‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 99 sur 111 · SOON TR · texte numérisé non relu

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nomènes qui s'y produisent et qui aident à la guérison du mal, ce que l'on doit toujours faire, je ne crois pas que l’on cause un mal réel, Quand on n’a rien de bon à dire, et qu'on veut exagérer les faits, comme il est vrai qu’une température très froïde irrite les plaies mises à nu et exposées à son influence, on ne manque pas de dire que cette circonstance rend les pansémens fréquens très dangereux ; mais, quand on ne se paie pas de déclamations, d’exagérations , il n’est pas difficile de s’apercevoir que ce reproche n'est presque jamais fondé: la température de l'appartement du malade étant généralement assez élevée , et la rapidité des pansemens ne laissant pas les plaies long-témps soumises à son influence.

Néanmoins, il suffit qu'un pansement soit inutile pour: qu'on ne doive pas le faire, età plus forte raison s’il fatigue le malade et aggrave son affection. Eh bien! sans irriter beaucoup, les pansemens sont nuisibles quand ils sont trop souvent répétés, et parce que dans certains cas ils irritent un peu, et parce que dans les plaies , les abcès, les ulcères, les fistules, ils retardent quelquefois la cicatrisation en rompant des adhérences commencées. M Ru

En définitive, il n’est pas plus raisonnable de recommander d'une manière générale les pansemens rares que les pansemens fréquens.

Dans les pansemens des plaies, à partir du quatrième Jour on peut essayer d'enlever les ligatures, en commencant par celles des plus petites artères. On doit se borner à tirer légèrement dessus : si elles sont prêtes à tomber, elles viendront avec facilité. On ne doit jamais employer la violence ; une hémorragie pourrait en être la suite. Comme une arlère au bout de quelques jours se trouve enflammée ainsi que toute la surface de la plaie, comme une artère enflammée est fragile et se coupe sous une ligature, on

serait obligé de découvrir le tronc vasculaire principal, audessus de D plaie, pour le lier dans un endroit où il serait exempt de toute inflammation, el mettre un terme à l'hémorragie. Les ligatures des grosses artères tombent du dixième au quinzième, dix-huitième jour de leur application et quelquefois plus tard. Comme cette circonstance n’agerave pas sensiblement l'état d’une plaie, et ne fait guère qu’en retarder un peu la guérison, le chirurgien ne doit jamais employer la violence pour'enlever ces ligatures.

Dans les pansemens des abcès, des fistules, des ulcères et des plaies qui commencent à se cicatriser, il faut beaucoup d'attention, et je dirais presque de tact, pour bien diriger ce travail de la nature, et parfois, malgré les soins les plus attentifs, on ne parvient à cicatriser les parties qu’aprèsbien des efforts, long-temps ettropsouventinutiles, par süite de la variété de la marche de la nature dans letravail de la cicatrisation. Voici en-effet ce que tout le monde pourra observer ainsi que moi. Comme la peau a une très grande tendance à la cicatrisation dans les plaies fraîches, etmême une tendance àse cicatriser tou jours plus active que le fond dans les plaies suppurantes, dans les abcès et dans les fistules incisées, tantôt les bords de la plaie et de l'ouverture de l’abcès faite par le bistouri se réunissant avant que la cicatrisation ne soit accomplie dans le fond des solutions de continuité, il en résultera un abcès, une fistule. Ce. que je viens de décrire s’observe en effet très souvent dans Jes plaies fraiches , que l’on réunit par première intention ; etbien plus souvent dans les abcès, dans les fistules cutanées incisées que dans les plaies suppurantes, parce que le fond des fistules , des abcès, et particulièrement des abcès froids ou scrofuleux, est animé d’une inflammation suppurante, active, qui a beaucoup moins de tendance à la cicatrisation que le fond de beaucoup de plaies suppurantes. Il faut donc

EN GÉNÉRAL. 629 prévenir cette cicatrisation hâtive, et la diriger du fond vers les bords, en plaçant, dans le fond et l'ouverture des solutions de continuité, de la charpie sous forme de mèche ou de boulettes. D'une part, cette charpie s'oppose à la cicatrisation de la peau: d'autre part, elle change la nature de V'inflammation du fond des foyers et la rend souvent plus propre àsécréter des fluides organisables qui amènent, plus tôt ou plus tard, la cicatrisation. |

D'autres fois les solutions de continuité versent sur toute leur surface des fluides organisables en grande abondance, eton les voitconcrétés sous l’aspect de filamens muciformes établir de lâches adhérences entre les points opposés de la solution de continuité Si,aïdant la nature, on tient les surfaces rapprochées , dans certains cas, la cicatrisation s’accomplit parfaitement, et l'on n'a qu’à se louer de la conduite que l’on a suivie. Mais, dans d'autres cas, on n’est pas aussi heureux : les filamens muciformes de matfère organisable laissent des points intermédiaires où la cicatrisation ne s’accomplit pas, où la suppuration persiste, Plus tard, on a le dépit de voir qu'on n’a pas guéri le malade, et qu’il a une fistule aboutissant à un ou plusieurs foyers suppurans. Dans certains cas, surtout s'il s'agissait primitivement d’une plaie simple et non d'un abeëès ou d’une fistule incisés, on peut arriver, par le moyen des mèches, quelques injections stimulanteset une compression modérée, à guérir définitivement le malade, malgré la cicatrisation primitive imparfaite. Dans d’autres, au contraire, une fistule persistant, on est obligé de finir par linciser largement, pour cicatriser la solution de continuité du fond vers la surface. Si, ensuite, il reparait encore des filamens muciformes de matière organisable qui établissent de nouvelles adhérences, par-e1 par-là, c’est alors qu'on éprouve un véritable embarras : en les respectant, on s'expose at même revers que la pre-

630 PANSEMENS mière fois; si au contraire, pour éviter encore une cicatrisation irrégulière et imparfaite, on ne respecte que les adhérences qui s’établissent au fond de la solution de continuité, que l’on rompe les autres et qu'on introduise de moins en moins de charpie dans la division, la marche de la cicatrisation peut devenir extrémement lente. C'est cependant ce qu'il y a de mieux à faire ; c'est du moins ce qui me parait le plus rationnel, pi Dans certains cas , des foyers suppurans ouverts résistent un temps infini aux pansemens les mieux dirigés ; il faut alors s’aider des moyens généraux , et particulièrement du changement delieu,dontil sera parlé à la fin de cettesection. Dans les solutions de continuité, abcès ouverts, fistules, ulcères , plaies , le premier pansement ne doit jamais être renouvelé que lorsque la Suppuration a détaché entièrement où presque entièrement les premières pièces d'appareil de la surface malade, ou qu’un accident le réclame impérieusement. Ce précepte est général pour le premier pansement comme pour ceux qui le suivent, parce qu'en détachant mécaniquement ou par le lavage à l’eau tiède, comme on doit toujours le faire, les parties collées aux bords des s0lutions de continuité ou à leur surface, le malade en est toujours plus ou moins irrité, On a donc tort lorsqu'on se hâte de panser les vastes plaies consécutives à l’amputation des membres dès le troisième ou quatrième jour, et a plus forte raison dès le second, Il ne faut pas se croire le plus grand chirurgien de son temps, parce qu’on est grand comme un Patagon. Suivez toujours la règle exposée plus haut, et si, après avoir enlevé-les bandes d'un appareil sali par la suppuration , vous trouvez les compresses et la charpie trop adhérentes, ne vous obstinez point à les enlever; remplacez la bande sale par une bande propre; faites enfin, suivant le besoin > Un quart,

ou une moitié de pansement, si je puis parler ainsi. Dans le cas, au contraire , où les pièces d'appareil seraient presqu’entièrement détachées par la suppuration , il faudrait achever le pansement., On arroserait d’ailleurs avec une éponge imbibée d’eau tiède les parties encore adhé-

rentes, pour les ramollir et les détacher sans douleur. Mais si l’on trouvait queiques fragmens de charpie trop adhérens pour se détacher facilement par ces arrosions, ils devraient être abandonnés pour être enlevés plus tard , bien qu'il n’y ait aucun inconvénient à approprier les plaies avec de l'eau tiède. On les arrose encore, mais légèrement , pour entrainer l'excès de pus qui pourrait se trouver accumulé dans des clapiers , dans des points déclives ; si ces lotions ne suffisent pas, faites des injce- . tions , et au. besoin, absorbez le pus avec des boulettes de charpie,, et puis ayez recours à la compression expulsive. Le pus, je l'ai dit plus haut. (page 335, Pansemens détersifs), cause souvent une irritation inflammatoire par sa présence; il ne faut donc pas le laisser accumulé dans les foyers où il est sécrété. Quand il existe en petite quantité, il agit rarement comme irritant ; on doit donc éviter, alors, de tourmenter les parties qu’il occupe, en les essuyant avec de la charpie jusqu'à ce qu'ilne reste plus la moindre parcelle de pus. En agissant ainsi, on pourrait détruire le travail de la cicatrisation, en enlevant avecle pus la matière organisable destinée à cicatriser toutes les solutions de continuité.

Les maladies externes de peu d'importance, qui exigent des pansemens, ne réclament souvent rien de plus que le pansement ; il n’en est pas de même des inflammations, des abcès, des ulcères, des fistules, des plaies, des hémorrhagies, qui occupent une très vaste étendue, et qui troublent vivement l'économie. A ces affections il fautd’autres soins, 1l faut parfois des remèdes pharmaceuliques variés, suivant les

cas, el toujours des précautions hygiéniques; il faut un régime plus où moins exact et sévère pour la veille et le sommeil, pour le repos et l'exercice musculaire et intellectuel, pour les alimens et les boissons, pour la continence, pour le froid et le chaud , etc.

En général, les émotions vives, les exercices intellectuels ou musculaires fatigans, l'excès des alimens et des boïssons, le froid, le bruit, et surtout celui du tonnerre ‘et de l'artillerie, sont funestes dans les blessures, et doivent être éloignés. |

On est aujourd’hui porté à croire, d'après cértains faits, qu'une atmosphère chaude est favorable à la guérison des blessures et surtout des plaies. Des chirurgiens- des pays chauds assurent qu'ils guérissent beaucoup plus d'amputés des membres que nous ne le faisons à Paris. Je le voudrais, car les amputations des membres sont tellement graves à Paris, qu’on n’en guérit presque point ; aussi je n’ampute jamais qu'à la dernière extrémité, et je connais peu d'états assez graves pour être remplacés avec un avantage évident par l’'amputation. |

1l y a des chirurgiens qui en pensent autrement. Éh bien! étudiez la mortalité de leur pratique, et vous jugerez.

Quoi qu’il en soit, il y a pour le moment un préjugé - chez un certain nombre de chirurgiens en faveur de la chaleur de l'atmosphère dans la guérison des plaies.

Frappé ou non de l'incertitude de la science à cet égard, M. le docteur Jules Guyot s’est tout récemment occupé de rechercher quelle peut être l'influence de la chaleur locale sur les solutions de continuité; et, aprés avoir opéré sur des animaux, il'a ‘essayé les mêmes expériences sur l'homme. Il a placé des membres amputés dans une boîte échauffée,de 35 à 36° centigrades, d'une manière uniforme, pendant tout le temps dé la cicatrisation. Il y a placé les

EN GÉNÉRAL. 633 membres et les plaies à nu, et ila cru pouvoir et devoir conclure de ses expériences qu’une atmosphère chaude, locale, à 36° environ, favorisait la cicatrisation, et prévenait ou atténuait singulièrement les accidens généraux. J'ai fait trop peu d'expériences à ce sujet, pour en rien conclure de général; mais ces expériences n’ont pas été heureuses. Pareille chose est arrivée à d’autres chirurgiens ; ‘M. Breschet a eu plus de bonheur à l'Hôtel-Dieu. En définitive, je ne puis rien affirmer, aujourd'hui, surla valeur de cette méthode de pansement par une atmosphère chaude locale.

Il ya une influence complexe qui est très activesur l'économie : c’est le changement de lieu par le passage de la ville à la campagne, et même de la campagne à la ville ; par les voyages, surtout dans des lieux intéressans que l’on ne connait pas, à des eaux où se trouve réunie une société de baïgneurs considérable, brillante et variée. Ces réunions où lon ne demeure qu’un instant, ont une grande influence par les agrémens quelles procurent. Le plaisir qu'on Y éprouve vient de ce que des personnes qui ne.se connaissent pas cherchent mutuellement à se plaire, à se montrer par leur beau côté et se refusent les familiarités qu'on se permet entre gens de connaissance; chacun de son côté faisant des frais d’'amabilité, on se trouve momentanément dans un monde enchanté. L'influence des voyages par le seul changement de lieu réveille souvent encore l'appétit depuis long-temps languissant ; le malade, mangeant davantage, se nourrit davantage aussi, et engraisse quelquefois à vue d’œil,en huit ou quinze jours. Il s’y joint d'ordinaire une distraction morale qui exerce aussi une influence bienfaisante sur la santé, et si le malade porte un abcès, une fistule, une plaie, des clapiers suppurans qu'on n’a pu jusque-là parvenir à fermer, 11 arrive assez souvent,

634 PANSEMENS | comme Je l'ai déjà indiqué plus hant (p. 372), que, sous l'influence des changemens vitaux qu'éprouve l’économie par suite du changement de lieu, ces longues suppurations tarissent, l'inflammation suppurante des foyers se métamorphose en inflammation cicatrisante , les foyers se comblent etle malade guérit. | | Le lecteur a dû remarquer par ce qui précède que-les principes généraux des pansemens ont beaucoup d’analogie avec les principes généraux des opérations , et que ce qui fait le bon chirurgien dans un cas, le fait aussi dans l’autre.

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