaie ; lextirpation de la cuisse est
ad PREMIÈRES PIÈCES D'APPARE!L.
même une opération ordinairement mortelle; mais il n'en est pas moins certain que c’est l'application du coton qui a été le point de départ, et, j'ose le dire, la cause des accidens auxquels la malade a succombé.
Depuis ce malheur, qui n’est arrivé en 1835, J'ai maintes fois employé le coton sur des ulcères, sur de petites plaies peu sensibles. J'ai constaté qu'il déterminait assez souvent de la chaleur, des picotemens, en un mot de lirgitation. J'ai eu des malades qui m'ont prié de les faire panser avec de la charpie, parce que le coton les tourmentait ; mais dans beaucoup de cas aussi, les malades n'ont pas éprouvé plus d’irritation que lorsqu'ils étaient pansés avec de la charpie.
Indépendamment de l’irritation locale qu’il occasionne, le coton s'attache tellement aux parties et surtout aux bords des plaies, que, si l’on n’a pas la précaution de les garnir avec une bandelette de linge cératée pour prévenir son adhésion , il arrache la cicatrice lorsqu'on l'enlève au moment du pansement.
Le coton rend aussi assez souvent les plaies saignantes , ou les couvre d’une couche blanchâtre de filamens trèsfins, qui restent adhérens à leur surface , et qu’on ne peut en détacher sans les faire saigner encore.
Enfin, la cicatrisation m’a paru plus longue à s’accomplir par des pansemens au coton que par des pansemens.à la charpie. Ce sont, au reste , des doutes que je me propose d’éclaircir.
Ainsi, en définitive, M. Mayor a exagéré les avantages du coton autant qu’il a déprécié avec excès les inconvéniens de l'emploi de la charpie. Il est donc sorti des bornes de la vérité et tombé dans l'erreur, faute commune aux systématiques. Néanmoins les administrations publiques, les hôpitaux et les chirurgiens ne sauraientse dispenser de faire
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usage du coton dans les cas où il est permis de l'employer; car le coton est réellement plus économique et plus facile à trouver dans le commerce que la charpie; et, si ce précepte doit devenir une règle d'économie politique pour les gouvernemens, c'est un précepte de chirurgie que les hommes de l’art doivent connaître pour le: faire prévaloir. | | |
D'ailleurs, quand on voudra appliquer la charpie sur une vaste plaie, on fera bien de commencer par n’en couvrir qu'une petite portion, qu'on augmentera chaque jour, davantage, s’il n’en résulte pas d’accidens.
Manière d'enlever la charpie.
Lorsque la charpie étant salie, on veut l'enlever, rien de si simple quand elle se détache facilement. Dans le cas contraire , il faut commencer par la mouiller avec une éponge ou des compresses imbibées d’eau tiède.
Pour l’enlever, on peut la saisir avec les doigts si elle est peu mouillée par la suppuration ; mais il est toujours plus propre d'employer des pinces à pansement (1), et l’on ne doit jamais agir autrement lorsqu'elle estinondée de pus. Tout chirurgien qui manque à ces règles inspire du dégoût à ses malades, et par les souvenirs qu’il leur rappelle toujours , et par la mauvaise odeur qu’il dégage souvent.
PLUMASSEAUX.
Ce sont de petites couches de charpie, formées par un assemblage de filamens à peu près parallèles ou légèrement entre-croisés, mais adhérens tous les uns aux autres