‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 80 sur 111 · DES PRODUCTIONS ET DÉGÉNÉRATIONS · texte numérisé non relu

DES PRODUCTIONS ET DÉGÉNÉRATIONS

voisines sont le siége d'une phlegmasie plus ou moins intense, souvent accompagnée de douleurs fort vives, de ganglions engorgés, etc.; dans laquelle les parties ulcérées présentent des végétations fongueuses saignantes , des excavations plus ou moins profondes , à bords renversés , d’où s'écoule une sanie fétide excessivement âcre. C’est encore pendant cette période que l’économie présente des caractères généraux d'infection , qu'il y a ce que l’on a appelé la cachexie cancéreuse.

Des phénomènes aussi différens doivent nécessairement commander des moyens curatifs différens aussi. Nous allons donc suivre l'ordre que nous venons d’exposer pour examiner d'une manière générale le mode de pansement que réclament ces maladies.

1° Période d’innocence. Ici les résolutifs conviennent d'une manière, on peut le dire, exclusive, notamment quand la tumeur est bien circonscrile, sans inflammation et sans douleur , que le sujet est jeune, bien constitué, et qu'il n'existe pas d'autre tameur analogue dans le reste de l'économie. Mais il faut en user avec prudence, car presque tous ces moyens sont excitans et capables de déterminer une inflammation locale, et, par conséquent, le passage de la dégénération squirrheuse lardacée , etc., à la période inflammatoire qu'on doit surtout prévenir. Parmi les moyens que l’on regarde comme résolutifs, nous citerons d’abord la compression , qui a joui d’une si grande vogue il ya quelques années. l

La compression n’est employée que quand la tumeur est peu ou point douloureuse et qu’il n’y a pas d'inflammation bien évidente. On peut la pratiquer, soit simplement au moyen d’un bandage qui embrasse immédiatement et exactement la partie malade, soit à l'aide de différentes pièces de linge ou d’agaric sur lesquelles portent les tours de

bande..Les piéces de linge sont des compressés régulières et non pyramidalés ou pyramidales, Les pièces d’agarie sont ordinairement. taillées en rond, mais on peut leur donner toute autre forme..On peut même les remplacer par de la charpie, du coton, de la laine; dont on fait des Coussins; des couches, des élises qui ont plus ou moins d'épaisseur... Les pièces compressives, quelles qu’ellessoient, ne doivent laisser entre elles aucun intervalle qui échapperait ainsi à la compression et formerait un bourrelet saillant,entre.les pièces. de linge. Si la tumeur est petite, une seule.compresse graduée .pyramidale suffira, . mais celle-ci doit .dépasser de quelques lignes la circonférence de celle-là... L'appareil. compresseur est maintenu convenablement serré pres bandage qui s'adapte parfaitement à à la partie qu'il s’agit de comprimer, Ainsi, pour le sein , on aura,recours au croisé d’une mamelle ou des deux on que nousavons décrits dans notre premier volume (p.115, 119). S'agit-il d'un membre, du genou ou de la cuisse, par exem- -ple, le bandage spiral est l'appareil déligatoire qui doit étre employé (V.t. 1, p.80 à 90) Lei nous ferons une remarque qui s'applique d’une manière générale aux bandages compresseurs appliqués sur les membres : c'est qu'ilstdoivent être appliqués à partir de leur extrémité la plus éloignée du tronc, jusqu’à quelques pouces au-dessus du mal. Cette précaution est nécessitée par le développement des conges-" tions séreuses.au-dessous des points fortement comprimés. Mettez à la jambe ou à la cuisse un spiral fortement serré, sans y comprendre le pied; celui-ci ne tardera pas à s 7 | 4 maüser. Il en est de même.pour l'avant-bras etla main. Nous avons déjà dit (t. I, p. 81) que les bandages spiraux devaient être surveillés avec soin, parce qu ils se relàchaient prompiement.’ Nous répéterons à ici ce précepie. en ajoutant que la compression doit être partout aussi égale

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que possible ; qu'au niveau de la partie malade, il.est convenable de faire plusieurs circulaires, afin de la recouvrir de trois à quatre couches de tours de bande. De la sorte, l'appareil est mieux contenu et la compression mieux répartie sur la tumeur. Mais le bandage doit être levé lorsque le malade accuse une douleur vive. Quelquefois il arrive que le bandage est serré. de manière à intercepter toute cireulation sanguine; alors la gangrène pourrait survenir. IL est aussi certains sujets plus faibles, et plus délicats, chez lesquels cet accident pourrait être plus à rédouter que chez beaucoup d’autres. |

Examinons maintenant le degré de confiance que l'on peut accorder à la-compression: M. Récamier , dans son ouvrage sur le cancer, lui a accordé des vertus héroïques que nous ne saurions admettre ; disons done en peu de mots les résultats que l’on peut en attendre : 1° la compression fait disparaitre en peude temps lengorgement qui environne la tumeur, isole en quelque sorte celle-ci et là place dans des conditions plus favorables pour lopération , quand il, faut en venir à cette extrémité ;.2° lorsque la tumeur n’est qu'indurée, lorsqu'elle est causée par une violence extérieure, on peut espérer la résolution complète du mal, mais je ne sais si dans les autres cas la compression seule peut guérir ; je n’en connais pas d'exemples. Ceux qui ontété cités par M. Récamier sont loin d’être concluans, puisqu'il à employé! simultanément d’autres moyens, de traitement, et que souventil a fallu en venir à lextirpation. Si ce moyen peut être utile, il ne (aut pas oublier qu'il peut être fort dangereux en excitant une inflammation quiamène la dégénération carcinomateuse de la tumeur.

Nousavons donné les principales formules des emplatres, onguens, pommades et cataplasmes résolutifs ; nous avons indiqué et leur. mode d'action et la manière de-les em-

T2 PANSÉMENS ployer; nous aurons donc peu de chose à en dire ici. Seulement nous allons indiquer les choix qu’il faut faire parmi ces différens ordres de moyens. Nous dirons d’abord qu'il est bon de commencer par les cataplasmes légérement résolutifs tels que ceux de farine d'orge, de fèves délayée dans de l’eau de savon , de faire alterner ces cataplasmes avec des frictions au moyen de la pommade d’hydriodate de potasse ou d’une pommade mercurielle, enfin de terminer par les emplâtres fondans à la tête desquels nous placerons celui de Vigo. Il estclair, du reste, que dans l'emploi de ces moyens, il faut se guider sur la présence ou l'absence de linflammation et de la douleur.

Ces remarques générales et celles que nous avons faites au sujet de la compression leur sont applicables.

2° Période d'inflammation. Dans cette période, la phlegmasie est le phénomène principal et caractéristique ; elle n'existe plus d’une manière douteuse, elle a'‘envahi la tumeur et s'accompagne de douleurs fort vives. Alors ‘la dégénération primitive éprouve elle-même une autre dégénération qui la transforme en cancer. Il faut alors revenir aux émolliens et aux narcotiques; ainsi l’on se trouve très bien des cataplasmes de farine de graine de lin, arrosés de laudanum; de cataplasmes de feuilles de ciguë, de morelle et de jusquiame, etc. Toutefois, dès que la douleur est calmée, il convient de suspendre aussitôt l'emploi des narcotiques, car c’est là une ressource précieuse qu'il ne faut pas user, mais réserver pour les momens de crise. Du reste , l'emploi de ces moyens adoucissans ou narcotiques, trouveraun puissant auxiliaire dans les applications de sangsues, suivant la gravité des accidens. Lorsque l’on parvient à arrêter l’inflammation, on peüt encore essayer les résolutifs et même la compression ; mais c'est avec plus de réserve-encore, s’il est possible, que dans

DES PRODUCTIONS ET DÉGÉNÉRATIONS. 413 les cas précédens. Lersque la dégénérescence s’ulcère, que le cancer ulcéré est peu douloureux, que lengorgement qui l’environne n’est pas très considérable et ne s'étend pas jusqu'aux ganglions lymphatiques situés à quelque distance, il convient sans doute d'enlever le mal, mais si les malades se refusent à l'ablation de la tumeur , les résolutifs offrent encore quelques chances de guérison ou du moins d'amélioration. On peut donc , à l'exemple de M. Récamier, employer la compression telle que nous l’avons décrite plus haut. Mais ici l'appareil doit étre levé assez souvent , c’est-à-dire toutes les vingt-quatre heures , à cause de la sanie dégoutante et fétide que sécrète hstonolot la surface ulcérée. Alors celle-ci sera lavée soigneusement; les chlorures ont une grande utilité pour cet usage, à cause de leurs propriétés désinfectantes. Quand on applique la compression sur un ulcère recouvert de végétations fongueuses, on peutcommencer par couper celles-ci à leur base avec des ciseaux courbes. Avant de réappliquer l'appareil, on fait parfois sur les parties voisines quelques frictions avec une pommade fondante. Mais, le plus souvent, la phlegmasie locale, l’'acuité des douleurs s'opposent à l'emploi de ces moyens, et l’on est obligé de s’en tenir aux cataplasmes. narcotiques ou émolliens. Le soin principal que réclament ces ulcères , c’est une très grande propreté ; aussi beaucoup de praticiens conseillent-ils de les panser avec des plumasseaux de charpie enduits de pommades]légèrement narcotiques, telles que le cérat laudanisé où opiacé. La charpie absorbe la suppuration à mesure qu’elle se forme et l'empéche de-s’écouler sur la peau voisine qu'elle rougit et enflamme.

Nous avons vu à l'article caustique, que les médicamens doués de cette énergique propriété , étaient employés à la destruction des tumeurs cancéreuses, et nous avons décrit

le mode d'application dela pâte arsenicale'et de celle dite de Canquoin : il nous reste à détérminér ici d’üné manière générale les circonstances qui indiquent ou excluent ce mode de traitement. Les caustiques peuvent être employés quand le cancer est superficiel, peu étendu, sans inflamration vive, quand il ne siége pas au voisinage d’un organe important dont la lésion pourrait entrainer des: dangers, un nerf ou une artère volumineux , l'œil , ete: Maïs l'appli cation du caustique ne saurait, sans de graves iñéonvéniens, être mise en pratique pour des éancérs volumineux ; tels que ceux du sein, ou bien oécupant des organes doués d'une grande sensibilité ; tels que le testicule: Il est facile de voir ; que des applications réitérées de caustique doivent irriter et exaspérer les tumeurs trop grosses pour être emportées en une seule fois, ét d’un aûtre côté que dés parties aussi irritables que celles dont nous véñons dé parler , ne pourraient être mises en contaét âvec un escarrotiqué sans qu'il en résultât des douleurs très violentes qui pourraient causer des dangers réels. |

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