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BANDAGES BOUCLÉS DU TRONC ET DU BRAS

Il y en a plusieurs variétés. J'en décrirai deux.

PREMIÈRE VARIÉTÉ. o— BANDAGE BOUCLÉ DU PROFESSEUR BOYER, POUR LA FRAGTURE | DS LA CLAVICULE,

Usages. Ge bandage n’est pas seulement propre à maintenir réduits les fragmens’ de la clavicule brisée, comme

on pourrait le croire d'après sa dénomination significative; il peut encore maintenir réduite la luxation en Hags de l’extrémité scapulaire du même os. |

Disposition. Get appareil se compose, 1° d’un coussin

cunéiforme semblable à celui que nous avons décrit en par-

Jant du croisé du bras et de la poitrine (p.. 121 ); 2° d’une ceinture de toile (pl. VII 11,15, 26, 27) ; 3° d’un bracelet (même pl, 15, 14. 19» 20): “4° d’une écharpe.

La ceinture (même pl 11, 15, 26, 27) doit avoir huit travers de doigt de largeur environ. Elle doit être composée de deux lames de tissu, piquées ensemble suivant leur lon-

gueur, pour qu’elles ne puissent pas g glisser l’une sur autre. Elle doit porter à une extrémité trois courroies (même pl. 21, 22, 29), à l'extrémité opposée trois boucles attachées sur sa surface externe , pour recevoir les courroies. Outre ces boucles, ilen faut encore deux sur la partie dela ceinture qui sera devant la poitrine (même pl., 16) et deux sur la parlie qui correspondra au dos (même pl., 17, 24). Elles seront en dehors de la ligne médiane et dn côté malade. Enfin, au bord Supérieur. sera attaché le milieu de la longueur d’une bande destinée à faire deux bretelles à Ja ceinture (même pl, 7, 8) |

Le bracelet (même pl., 19,14, 19 20), composé comme

la ceinture, doit avoir quatre ou cinq travers de doigt de Rise ou de hauteur, et un peu moins de longueur qu'il n’en faut pour entourer le bras. Ses deux extrémités doivent être percées d'œillets (même pl., 13, 19, 14, 20), et un lacet y sera attaché (même pl, 14, 0, 28). De plus, quatre courroies seront cousues par leur extrémité sur sa surface externe, et disposées de telle manière que deux puissent se porter en arrière (même pl, 17, 24), et deux en avant (même pl.; 16, 23), pour être attachées aux boücles antérieures et postérieures de la ceinture.

L’écharpe n'offre rien de particulier.

Application. L'application de ce bandage exige une connaissance exacte des indications à remplir dans es cas que j'ai cités. Ces indications ont été exposées plus haut (p. 228). Placez le coussin, après avoir réduit la fracture ou la luxation; fixez la ceinture autour du corps, en ayant le soin . que les courroies et les boucles de ses extrémités ne corres: pondent pas à la partie postérieure du corps, mais au Côté opposé à la fracture, et un peu en devant (même pl., 21, 22 , 25); lacez ensuite le bracelet en le serrant médiocrement (même pl., 13, 14, 20), de peur d’engorger l’avantbras en entravant le retour du sang; attachéz à la ceinture les courroies du bracelet (même pl., 16, 23, 17, 24), après avoir soulevé le coude, l'avoir porté en avant et contre Ja poitrine; enfin achevez le bandage en soutenant le bras avec une écharpe.

S'il s'agissait d’une luxation de l'extrémité externe de la clavicule, il faudrait encore soutenir le coude avec une fronde à quatre chefs, de linge ou de cuir, dont on placerait le plein sous le coude, tatidis que l’on arrêterait deux chefs sur l’épaule malade, deux sur l'épaule saine, au moyen de boucles placées un peu en devant, et qui serviraient à fixer le bandage. M. Boyer l’a proposée pour soutenir le bras, particulièrement lorsqu'on s’est servi du bandage de Desault, c’est-à-dire d’un croisé fait avec des bandes (1); mais on conçoit qu’elle conviendrait parfaitement dans le cas dont je viens de parler, On doit remarquer aussi, qu’à moins de lui donner assez d’étendue pour embrasser toute la longueur de l’avant-bras, elle ne pour: rait pas suppléer l’action de l’écharpes qui le soutient jusqu ’à la main.

(1) Ouvrage cité, t. 1v, p. 473. Paris, 4822.

Effets et propriétés. ,« On voit que cet appareil ; dit le professeur Boyer. en parlant du bandage que nous venons de décrire (1), est de la plus grande simplicité ; que rien n’est si facile que de le tenir serré au point convenable, parce qu’il suffit pour cela de tendre les courroies ; ce que le malade peut faire lui-même, et que les soins qu'il exige, pour être entretenu serré convenablement, n’exposent pas à communiquer anx fragmens des mouvemens nuisibles à leur réunion. », Ges propriétés sont, vous le savez, communes à tous les appareils à courroies, et c’est ce dpi les rend si précieux, el

Nous devons dire, DA EE) que le. bracelet, s sion Je serre

trop peu , permet au bras de glisser de haut en bas, des’a-

baisser et de faire d’autres mouvémens ; que si on le serre assez pour s’y opposer, il produit souvent l’engorgement de la main-et de l’avant-bras par la difliculté que le sang éprouve à revenir au haut du membre. Disons-le encore, il est possible que la branche de la bande scapulaire qui passesur la clavicule malade produise ou concoure à produire le-déplacement des fragmens de la clavicule , si la ceinture vient à se déranger. Quoi qu’il en soit, on peut DPI au moyen de ce bandage, obtenir d'assez beaux.succès.

Ramarque. Le bandage de Boestcher et de Thillaye de qui se compose, 1° d’un coussin äxillaire, 2° d’une ceinture à courroies qui enveloppe le tronc avec le bras du côté malade appuyé: sur Je coussin axillaire, 3° d’un scapulaire pour soutenir Ja ceinture; agit comme celui-de Boyer, et expose bien moins à l'erigargemont de nd ere qui doit d’ailleurs être soutenu Fan) une écharpe (2).

(4) eh cité, t. nr, p. 487. Paris, 1822. Lo Thillaye, Bandases,

p. 483 , troisième édition,

DEUXIÈME VARIÉTÉ. — BANDAGE BOUCLÉ DU PROFESSEUR DELPECH, POUR LA FRACTURE | DE LA CLAVICULE. |

Usages. Ce bandage peut être employé, comme le précédent , pour contenir réduites une fracture de la clavicule ou une Juxation de son extrémité externe, en le modifiant légèrement pour remplir cette dernière intention.

“Cet appareil est décrit dans une observation des Annales cliniques de Montpellier. Nous croyons pouvoir nous borner à en donner l'extrait, que M. Bourson a publié dans son Essai sur la fracture de la clavicule.

« Étienne Cazals, âgé de quatorze ans, natif de Montpellier, exerçant la profession de manœuvre, d’une taille proportionnée à son âge, dans une discussion avec un de ses frères, fut renversé sur le côté gauche. Dans sa chute, le moignon de l’épaule porta successivement sur la quenouille d’un litet sur le sol, le bras étant rapproché du tronc. Le malade se releva sans secours; mais, dans un mouvement du bras gauche, il éprouva une vive douleur et une crépitation dans la région de la clavicule.

Dans la nuit et le lendemain, nouvelles discussions avec son frère ,: avec lequel il était couché; nouveaux mouvemens du bras gauche et mêmes phénomènes. Il devient impossible de faire agir ce membre, à cause de la douleur et. de la crépitation.

Le malade est conduit à l'hôpital Saint-Éloi , le EE jour. On reconnaît une fracture de l'extrémité humérale de, la clavicule, située environ à un pouce de son union avec l’apophyse coracoïde de l’omoplate. Le fragment ex terne est situé beaucotip plus bas que l’interne. Les douleurs étant vives, et les parties molles étant engorgées, on applique : des cataplasmes émolliens ; on recommande le repos dans le lit, et l’on prescrit un régime assez séyère,

Le ee

Nous vimes ce malade pour la première fois le 4 novembre, huit Jours après son entrée à l’hôpilal, et le onzième jour de sa blessure. À cetle époque il y avait encore de l'engorgement et des douleurs autour de la fracture; le déplacement des fragmens était aussi étendu que le premier jour. Nous fimes construire lappareil suivant, UE nous n'avions pas eu occasion de Buré usage.

° Une ceinture de toile forte , férmant en as au de de six boucles assez larges pour régner depuis les

aisselles jusqu’à deux pouces au dessus de la crête iliaque, garnie sur son bord inférieur de deux chanteaux, un de

cHEQUE côté, répondant à l’ épine antérieure-supérieure de l'os des îles, garnie de quatre baleines, dont une devant et une derrière aan aisselle , portant sur le côté opposé à celui de la fracture, et à deux pouces. du bord supérieur, deux brides ver ticales, en toile, de deux pouces d’étendue. *

2° Un coussin cunéiforme , aussi long que le bras , d’une largeur supérieure au diamètre de ce même membre , formé d'un noyau de crin piqué , recouvert d’une première couche de laine cardée et piquée, d’une seconde couche de ouate de colon, également piquée, revêtu de toile et cousu sur Ja ceinture entre les deux baleines répondant au côté malade, de manière que la grosse extrémité du coin répondit au bord supérieur de la ceinture.

3° Une fronde à quatre chefs, en cuir de veau, formant dans sén plein un godet Capable de recevoir et d’embrasser le coude, garnie de ouate dé coton dans toute l'étendue de . celle de ces faces qui devait être appliquéé sur le‘corps, et Suriout dans la concavité du godet, revêtue de peau de chamoïs ; l'extrémité de chacun des quatre chefs ‘élait sous: divisée et disposée en forme de tirant. Les quatre chefs

GENRE XV. BANDAGES LACES ET BOUCLÉS. 299 qui devaient être postérieurs, cette pièce étant appliquée, furent garnis de boucles (1). | |

Le quatorzième jour de la maladie cet appareil fut prêt: Les douleurs avaient entièrement disparu ; ainsi que l’engorgement ; il y avait-un commencement dé réunion qui permettait cependant des mouvemens bien sensibles de la part des fragmens; mais le déplacement était le même. La ceinture fut placée autour de la poitrine, de manière que le coussin correspondit exactement à l’aisselle du côté malade. Le membre tout entier fut enveloppé d’un bandage roulé, médiocrement serré , et le bras fut rapproché du tronc, le coude un peu dirigé en devant. La fronde fut appliquée de manière que ses chefs, qui portaient des boucles, fussent dirigés en arrière, et que ‘le godet cmbrassât le coude. Les chefs inférieurs de la fronde furent conduits sur l’épaule du côté sain; les supérieurs vers l’aisselle de ce même côté, et de ces derniers, les postérieurs furent engagés dans les brides de la ceinture. Les uns et les autres furent bouclés en devant (2).

Cet appareil ne fut pas très-serré d’abord ; mais en très-peu de temps le malade souffrit qu’on le serrât au point de tenir l'épaule du côté malade notablement au dessus du niveap de celle du côté sain. On recommanda au malade de garder le lit, et de s’y tenir couché horizontalement. ‘ Abe

Dès le dixième jour de l'application de cet appareil, le

(4) Il serait peut-être mieux que les boucles tinssent aux chefs antérieurs : l'effort se passerait alors de bas en haut.

(2) Delpech a fait subir quelques modifications aux pièces de cet appareil : au lieu de quatre baleines, par exemple, il en fait placer une plus grande quantité entre les deux toiles qui composent le corset, qui “en est tout garni. Le coussin cunéiforme est revêtu de peau de chamois à l'extérieur.

chevauchement des fragmens avait disparu. Nous visitâmes l'appareil tous les jours, et nous le resserrâmes à mesure que les courroies s’allongeaient, La seule incommodité que le malade ait éprouvée, est une légère excoriation de lapeau qui recouvre l’ apophyse olécrane. rat

Le trente-sixième jour de l’application du batdés nous le supprimâmes. Alors, réunion solide des fragmens , avec un léger engorgement du périoste aaroûr du cal : point de dforaité,

Aujourd'hui, quitre mois après, dan du périoste étant entièrement dissipé, ‘il ne reste PEAR qe de traces du lieu où était la fracture. AIN 4

Ge premier succès fut shivi de plusieurs autres aussi complets, et lorsque M. Lallémand prit le service de la clinique de l'hôpital Saint-Éloi, il ne put déterminer quelle’ avait été la clavicule fracturée chez un nommé Cazau, ancien tambour de la légion de l'Hérault, qui avait été traité par ce moyen, et qui lui fut présenté par M. Delpech dans l'amphithéâtre de la clinique. »

Soins consécutifs. L’ appareil que nous venons de décrire doit être surveillé jusqu’à la fin du traitement, resserré toutes les fois qu’il se relâche , desserré si le cas l'exige, et : porté de cinquante à soixante jours. RARE

Remarques. Aucun des bandages dont je viens de parler ne remplit toutes les Fo ELLE) présentées par la fracture de la clavicule. Pour prouver cette affirmation et faire senür ces indications, je vais examiner quels sont les déplacemens des fragmens de la fracture de la clavicule, lorsque la solution de continuité est comprise entre Je Sterno-mastoïdien et les ligamens COTaCO- “claviculaires » parce que ce sont les scules fractures de l’os réellement très- difficiles à contenir.

Il y a trois espèces à. déplacemens dans la tite de

GENRE XV. BANDAGES LAÇÉS ET BOUCLÉS. 255 cet os : une qui se fait suivant l’épaisseur de l'os, une suivant sa longueur, el une suivant sa direction. MT

Le déplacement dans l'épaisseur diffère pour le fragment interne de l'os et pour l’externe, Le fragment interne est tiréen haut par le faisceau externe du sterno-cléido-mastoïdien, qui est assezdfort et épais, et qui agit dans une direction presque perpendiculaire, tandis que cette action n’est contre-balancée que par la portion du grand pectoral insérée à ce fragment. Or, les fibres da grand pectoral se rendant à l’os très- obliquement, leur effort est vaincu par le sterno-mastoïdien. À cette raison, on peut ajouter que, lorsque le fragment acromial a passé sous l’interne, il peut contribuer à le relever et à lui faire prendre cette position. Quant à l’objection tirée de quelques observations (1), dans lesquelles on a vu le fragment interne déprimé et l’externe saillant , cela tenait à des circonstancés qui, pour être ignorées, n’obscurcissent point le mécänisme que je viens d’expliquer. Une preuve journalière vient, je crois, à l'appui de ces idées. Si le fragment externe était seul abaissé , il suflirait, pour réduire la fracture , d'élever l'épaule malade au niveau de lopposée; or cela est insuffisant, et pour mettre les fragmens bout à bout, ce niveau doit être dépassé. | | Voilà pour le fragment interne; l’externe est déprimé : voyons actuellement sous l’influence de quelles forces. Bichat pensait que le poids du bras devait seul entrer en ligne de compte, et il reproche à Duverney d’avoir mentionné le deltoïde comme y prenant part. Il y a ici une distinction à établir :"si la fracture siége à l’union du tiers externe avec le tiers moyen, ce quia ca souvent , le deltoïde et le FrapRzs s'insérant sur la clavicule dans une étendue à

(4) Journal de Chine de Desault, t. 4e, p. 441.

peu près égale , les deux muscles pourront se faire. équilibre ; et le Dane externe n'être pas baissé; mais si la. rupiure de a lieu un peu en dehors de l'insertion du slerno- cléido-mastoïdien, c’est-à-dire vers le tiers interne, on conçoit alors que le grand pectoral et le deltoïde, agissant sur un bras de levier plus, long, Lemporteront sur le trapèze, que le fragment externe .s’abaïssera , tandis que l'épaule elle-même sera portée en bas par son propre-poids. Il est facile de s'assurer du double déplacement que nous venons de décrire, en comparant la direction des deux fragmens avec celle de la clavicule saine. £ |

Outre le déplacement suivant l'épaisseur, il ÿ en a un ‘autre suivant la longueur. Il est produit par une foule de muscles qui y prennent part plus ou moins directement et immédiatement. Ces muscles sont le sous-clavier, les. pectoraux, le grand dorsal, le trapèze,le rhomboïde. On pent aisément constater l’ étendue de ce transport de l’épaule en dedans, en mesurant des deux côtés, à l’aide d’un ruban, la distance qui sépare. le milieu de la fosselte sus-sternaire de l'acromion. fi,

Prenant la résultante de l action de diverses forces que nous venons d'analyser, on voit que l’épaule est portée en bas , en dedans et en avant, et que par conséquent les fragmens sont déplacés dans leur direction, Ce déplacement en avant est produit par l’excès de force des pectoraux, par le poids du bras qui se porte naturellement en avant, et enfin il est favorisé par le coucher sur le dos dans un lit nn peu mou. Alors, le COrps $ ’enfonçant dans les. oreillers est placé comme dans une gouttière, dont les deux plans inclinés latéraux repoussent en avant les deux épaules, mais surtout celle qui est privée de son soutien,

Traitement. Le déplacement de l’épaule dass celte he. tion ayant lieu dans trois sens différens , le traitement doit

GENRE XV. BANDAGES LACÉS ET BOUCLÉS. * 257 présenter une triple indication : 1° relever l'épaule ; 2° l’écar.ter du tronc ; 3° la porter en arrière.

1° La première indication est connue depuis bien longtemps. Pour y satisfaire, Hippocrate (1) conseillait de soutenir le bras avec une écharpe nouée sur l’épaule saine. Plus tard , elle fut négligée ; mais Desault (2) comprit toute son importance, et Sherohs à la remplir au moyen des jets de bande ascendans de son bandage a 4 voit Ici se présente naturellement une remarque qui n'est pas sans importance. Plusieurs anatomistes (Gavard, Boyer, etc.), ont avancé que la clavicule était dirigée obliquement en dehors et en haut ; aussi Boyer ebtacilléet. il, dans la réduction, de porter l'épaule au dessus du niveau du bord supérieur da sternum. Le précepte est bon, mais le fait anatomique sur lequel il repose manque d'exactitude. En effet, j’ai déjà dit dans la première édition de mon Traité des bandages (p. 254), et dans mon Anatomie des formes (p. 62), que si l’on observe sur le modèle vivant la direction dela clavicule, on la verra inclinée en dehors et un peu en bas , surtout chez les femmes, ou tout au moins dirigée horizontalement. Nous n'avons rencontré la direction mentionnée par les auteurs que chez des sujets athlétiques, dont les muscles trapèzes, vigoureusement dessinés , tenaient les épaules relevées. Nous avons donné plus haut la véritable risson pour laquelle il fallait tenir l'épaule malade non seulement plus élevée que le sommet du sternum , mais encore que celle du côté opposé.

2° Quant à la seconde, on avait déjà pensé à se servir de l’humérus comme d’un levier du premier g genre, pour porter l'épaule en dehors. Galien, comme je l'ai indiqué plus haut

(4) Hipp. De Articulis, t, 1, p. 344; éd, Haller. — @ Journal de Chirurgie , t, 1; et OŒEuvres er, AT

(p. 140), a décrit sous le nom de spica de G laucias, un ap- Re offrant une ressemblance presque complète avec celui de Desault, sans omettre la pelote de laine molle sous l’aisselle. Paul d’Egine (1) donne formellement le précepte de placer une pelote sous l’aisselle, pour porter l'épaule en dehors , et pendant la réduction , et pendant la contention. À. Paré, Verdue, etc., etc., ont aussi parlé de cette pelote. Heister la recommande afin de soutenir le bras et deW’empécher de retomber. (2), Ledran l’a également conseillée, dans le t. 4 des Mémoires in- 4° de l’Académie de En Mais c’est Desault surtout qui en a généralisé l'emploi.

3° La troisième indication avait parfaitement été saisié par les anciens chirurgiens, et c ’est la seule que l'appareil de Desault ne remplisse pas. Les différens auteurs qui ont précédé cet illustre chirurgien , se sont évertués à trouver uñ appareil qui pôût convenir au but qu'ils se proposaient. C'est ainsi qu'à l'exemple d'Hippocrate (3), ils faisaient coucher le malade sur le dos , et lui plaçaient un coussin résistant entre les deux épaules; les autres variaient à l’infini les spica, les huit de chiffre. C’est encore pour porter les épaules en arrière, qu’au rapport d'Heister (4) ; les chirurgiens ont imaginé la croix ou plulôt le T de fer. Brasdor, convaincu de l'importance de celte troisième indication , après plusieurs essais successifs, parvint, avec l’aide de Pipelet, à confectionner un corset dont on trouvera la description et la figure dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie (5 ). Il est composé de deux coussins scapulaires solides , de deux courroies rembourrées qui embrassent de leur cercle les épaules, en passant par dessus, par devant l’aisselle et par dessous, et se fixent en arrière à chacun des

(A) Liv. vr, ch. xcur, p. 705; trad. de Daléchamps. — (2) Jnstitut. de,

Chir. , trad., p. 499, — (3) Loc. cit., p. 344. — (4) Instit, chir., T1, p. 494. — (5) T, x, édit. in-42.

GENRE XV. BANDAGES LACÉS ET BOUCLES. 259 coussins scapulaires. Enfin, ce corset se compose de deux demi-bras de peau qui tiennent entièrement aux courroies. Ce bandage est destiné à tirer les épaules en arrière sur les coussins scapulaires, unis l’un à l’autre sur la ligne médiane du dos.

Le docteur Chapele a proposé dans sa thèse, en 1810, une sorte de corset de cuir qui embrasse, avec le tronc, le bras du côté malade et même l’épaule opposée ; qui soulève le bras du côté malade à l’aide d’une espèce de fronde où d’écharpe de cuir, et qui paraît porter ce même ras abrs fortement en arrière.

Je ne reproduirai pas ici les nombreuses modifications que les auteurs ont fait subir à l’appareilÿdé Desault. Je renvoie les personnes qui seraient curieuses d’en avoir une idée , à l'excellent article que M. Sanson a pi sur les fractures, dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques : L’auteur paraît avoir bien compris les défauts que présentent ces appareils, sans toutefois avoir pris la peine d'analyser leur action , et de rendre un compte exact de léur mécanisme. Il termine tout ce qui est relatif à ces diverses modifications, en disant : «Il suffit de jeter un coup d'œil sur tous les bandages que j’ai fait connaître, pour voir qu'aucun ne remplit anftemnerit le but. …; se aucun ne la porte (l'épaule) en même temps en haut, dehors et en arrière, et que d’ailleurs, ceux mêmes qui de tentle membre en haut ne le maintiennent que peu de temps dans cette position, et ne remédient que très-imparfaitement au déplacement en bas. »

Puisque ces divers procédés pris isolément ne satisfont qu à une partie des conditions , he pourrait-on pas arriver à résoudre complétement la difficulté , en construisant un appareil qui réunît toutes les données sur lesquelles les au- teurs ont fait reposer les leurs ?

26e CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT DITS.

Ainsi , PAF. exemple, on porterait les épaules en arhièté à: l'aide d'un T de fer bien rembourré, comme les ressorts des bandages herniaires, et de courroies qui embrasseraient l'épaule de haut en bas, d'avant en arrière, qui porteraient

au devant de l'épaule une plaque solide de métal bien rem-. bourrée, capable de pousser l'épaule en arrière et de l'y. maintenir sans la fatiguer, en agissant par une large surface. On fixerait ce T derrière le corps avec une ceinture, on fixerait les courroies en les serrant convenablement. Pour écarter l'épaule du tronc, on placerait dans l’aisselle le “coussin de Desault, et au lieu du bandage compliqué de cet auteur, et dont les tours de bande se réléthent si facilement, on Me, job le coude porté en dedans, au moyen d'une fronde quatre chefs, comme nous l'avons fait . : P remier malade, Le centre de la fronde aurait :

un gousset g garni de coton cardé , pour ne pas comprimer douloureusement la peau qui recouvre l’olécrane. On l'appliquerait sous cette partie; les deux chefs supérieurs seraient conduits lun par derrière , l’autre par devant la poitrine, et s’attacheraient autour du corps après avoir fait plusieurs circulaires horizontaux : le plein de la fronde embrassérait le coude fléchi qui serait porté en dedans; les chefs inférieurs remonteraient obliquement, l’un derrière le bras et le tronc, l’autre par devant, pour se réunir sur l'épaule saine et faire plusieurs circulaires obliques. Cette fronde pourrait être faite en cuir , et serrée avec des boucles chaque fois qu’elle se trouverait relâchée. Enfin cet appareil serait recouvert du grand plein de la poitrine et du bras. Les choses étant ainsi disposées , on pourrait chaque jour resserrer les chefs de la fronde et les courroies axillaires $ sans rien déranger. | L

Outre la sétaplicité de son application dans jé cas ordinaires, ce procédé permettrait, dans = cas de fractures

compliquées , de voir l’état des parties ; de panser les plaies s'il y en avait. Un grand inconvénient que Desault n'avait pa éviter, c'était la compression de la poitrine et des.seins chez les femmes un peu grasses. Par la disposition des liens, notre bandage, portant peu sur la poitrine , géncrait UN les fhgetidhe respiratoires et les seins.

Quant au coucher des malades , et pour obvier à l’inconvénient que nous avons signalé dans les lits trop mous , on pourrait imiter en partie la conduite d'Hippocrate, et faire coucher le malade sur un lit bien ferme ou légère- * ment convexe, analogue à ceux dont on s est servi crorihes pédie pour redresser la déviation de la colonne vertébrale,

Maintenant, à l’aide de ces précautions , obtiendra-t-on toujours. une guérison parfaite, je veux dire sans difformité apparente et mêmenon apparente, mais reconnaissable au toucher ? Je dois l'avouer, trop de fois j'ai vu échouer et j'ai échoué moi-même, malgré les soins les plus assidus , pour croire à un succès constant. Peut-être même dans les cas de fracture oblique, et dans lesquels par conséquent le chevauchement se produit avec une extrême facilité, sous l’action incessamment répétée des causes du déplacement, serait-il impossible d'éviter le raccourcissement de la clavicule ! En. effet , pour lutter avec efficacité contre ces forces , il faudrait que l'épaule fût maintenue écartée du tronc par un coussin ferme et résistant : or, par la pression qu'il détermine, il cause nécessairement l'inflammation et l’ulcération de la peau , et devient insupportable. fl

Pour cette difformité, au reste, elle n’a réellement d’importance qu’autant qu'elle est apparente et qu’elle menace une femme du monde, obligée, par les exigences de la "mode, à se découvrir les épaules et la partie supérieure de Ja poitrine. En effet, par elle-même , la consolidation dite vicieuse n’entraîne ordinairement aucun inconvénient ; les

mouvemens, au bout d’un ou deux ans, n’ont rien perdu de leur force et de leur étendue, Que si l’on nous objectait cette douleur et cette gêne dans Ja mobilité du membre supérieur que certains malades conservent si long-temps après. la guérison, nous répondrions que cela est le plus ordinairement le résultat de la violence extérieure qui a brisé l'os, et non de la difformité du cal. En effet, de pareils accidens ne s’observent pas seulement dans les fractures consolidées avec chevauchement, mais encore dans cellesqui'offrentune réunion aussi parfaite que possible ; et de plus ces mêmes phénomènes se présentent à la suite de toutes les lésions | physiques par suite des violences extérieures ; c’est ce dont nous avons pu nous convaincre à l’ hôpital Saint-Louis. Là, nous voyons un grand nombre de malades sortis de différens hôpitaux, dans lesquels ils ont été traités de fractures, | de contusions, ou d’autres lésions traumatiques, venir nous “demander des bains de vapeur, des douches, etc., pour calmer des douleurs, quelquefois très-intenses, siégeant dans les partiès blessées , et génant plus ou moins les mouvemens.

ESPÈCE VIII

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