PESSAIRES EN FIL MÉTALLIQUE ET EN CAOUTCHOUC
Parmi les nombreuses modifications que l’on a fait et
(4) Dict. des sc. méd. art. corps étrangers, 1. vix , p, 48. bd is aussi Mém, de l’acad, chir , t. 3, 358.
PESSAIRES. 67
que l'on fait journellement subir aux pessaires, je parlerai de celles qui ont été imaginées par M. Mayor, parce que ses pessaires diffèrent beaucoup de tous les autres et qu'ils ont peut-être quelques avantages.
Ces pessaires sont ronds ou ovales, en ombelles ou à tige, sphéroïdaux ou enfin en raquettes.
Pour les fabriquer, l’auteur commence par en faire la carcasse avec du fil de fer ou de laiton, en lui donnant là grandeur et la forme les plus convenables pour le cas particulier auquel il a affaire. Il garnit ensuite le fil métallique avecune quantité suffisante de ouate de coton qu’il recouvre lui-même de taffetas gommé (Ouv. cité, édit. Baillière, Paris, 1838, ch. 8, p. 103 et suiv.).
Remarque. {1 y a peu de temps qu'on a présenté à l'académie des pessaires faits avec des pièces de caoutchouc collées ensemble par suite d’un contact plus ou moins prolongé. Ces pessaires, comme ceux de M. Mayor, offrent probablement des avantages dans certains cas. Mais c’est surtout comme moyen simple, économique et populaire, que M. Mayor propose les siens.
PESSAIRE DE M. RÉCAMIER (P. XIX, F, vrr.
M. le professeur Récamier a imaginé un pessaire à bilboquet , qu'il a fait fabriquer en argent. Ce pessaire a de onze à douze centimètres de hauteur (un peu plus de quatre pouces ). Il se compose, 1° d’une partie supérieure ; 2° d'une tige; 3° d’un pivot ou axe mobile ; 4° d’une plaque Métilinec: 5° d’un arc métallique; 6° de quatre chaines; 7° d’une ivre qui les unit; 8° de quatre cordons.
La partie supérieure (P. XIX, F. vi, 1, 1) est semblable à celle des pessaires à pivot, et représente une sorte de cuvette. Elle porte en bas une espèce de douille que la tige recoit: comme nous allons le dire.
La tige est formée, 1° d’un premier tuyau (F. vir, 2) qui recoit dans son extrémité supérieure , renflée à cet effet (F. yn, 3), la douille de la cuvette, laquelle sy adapte par une vis; 2° d’un ressort à boudin qui occupe les neuf dixièmes supérieurs de la cavité du premier tuyau et touche à la cuvette; 3° d’un second tuyau (F. vu, 4), qui entre dans l'extrémité inférieure du premier jusqu’à un dixième de profondeur, et présente un renflement à son bout inférieur (F. vit, 5), percé à son centre. Il est fixé dans le premier de manière qu’on ne peut l'en retirer et qu'il est aisé de l’y faire pénétrer jusqu’à son renflement. Le second tuyau porte à son extrémité supérieure le ressort à boudin dont nous avons parlé , et dont la présence est indiquée dans le tuyau supérieur par une ligne spirale ponctuée. Lorsqu'on pousse ce second tuyau dans le premier, il n’y peut entrer qu'à mesure que le ressort se comprime , et il est enfin arrêté par son renflement inférieur.
L’axe ou pivot est une tige métallique peu volumineuse (P.XIX,F. vn, 6), quis’incline et joue très ibrement dans le canal du second tuyau, qu'il ne remplit pas. Il a la longueur du second et du premier tuyau, introduits l’un dans l’autre autant que possible. Ce pivot, partout uniforme d’ailleurs, est renflé en bouton à son extrémité inférieure (F. var, 7).
La convexité du bouton est tournée du côté de la canule, dont l’orifice inférieur est accommodé à sa courbure. Il est plane , et offre un anneau à sa face opposée, qui est l’inférieure. |
La plaque en coulisse (F. vu , 8) a trois centimètres de long (un peu plus d’un pouce) sur un peu plus d'un centimètre et demi delarge(environ un demi-pouce). Cette plaque a deux extrémités que nous distinguons en antérieure (F, vn, 8) eten postérieure, pour rendre la duite de la description plus claire, et parce que l’une est dirigée en
PESSAIRES, 6ÿ
avant et-lautre en arrière lorsque le pessaire est appliqué. Elle tient à l'anneau du pivot par la double coulisse ou les deux fentes pratiquées dans presque toute sa longueur entre ses deux extrémités { F. vu, 9).
À la faveur de cette coulisse , la plaque, lorsqu'on la tire perpendiculairement au pivot,cède etglissesur l'extrémité de ce dernier en avant ou en arrière, selon lesens de la traction.
L'arc métallique (F. var, ro, 10) est un demi-cercle fixé par le milieu de sa concavité au moyen d’une petite chaine, à l'extrémité postérieure de la plaque en coulisse qu'il em- ‘ brasse dans sa courbure. Cette petite chaîne est cachée dans la figure par la portion inférieure de l'axe qui est audevant, Deux autres petites chaines (visibles dans la F, VIT, l'une au-dessous du n° 9, l’autre au-dessus du n°9} unissent encore les côtés de la plaque en coulisse avec es extrémités de l'arc métallique. Cet arc enfin est percé de deux fentes à son bord convexe, lesquelles recoivent deux rubans (F. vu, 10, 10).
La barre d'union (F.vn, 11) est une pièce de neuf centimètres de longueur (plus de trois pouces), d’un centimètre et demi de largeur ( un demi-pouce environ), d'à peu près un millimètre (une fraction de ligne) d'épaisseur. Elle porte un bouton à chaque extrémité-sur l’une de ses faces, celle qui doit être tournée en avant (F'; vir, 11), et unit les quatre chaines qu'elle recoit.
De ces chaines, deux s'étendent de l'extrémité antérieure de la plaque à l’un des bords de la barre, où elles se fixent à un anneau (F. vi, 12, 12); deux autres, plus longues, du bout postérieur de la plaque et des deux cornes de l'arc métallique jusqu’au bord de la barre, immédiatement en dehors des précédentes (F. vn, 13, 13).
Des quatre rubans, deux tiennent aux boutons de la barre (F. vu, 14, 14), deux au bord convexe de l'arc mé-
tallique (F. vn, 10, 10), lequel est percé de deux fentes pour les recevoir, ainsi que nous l'avons dit.
Le pessaire de M. le professeur Récamier étant appliqué de la même manière que ceux à tige, on doit en diriger les chaines en avant, ainsi que la barre métallique, de manière quecelle-cireposesur l’'éminence pubienne,etqueles cordons soient dirigés les uns en avant (F. vir, 14, 14) et les autres en arrière (F. var, 10, 10), pour y être attachés à une ceinture.
Ce pessaire ainsi placé, le pivot doitentrer et jouer assez aisément dans sa canule lorsque le malade se fléchit dans un sens ou dans l’autre; mais la plaque ne glisse d’avant en arrière, etréciproquement à l'extrémité inférieuré du pivot, qu'avec la plus grande difficulté, si toutefois elle se meut réellement. Je pense qu’il en doit être ainsi, parce que alors les cordons et les chaines qui la tirent sont relevés pardevant et par-derrière le bassin, et que leur action décomposée agit avec beaucoup d'énergie pour pousser le pessaire dans le vagin, ou le tuyau inférieur daus le supérieur, que pour tirer la plaque à coulisse en arrière ou en avant.
Quant au tuyau inférieur, il doit lui être beaucoup plus aisé de repousser le supérieut et la cuvette dans le vagin que de remonter dans ce tuyau supérieur, En effet, comme il remplit exactement celui-ci, toutes les fois que la malade se fléchit, les cordons tirent obliquement en arrière l’extrémité inférieure de ce second tuyau, et celui-ci, incliné par rapport à l'axe du tuyau supérieur, doit éprouver une très grande résistance par le.frottement. Ainsi le mécanisme si ingénieux de ce pessaire me semble paralysé, du moins en parlie, à cause de l’action oblique des cordons.
Ne pourrait-on pas lui rendre le mouvement ?
Il y aurait, je crois, un moyen d'y parvenir, etde donner la plus grande mobilité à l'extrémité inférieure, et par suite de rendre extrêmement facile le glissement des cordons
PESSAIRES. nt
d'avant en arrière dans la fiexion du tronc en avant, et d’arrière en avant dans son redressement; ce serait : 1° de pratiquer une fenêtre carrée à l'extrémité inférieure de la deuxième canule, comme je l’ai dessiné d’idée et fait lithographier ensuite (P. XIX, F. x, 1, 1, 1, 1); 20 d'y monter une petite poulie très mobile d'avant en arrière, et réciproquement (F. x, 2 ); 3° de faire glisser par-dessous un ruban de ces tissus métalliques avec lesquels on fait depuis quelques années des chaines de montre, des bracelets, etc. (FE. x, 3); 4° d'attacher au bout de ce ruban des bretelles élastiques qui devraient être fixées d'autre part à la ceinture; 5° de rendre enfin le ressort à boudin beaucoup moins résistant que celui du pessaire de M. Récamier.
L’instrument que je propose là ne génerait en aucune manière les mouvemens de la femme qui le porterait. Le ruban métallique glisserait avecla plus grande facilité sur la poulie, et pendantles mouvemens de flexion et pendant ceux d'extension. Si d’ailleurs il génait les grandes lèvres par les frottemens qu’il causerait, on pourrait armer l’extrémité inférieure du pessaire d’une plaque allongée et recourbée qui les préserverait de l'action de ce ruban.
Remarque: Bien que j'aie tracé plus haut les règles générales à suivresur la préférence à accorder àuneespèce de pessaire sur les autres dans quelques cas particuliers, ces règles sont toujours soumises aux avantages que chaque femme en retire. Or, ces avantages varient beaucoup , et tel pessaire qui serait incommode pour une femme, est plus com- mode pour une autre que toute autre espèce.
Quandune femme n’en peutsupporter aucun, ainsi qu on le voit quelquefois, il faut essayer l'éponge préparée à nu, ouenveloppée d’un linge fin en forme de bourse, et retirer, chaque Jour, ce petit appareil pour le nettoyer.
Historique des pessaires. Connus d’abord chez les Grecs
sous le nom commun de xoXéplo, collyre, que l'on appliquait à tous les médicamens composés, solides, oblongs et arrondis, ils furent aussi désignés sous le nom plus spécial de resodc, nécos Où rerrdç, Ces instrumens étaient primitive- ment, ainsi que l'indique leur nom commun de xoXéplov, des composés médicamenteux. Ils étaient formés de laine hachée et des substances minérales, végétales où animales les plus bizarres, quelquefois même d’excrémens (1). On en faisait un usage fréquent et presque universel pour les maladies des femmes. On s’en servait dans les intentions ridicules de favoriser la conception (2) ou l'écoulement abondant des règles; de purger la matrice, de provoquer l'apparition des règles chez les filles, etc. (3), pour rappeler les lochies (4), pour irriter l'orifice de l'utérus (5); en un mot, on s’en servait beaucoup plus pour agir sur les propriétés vitales de cet organe que pour le soutenir. - Absyrte, pour maintenir réduite la matrice d’une jument, insinua dans la vulve une vessie vide et l'insufilaau moyen d'un chalumeau. Cette espèce de pessaire des hippiatres a été conseillé pour la femme par Albucasis : « {ecipe vesicam ovis, et intromitte vesicam totam in vulvam ejus, deinde suffla in canulam... donec infletur vesica intra vulvam (6).» Blegny (9), Bellocq, Levret (8) s’en sont depuis servi, le premier pour soutenir le rectum, les deux autres pour y suspendre une hémorrhagie.
Outre les pessaires médicamenteux, A. Paré (9) a décrit et figuré des pessaires de diverses formes; de cylindriques,
(1) Hippoc., livre de la superfét., t, 2, p. 472 et suiv. ; t. 4, liv. de la nat. de la fem. p. 33, 34, 38, 40 et suiv. Paul Eginet, 1.4, ch. 24 et Dioscor, 1. 4, ch. 443.—(2) Liv. hippocratiq. de la superfét., t. 2, p. 462. — (3) Hippoc., p- 472 et suiv. —(#) Td., de la nat. de la fem., t. 1v, p. 18. — (5) Td., p. 27.— (6) Lib. ui, ch. xxix.—(7) Art de guérir les hern., p. 255. Paris, 1676. — (8) Art des accouch., 3° édit., p. 345,— (9) Liv. xxrv, ch. xzvut, p. 968.
PESSAIRES. 73
d'ovales, de ronds percés dans le centre, d’ovoides, etc., composés de liége enduit de cire, et destinés à soutenir l'amarry (matrice) dans sa chute : ces pessaires sont garnis d’un cordon pour les retirer. Fabrice de Hilden, Scultet, en ont proposé d’analogues. Blegny (x) décrit un pessaire de liége quadrilatère que l’on revêt de cire, et qui est destiné aux femmes;.les nascalles, pessaires de la grosseur d’un petit œuf de poule, et que l’on destine aux filles; enfin un pessaire à ressort de son invention, lequel a la forme d’un boudin légèrement courbé , creusé d’un canal ouvert aux deux bouts, et qui est formé d’un bourrelet circulaire à chaque extrémité, d’un ressort de fil de fer dans son corpset d’une fine toile cirée qui revêt tout le ressort. Gœlicke (2) a depuis proposé, comme tout nouveau, un pessaire fait avec un fil de fer élastique revêtu de toile cirée, lequel a beaucoup d’analogie avec celui de Blegny. Heister craint qu'il ne se rouille, et préfère des pessaires ovalaires, circulaires et quadrilatères , faits en bois et revêtus de cire (3). Il parle d’ailleurs de pessaires de bois dur, d'ivoire, d'argent, d’or, et de liége enduit de cire (4).
Arnaud (5) trouve des inconvéniens à tous les pessaires imaginés jusqu'à lui. Les uns s’introduisent de force dans le vagin, les autres librement. Les premiers sont maintenus en place par la seule action du vagin : des seconds, les uns sont soutenus au moyen de tiges, et attachés par des liens retenus à une ceinture ; d’autres sont fixés par des branches de fer ; d’autres sont arrêtés dans le vagin par des ressorts qui s’y écartent. La nécessité ayant paru obliger l’auteur à en imaginer un meilleur, il propose un bouchon
(1) Art de guérir les hern., part. 11, sect. 11, ch. vu, p. 239 et suiv. Paris, 1676.—(2) Nouv. méth. de réd. les chut. de matrice. Halle,1710.—(3) Part. lu, sect. v, ch. cLvIE, t. 11, p. #88.— (4) Id., p. 487.— (5) Traité des hern., part. 1, sect. 1e, ch. xxvrr, t 1, p. 258 et suiv. Paris, 1749.
ve INSTRUMENS TOPIQUES.
d'ivoire percé dans son milieu. Garengeot parait être Le premier qui ait imaginé d'employer un pessaire en bondon pour contenir une Fa nie vaginale ( V. son mém. dans mém. delAc. de chir. t. 1, 525).Cependant, ayantcommuniqué au célèbre Arnaud le cas dans lequel il avait été obligé de mettre en usage ce pessaire, celui-ci lui dit avoir déjà vu des hernies vaginales et les avoir guéries au moyen d’un pessaire cylindrique. |
Juville décrit un pessaire d’ivoire qui se compose d’une cuvette, d'un manche creux, à l'extrémité inférieure duquel est montée une plaque quadrilatère allongée, destinée a se tenir sous les grandes lèvres, et à en éloigner les cordons suspenseurs qu'elle porte à ses quatre angles (1). Néanmoins comme la plaque exerce des frottemens sur les grandes lèvres, il en a imaginé un autre en gomme élastique. C’est une cuvette demi-ovoide, comme la partie supérieure d’un coctier, dont l'extrémité percée d'un canal étroit, se prolonge en un tube de quelques lignes(2). L'ouverture supérieure de ce canal, ne doit pas avoir plus de quatre lignes de diamètre, car Juville a vu chez une dame qui l'avait agrandie, le col de l’utérus s’y engager et causer de grands accidens. Ù
M. le prof. J. Cloquet a fait courber les pessaires à bondon comme celui de Blegny. Il les a fait, en outre, comprimer un peu d'avant en arrière, et creuser en-devant de haut en bas, pour les accommoder à la saillie de la vessie et de l'artère dans le vagin.
Chaque jour une multitude de modifications sont faites à ces instrumens, soit dans l'intérêt de l’art, soit dans des intérêts mercantiles (3) ,etquoi qu’on ait fait jusqu’à présent,
(1) Traité des band. hern. , sect. x1r, p.177, pl. 13, fig. 2. Paris, 1786. {2) 1d., p. 181, pl. 13, fig. 4. (3) Voy. les mp et surtout le bullet. de PAc. royale de Médecine de Paris.