DES RÉTRÉCISSEMENS DU RECTUM ET DE L’ANUS
rétention des gaz et des matières intestinales avait produits à la suite d’un tamponnement par la méthode ancienne. Mais il l’a proposé contre d'autres maladies, telles que. les hémorrhagies du rectum et les hémorroïdes, le rétrécissement congénial ou accidentel de l'anus, etc.(T'hèse de la fac. de Paris, 1827, n° 44, p. 12).
Tout ingénieux qu'est cet appareil, je ne puis pas encore le recommander d’une manière absolue contre les rétrécissemens. Il faut que l'expérience nous éclaire, pour en juger définitivement la valeur. J'avoue qu'à l'avance la canule de M. Bermond me paraît devoir être bien étroite et parfois un peu longue, pour qu'un malade puisse aller à la selle par son canal, même en s’aidant de clystères. Peut-être conviendrait-il de le faire en bois dur ou en ivoire pour le rendre moins coûteux, de le courber un peu pour le modeler à la courbure du sacrum et le rendre moins génant, de le fermer de manière à pouvoir l’enfoncer au-dessus des sphincters pour ne pas les distendre d’une manière permanente, et d'y attacher un cordon ferme et solide qu'on retiendrait au dehors pour empêcher l’appareil de remonter dans le rectum, et surtout pour l’'amener au dehors , quand le malade aurait besoin de lacher des gaz ou d'aller à la garde-robe.
Si l’on manquait de longues mèches de charpie ou de coton, si l’on manquait des appareils précédens, on pourrait les remplacer par des bougies élastiques pour le rectum. Peut-être même, dans certains cas, les bougies seraient-elles préférables à ces appareils.
Ces bougies sont des cylindres creux ou pleins, faits d’un tissu de soie enduit de gomme élastique ; ils ont environ douze à quinze centimètres (quatre à six pouces à peu près de longueur). Les bougies pleines sont remplies de laine cardée, et fermées partout. On les trouve chez les
bandagistes avec des formes variables, quelquefois renflées à leur extrémité interne : les bougies creuses sont plus régulièrement cylindriques.
Ilseraitconvenable qu’on les renflat toutes, comme celles de l'urètre, dans une assez grande partie de leur longueur ; les bougies creuses seraient ouvertes à:leur extrémité externe par un orifice un peu plus évasé que la suite de leur canal, et terminées à l’autre bout par un cul-de-sac. Elles devraient avoir un stylet ou mandrin -métallique capable de les remplir exactement. Les bougies massives seraient également fusiformes ; leur extrémité externe pourrait étre grêle et garnie d’un cordon, d’un anneau de cuir ou de linge, enduit aussi de gomme élastique.
Ces bougies devraient être faites de manière que leur renflement püt correspondre au rétrécissement, la bougie étant introduite dans le rectum jusque vers son pavillon, ou tout entière si elle était massive.
On les y introduirait au moyen de leur mandrin, et toutes après les avoir bien graissées avec de l'huile, du cérat ou du beurre frais. On pourrait faire avancer les bougies massives au-delà de l'anus, en conservant seulement au dehors leur anneau ou leur cordon.
Tandis que de pareils instrumens agiraient avec beaucoup d'énergie sur le rétrécissement du rectum, ils n’irriteraient point l'anus, qu'ils distendraiént à peine.
Il’est inutile de dirè que, lorsque le rétrécissement céderait et se dilaterait , 4l faudrait changer ces bougies et les remplacer par d’autres, dont le ventre serait plus fort.
La cautérisation des rétrécissemens du rectum, pratiquée par E. Home en Angleterre, par le docteur Duplaten France, commence à se répandre , et deviendra probablement plus fréquente et plus commune par la suite.
Une femme de 28 ans, qui depuis long-temps n'allait à
DES RÉTRÉCISSEMENS" DU RECTUM ET DE L'ANUS. 561 la selle qu'avec beaucoup de peine, avait à deux pouces et demi un rétrécissement qui ne pouvait admettre l’extrémité du petit doigt. On la guérit par des çautérisations répétées tous les deux jours (Z. Home, practical obs. on the treatm of. strict. in the uret. and in the æsoph, 2° édit. t. 2, p. 418).
Une ouvrière en soie, de 64 ans, ne pouvait plus aller à Ja selle qu’avec d’horribles souffrances. Elle portait à trois pouces au-dessus. de l'anus une tumeur grosse comme une noix, présentant à son milieu une petite ouverture dans laquelle on aurait à peine fait entrer un gros stylet. M. Duplat dilata d’abord l'ouverture avec des mèches, ce qui lui permit de reconnaitre que le rétrécissement avait une longueur d’un pouce, était fongueux à l’intérieur, ettérminé en haut par un anneau résistant. Pour obtenir une cure radicale, dit l’auteur, Je me décidai à porter sur la partie fongueuse le caustique au moyen d’une canule, et nous incisämes l'anneau résistant en plusieurs points, aa moyen du pharyngotome ; nous dilatâmes ensuite avec des mêches de plus en plus volumineuses, et la malade a récouvré tout à fait la santé ( Duplat, Considérations sur divers faits, Strasbourg, 1824, in-4°}. À
Nous n’entrerons dans aucun détail ur les instrumens propres à pratiquer la cautérisation du rectum. Après tout ce qui a été dit sur ceux de l’urètre, il est aisé d'imaginer les moyens nécessaires pour agir avec sûreté.
Mais, comme à la suite de tous les rétrécissemens précédens, on ne saurait trop recommander aux malades de revenir promptement à Ja dilatation et même à la cautérisaton, si le besoin venait à s’en faire sentir.
El, 36.
56 PANSUMENS Dilatation de l'unus. du rectum ou du vagin.
Après avoir ouvert la membrane qui bouche l'anus ou le rectum ; après avoir pratiqué, par une incision cruciale, une ouverture à la place de l'anus ou de l'extrémité inférieure, qui manque chez certains enfans naïissans pour évacuer le méconium , il faut maintenir la plaie dilatée pendant qu’elle se cicatrise. La chose est aussi facile, lorsqu'il n'y a qu'imperforation de l'anus et de l'intestin, qu'elle est dificile lorsqu'il manque une certaine quantité de la portion inférieure du rectum.
Néanmoins, le succès n’est pas impossible, comme le prouve le fait que je vais rapporter, et dont M. le docteur St.-Amand a été témoin,
Je fus, en 1833, appelé par mon confrère et ami, M. St.- Amand, chez une dame anglaise, pour donner des soins à un enfant nouveau-né dont l'anus était imperforé. Il n’avait point encore rendu de méconium , il avait le ventre tendu, s’agitait beaucoup, faisait des étiotes comme pour aller à la selle, n’y allait point, et criait sans cesse, En explorant l'anus, on n’y sentait ni le flot des matières, comme lorsqu'il est seulement imperforé , ni la tension du périnée. Dès lors on pouvait prévoir que l'extrémité inférieure du rectum manquait, au moins dans l'étendue de quelques lignes. Aussi, ayant pratiqué une incision cruciale à lendroit où devait être l'anus, je parvins au rectum ‘après avoir traversé trois ou quatre lignes. de parües, molles. J'en fis cicatriser l'ouverture sur une mèche de trois 'à quatre lignes de diamètre ; l’orifice de l'intestin, guéri à cette époque, a conservé son Mb dué sans jamais diminuer. Il laisse, parfois, écoulerinvolontairement les matières, et,
aujourd'hui, cinq ans après l'opération , l'enfant continue de jouir d'une excellente santé.
Depuis cette époque , j'ai opéré deux enfans pour un cas semblable. L'un d’eux a vécu huit mois, et est peut-étre mort faute de soins ; du moins sa pauvre mère, obligée de travailler pour. vivre, trouva plus d'avantage à le méttre en nourrice qu'à l'élever elle-même. Deux fois, chez lui, malgré l'usage de mèches dilatantes , je fus obligé d’inciser et d'agrandir l'ouverture artificielle de l'anus rétrécie par du tissu cicatriciel ; pour en finir, je remplaçai les mèches par une canule d'ivoire que l’on maintint dans l'anus jusqu'à la mort arrivée plus de deux mois après l'usage de ce moyen. Cette canule avait deux pouces environ de longueur; elle était légèrement courbée sur sa longueur, et se continuait par son extrémité inférieure avec une tige transversale qui lui donnait la figure d’un T'; la tige transversale était moulée sur le sillon des fesses et du périnée par sa courbure.
L'autre enfant que j'ai opéré n'avait, pour ainsi dire, qu'une imperforation du rectum, car il me suffit presque de percer la peau, que le méconium tendait pendant les efforts de l'enfant, pour qu'il püt s’en débarrasser. L’opération términée, l'enfant fut pansé avec une mèche, emporté de l'hôpital, et je n’en ai plus entendu parler.