‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 29 sur 111 · DU SÉTON · texte numérisé non relu

DU SÉTON

C’est tantôt une longue bande de linge légèrement usée et-eflilée sur ses bords (pl. XVIIE, fig. VIT 1, 1, 1,1), tantot une longue mèche de coton. Il me semble convenable d'appeler le premier séton-bande et le second séton-mèche, pour les distinguer l’un de l’autre.

Usages. Le sélon, passé à travers et sous la peau, déter-

(4) OEuv. chir. posth., t. IUT, p.136.—(2) Id. p.138.— (3\Dict. de chir..,. fist. à l'anus, p. 181.

4o PREMIÈRES PIÈCES D'APPAREIL.

nune une irrilalion dérivative qui peut en diminuer ou en détruire une autre plus ou moins éloignée; c’est ainsi qu'étant placé à la nuque, il guérit souvent une ophthalmie rebelle. Passé dans la tunique vaginale ou entre les os d’une articulation contre nature, il peut y développer une inflammation adhésive qui détermine, dans le premier cas, l'union des parois opposées de la tuniqué vaginale, et dans le second, l'union des os. Introduit dans une plaie comme dans celle de lopération de l'empyème, il sert à entretenir l'ouverture et à y favoriser l'écoulement du pus ou de tout autre fluide.

Préparation. On ne doit pas faire un séton avec du linge trop grossier ou trop usé. Trop grossier, son emploi serait excessivement douloureux; trop usé, il pourrait se casser dans les tractions qu’il doit éprouver. On doit commencer par tailler le linge en bandelette, et l’effiler ensuite sur ses bords, comme si l’on en retirait les fils pour en faire de la longue charpie. Quant au séton-mèche , on trouve, toutes préparées, dans le commerce, des mèches de coton très propres à le former. On pourrait aussi le faire avec du coton filé. Dans tous les cas il faut graisser avec du cérat la portion du séton que l’on doit introduire dans la plaie.

Application. 1° Le séton s'applique avec une lame tranchante sur ses deux bords, percée d’un chas à son exitrémité mousse, et connue sous le nom d’aiguille à séton. Cette lame, armée du séton comme laiguille du tailleur de son fil, est passée à travers Îes parties qu’elle doit traverser, retirée de quelques centimètres du côté opposé à son entrée , et séparée du séton, qui reste dans la plaie, pour y être, à chaque pansemerit, attiré davantage dans le même sens que dans le premier cas, ainsi que nous le dirons plus bas. Ce procédé exige une aiguille particulière . 4u'on n'a pas toujours.

CHARPIE, 4x

29 D'autres fois, au lieu de se servir de laiguille à séton, le chirurgien transperce, avec la lame étroite d’un bistouri, la partie que le séton doit traverser, et il glisse ensuite, le long de cette lame, un stylet mousse percé d’une grande ouverture à l’une de ses extrémités, lequel entraine dans la plaie la bandelette eflilée.

30 Enfin il en est qui passent ce séton au moyen d’une aiguille contenue dansune canule, mais de laquelle sortentla pointe de l'aiguille etson extrémité opposée enfilée du séton.

Cette aiguille et sa canule, qui forment un véritable trois-

quarts, sont plongées ensemble dans les parties quele séton doit traverser,; aussiiôt que la canule se montre du côté opposé, elle est retenue momentanément, l'aiguille est retirée en sens inverse à son entrée, et lorsqu'il sort, par l’issue qu'elle s’est pratiquée, un assez long bout de séton, on retire la canule à son tour, en laissant le séton en place... Mais l'application première du séton est une opération chirurgicale, et j'en ai peut-être déjà trop dit à ce sujet pour cetouvrage.

Je dois pourtant ajouter qu'après son application il convient de rouler lächement l'extrémité postérieure de la bandelette ou du séton-mèche sur elle-même (j'appelle ainsi l'extrémité opposée à celle qui a traverséla plaie)et de nouer ensemble la pelotte et l'extrémité antérieure du séton. Cette précaution est destinée à empêcher le séton de sortir de la plaie, ce qui exigerait sa réintroduction, opération toujours un peu douloureuse. Lorsqu'elle est roulée, il faut en traverser le rouleau, avec un gros fil, d’un point de sa circonférence à l’autre; nouer et boucler ensemble les deux extrémités de ce fil, afin que la bandelette ne se déroule point dans les pièces de l'appareil, et que l’on puisse facilement, à chaque pansement, en développer les circulaires, en dénouant le fil sans le retirer du rouleau qu’il traverse.

La PREMIÈRES PIÈCES D'APPAREIL.

Effets de l'emploi du séton. Le séton est un corps étranger qui irrite beaucoup les parties vives au sein desquelles il est placé. Quelquefois il est insupportable, et ilest par cela même un excellent dérivatif et une puissante cause d’inflammation pour les parties qu’il traverse. Le sétonbande agrandit quelquefois trop, par sa largeur, les ouvertures de la peau; et lorsqu'ilest passé immédiatement au-dessous, comme cela arrive lorsqu'on le met à la nuque pour une ophthalmie, il peut décoller la peau, en déterminer peu à peu lusure par suppuration, et rendre son recollement difficile. Ces inconvéniens, peut-être un peu exagérés, lui ont fait préférer par quelques-uns le séton-mèche,

Changement du séton à chaque pansement. Tous les jours le chirurgien, après avoir délié le fil qui contient le rouleau du séton, doiten attirer dans la plaie aux dépens de ce dernier, une portion propre et nouvelle qu’ila préalablement graissée.Ïl doitl'attirer au-delà dela plaie dans l'étendue d’un décimètre au moins (près de quatre pouces). I'doit en outre retrancher aussitôt la portion que la suppuration a salie, en s’arrangeant de manière que le séton sorte toujours d’au moins un décimètre à travers la plaie.

Il est inutile de dire que s’il était collé sur les bords de celle-ci et ne pouvait glisser sans produire de douleurs, il faudrait commencer par détruire ses adhérences avec de l’eau tiède.

Le séton changé, on le roule, on le noue et on l’attache, comme au jour de sa première introduction. Lorsqu'il est épuisé, on ajoute à son extrémité fivale le bout d’un autre rouleau que lon emploie par la suite comme le premier.

On en fait usage depuis un temps immémorial dans le traitement des plaies et des ulcères; car on ne voit guère

ce que les Grecs et les Latins désigneraient sous les noms particuliers de porèç( Galien, Paul d'Egine ); de porèv ( Eustathe (1) ; de por ( Quintus Calaber ), de linamentum , de linteum carptum, de linteum vulnerarium, si ce n’est une sorte de charpie (2). Ils en faisaient avec le chanvre préparé, pexa cannabis, avec le lin Avovuorov, dont les Latins ont fait Zramentum, probablement. Percy est porté à croire qu'il y avait chez les contemporains d'Hippocrate, comme il y a de nos jours chez quelques-uns de nos voisins, des fabricans et marchands de charpie, de bandages, ete, sous la dénomination d’epyoros (3); comme je n'ai rien trouvé en faveur de cette idée, et comme d’ailleurs Hippocrate et Galien ont donné ce nom à de la charpie qu’on introduit imprégnée d’un médicament liquide dans les plaies et dans les fistules, j'avoue que je ne puis partager cette opinion. Il parait que les anciens employaient la charpie à peu près sous les mêmes formes que nous le faisons. Ils en composaient de petits coussins pulvilli, c'est-à-dire de petits coussins formés de plumes cousues entre deux linges, suivant Guy de Chauliac; (4) des tentes, turundæ, linamenta obvoluta et longa; des tampdhs, auxquels ils donnaient assurément des noms peu décens, ob priapi vel mentulæ formam, comme le remarque Percy. Ils se servaient aussi de la charpie rapée, linamentum rasile et d'étoupes , stupa cannabina. |

Si l'on en juge d’après les mots grecs uroxepdhaov et rpooxepdharov, Oreiller, coussin, et surtout d’après la traduction que les Latins en ont faite par le mot plumaceolus, d’où est venu plumasseau, on est porté à croire qu'ils firent usage de coussins de plume dans le pansement

(1) Lexic. græco-latin, apud G.Leimarium, 1583.— (2) Lexicon vide, 1773,

apud G. Leimarium 1583.— Lg Dict. des sc. ja art. Charpie.—(4)Tr. 3 doct. 3, ch. I, p. 223.

des plaies; et cette opinion n’est pas invraisemblable. (1)

Si cependant il est douteux qu’on employät autrefois la plume dans le pansement des plaies proprement dites, il ne l'est pas que la laine grasse, l'éponge et des feuilles de plantes imbibées de vinaigre, que nous n’appliquons point sur les plaies, n'aient été souvent mises en usage de cette manière par les anciens. On en trouve des preuves à chaque page dans les livres hippocratiques (2), et dans la partie médicale de l'Encyclopédie de Celse (3). L'éponge était destinée à absorber les fluides des plaies. Au rapport de Dionis (4), on a même appliqué sur les solutions de continuité une espèce de champignons,

Du temps des arabistes on faisait un grand usage ue l’étoupade ; c'était un mélange d’étoupes et de blanc d'œuf, et Guy de Chauliac lui-même en recommande à chaque instant l'emploi. Il prétend aussi « qu'on a inventé de faire les plumasseaux d’étoupes de chanvre, principalement bien peignées et nettes, d'autant qu'il y avait de l'ennui quand il les fallait renouveler (6). » Ainsi de son temps on faisait encore des plumasseaux avec du chanvre bien peigné. On les faisait aussi quelquefois de laïme ou de coton ; plusieurs appliquaient « des drapeaux mollets, doubles ou triples, ou une éponge accommodée. Les tentes à modifier les plaies étaient faites de charpie, ou d’un vieux drapeau doux mesmement (5). » On s'en servait, ainsi que d'éponge ou de racine de gentiane, pour dilater lorifice des plaies sinveuses. Néanmoins Paré s’est récrié contre l’usage des tentes introduites dans les plaies; elles éntretiennent la suppuration qui cesse quand on les retire, et laissent la cicatrisation fermer la solution de continuité (6).

(4) Liv. des plaies, t. IV, 6 8, 44, ete. — (2) Liv. V, ch. xxvr, 6 23, etc. — (3) Cours, etc., p. 37.— (4) Traité ITT, doct. 1, ch.1, p. 223.— (5) P. 224- —($) Liv. IX, ch. v, p. 326.

Dionis a consacré deux articles particuliers à la charpie, aux plumasseaux et aux tentes, qu'il a d’ailleurs fait figurer (1). On y trouve aussi décrites et représentées les tentes de linge que les anciens employaient quelquefois à la place des tentes de charpie : elles étaient toutes renflées en tête à leur extrémité extérieure ; afin qu'en plongeant dans les plaies pénétrantes de la poitrine et de l'abdomen , elles ne pussent pas y pénétrer et s'y égarer. C'était pour prévenir cet accident, qu'on les liait d'un long fil audessous. de la tête. L. Heister a rendu un compte exact de ces motifs dans sa Chirurgie (2). Il n’a d’ailleurs fait que recopier les figures de Dionis sur la charpie et ses préparations (3). On ne trouve peut-être rien de mieux dans les auteurs que ce que Leclerc a écrit sur la préparation de la charpie , des plumasseaux, des bourdonnets et des tentes (4). Il est entré à cet égard dans des détails fort intéressans.

Les académiciens Pibrac, Fabre, etc. (5), ont cherché à déterminer les cas nombreux où la charpie sèche est préférable pour les plaies à la charpie couverte d’onguens, desquels on faisait un si grand usage avant que l'académie de chirurgie n’ait amené leur proscription. Belloste s'est récrié avec raison contre l'introduction des bourdonnets dans les plaies. Terras a composé trois longs mémoires suriles propriétés et l'usage de la charpie : c’est trop pour ne rien dire de neuf et d’important (6). A l'exemple des membres de l'académie de chirurgie, il proscrit l'emploi des omfuens sur la charpie;mais il recommande celui du cérat frais. Je préfère encore ce que Lombard a dit sur ce sujet, malgré ses dégoütantes et ridicules déclamations (5).

(4) Cours, etc., p. 37 et 29 — (2) Ouv. cité, Introd., 6 56.—(3) Introd., pl. 2.—(4) Appar., p. 34 et suiv.—(5) Mém. de l’accad. roy. de chir., t. IV, p. 174, et prix, t. II, p. 482..— (6) P. 224.— (7) Liv. 1x, chap. v, p. 326.

Il a très bien décrit les effets de la charpie räpée sur les plaies. Percy a traité cette matière avec plus Férustion que de profondeur (1).

Malgré tout ce que l’on a écrit sur la charpie, ses propriétés ont été jusqu'ici mal décrites, sa préparation et celle des plumasseaux fort mal ex posées, sous le prétexte banal que la pratique seule peut enseigner les détails de la prätique. J'ai tâché de remplir cette lacune.

Remarque. À la place des tentes, les anciens ont mis'en

usage dans les plaies, des canules d’airain ou d’argent pertuisées, dit Guy de Chauliac, pour donner issue à la suppuration des plaies profondes (2). Paré en décrit de semblables pour les fistules du thorax : il les désigne sous lenom de tentes canulées, et en donne un dessin (3). Fabrice d'Aquapendente en parle aussi (4), et Scultet en a fait représenter qui portent des rebords qu’il appelle des ailes (5). Préconisées par Dionis (6), elles sont encore indiquées et figurées par Heister (7).

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