PANSEMENT DES RÉTRÉCISSEMENS DU RECTUM ET DE L'ANUS
Lorsqu'on a vainement mis en usage les antiphlogistiques et les lavemens émolliens propres à combattre les rétrécissemens du rectum précédés d’une inflammation évidente pour laquelle on a traité un malade, il faut recourir à d’autres moyens, la dilatation proprement dite, et la cautérisation. Il faut encore recourir à des pansemens dilatans aidés de l’onguent mercuriel, lorsqu'il s'agit d’un rétrécissement syphilitique.
La dilatation peutse pratiquer de plusieurs manières : à l’aide des mèches, des tentes, des bougies ou des canules ; avant ou après l'incision ou l’excision intérieure du rétrécissSement du rectum, si ce rétrécissement fait dans l’in-
testin une saillie qui permette de semblables opérations.
Desault a mis en vogue la dilatation par les mèches et les tentes de charpie. On peut très bien les employer en coton, surtout quand on a constaté l’innocuité de ce tissu pour cet usage. Néanmoins, il s’en faut de beaucoup que l'emploi des mèches ou des tentes dans les rétrécissemens du rectum ait des résultats aussi favorables qu’on serait porté à lecroire par la lecture des cinq obsérvations réunies dans le tome 1° du journal de Desault, pag. 268. En effet, d’une part, trois des malades avaient des rétrécissemens syphilitiques, et d'autre part il est rare de voir des rétrécissemens squirrheux céderà l'emploi des mèchessimples. Néanmoins, ces observations montrent que Desault comprenait très bien l'influence de la compression sur les lésions orga-. niques pour les atrophier. ca
Introduites dans le réctum sous un volume proportionné au rétrécissement squirrheux de cet intestin , les mèches ne font guère que S’opposer à ce qu'il se resserre davantage ; souvent même élles n'y parviennent pas, quoique cependantelles irritent vivement par l'excès deleur volume, causent des sueurs froides, des frissons, de la fièvre ou des défaillances. Vous en trouverez des exemples dans l'ouvrage de M: Costallat (Essai sur un nouv. mode de dilatat. du rectum, 1834, 6bs. 24).
L'impuissance des mèches employées contre les rétrécissemens du rectum est si commune, surtout quand le rétrécissement est situé profondément, à8, ro et 12 pouces, et leur emploi si incommode, qu’on a cherché à le perfectionner. C’est ce qu'a fait M. Costallat. Mais son appareil est si compliqué,qu'’il ne sera certainement pas conservé. Ceux qui pourraient être curieux de le connaître en trouveront la description dans l'essai de l'auteur sur le nouseau mode de dilatation particulièrement appliqué au
DES RÉTRÉCISSEMENS DU'RÉCTUM ET DE L'ANUS, "567 retrécissement du rectum, ouvrage très bien fait et très instructif, publié en 1834.
Cependant, on pourrait avec avantage pour certains cas en retirer un appareil plus simple, {a mèche en chemise. Il se composerait : 1° d’une chemise de toile fine, en forme de gaine, pluslarge que le point du rectum que l'on voudrait dilater, et dont le sommet serait garni d'une petite calotte cylindrique de métal ou de parchemin; 2° d'une tige droite, cylindrique, en fer, renflée en olive, au bout, déstiné à s'engager dans la chemiseet la calotte de métal pour porter jusqu’au-delà du rétrécissement la chemise bien graissée en dedans eten dehors ; 3° de mèches de coton ou de charpie destinées à être glissées dans la chemise jusqu’au fond, pour franchir le rétrécissement sans frottement immédiat, et le dilater graduellement. Cet appareil aurait d’ailleurs une longueur proportionnée à la profondeur du rétrécissement du rectum, et pourrait, à l'aide de la tige métallique, portechemise, enfoncer la chemise à douze ou quinze pouces, et permettre d'y glisser ensuite facilement une mèche, que l'on ne pourrait y porter si elle n’était en quelque sorte dirigée et conduite par la chemise, comme par le main, dans le rétrécissement à dilater.
Comme une mèche, ainsi placée, ne doit être retirée que lorsque le malade a besoin d'aller à la selle; comme elle s'oppose jusqu'à un certain point à l'expulsion des gaz, M. Bemond de Bordeaux a proposé, pour remplacer les mèches, un appareil composé : 1° d'une canule en argent, longue de 12 centimètres (4 pouces et demi), large de 6 millimètres (3 lignes), étranglée par plusieurs rainures dans sa longueur , et portant deux anneaux à son extrémité inférieure ou externe ; 2° d’une chemise de toile fine, qui doit être fixée par son extrémité interne sur les étranglemens de la canule au moyen d’un cordon, puis renversée sur
elle-même de manière à embrasser la canule de haut en bas ; 3° d’un mandrin creux fermé à son extrémité interne, et destiné à remplir exactement la canule, à la dépasser d’un centimètre à son bout supérieur, et à se fixer à son extrémité inférieure par un petit bouton qui s’engage dans une rainure demi-circulaire du bord de l’extrémité,
Cet appareil préparé, on graisse la chemise avec du cérat, ainsi que le bout de la canule et du mandrin qui la dépasse un peu et lui donne la forme conique, puis on enfonce l'appareil dans le rectum, et on l’y pousse aussi loin qu'on le juge à propos d’après les empreintes qu’on a dü prendre auparavant à l'aide d’une bougie emplastique, et, par conséquent , d’après le siége connu du rétrécissement:. L'appareil placé, on bourre la chemise avec de la charpie, régulièrement ou plus d’un côté que de l’autre, suivant les besoins. L'appareil est ensuite soutenu au moyen de cordons passés par les anneaux de la canule, et fixés à une ceinture.
Quand le malade a des matières ou des gaz à rendre, on retire le mandrin. Au besoin, on lui administre des lavemens sans enlever la canule, et il peut aller à la selle sans être obligé de la déranger, si ce n’est au bout de six où huit jours, pour nettoyer l'appareil à fond.
Cependant, si le malade était fatigué par la distensionextrême que produirait le tamponnement, on pourrait encore retirer une partie de la charpie sans enlever l'appareil; enfin , il faudrait bien l'enlever hâtivement si des soins de propreté le réclamaient impérieusement. L'appareil enlevé, on nettoierait la canule, on changerait la chemise et le tamponnement, et on replacerait le tout comme auparavent.
Cet appareil fut employé avec succès par M. Bermond, dans un cas de tamponnement du rectum, pour contenir une fracture du sacrum , et éviter les accidens que la