‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 39 sur 111 · HISTORIQUE DES CANULES TRACHÉALES · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DES CANULES TRACHÉALES

Ceux qui, au lieu de se servir des deux tuyaux qu'Hippocrate recommandait dans langine pour conduire l'air dans la trachée-artère (1), ont pratiqué les premiers l’opération de la bronchotomie , ne paraissent pas s’être servis de canule pour tenir la plaie de la trachée-artère ouverte. Fgnorant que nous sommes du procédé que suivit le fameux Asclépiade de Bithynie, qui passe pour avoir imaginé le premier d'ouvrir le canal aérien, nous ne saurions dire s'ils’avisa d'employer une pareille canule (2). Paul d’'Egine, qui nous apprend qu'Antyllus pratiqua ensuite cette opération , ne dit pas qu'Antoine Benivieni, médecin de Florence, qui parait être Le premier qui ait pratiqué la bronchotomie depuis Antyllus, ait employé auzun tube pour tenir ouverte la plaie de la trachée. Fabrice d’Acquapendente , qui a donné une description détaillée de la trachéotomie, recommande une canule droite, courte, garnie d'ailes à l'extérieur (3). Casserius, son disciple, en préférait une courbe (4). Dionis glissait sa canule sur un stylet, et la bouchait avec un morceau d’éponge. Un chirurgien

(1) Des maladies, liv. HI, 6 xur, p. 265.— (2) Cœl. Aurel., acut., liv. IE, c. 1V, p. 193, ed. Almeloveen. — (3) Lib., IV, e. xxxurt, p. 486, — (4) Part. I, ch. xLiv, p. 631,

URINAUX. 83

auquel nous devons un bon cuvragesur la bronchotomie(r), Habicot, s'est servi d’une canule de plomb. Au rapport de Sprengel, Camerius de Solingen employa des canules plates (2). Frédéric Dekkers imagina d'ouvrir la trachée avec un trocart garni d’une canule a rebord qu’il laissait dans la plaie (3).

George Martin proposa, dans le courant du 18° siècle, l'usage de la double canule, que nous avons mentionée p. 76, et en inventant son bronchotome, Bauchot(4}ne fit que perfectionner le procédé de Dekkers. Mais c’est à M. Bretoneau et à son élève M. Trousseau qu’on doit les principales lumières qu’on possède aujourd’hui sur leurs qualités

indispensables (5.)

URINAUX.

Ce sont des instrumens destinés à s'adapter aux organes excréteurs de l'urine pour en recevoir le fluide dans les inconüunences. Ils peuvent servir aux mêmes usages chez les personnes tourmentées par de fréquens besoins d’uriner ou obligées par l'étiquette à rester long-temps dans une assemblée, malgré les besoins les plus pressans.

URINAL POUR HOMME, CONSTRUIT PAR FÉBURIER, ET PERFECTIONNÉ PAR M. VERDIER. P. XIX. F. VIII.

Cet instrument est ‘un vase légèrement aplati, qui se renfle sur un de ses bords, et offre une sorte de ventre.

Il se compose , 1° d’une douille d’argent ; 2° d’une soupape et de son manche; 3° d’une poche de gomme élastique; 4° d’un conduit excréteur; 5° d’une enveloppe de maroquin ; 6° de deux chainettes d'argent; 7° d'un cordon.

(4) Quest.fchir. sur lebronchot. Paris, 1620. — (2) Manuale, etc., c'est-àdire, Manuel des opérat. de chir., p. 109, 110.— (3) Exercit. pract. 1v, p.24.

Lugd. Batav., 1694. — (4) Mém. de l’acad. de chir.,t. IV, p. 562.—(5) Voir le traité de la diphtérite de M. Bretoneau et le journ. de MM. Trousseau, elc.

La douille (P. XIX, F. vur, 1, 1) a neufcentimètres (un peu plus de trois pouces de long). Elle est conique, et se rétrécit de haut en bas. Ses parois ont peu d'épaisseur ; l'ouverture de son extrémité supérieure(F. vur, r) est coupée obliquementen bas du côté du ventre de linstrument; elle a cinq décimètre (près de deux pouces de diamètre ) ; l'ouverture de l’extrémité inférieure a tout au plus un centimètre {quatre lignes environ ).

La soupape est une sorte de bouton dont l’une des faces est tournée en haut et garnie d’un bouchon de liége; elle ferme en dessous l'ouverture inférieure de la douille.Cachées dans la panse de l'instrument, on ne peut les voir ni l'une, ni l’autre; elles correspondent à peu près au 7, même figure.

Le mânche de cette soupape (même F., 2), est une tige d'argent qui descend dans un tube soudé aux parois de la douille, le long de son dos, depuis son bord supérieur jusqu'à la soupape qui la bouche inférieurement. Cette tige est un peu plus longue que la douille, et terminée à son extrémité supérieure par un bouton.

Le canal du manche de la soupape n’est pas entièrement rempli par ce manche. Il s'ouvre en bas dans la cavité de la poche ; à l'extérieur, par en haut, sous le bouton du manche, et en outre par un trou visible, en dedans de la douille, vers le milieu de la hauteur de cette dernière. Si l'on presse sur le bouton, le manche glisse, descend dans son canal, entraine en bas la soupape à laquelle il tient, et qui bouche l'ouverture inférieure de la douille. Retiret-on le bouton, le manche remonte, entraine encore la soupape, qui, remontant aussi, ferme de bas en haut le trou de l'extrémité inférieure de la douille. Verse-t-on de l'eau dans la douille, lorsque la soupape est baissée, ce liquide pénètre aisément dans la poche en déplaçant l'air qu'elle contient, et cetair s'échappe sans bruit par l'ouver-

URINAUX. 8

ture du canal du manche, qui lui aété fort EN réservé à cet effet.

La poche de l'instrument (P. XIX, fig. vur, 3) est formée d’un tissu de soie enduit de gomme élastique ; elle est comprimée latéralement, et renflée par le bord qui est opposé

au manche de la soupape. Sa partie supérieure forme un tuyau qui embrasse la douille autour de laquelle il est solidement fixé ; sa partie inférieure est garnie en dedans d’une cuvette en métal (même F., 4) qui en forme le fond, et est percée d’un trou dirigé en bas.

Le conduit excréteur est un petit tube métallique, engagé dan ce trou de la cuvette, où il est solidement fixé (P.XIX, F. vur, 5). Il se compose d'ur petit tuyau, d’un bouchon et d'un couvercle, qu'on nomme sa virole. Ce petit conduit

ressort de cinq millimètres (près de trois lignes). IL est garni d’une vis pour recevoir le couvercle. [est destiné à donner issue aux urines contenues dans la panse de Pinstrument, Le bouchon sert à fermer le conduit excréteur ; il est formé d’un petit cylindre de liége traversé par une tige métallique , au moyen de laquelle on. peut le retirer.

Le couvercle ou la virole est une petite boite cylindrique garnie d'une: vis intérieure , à l’aide de laquelle elle peut s'adapter au tuyau excréteur et le recouvrir avec son bouchon.

L’enveloppe est formée de plusieurs pièces de maroquin cousues sur la poche, qu'elles ne revêtent point sur ses ectés dans toute leur étendue ( P. XIX , F. vur, 6, 6, 8).

Le ruban est un lien d'environ un mètre (un peu moins d’une aune) qui sert à fixer l'instrument à la cuisse. Il est attaché, sur un seul des côtés de la poche, depuis son ventre (même F., jusqu’à son dos (même F,, 10).

, Les chaïnettes sont deux petites chaines attachées une de chaque côté de l'ouverture supérieure de la douille

@P. XIX, F. var, 12); elles sont destinées à attacher l’urinal à une ceinture.

A pplication. On fixe cet instrument en “Haut. de la cuisse à la partie antérieure et interne de ce membre, au moyen du cordon. On doit l’élever assez pour que la verge s'engage librement dans l'ouverture supérieure de la douille, le disposer de manière que le bord convexe ou le ventre de la poche regarde en arrière, et qu’elle soit appliquée à la cuisse par le côté qui porte le cordon. Les deux bouts de

ce dernier doivent être portés en sens inverse autour de

la cuisse sans passer sur la panse de l’urinal, et puis liés ensemble; alors la poche n'étant point serrée entre la cuisse et le ruban, pourra se dilater librement. Enfin il faut fixer l’urinal près de la verge, au moyen des deux chaïnettes, en les attachant au-dessus du pubis aux crochets d'une ceinture.

Cet urinal étant ainsi appliqué, le manche de la soupape qui correspond au dos de l'instrument est tourné en avant, et il est facile au malade d’en tirer ou d’en pousser le bouton à volonté. S'il le pousse lorsqu'il y a de l'urine dans la douille, l’orifice inférieur de celle-ci s’ouvrant, l'urine passe dans la poche, et l'air déplacé sort aisément, et sans bruit, par le trou du canal du manche.

Lorsque le malade tire ensuite le manche à Jui, ou en haut, la soupape referme l’ouverture inférieure de Ja douille, et l’odeur de l'urine ne peut plus se dégager que par le canal fort étroit du manche de la soupape, ce qui est insensible.

Si le malade s’assied, le ventre de l'instrument étant alors le point le plus déclive, l’urine s’y rassemble en s’éloignant de la soupape, en sorte que, lors même que celle-ci se trouverait ouverte, le liquide ne pourrait s'y engager : c’estmême pour cela que la panse de l'instrument doit être

URINAUX. 8 tournée du côté postérieur de la cuisse, et qu’elle se prolonge derrière et au-dessus de la soupape (P XIX,F. vur, 13). À

els sont aussi les avantages de l'instrument de Féburier, perfectionné par M. Verdier. Il conserve d’ailleurs très bien les urines, et il est aisé de le vider par son conduit excréteur, et de le nettoyer.

Si le lecteur a bien suivi cette description, si je me suis bien fait comprendre, il a du être frappé des ingénieuses précautions apportées à la fabrication de ce commode et utile instrument. Néanmoins comme la poche en est assez volumineuse pour saillir à travers le pantalon, et arrêter les regards les moins attentifs, je crois qu'il serait avantageux d’allonger encore cette poche, afin d’en pouvoir diminuer l’étendne dans les deux autres sens.

Page 1