‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 51 sur 111 · HISTORIQUES DES CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES DES CAUSTIQUES

Les caustiques ont été peu connus des anciens, et on en comprendra facilement la raison. Ils étaient très 1gnorants en chimie, et la majorité des caustiques sont des composés tirés du règne minéral. Cependant on trouve dans Celse et dans Galien plusieurs formules de caustiques, dans lesquelles entrent plusieurs substances minérales véritablement fort actives et dont ils connaissaient parfaitement l'usage. Celse (Lib. V) veut établir une distinction un peu subtile entre les corrosifs (Quaæ: rodant, cop. vi), les médicamens qui détruisent les tissus ( Quæ exedant corpus, eap. vu), les caustiques (Quæ adurant , cap. vin) et les escarrotiques { Quæ crustas inducant, cap. 1x).. Du reste, il nomme

plusieurs fois une même substance dans ces différentes classes, et la plupart de ces médicamens sont loin de jouir des propriétés actives qu'il leur attribue. Plus loin (Cap. XIX, S 18 et 19), il donne deux formules d’emplâtres caustiques , dans lesquelles il fait surtout entrer de la litharge d'argent, du verdet (oxyde de cuivre), du vitriol (sulfate de cuivre); 1l les destine à détruire les fongosités. Galien (de simpl. medec. facultat. Lib. vn, quinta classis) décrit les substances qu'il regarde comme caustiques ; il y range, par exemple, le cresson (p. 101), la clématite, quæ, ditil, lepras excoriat (p. 104) , la racine de choux, l’ognon, etc, Parmi les minéraux, il cite surtout la chaux vive. Dans un autre traité (de composit. med. per gener. Lib. V)il indique contre les ulcères de mauvaise nature quelques préparations forténergiques, du vitriol, de l’arsenic, de la chaux vive. On trouve dans Aetius et les autres compilateurs qui succédèrent à Galien une multitude de formules analogues surlesquelles renchérirentencore les Arabes. Les auteurs du moyen-äge nous donnent contre une foule de maladies chirurgicales des compositions de caustiques qui ont beaucoup d'énergie; ainsi, à propos des hernies, nous voyons dans Gui de Chauliac la composition d’un caustique formé de chaux viveet desavon; ilplace ensuite de l’arsenic aucentre de lescarre incisée (Z'raité VI, doct. \E, chap. vi, p. 571. traduction de Joubert). Il avait au reste la précaution d'ajouter des sucs de plantes narcotiques ou de l’opium, pour tempérer la puissance de l’arsenic (Id. ibid.). À cette époque on ouvrait souvent les abcès avec le cautère potentiel ; et la chaux vive mêlée avec du-savon mou était presque exclusivement employée (Gui de Chauliac, traité II, doctr. I, chap. 1v, p+ 1838). Les alchimistes, en préparant la science des chimistes modernes, enrichirent la matière médicale de

plusieurs produits fort actifs, tels que l'acide sulfurique

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(esprit de vitriol),etc.Plus nous nous approchonsde l'époque actuelle, plus nous voyons augmenter le nombre, aujourd'hui si considérable, de substances caustiques. Mais en même temps que la cautérisation potentielle acquiert de nouvelles et de plus puissantes armes , la cautérisation avec le fer rouge, autrefois si vantée, préconisée surtout par les Arabes , tombe en discrédit et cède aux substances corrosives la place qu’elle avait si long-temps occupée dans la thérapeutique.

Ces remarques nous conduisent naturellement à parler du moxa. Ce mode d’adustion des parties fut manifestement connu d'Hippocrate et des anciens médecins grecs. Hippocrate , à propos de la sciatique (de Affect, sect. IT, cap. vin. Ed. de Haller, t. IE, p. 395) dit que si tous les médicamens échouent, il faut cautériser, quocumque loco dolor forte consederit , sed cum lino crudo inurito. Le lin cru brülé sur une partie douloureuse est la véritable origine du moxa, si usité au Japon (Kœmpler, amænitates exot. lib. IL , obs. 12)et en Égypte (Prosper Alpin de med. Égypte). En France, Pouteau mit en honneur cette pratique déjà mentionnée avantageusement dans le mémoire de Louis sur l'usage du feu (Prix de l’acad. roy. de chir. pour 1755, t.. LT, p. 284. Ed. de 1819). Pouteau, qui l'expérimenta sur lui-même, a aussi rapporté (Mél. de chirurgie) plasieurs observations de douleurs chroniques guéries par le moxa. Aujourd'hui l'usage en est assez généralement répandu, et ily a méme un chirurgien fort connu par le ridicule abus qu'il en fait.

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