‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 78 sur 111 · HISTORIQUE DU PANSEMENT DES ULCÈRES · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU PANSEMENT DES ULCÈRES

Les livres hippocratiques renferment un traité spécial sur les ulcères que les commentateurs regardent comme apocryphe. En tout cas, cet article remonte à une très haute antiquité. L'auteur conseille d’abord de laver les ulcères avec du vin, et de n’employer de cataplasmes que s'ils sont anciens. [la soin de noter l'importance du repos dans les ulcères des jambes; il y insiste : il ne faut, dit-il, ni se tenir debout , ni assis, ni marcher. L'inflammation est un phénomène à redouter, et l’on doit, le plus souvent possible, faire saigner les ulcères, surtout quand ils siégent aux membres inférieurs. Si des esquilles osseuses se sont détachées , la cicatrice reste toujours déprimée. Quand la solution de continuité est ronde, il faut en exciser les bords -dans le sens de la largeur de la partie sur laquelle elle siége. L'auteur blâme lPusage des corps gras, mais conseille des cataplasmes de lentilles bouilliés dans du vin, etc. Il est d'avis, quand les bords de l’ulcère sont tuméfiés, enflammés , etc., de mettre les cataplasmes sur les bords seulement, afin que le pus s'écoule bien et que les parties indurées se ramollissent; ensuite on appliquerades éponges et un bandage compressif, dont il est plusieurs fois question dans

cet article. On y trouve encore une multitude de formuies IT, | 26

4o2 PANSEMENS

empiriques très composées , et dans lesquelles entrent des émolliens , des maturatifs, des excitans. Lorsqu'il y a sur les jambes des varices superficielles ou profondes ; mais tendues et gonflées, il ne faut pas les inciser, car il en résulte souvent des ulcères, mais seulement faire des piqüres çà et là quand il en est benoit L’écoulement du sang doit être favorisé par des applications de ventouses ( De ulceribus, édit. de Haller, t. IV, page rot et suiv.). Il est aussi plusieurs fois question des ulcères dans les aphorismes. Ainsi, Hippocrate fait redouter les métastases quand lulcère vient à disparaitre tout à coup, el surtout s il Y avait inflammation (Sect. V, aph. 65). Un ulcère qui dure plus d’un an, dit-il EUR , doit nécessairement produire l'ex- PRO de Pos voisin , et la cicatrice qui en résuliera sera déprimée (Sect. VI, fée 45).

Celse regarde JS ulcères comme succédant fort souvent aux plaies qui ne se: cicatrisent pas. Alors il se forme des callosités tout autour , les bords deviennent épais et lhivides. Certaines fois Ag: irrité , trop comprimé, etc. dévient chancreux, d’autres fois gangréneux. Quant au traitement des bléétes invétérés , le voici : on les cernera avec le bistouri, et on emportera les bords et tout ce qui est hivide. S'il y a des varices quis “opposent à la guérison, il faut les exciser et traiter comme s’il s’agissait d’une plaie récente. Si lon répugne à l'usage du bistouri, on appliquera un emplatre fait avec le laudanum; et lorsque l ulcère qu'il recouvre aurà été rongé, on aura recours aux cicatrisans (Lib. V, cap. XXVI ,S 31 et 32, p.319 et suiv., t. Il, Haller). À bre de l'ulcère chironien qui affecte surtout , dit-il, lés jambes et les piéds, et semble. COrrespondre : à otre” espèce d’ulcère entretenû par une inflammation uicéreusé où non cicatrisante, Celse conseille lemplâtre suivant, qu al regarde comme étant à la fois doux,

DES ULCÈRES, 4oë

véhément et répressif : Écailles d’airain , plomb lavé ét brülé ; de chaq. 6. p.; cadmie; cire, de chers 8: ps huilé’ rosat , autant qu'il en faut Bot former une masse molle. Dans ses formules (Lib. V, cap. XIX,< 18'et 19), il donne des préparations pour détruire les fongosités ; et plus loin (Cap. XX, S 3) une autre poür déterger les ulcères'de mauvaise natüre. Là éncore se trouvent Hataurs remèdes cicatrisans : da

Thessalus, qui vivait sous Néron, à donné sur les ulcèrés des remarques qui nous ont été transmises par Galien (Séptima class., meth. medendi, lb. IP, cap. IV, p: 34 verso, et 4b: V, cap. TZ, p. 29 v.). Théssalus pénsait qu'il fallait remplir tout ulcère creux, cicatrisér tout uleère plan ; réprimer les fongosités ; quelle que füt d’ailleurs la nature ou l'espèce du mal. Quant aux vicux ulcères qui ne peuvent se cicätriser, où qui étant güuéris viénnènt à se rouvrir, il faut chercher là cause de ces particularités pour les combattre. Il faut d’abord enlever ce qui s'oppose à léur cicatrisation et les traiter comme des plaies récentes. Si ce moyen échoue, on traitera l’ulcère avèé des émolliens ; comme s’il s'agissait d’un phlegmon, jusqu’à ce qué l'irritation (dyavéxrnots, indignation , colère) soît calmée. Cela fait, on.emploïera des stimulans énergiquès' (tels que là morttirile) pour changér la nature de cétte irritation ét ai ‘donner une direction différente.

Gaken à consacré près dé trois livrés cé, IV; Lv) de son traité de methodo medendi aux différentes sortes d’ülcères: Dans cet ouvrage ; Galien combat avec son acrimonié ha bituelle les doctrines si remarquables de Théssalus } que: nous venons d'indiquer, et il expose’ st propré doctrine, ou plutôt développe le traité d'Hippocräte de ulééribus, dont nous avons parlé en commençant: Comime Hippocrate, il réjette les corps'gras er surtout l'huile; toujours dominé

404 PANSEMERS.

par ses idées théoriques, il s'inquiète beaucoup de déterminer la nature humide ou sèche des ulcères, afin de savoir s’il faut des dessicatifs ou des émolliens : les astringens et les stimulans (oxicrat, vin, eic.) sont surtout conseillés par Jui.contre les ulcères humides. Les substances qui se représentent le plus souvent sont l'encens , les farines de, fèves, l'écorce de grenades, l’alkekenge, etc. Souvent dans les ulcérations de mauvaise nature ou couvertes de fongosités, il conseillait les médicamens actifs dont nous avons parlé dans notre histoire des caustiques ; enfin, il trouve à propos d'employer les bandages a a (Op. cit.

liv.IV, c.2, p. 23). Dans la guérison des ulcères et des plaies avec perte de substance, Galien admet bien la régénération des chairs, mais non celle de la peau; ce qu'il dit à cet égard mérite d’être cité textuellement : … Siquidem , quod cavum ést impletur ex gignenda carne, quod ex sanguine ortum habet. At ad cicatricem perducitur. quod Jam est impletum, ex gignenda cute, quæ ex subjecta creatur carne. Cæterum caro eadem specie cumea que periit, gigni in cavo ulcere potest *: cutis talis omniro qualis erat , quæ periit prorsus restitui non potest, sed simile quiddam cuti et quod ejus officium suppleat, potest, non tamen plane cutis (Lib. IF, cap. F, p. 19 x).

Aétius a presque textuellement copié dans Galien tout ce qu'il dit des ulcères ( Zetrabibl. IV, serm. IT, caput XXXIII...L). Là se montre plus que jamais la prodigalité luxuriante de formules et des recettes que l'on a tant de fois reprochée à cet auteur. Il expose très bien les avantages de la compression dont äl explique surtout les effets par le rapprochement des bords de la solution decontinuité. En un mot, je le répète, tout est copié dans Galien.

Paul d'Égine veut que, dans le traitement des ulcères simples, l'on en rapproche les bords au moyen de bandes

DES ULCÈRES. 105 où de la suture (Lib. IV, cap. XXXVE, p. 259). Il regarde les astringens, tels que les cataplasmes de feuilles de chéne ou desäule, le suc de plantin, etc., comme de très bons cicatrisans (/d. 1bid. cap. XXXVII). Dans le chapitre suivant, il reproduit ce qui a été dit par ses prédécesseurs.

Le traité IIT du quatrième livre d’Avicenne (fen. 4} ést consacré en entier à l’histoire générale et particulière des différentes sortes d’ulcères telles qu'elles se trouvent dans Galien , Aétius et Paul d'Égine. On sait d'ailleurs’ que les Arabes n’ont guère ajouté que quelques médicamens, le mercure entre autres (V. l'historique des résolatifs , p: 288) aux connaissances que leur léguëèrent les écrivains grecs.

Bernard de Gordon conseille pour le traitement des ulcères sanieux et invétérés une pâte ou onguent légèrement escarrotique quil regarde comme d’un très bon usage. Si l'on échoue, dit-il, il faut avoir recours au chirurgien, qui avec le fer vous guérira, sil plait à Dieu ( Z'ilium medicine, partie. T, cap. X1X, rub. IIT, p. 7°).

Symptomatologie , thérapeutique , tout ce que Guy de Chauliac a écrit sur les ulcères est calqué sur Galien , les Arabes etses prédécesseurs occidentaux, Roger, Brunus, etc. (Traité IV, doctr. I, cap. L...IIT, p. 312 et suiv., trad. de Joubert). Tagault traite des ulcères avec sa méthode ac- coutumée et renchérit encore sur les divisions et les subdivisions établies par Galien, et dans lé traitement il se guide sans cesse sur les idées théoriques du médecin de Pergame (Instit. chir. lib. IT).

Les idées de Van-Helmont sur les ulcères, bien que mélées de bizarreries , n’en sont pas moins fort remarquables. Il montre érbtire dans laquelle sont tombés Galien et ses sectateurs ; en croyant avoir tout fait pour la guérison, lorsqu'ils avaient employé les détersifs qui n’enlèveut que

le,produit, c'est-à-dire la matière sécrétée. L'ulcère est produit par une lésion extérieure, ou un ferment engendré intérieurement , qui exerce sa malignité sur le point ma- Jade £t y.corrompt le sang normal, d’ ailleurs, qui est envoyé pour. nourrir | la partie. Celui- -ci est altéré et sort sous form me. de sanie, d'ichor, LE mais c’est une erreur de croire que le sang qui arrive vers un ulcère soit vicié ; la cause de là viciation, le corrupteur, comme dit Van-Hel-

mont, réside dans les bords et dans te fond de Ja solution de about Guérira- t-on en abstergeant la surface malade ? Non, sans doute, mais en empoisonnant le corrupteur ; c'est ce qui sand l'utilité des arsenicaux mitigés dans le traitement des ulcères (Scab. etule. Schol.. LH 31, p.108, 199) ; ailleurs il croit que la seule odeur des médicamens peut agir sur la cause morbifique (mago fermenti, elc., n: 17, p.71). Van-Helmont pense aussi que la persicaire, la consoude et quelques autres plantes appliquées sur l nlcère ont la: propriété d'en attirer le principe nuisible e(De magna vuin, curat., n. 29; p. 429).

P. Pigray a nne, grande confiance dans la, compression des ulcères calleux et chironiens : «la manière et dextérité de bien bander Y est un souverain remède , qui souvent sert plus que les médicamens » (Epitome, livre V, cha 2, P- h12) Il vante. l'utilité du mercure, des emplâtres de minium, diapalme et des topiques astringens: du reste, rien de bien neuf. J'en dirai autant de Verduc, qui, le premier, conseille l'usage de la ‘pierre : infernale pour.consumer les ons imbu des idées chémiatriques de Sylvius, renouvelées de Van-Helmont, il conseille. les alcalins. pour détruire l'acide qui cause l'ulcère (Path. de chir.,1. I, chap. XVI). ,

Dans le ap de ernier, B. Bell publia son me trailé

des ulcères qu il classe à peu près comme l'avaient déjà

fait Galienet les auteurs du moyen-âge. Il vante les usages de la compression trop négligée de son temps; illa faisait avec une bande dé flanelle , de préférence au bas lacé (sec-part., sect. IE, (IV). Les cailosités seront amollies par des! cataplasmes émolliens. Si l'on échoue, on aura recours aux caustiques ; Bell emploie surtout le nitrate d'argent en solution, et il iouche les parties caileusés avec ün pinceau , comme il le conseille pour les fongosités (Sect.:IV, IF). De même que tous les auteurs qui l'ont: précédé, Bell insiste sur le repos et la situation horizontale comme favorisant la circulation des fluides. Underwood me parait être le premier qui ait fait un précepte de laisser marcher les malades affectés d’ulcères aux jambes. Les regardant comme causés presque toujours par un défaut d'énergie vitale qu'il nomme atonie (Traité des ule. des jambes, introduct. p. XXT), il pense, contrairement aux autres auteurs, que la marche peut être un sumulant convenable qui ranime la circulation et les forces (Id. ibid., p. XXIV et suiv.). Dans le cours de son ou: vrage, il s'appuie sur la pratique de quelques personnes qui faisaient marcher leurs malades (Chap. E, p. 9). Dans les grands ulcères, l'exercice pourrait retarder la guérison ; mais,en, employant le bandage serré, on n'aura pas à redouter cet. inconvénient, Le second chapitre est presque entièrement-consacré à l'exposition de cette doctrine.

Else, après avoir calmé l'irritation avec des cataplasmes émolliens, employait toujours la compression et ne mettait sur l’uicère qu'un linge trempé dans la teinture de myrrhe ou l'eau de Goulard, recouvert d’une lame de plomb (Appendice au traité d'Underwood; p. 224, 225), Le ban:lage : qu'il employait devait être serré jusqu’à engourdir le genou.

Les Mémoires de Champeaux et de Camper, insérés parmi les prix de } Académie royale de chirurgie, eurent

surtout pour but de prescrire une foule de préparations composées dans lesquelles entraient les médicamens les plus opposés par leurs propriétés : toutefois, les auteurs de ces deux mémoires accordèrent encore trop d'importance à beaucoup de remèdes irritans qu'ils admirent sur la foi d'Hippoerate et de Galien.

Ev. Home, qui, à en juger par l'extrait que S. Cooper en donne, a établi des distinctions fort subtiles entre les ulcères, leur oppose des drogues, et des moyens si divers, si nombreux et avec tant de confiance, que je ne puis partager ses opinions (Practical observat. on the treatment of uÎcers, etc.).Je préfère de beaucoup la pratique de Baynton. Ses principes sont plus larges et plusélevés (Descriptiv. account of a new method of treating old ulcers, etc.). En vantant avec raison la compression dans le traitement des ulcères , Whately en exagère l’activité quand il prétend qu'elle produit d'aussi bons effets que les bandelettes de sparadrap (Dict. de $. Cooper, ulcère, p. 548).

Page 1