‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 33 sur 111 · COMPRESSES · texte numérisé non relu

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une médiocre quantité de pus, telle que serait celle d’un vésicatoire. Le cérat est ici destiné à prévenir l’adhérence du linge dans un point que la suppuration ne tiendrait pas assez humide. C’est aussi avec ces compresses criblées qu'il faut couvrir une plaie qui pénètre dans une cavité, une ouverture du crâne , de la poitrine , de l'abdomen , ou une plaie d’uné grande articulation, comme le genou. Des plumasseaux ou des pelotes de charpie ne doivent y être appliqués que par-dessus une compresse criblée ; sans cette précaution , des brins de charpie pourraient s’y engager, s’y égarer, y entretenir une longue suppuration, ou même causer de plus graves accidens. On a des exemples qui attestent ce que j'avance.

Dans d’autres cas, les FADPAeRSES servent : à recouvrir à sec et immédiatement les parties ; alors elles doivent être fines , douces, tandis que celles qui servent à l'application d’un nblfire doivent au contraire être faites de toile neuve et assez forte. Dans beaucoup de circonstances, elles remplissent les vides d’un appareil, d’un bandage ; plus rarement, sous les formes, toutes particulières, de compresses graduées, elles servent à comprimér nos parties ; comme l'intervalle des os de l’avant-bras fracturés, ou les bords d’une plaie, pour ies maintenir rapprochés et favoriser leur réunion. Enfin d’autres encore servent à réunir immédiament ou à rapprocher des parties divisées; ce sont les compresses multifides et perforées. Nous en reparlerons dans les bandages unissans ou invaginés, dont leur histoire ne saurait être séparée, et ce qu'il y a d’obseur dans leur usage sera développé et éclairci à ce moment.

Dans les cas de nécessité mille objets peuvent remplacer les compresses. Ainsi dans la funeste campagne de Russie en 1814, les chirurgiens français, privés de tout, au milieu des ruines, encore fumantes, de Smolensk livrée aux flam-

bo PREMIÈRES PIÈCES D'APPAREIL.

mes, furent obligés d'employer du papier au lieu de linge et des parchemins servirent d'attelles et de drap fanon (Ségur, pag. 316).

Préparation des compresses. ne faut pas du linge moins propre et moins bien choisi pour faire des compresses qui s’appliquent à nu sur une plaie eu un ulcère, que pour fabriquer de la charpie fine. Il doit être fin , sans couture, demi-usé, parfaitement blanchi et très propre, ou neuf, mais alors clair, souple, doux et léger comme celui que l'Allemagne fabrique exprès pour les pansemens, depuis'le temps où, pressée par les armées de Napoléon, elle fut forcée de satisfaire à de continuelles réquisitions de linge. Les administrations des hôpitaux civils et militaires ne devraient même pas en employer d'autre; car il est bien prouvé que l’usage prolongé que l’on peut en faire apporte de l'économie dans les pansemens.

Lorsqu'il s’agit de compresses qui ait contenir des plumasseaux et des masses de charpie en place, on peut être moins difficile sur la nature du linge; cependant vous éviterez toujours autant que possible d'en employer qui soit trop dur et inflexible ou rendu irrégulier par des coutures et des ourlets.

. Si la nécessité vous forçait d'y avoir recours, 1° il faudrait couperJes ourlets, et 2° il serait facile, à l'égard des coutures , soit de défendre la peau ou les parties malades de leur pression, au moyen de charpie , soit de défaire ces coutures, pour les remplacer par d’autres plus läches , que l'on pratiqueräit en cousant les bords des pièces de la compresse , l’un sur l’autre sans les replier, ou l’un contre l’autre, à l’aide d’une couture alternative oblique , à laquelle les tailleurs donnent le-nom de point en côté.

Pour tailler des compresses , servez-vous de ciseaux si le linge est usé. Le linge usé ou läche qu'on emploie à leur

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confection pourrait se déchirer dans tous les sens au moment où vous tenteriez de le déchirer nettement dans une seulé direction.

Pour tailler des compresses orbiculaires, commencez par couper une compresse en carré avec des ciseaux, pliezlà ensuite en quatre, et taillez suivant une ligne courbe convexe les quatre angles rassemblés l’un sur l’autre par le ploiéement du linge ; déployez-la ensuite, et vous aurez la forme recherchée. Si elle n’a pas l'exactitude que vous désirez, votre essai vous servira d'expérience, et vous apprendra à mieux faire dans une seconde tentative.

Pour découper des compresses en croix de Malte, vous prendrez une compresse carrée, vous la pherez en éfarie, et en diviserez suivant la diagonale et de dehors en dedans, jusqu auprès du centre les quatre angles, à la fois, avec des ciseaux , afin que les divisions soient plus régulières que si vous les eussiez faites séparément.

Vous plierez aussi én quatre et féndrez de la même manière toutes les compresses que vous aurez à découper régulièrement dans leur circonférence.

Vous diviserez encore avec des ciseaux les compresses perforées et fendues. Vous aurez recours aux mêmes instrumens pour faire les compresses criblées.

Le point de la compresse que vous voudrez percer recouvraänt le bout du doigt indicateur de la main gauche, et étant maintenu par l’action du pouce et des doigts voisins , vous appliquerez les ciseaux à platsur ce linge et le bout du doigt, de manière à pincer une petite portion du linge avec le bord des lames et à la retrancher, pour qu’il en résulte un petit trou dont le diamètre se rapproche en général de celui qui ést marqué n° 1 ou 2 au gradomètre (P. XX, L vu). Vous les multiplierez régulièrement, et plus ou moins selon l'indication. On peut faire encore ces trous

d’une autre manière, en pliant la compresse.en quatre, et retranchant avec des ciseaux l'angle de la plicature.

J'ai dit plus haut que les compresses pouvaient recevoir des liquides médicamenteux, la matière des cataplasmes, des emplätres et des onguens, enfin que les compresses ‘ graduées avaient une disposition toute particulière ; je vais exposer ici comment on prépare ces compresses graduées. En parlant plus bas de l’administration des topiques mous, en général, je dirai comment on enduit les autres de cataplasme , d'emplâtre ou d’onguent. Je n’aurai qu'un mot à dire sur celles qu'on doit imbiber d’un topique liquide.

-Préparation des compresses graduées. Elle diffère un peu pour celles qui sont régulières et pour celles qui sont pyramidales.

Pour en:préparer de l’une ou de l’autre forme, prenez une pièce de linge d'autant plus longue et plus grosse. de ussu que vous les voudrez plus épaisses, et d'autant plus larges que vous les voudrez plus longues. En général, vous leur donnerez d'autant plus d'épaisseur que les parties qu'elles doivent presser pour les rapprocher ou les écarter seront plus profondes, et leur longueur sera subordonnée à l'étendue des parties qui doivent être soumises à leur action. Un linge d’un tissu médiocrement gros , d’une longueur de trois à quatre décimètres (un peu moins ou un. peu plus d’un pied), vous donnera généralement des compresses graduées d’une épaisseur : suffisante.

Ce linge étant préparé , pliez-le et repliez-le en travers, et alternativement dans un sens et dans l’autre, dépuis un bout jusquà l'opposé. Si: vous voulez une compresse graduée régulière, que les plis se recouvrent régulièrement dans toute leur largeur, et qu’ils n'aient pas plus de deux travers de doigt de large (P. XVIIT, F. xn ). Si au con-

traire vous voulez une eompresse graduée .prismatique ,

COMPRESSES: \ que les premiers plis aient au plus deux travers de doigè de large (F. XIL, 1,1) que les suivans se rétrécissent graduellement jusqu’au dernier qui doit être le plus étroit, et figurer en quelque sorte.le sommet de la pyramide , ou l'une des arètés du prisme triangulaire qu'elle représente (F, XIT, 2, 2). | ALL

Préparation. Rappelons, avant d'aller plus loin, que les compresses ayant deux surfaces, nous nommons face interne celle qui s'applique sur la peau , et face externe ‘celle du côté opposé. Dans les compresses pyramidales ou prismatiques , la face interne est toujours celle qui correspond au pli le plus étroit.

Les plis des compressés graduées étant formés, il faut les arrêter d’une manière invariable par une suture récurrente à grands et petits points. Les grands points et les. nœuds initial et terminal de cette suture doivent correspondre au: côté de la compresse graduée qui r’appuiera. pas sur la peau, de peur qu'ils ne lirritentet ne la blessent par la pression toujours assez forte que ces compresses doivent exercer. |

Pour pratiquer la suture dont je viens de parler, prenez une aiguille portant un fil noué sur lui-même à son bout le plus long; traversez tous les plis de la compresse, non loin de son extrémité , et de la face-externe à l'interne, de manière que le nœud s'arrête sur la première (P. XVIII. F. xnr, 1) ; transpercez ensuite ces plis de la face interne à l’externe de la compresse, immédiatement derrière le point d'où vient de sortir aiguille; transpercez de nouveau celle-ci de la face externe à l’interne ; en avancant de deux ou trois travers de doigt, et formant un grand point dont le fil reposera en dehors de la compresse (P. XVIII, FE. xur, 3}; puis, rétrogradant un peu, comme vous l'avez déjà fait, piquez l'aiguille immédiatement derrière le point

d'où elle vient de sortir, et continuez ainsi jusqu’au bout, Enfin terminez la suture par un nœud en dehors de la compresse et tout près de son extrémité (F. XIII, 3).

. Application des compresses sèches, des compresses graduées et des compresses médicamenteuses sur nos parties. On doit prendre à deux mains une compresse sèche, afin de l'appliquer sur la charpie ou toute autre chose dont la plaie peut être couverte, sans la trainer et courir les risques de tout déranger. Un pareil mouvement pourrait faire porter sur une plaie une compresse qui n’y était pas destinée. Ce n’est pas que souvent on n’appose les compresses immédiatement ou à nusur les parties. |

Les compresses graduées régulières pourraient presque s'appliquer indifféremment par leurs deux surfaces; cependant je préfère qu'elles ne touchent pas la peau par celle où sont pratiqués les grands points, et surtout par celle où se trouvent arrêtés les nœuds de la couture qui en tient unis les replis. Quant aux compresses pyramidales , elles doivent toujours reposer, comme nous l’avons dit , sur la peau par le sommet de leur pyramide ou le plus étroit de leurs replis.

Application de compresses mouillées ; ou de flanelle. Comme il suffit de plonger une compresse ou:une pièce de flanelle dans un liquide, pour la charger du fluide que l’on veut appliquer sur la partie qui “ DTA J'ai peu de règles à tracer.

Pour éviter demouiller le malade au point de le mettre dans une situation pénible, iLfaut que les compresses soient légèrement exprimées, et qu'elles ne laissent plus échapper le liquide que goutte à goutte Lorsqu’elles seront étendues, cet écoulement cessera bientôt. :

Pour éviter de refroïdir le malade, le liquide où l'on plonge les pièces de linge ou de flanelle doit être chaud,

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à peu près, à 40° centigrades, parce que le temps de déployer

les compresses et de les appliquer suffit pour les refroidir

beaucoup. |

On évitera de le brüler en n’élevant pas la température du liquide au-dessus du degré que je viens d'indiquer.

Enfin il est plus commode, pour remplir toutes ces indications, de répandre les fluides médicamenteux, à l’aide d’une éponge, sur les compresses appliquées préliminairement sur la partie qu’elles doivent recouvrir.

Levée des compresses. Les compresses placées sur une

plaie se lèvent avec les doigts, si elles sont sèches. Si elles.

sont imbibées de pus, il faut le faire avec des pinces à pansement. On doit toujours les enlever doucement et avec

d'autant plus de précautions qu'elles sont plus rapprochées.

de la surface de la plaie. On doit renverser les dernières de dedans en dehors afin de voir ce qui se passe dessous,

au moment où on les détache; si par exemple, on ne dé-

chire pas une cicatrice commencante, si les compresses , A | . "y 'e A

n'entrainent pas une des ligatures dont la plaie peut être

couverte.

Historique des compresses. Elles ont été employées du

moment que l’on,a eu du. linge à sa disposition; mais les

plus anciennes règles sur leur usage appartiennent aux ouvrages hippocratiques. L'auteur dit en effet, au livre du

laboratoire du chirurgien, que leslinges des pansemens doi-

vent être demi-usés, doux, légers,propres, suffisamment larges, sans ourlets ni durillons(1).Lalongueur des comyesses

sera celle de l’espace occupé par le bandage; leur largeur,

de trois ou quatre doigts; leurépaisseur de trois ou quatre plis; leur nombre, suffisant pour cerner la partie de manière qu'elles ne la dépassent point et néanmoins la couvrent (2).

(4) SX, XI. —(2) 6 XII.

Du temps d'Hippocrate, on leur donnait, comme nous faisons, des formes très variées : on les employaït à peu près aux mêmes usages, et, depuis cette époque reculée, l'art n’a pas éprouvé de changement important à cet égard. On en a fait généralement en linge, mais on en a fait aussi avec de la laine et du coton. Les peuplades sauvages les remplacent fréquemment par des feuilles d'arbres, des morceaux de peaux d'animaux.

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