‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 50 sur 111 · CAUTÉRISATION LENTE PAR LE MOXA · texte numérisé non relu

CAUTÉRISATION LENTE PAR LE MOXA

Le moxa est un petit cylindre de matière combustible, que l’on fait bruler sur up point donné du tégument, de manière à déterminer la formation d’une escarre qui intéresse une partie ou la totalité de l'épaisseur de la peau, mais sans aller au delà. |

Usages. L'application du moxa produit une irritation fort vive que l’on met chaque jour à profit, comme un moyen révulsif des plus énergiques. C’est à l’aide de ce moyen que l’on combat une foule de névralgies, de paralysies partielles et qui ne dépendent pas d’une hémorrhagie cérébrale. Mais c’est surtout dans les tumeurs blanches , dans les caries profondes , que l’on a préconisé ce mode de cautérisation.

Je l'ai employé sur plusieurs malades et sur moi-même avec succès dans les tumeurs blanches; mais le succès à été

si évident chez moi, et j’en ai pu constater si bien les edlets, que Je rapporterai ici cette observation : | J'avais pris part, en 1815, aux malheurs de la patrie, j'étais entré dans le corps d’ AI volontaire de l’École de médecine. Après le désastre de Vaterloo, j'avais été atteint de la petite vérole au mois d'août, je devais concourir pour

linternat au mois de novembre ; mes études avaient souf-

fert; afin de regagner du temps, je passais les journées dans les amphithéâtres, et les nuits chez moi, mais sans feu, pour ne pas m'endormir. Atteint d'un rhumatisme articulaire du genou gauche, à la suite de la variole, le mal s’accrut rapidement, et le premier janvier 1816 j'entrai au lit pour sept mois. Le genou était gonflé, et de près d’un pouce plus gros que le droit ; il était chaud, douloureux à la pression sur les côtés du ligament rotulien. Il était douloureux dans latuütude debout, et surtout dans la marche. La flexion et l'extension s’accompagnaient d’un sentiment et d’un bruit de frottement pénibles; la cuisse était plus maigre que l'autre , et étranglée au-dessus du genou , comme dans les tumeurs blanches. Ma santé était d’ailleurs très bonne , ma constitution assez forte et mon âge très jeune, car je navais que 18 ans , et J'étais plein de courage et de résignation. |

Comme le mal n'était pas extrémement avancé , je commençai le traitement-par deux ou trois applications de sangsues ,.et je continuai pendant.quatre mois l'usage des

cataplasmes chauds .et le repos au lit. Jusque là, je n'avais

éprouvé que des douleurs profondes et obscures dans toute l'articulation , même dans les mouvemens ; mais alors je ressentis, même dans le repos où J'étais, des élancemens douloureux dans les condyles du fémur; j'en fus alarmé., et jeme fs appliquer un moxa.de coton au devant du condyle interne. La sensation fut d’abord agréable, elle devint

bientôt brûlante, et, après en avoir éprouvé tous les degrés, vers la fin de la combustion du cylindre de coton, j'éprouvai une sensation de pressionque je compare à celle que j'aurais pu ressentir si l'on m’eût comprimé avec un cachet jusqu'à me l’enfoncer dans les «os. Heureusement cette douleur ne fut pas longue , car elle me parutinsupportable lorsque le moxa s'éteignit entièrement consumé.

Le lendemain, j'avais une hydropisie du genou avec irritation et sensibilité de l'articulation plus vives que les jours précédens, mais plus d’élancemens dans les os. Les cataplasmes émolliens et le repos furent continués. En quatre ou cinq jours, l'épanchement articulaire disparut sans retour, comme-avaient fait les douleurs, et j'entrai en convalescence. Néanmoins je restai long: temps encore au lit pour assurer ma guérison, et quand j'en sortis au bout de sept mois, ce fut pour faire quelques pas Gependant, au bout d’un mois, je marchais dans les rues, aidé par une canne, et l'articulation soutenue par une genouillère lacée que je n’ai abandonnée qu'après plus d'un an. Mon. genou s’est, après la guérison, trouvé un peu plus petit que l’autre, et ila toujours conservé quelque chose decette différence. Il en est de même pour la cuisse.

On a proposé une foule de moyens pour cautériser lentement la peau à l’aide d’une substance combustible ; cependant le moxa le plus généralément usité est encore celui de coton qui a été indiqué par Pouteau., à limitation de celui des Égyptiens. Voici comment il le décrit (Mél. de chir. p. 9, note): « Prenez du coton cardé, enveloppez-le dans » une bandelette de toile, large d’un pouce et de trois pou- » ces de longueur; que le coton y soit modérément serré. » On coudraensuitela bandeleite sur le coton par les deux ».…extrémités de sa longueur ; on fera ainsi un petit cylindre »..de coton qui aura un pouce de diamètre. On coupera,

» ce cylindre , avec des ciseaux, transversalement par sa » moitié; on aura, par ce moyen, deux cylindres qu'on »..appliquera sur la peau du côté le plus uni. Si le coton » n’est pas assez serré , le feu s'éteindra trop aisément; s'il » l'est trop, il pénétrera difficilement jusqu’à la base. » Boyer donne aux moxas, de un pouce à vingt lignes de diamètre, sur un pouce de hauteur. Quelques auteurs ont conseillé de se servir simplement d’une petite bande roulée ; d’autres ont conseillé l'usage de charpie rapée, roulée das un linge, comme on fait du coton. Percy, dans sa pyrotechnie chirurgicale, décrit le moxa construit à la manière de Pouteau, mais il roule le coton dans une carte ou dans un carton, comme certaines pièces d'artifice. IL parle aussi des moxas de charpie rapée ou d’étoupes fines , mais il veut que ces matières soient imprégnées d’une décoction concentrée de nitrate de potasse: ce sel jouit en effet de la propriété d'accélérer la combustion. Le même chirurgien a beaucoup vanté la moelle du grand tournesol (helianthus annuus) qui, naturellement nitré , brüle sans inflammation. « M. Robinet, chargé par M. Percy de la confection de ces moxas, cape plusieurs modifications au procédé primitif. Les nouveaux moxas consistent en un rouleau de coton préparé, ayant pour centre un cylindre de moelle : ces moxas, dont le volume est aussi variable que peut le désirer le chirurgien , brülent parfaitement seuls , sans insufflation , d’une manière uniforme, et avec une vitesse proportionnée à leur dureté, de sorte qu’ils paraissent remplir toutes les conditions. » (A. Chevalier. Dict. des drogues, T. 3, p. 522.)

Dans ces derniers (oh (reb. génér. de méd. 1826), on a essayé des moxas faits de papier roulé et imprégné de chromate neutre de potasse. On les appelle, d’après le nom de leur inventeur, moxas de Jacobson ; on en a fait encore

avec le duvet d’une espèce d’armoise qu'on pétrit en cône avec les doigts. On met ensuite le feu au sommet du cône qui brûle jusqu'à la peau. Mais de tous ces procédés, Le plus fréquemment employé est celui de Pouteau. Le coton cardé se rencontre presque partout, et il remplit parfaitement le but que l’on se propose. Je les fais d’ailleurs aussi durs que je le peux et je m'en trouve bien.

Application. On mouille avec un peu de salive la partie sur laquelle doit être appliqué le moxa ; on place à l'entour des linges imbibés d’eau froide pour préserver les parties voisines des flammèches qui peuvent se détacher pendant la combustion; puis on allume une des extrémités du cylindre à la flamme d’une bougie ou d’une lampe , de manière que la surface circulaire qui le termine soit également enflammée dans toutes les parties. Le moxa est alors placé sur la partie à cautériser. On a conseillé divers moyens pour l'y maintenir. Des chirurgiens ont fait construire des anneaux métalliques avec un manche en bois et des supports de méme-substance. Boyer faisait dans le milieu d'un morceau de carton un peu épais, rond ou carré, large d'environ trois pouces, une ouverture ronde d'un diamètre un peu moins grand que celui du cylindre; il plaçait celuici dans l’ouverture, de manière que l’extrémité qui doit toucher la peau se trouvât au niveau de la face correspondante du carton maintenu , appuyé contre les tégumens soit avec le doigt, soit avec une pince à anneaux. Le meilleur moyen et Le plus simple, c’est de tenir le moxa entre les mors d’une pince à pansemens, OU au moyen d’un stylet appliqué en travers sur la surface enflammée et garni de linge à l'extrémité par laquelle on le tient : en cas de besoin, des ciseaux pourraient être employés avec avan{age.

Le moxa allumé et maintenu par l'un de ces procédés, on entretient la combustion en agitant Pair soit avec un

éventail ou un morceau de carton, soit avec un soufflet ou un chalumeau, ou hien enfin en soufflant avec la bouche dirécteinent où par un tube. Les moxas imprégnés de nitrate ou de chromate de potasse, brülent seuls et sans qu’il soit besoin d'animer la combustion. Il faut d’ailleurs avoir soin que toute la surface en ignition brule bien également.

Quoi qu’en aient dit certainschirurgiens, il faut maintenir le moxa en contact avec la peau tout lé temps de la combustion. à

Effets et soins consécutifs. Lorsque la combustion est déjà un peu avancée, le malade commence par sentir une impression de chaleur d’abord assez agréable, mais qui ne tarde pas à devenir cuisante et douloureuse à mesure que le feu se rapproche des tégumens. Vers la {fin , la douleur change, du moins si j'en juge par ce que j’ai éprouvé; c’est une douleur compressive qui semble s'étendre jusqu'aux os et donne la sensation qu'on éprouverait si l’on vous pressait très violemmentavec un cachet. [l arrive un instant où la souffrance serait intoiérable, si elle se prolongeait long-temps à ce degré. Pouteau, qui a introduit le moxa parmi nous et s’est constitué son plus fervent propagateur , l'avoue :pour l'avoir constaté par sa propre expérience { Mélanges, pag. 49). La peau, qui d’abord avait rougi, prend bientôt une couleur brunâtre, se dessèche, se ride du centre de la circonférence, se fend avec un craquementqui ressemble à la décrépitation de certains sels; et, lorsque tout le cylindre est brülé , elle se trouve transformée en escarre dans l'étendue occupée par la base du moxa. La profondeur de cette escarre est en rapport avec la lenteur de la combustion ; de là le conseil de-ne pas faire brüler le moxa trop promptement. Cette combustion lente a deux avantages, d’abord. de déterminer une irrilation plus vive’, secondement de détruire la peau plus sirement. …. ;

On a conseillé d'appliquer sur cette escarre des réfrigérans pour calmer etarrêter l'inflammation circonférentielle; on à proposé l’eau froide pure ou vinaigrée, lammoniaque affaiblie, ete. Mais pourquoi arrêter l'effet que l’on cherche? et quand on n’a pas dépassé le but que l'on se propose ? Si au contraire on l’avait dépassé , ce serait différent. Il conviendrait de calmer la douleur par des applications émollientes ou même froides. Mais dans les cas ordinaires , on se bornera à coller sur l'escarre un morceau de sparadrap de diachylon gommé que l’on renouvellera quand il se sera détaché. Le travail éliminatoire n’est guère terminé avant dix ou douze jours; ce n’est qu’alors que l’escarre se détache. Quant à l’ulcère qui résulte de cette opération, tantôt on le laisse suppurer en le pansant avec du cérat, tantôt on le fait suppurer avec des épispastiques ( V. vésicatoires), tantôt on le convertit en cautère en ÿ plaçant un pois; on est guidé par les indications que présente la maladie.

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