‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 87 sur 111 · IT. J · texte numérisé non relu

IT. J

540 FANSEMENS

de glisser jusqu'au fond de la sonde un petit morceau d’éponge, où un flocon de laine attaché à un fil, pour attirer l'urine par une sorte de succion, lorsque la sonde est dans la vessie. C'était au moyen de la sonde que les Arabes donnaient issue aux urines retenues dans cet organe. Haly- Abbas, Avicenne, Albucasis, le plus célèbre chirurgien d'érdré eux, ont aussi décrit le cathétérisme, et l'ont décrit comme Celse, à peu près. Rien ñe porte à croire qu'ils se soientservide la sonde droite, comme le veut Deschamps, et il m'est impossible de reconnaître que le dernier ait décrit le cathétérisme par le tour du maïtre, procédé dont Je vais bientôt parler.

Guy de Chäuliac , qui les copie servilement ici, ne pa- Trait avoir en vue qu'un seul cas de l’emploi des sondes, celui où la rétention;d’unine est produite par une pierre qui se présente au col de la vessie. Ainsi, « qu’on mette, dit-il, le patient dans un bain rémollitif ; puis, avec un cathéter (c'est-à-dire intromissoire, au une sorte d'éprouvette), ou algalie , ou syringue, introduit par la verge, soit repoussée du col de la vessie... ou avec les doigts, introduits par le fondement , soit fait de même. » L’algalie de Guy de Chauliac offrait deux yeux près de la pointe et aux côtés (Traité u, doct. 11, ch. 7 de l'artifice de pisser par instr., p. 585). Il nice aussi une canule de bois ou de plomb dans l’urètre, pour s'opposer à la cicatrisation du prépuce ouvert (p. 589).

L'origine de l'emploi des bougies est très incertaine: Un médecin espagnol, André Lacuna , prétendit, en 1551, qu'elles avaientété inventées par un empiriquéde Portugal, nommé Philippe, qui lui en avait communiqué le secret ; mais, en 1554, Amatus Lusitanus chercha à prouver que cet empirique lui en devait la connaïssance, et quelui-même la tenait d’ Aldereta de Salamanque. En 1553, Ferri de Na-

ples affirma s’en étre servi avant 1548, et que d’ailleurs elles étaient connues d'Alexandre de Tralles. Mesrecherches ne me permettent pas de rien décider à cet égard. Quoi qu'il en soit, d'abord faites avec du coton et du fil enduit de cire, comme nos bougies à brüler, d’où vient ieur nom , elles furent ensuite chargées de médicamens et de pommades caustiques. De là les bougies médicamenteuses, imaginées pour agir sur les propriétés vitales de l’urètre. On ne s’en sert plus. On a aussi fait usage des bougies de plomb pour qu'elles compriment les fongosités de l’'urètre avec plus de succès par leur poids et qu’elles les ulcèrent et les détruisent par leur dureté, et même parles dents de leur extrémité, qui en font comme une lime ronde. Indépendamment de cette bougie à lime, Paré a proposé une sonde dont l'extrémité interne est fermée par un petit couvercle à bord tranchant. Ce couvercle, fixé à un stylet intérieur mobile, s'ouvre quand ou pousse le stylet, se ferme, pince les fongosités urétrales, suivant Paré, quand on letire à soi, et les coupe. Un desscarificateurs de M. Amussat ressemble à cet instrument (Paré, 1. 30, ch. 25). ;

On à lieu d’être étonné que Paré, après avoir décrit et figuré des sondes avec leur stylet (Liv. 17, ch. 35, p. 618, 619), s’en vienne avec une armée de médicamens bizarres pour combattre les rétentions d'urine, la dysurie, la strangurie et l'ischurie (Jd., ch. 58, p. 643, ch. 64, p. 646), et se borne à recommander les sondes pour explorer la vessie , y reconnaitre un calcul , faire l'opération de la taille , et ne parle qu’en passant de l'usage que l'on en fait pour évacuer les urines (Ch. 55, p. 618).

La thérapeutique de Fabrice d’Aquapendente , pour les. rétentions d'urine, est beaucoup plus rationnelle, plus instructive et plus précise. L'introduction d’une simple bougie dans l’urètre lui paraît indiquée dans le cas où une pierre

s’oppose au passage des urines. Il veut « que si Purine s'arrête par une carnosité développée dans lurètre, à la suite de Ja gonorrhée, on la consume. » Il ajoute « que, parfois, de peur que les malades ne meurent de la suppression d'urine, il a coutume de froisser la carnosité avec la sonde creuse ou avec une éprouvette massive d'argent ou de corne ; » que, dans le cas où la suppression a été produite par un grumeau de sang, on s’est bien trouvé de l'usage de la bougie; mais que le plus souvent il faut se servir d’une algalie ou sonde, que l’on nommait encore alors syringue, du grec oÿpuyt, fistula, canule , tuyau, expressions toutes à peu près synonymes, Ce grand chirurgien imagina d'en faire en corne, pour qu’elles fussent plus souples que les sondes ou algalies d'argent, ete.

Du tempsde Fabrice, on s’y prenait déjà de deux manières différentes pour introduire une sonde courbe dans la vessie, Il yen a, dit-il, qui abaissent-la verge au moment où la sonde commence à entrer, en poussant dans la vessie la partie courbe de la sonde inclinée en bas. Les autres pous- | sent au contraire la sonde en haussant d’abord la verge. Dans le premier cas on introduisait l'instrument , la convexité en haut, pour en ramener la concavité sous le pubis, en faisant exécuter à son pavillon un demi-mouvement de rotation sur l'extrémité interne parvenue dans le fond de l’urètre. C'était ce que l’on a nommé depuis le tour du maître (Part. u, ch. 58, p. 695). Delavauguion a décrit aussi les deux procédés de cathétérisme indiqués par Fabrice, mais avec plus de détails. Il ne désigne encore sous aucun nom particulier le cathétérisme par le tour du maitre (Ch. 13, manière de sonder, p. 111). Heister emploie dans les rétrécissemens légers de l’urètre une bougie ou une sonde de plomb, que le malade retire quand il veut uriner , et qu'il laisse plusieurs jours en place, jusqu'à ce

que l'urètre ait recouvré son premier état. Lorsque le rétrécissement est ancien, il fait porter la sonde de plomb ou la bougie pendant quelques semaines (Part. 1, sect. v, ch. 37, $ nr, iv). Sa deseription du cathétérisme n'offre rien de nouveau ; mais elle est instructive (1d.. 1x, vr, t. 1, p. 253 et PROFS J.-L. Petit a reproduit dans les sondes les courbures en S, dont Franco, Dalechamps et d’autres avaient déjà deb le modèle (7'raité des mal. chir., ete., plobr, f9457 5)

L'inflexibilité des sondes métalliques étant la source de graves inconvéniens, Vanhelmont proposa de les faire en cuir ; un auteur inconnu imagina d'en fabriquer avec un fil d’ gudnt aplati, roulé en spirale ; plus tard on recouvrit les contours de ce fil avec de la baudruche enduite d’une couche de cire ; plus tard encore , avec une bandelette de parchemin roulée en spirale autour de l'instrument , et fixée avec de la colle-forte , puis avec de la soie non torse que l’on arrêtait autour de la sonde par le moyen de la cire; enfin on la plongeait encore dans un emplâtre de Nuremberg fondu > poùr l'égaliser ensuite en la roulant entre les mains.

On doit à Bernard, orfévre de Paris, une invention bien plus heureuse : c’est celle des sondes et des bougies de gomme élastique , qu'il présenta en 1779 à l'académie royale de chirurgie. Pickel, professeur à Wurtzbourg, réclama en vain une priorité que les contemporains ont adjugée à l'artiste français (Journ. de méd., an. 1785). De nos Jours, Ducamp chercha à remplacer les sondes par Jes caustiques ou par les bougies à ventre, et par ses dilatateurs à air. [l faisait ces derniers avec l'appendice du cœcum , ou un Intestin de chat, qu'il introduisait dans le rétrécissement de l’urètre pour les y enfler et les dilater (Traité des rét. d'ur, Paris, 1822).

Lieutaud a émis, dans le dernier siècle, une idée bien extraordinaire , et qui devait être fécondée dans le nôtre. Il n’y a pas de cas , dit ce médecin, si l’on en excepte celui où la pierre est engagée dans l’urètre, « qui puisse empêcher une sonde droite , conduite par une main un peu exercée, d'entrer dans la vessie (Précis de méd. prat. Paris 1760, t. 1, p. 648). » |

De nos jours, en 1810, un médecin rappela que l’on peut parvenir à la vessie au moven d’une sonde droite (Moxraieu, Propos. sur les malad. de l'urètre. Paris, thèse 1810). M. Gruithuisen , en Allemagne, le prouva par l’expérience à ses compatriotes incrédules (Gazette de Saltzbourg, an 1813), et MM. Amussat, Civiale et Leroy d'Étiolle répandirent l’usage de cet instrument. Mais les deux premiers se disputèrent vainement une découverte qui ne leur appartient ni à l’un ni à Pautre.

Aux XVe et XVIe siècles, époque à laquelle les chirurgiens abusaient des caustiques, ils portaient dans l’urètre des bougies enduites de caustiques, avec les seules précautions que Je vais indiquer. On introduisait une bougie de cire et de linge jusque dans la vessie, on la laissait en place pendant quelque temps; on la retirait ensuite, et l’on remarquait avec soin la rainure que la.pression du rétrécissement y avait formée. Et, après cette exploration préliminaire, on enlevait avec l’ongle ou avec une lame de canif une certaine quantité de cire dans cet endroit, et on la remplacait par un emplâtre caustique. Alors on huilait la bougie, on la glissait dans le canal avec la précaution de la placer comme elle était la première fois. Ambroise Paré, après avoir limé, déchiré ou excisé les carnosités ou excroissances fongueuses des ulcères urétraux , se servait pour les cautériser d'une poudre caustique. 1] la poussait sur le mal au moyen d’un stylet d'argent armé

d'un petit tampon de linge, et à travers une canulesfenétrée d’un côté ; la fenêtre de la canule était préalablement ‘appliquée sur l’ulcération soupconnée (L. 19, ch. 25).

C'est par une méthode analogue que G. Loyseau guérit Henri IV d’une prétendue carnosité, qu'il consuma en dix ou douze jours, et dont l'urètre fut cicatrisé trois semaines après (Obs. méd, et chirur. p. x, Bordeaux, 1617). Wisemann substitua le nitrate d'art aux rar caustiques de ses prédécesseurs. Quand l'obstruction est causée par une caroncule, dit Wisemann au rapport d'E. Home , et qu’on ne peut la franchir, on doit en conclure qu'elle est calleuse. Dans ce cas, il faut introduire une canule dans lurètre jusqu’à ce qu'elle soit arrêtée par la caroncule, la maintenir dans cet endroit, introduire un grain de caustique dans son intérieur, et le pousser contre la caroncule, où on le maintient ( Home’s, treatise, t. x, p. 125 ). (

Comune les anciens chirurgiens, Lemonnier prenait une empreinte de la saillie du rétrécissement ; comme Paré, il froissait, déchirait, ulcérait avec une bougie de plomb la saillie des rétrécissemens, et cautérisait. « Les excraissances molles et baveuses se guérissent après les avoir forcées et froissées par l'introduction d’une verge de plomb ou d’une sonde dans le canal de l’urètre, malgré la résistance desquelles il faut la faire passer au-delà ;.. après quoi, si on à le bonheur de réussir, il faut pousser en sa place une bougie faite avec une mèche assez forte et de la cire, qui, passant jusqu'au-delà de [a carnosité, nous indiquera, pour peu de séjour qu'elle fasse dans la partie, l'endroit et l’étendue de cette excroissance, par la compression, la figure et la marque qu'elle imprimera dessus la cire ( Laugier,

F. Roncalli a décrit, dans un ouvrage publié en 1720,

552 | PANSEMFNS le ponle-caustique dont il faisait usage. 11 a de l’analogie avec celui de Hunter, dont je parlerai bientôt. |

J. Hunter a beaucoup ajouté aux connaissances que l'on possédait, de son temps, sur les strictures de l'urètre, et leur traitement ( Traité des mal. vénér. trad. par Audibert, Paris, 1787).Ilavait des notions exactes sur les resserremens spasmodiques de lurètre, etsur les complications de spasme qui surviennent si fréquemment lorsqu'on sonde l'urètre rétréci ( p. 124); dans ce dernier cas, il prétend avoir quelquefois réussi à faire pénétrer l'extrémité d’une bougie, en frictionnant le périnée d’une main , tandis que de l’autre il poussait la bougie dans l’urètre. D'autres fois, il a franchi le détroit en tenant la pointe de la bougie pendant quelque temps tout près du rétrécissement, et en la poussant ensuite. |

Le chirurgien doït d’abord s'assurer de la situation du rétrécissement avec une bougie d’une grosseur ordinaire ; et en essayer ensuite une plus petite ; s’il la pousse de manière à la faire passer plus avant, et qu'elle devienne fixe, elle aura pénétré, et on saura de combien elle aura pénétré dans le rétrécissement. Si la bougie se replie sur elle-même, elle n’a pas pénétré. On apprend encore ce qui s’est passé, en retirant la bougie, et en:examinant la pointe. Si elle est émoussée , la bougie n’a pas pénétré du tout ; mais si elle ‘est aplatie ‘d’une ligne. ou évidée, que la couche extérieure de cire soit enlevée dans cette longueur ; si, à l'endroit qui’correspondait au rétrécissement, ilya sur la bougie une impression circulaire ou seulement un petit enfoncement sur le côté, pour lors on peut étre assuré qu'elle a pénétré aussi loin que ces marques s'étendent. Cependant l’auteur ajoute en note : « Nous soupconnons que ces deux effets proviennent d’un spasme qui arrive dans le moment de l'introduction (p. 126). » Ce passage

d’un livre médité par Ducamp donne la clef de ses inventions pour l'exploration. J’en extrairai encore les passages suivans, sans y meltre d’ailleurs plus d'ordre que Hunter n'en mit lui-même : « Lorsqu'on passe la bougie, il ne faut pas la laisser au-delà de cinq ou dix minutes (p. 127); on a essayé aussi avec succès pendant quelque temps de forcer une bougie de la grosseur ordinaire à travers un rétrécissement qui n’en aurait admis qu'une petite. Une telle conduite est répréhensible. Nous en avons vu néanmoins de bons effets ( p. 28 ).» Ce passage pi QU les préceptes plus récens de M. Mayor.

Hunter s'exprime ainsi sur l’ancienne BRALEE de lulcération :« Les bougies guérissent encore les rétrécissemens par l’ulcération; mais c’est une méthode insupportable pour les malades, par les spasmes violens qu'elle cause { p. 129). » Ce qu'il dit de l'usage des caustiques dans les rétrécissemens est bien plus intéressant. « Lorsqu'une bougie peut passer aisément | il n'est point necessaire d'employer d'autre méthode ; mais trop souvent on ne peut faire passer une bougie , parce que le rétrécissement est considérable, que l’urètre est dévié ou oblitéré (p. 134). Dans tous ces cas, le caustique nous a réussi audelà de nos espérances (p. 134). Si l'obstacle est dans la partie courbe de l’u ètre, il est difficile à détruire. Au commencement de a courbure, on peut encore frayer un passage aux bougies par le moyen du caustique. J'ai vu plusieurs cas où él suffit de toucher un peu les parties malades avec le caustique, pour que la bougie puisse passer. J'ai vu aussi plusieurs cas de fistuies urinaires où Le passage naturel était oblitéré par le rétrécissement, et dans lesquels le caustique a été employé avec succès, et les fistules guéries ( p. 134). L'application du caustique ne doit pas durer plus d’une minute, et on peut la répéter tous les jours

ou tous les deux jours, en laissant le temps à l’escarre de se séparer. Quelquefois il faut le suspendre, parce qu'il irrite et cause du spasme, de l’inflammation et une rétention d’urine (p. 135).» D:

Hunter raconte qu’en 1752 il traitait pour la première fois un rétrécissement de l’urètre, Las d'employer des bou- gies depuis six mois säns progrès , il imagina qu’il réussirait mieux en employant les escarrotiques. Il essaya d’abord le précipité rouge, puis le nitrate d'argent. Après avoir employé un premier moyen très grossier, qui guérit son malade, l'auteur, voulant n’agir que sur le rétrécissement, employa une canule avec un stylet propre à en boucher l'extrémité interne, pour que le mucus de l'urètre n'y pénétrât pas, et ne püt causer une dissolution prématurée du caustique. Enfin il fit faire un porte-crayon tout simple, ou un porte-crayon terminé à l'extrémité opposée au caustique par un stylet propre à fermer la canule. Il introduisait jusqu’à l'obstacle la canule fermée par les tylet, il retirait celui-ci, introduisait le porte-crayon à son tour jusqu'au rétrécissement qu’il cautérisait; après quoi, rentrant le caustique dans la canule, il retirait le tout.Pour cautériser dans la partie courbe de l’urètre, l’auteur fit construire une canule flexible, excepté au bout, où élle était courbe.

Après avoir fait passer la bougie, il continuait à dilater graduellement ou brusquement avec les bougies, pour augmenter l’ulcération de la stricture. Lorsque plusieurs petits rétrécissemens précédaient la stricture à cautériser, il les dilatait jusqu’à ce qu’il püty faire passer la canule porte-caustique (p. 136, 137 ). Le lecteur peut juger tout le parti que Ducamp a tiré de l'ouvrage de l'illustre Hunter, par ce que nous venons d'en citer. indie

Ducamp,qui ne parle point de la canulecourbe de Hunter, fait à cet auteur des reproches bien sévères (p. 145), et pré-

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