RÉCIPIENT DES MATIÈRES FÉCALES
Un récipient de ce genre est indispensable aux malheureux qui sont affectés d’un anus artificiel. HIS
Juville en a construit un que je ne décrirai pas en détail. Il est composé, ,1° d’une plaque d'ivoire, qu'il appelle improprement une pelote; 2° d’une soupape; 3° d’un conduit
de gomme élastique ; 4° d’une cuvette ou réservoir d’ argent: |
5° d'un brayer.
La plaque d'ivoire est excavée sur une de ses faces , per-
cée d’une ouverture à bord saillant et prononcé dans la
partie inférieure de son contour, pour s ‘appliquer exactement à l'anus artificiel, à la surface de ses. bords et des parties voines. |
À l'ouverture de la plaqüe et à sa face externe s ‘adapte,
par l'intermédiaire d’un tuyau de treize à dix-huit millimètres (six à huit lignes) qui fait partie de la plaque , une
soupape qui s'ouvre de dedans en dehors, ou, si l’on veut, de l'anus à l'extérieur. - Le tuyau de gomme destiné à s ajouter à tout cela est ‘suivi lui-même de la cuvette d’argent, qui apeu de volame, et se visse sur l’extrémité de ce HAJaU. Enfin un ressort dis- # “
y Le
CENRE IV. BANDAGES HERNIAIRES. | 521
posé el garni comme celui d’un braÿer, mais qui, au lieu d'une pelote, porte à une extrémité la plaque d'iwoire , et par elle l'appareil que je décris ; telles sont Jes pièces qui constituent le récipient. .
Je youdrais avoir pu exposer plus clairement les connexions de la soupape avec la plaque, et.du tuyau de gomme élastique avec. les pièces qui le précèdent; cela m’a été impossible. Je n’ai pu me procurer l'instrument de J'uville, qui est fort rare, et la description qu’il en donne dans son Zraité des. bandages herniaires manque de détails et de précision (1).
Au reste, que l’on imagine , 1° une plaque d'ivoire qui puisse s’adapter exactement à l’ouverture et aux parties voisines de l’anus artificiel, et qui, par sa face opposée, se prolonge en un tuyau de quelques millimètres, garni d'un pas-de vis à sa surface externe ; 2° que l’on imagine qu une de de de est adaptée à l’orifice de ce {uy u, et peut s’ouvriren dehors, mais non du côté de l’anus artificiel, parce qu’elle sera retenue par une rainure, une saïllie quelconque, précisément comme les | portes de -nos appartemens, qui peuvent s’oavrir dans un sens, mais nôn dans Je sens opposé,
retenues qu’elles sont par le châssis qui en rétrécit l’ouverture ; 3° que l’on imagine encore derrière celte soupape une Jame élastique, un petit ressort qui n’a que juste autant de force qu’il lui en faut pour fermer la soupape, mais qui
cède el s'ouvre aussitôt que la moindre chose presse à sa
surface interne ; 4° que l’on adapte par la pensée un petit canal et un récipient de gomme élastique au tuyau taraudé de
‘Ja plaque; 5° que l'on attache la plaque de ce récipient à .
un brayer qui puisse faire le tour du corps, et on aura l’idée d’un appareil propre à remplir les indications que réclame Ja SARA infirmité d’un anus artificiel. en”
- (L) Ouvrage cité, p. 143 et suiv.
> Ze mec ue x
L'appareil que je propose s’appliquerait comme un bandage-herniaire. On aurait le soin que l’ouverture de la plaque s’adaptât précisément à l’anus artificiel.
Un instrument semblable, parfaitement appliqué, doit recevoir les matières fécales à mesure qu’elles s’échappent, el sans en laisser dégager la moindre parcelle, ni la moindre odeür. duville prétend qu’avec son récipient un sujet peut aller en société , sans que personne s’aperçoive de son infirmité. ;
CONTENTIF DU FONDEMENT: .
Je rapproche des brayers un bandage destiné à remplir des fonctions qui ne sont pas sans analogie avec les leurs, et d'ailleurs la disposition de celui de M. Delacroix offre ensore plus d’un point de rapprochement ävec les bandages herniaires. C’est particulièrement celui de cet habile mécanicien que je vais avoir en vue dans ce qui va suivre. :
Le contentif du fondement est indispensable aux personnes chez lesquelles cet organe sort et se renverse spontanément dans l'intervalle des selles, lors même qu’elles ne vont pas à La garde-robe. Note |
Disposition. Ce bandage se compose , ou au moins doit se composer, 1° d’un ressort d’acier garni dans toute sa longueur, pouvant embrasser le bassin depuis l’aine d’un côté jusqu’à celle du côté opposé en passant par derrière le tronc, etportantune courroie à l’une deses extrémités et.une boucle à l’autre, pour que l’on puisse le fixer autour du corps; 2°d’une: tige verticale recourbée en bas et en avant à son extrémité inférieure, et articulée derrière le ressort par l'extrémité opposée, tige qui est destinée à descendre derrière la région sacrée et sous le fondement ; 3° d’un petit cône de gomme élastique, c’est-à-dire d’un tissu enduit de caoutchouc, qui.
GENRE IV. BANDAGES HERNIAIRES. 6746) est fixé sur le côté concave de l'extrémité de la tige métallique verticale, pour appuyer contre l’anus et s'opposer à la chute du rectum. | DAAUE PAT 40
La tige métallique est articulée de plusieurs manières avec le ressort : 1°-par une coulisse analogue à celle de la pl. X, fig. in (11, 15, 19, 16) ; 2° par une charnière et par une vis de rappel; 3° par un nœud dé compas : en sorte qu’elle peut, au moyen de la coulisse, monter et descendre à volonté; par la charnière, et, au moyen de la vis de rappel, se porter en avant et en arrière; par le nœud de compas , en dehors et en dedans , dernier mouvement qui permet au sujet de la déranger latéralement pour aller à la selle. :
Il nest pas nécessaire de s’arrêter à la manière de l’appliquer : ce que je viens de dire doit être plus que suilisant pour en faire prévoir le mode d'application.
M. Delacroix m’a assuré avoir employé cet instrument avec le plus- grand succès.
HISTORIQUE DES BRAYERS.
L'emploi du bandage herniaire remonte très -loin dans. l'antiquité, jusqu’à l’école d'Alexandrie probablement ; car Celse, qui en recommande l'usage chez les enfans très-jeunes, n’en parle point comme d'un moyen nouveau. « Ac, si cui parvulo puero intestinum descendit, ante scalpellum experienda vinctura est; fascia ejus rei causa fit, cui uno loco pila ässuta ést ex panniculis facta, quæ ad repellendum intesttnum ipse illi subjicitur : deinde reliqua fasciæ pars arcte circumdatur (1). » Le lecteur doit remarquer aussi qu'à celte époque le bandage , très-simple, consistait en une bande à.
(4) Lib. vx, cap. xx.
laquelle tenait une pelote compressive. Les bandagistes de nos jours en préparent encore d’analogues pour les enfans. Ge sont des bandages non élastiques. DE D à - Guy de Chauliac n’en connaissait probablement pas d'autre, et employait ‘en même temps un emplâtre astringent, qui est un vrai galimatias pharmaceutique, ainsi que tous ou presque tous les remèdes anciens. « Après
l'emplâtre fait, qu’il (le malade) soit bandé avec un brayer, artificiellement fait de linge plié en trois » avec un petit écusson , selon la-grandeur de l’aine, et qu’il soit étroite ment bandé. Si le brayer l écorchait, soit défendu avec linge et coton et onguent blanc (1). » Dans ces temps reculés, une communauté de boursiers avait obtenu, de lignorance de nos rois, le privilége de construire seule les bandages herniaires. Les statuts de la communauté Con tiennent, au rapport de Juville (2), les ordonnances de Philippe de Valois en 1342, de Charles VI en 1398 et 1414, de Louis XII en 1514, de Charles IX en 1974, etc.,
constatant le privilége qui lui était accordé. ea | On trouve des figures de brayer dans Paré (3), et il rapporte une observation curieuse de guérison de hernie par. le brayer, chez Jean Moret, prêtre de Saint-André-des- Arts. Le bandage fut porté l’espace de quatre où cinq ans. Le prêtre étant mort un peu plus tard, Paré en fit l’ouverture, « Je proteste à mon Dieu , dit-il, que trouvai autour. du trou de la production du péritoine une substance adipeuse, de la grosseur d’un petit esteuf, infiltrée et atta-
chée si fort audit endroit, qu’à bien grande difficulté la pouvais détacher sans dilacérer et rompre les parties adjacentes (4), » Il ajoute : « Semblablement jai connu quelques
(4) Traité. VI, doct. 11, €. vit, p. 264. — (2) Traité des Bandages hérniaires , p. 2, — (3) Liv. vor, €. xv. — (4) Id. 149 10
GENRE IV, BANDAGES HERNIAIRES. 340 “unsqui avaient porté le brayér parlongues années, sans autre chose, être entièrement guaris!..… Ces choses nous montrent qu'il ne faut se hâte d’ôter les couillons aux pauvres garçons. » Je cite ces naïves conséquences des observations du père de la chirurgie française, parce qu’elles ont contribué beaucoup à répandre généralement l'usage du . brayer, et à préserver l’homme des procédés barbares de cautérisation de l’anneau inguinal , d’arrachement da testicule-ou de ligature de son cordon , que notre ancienne chirurgie mettait en usage dans l'espoir de guérir les hernies. On en trouve la preave dans Fabrice d’ Acquapendente , qui écrivit peu de temps après, et qui recommande aussi l'usage du brayer, lequel se fait de linge plié, de bois ou de fer (1). Il raconte que le sieur Horace de Norcia; opérateur très-expert en cette matière, lui dit que l'opération de la hernie devenait fort rare, que quelques années auparavant il en taillait ordinairement plus de deux cents par an, mais qu’à présent il n’en taillait pas seulement vingt , parce que la plupart guérissent en portant un brayer avec un médicament astringent (2). ; Au rapport de Blegny, dont la plume de Dionis a Justement flétri la conduite, les chirurgiens de son temps avaient abandonné la fabrication des hand is herniaires à des opérateurs, à des faiseurs de brayers, à des femmes, à d’autres personnes non moins ignorantes (3); etil y avait alors deux sortes de brayers, les uns étaient en acier , les autres en fil de fer , disposés sous la forme d’une bande large d’un doigt , et assez longue pour ceindre les deux tiers-du tour du corps ; la queue se terminait en dehors de la cuisse opposée à la hernie. La Piste avait la figure d’un écusan
“(4) Part. 1, ch. xxur, p. 727, 728. — (2) Id. , P. 730. — (3) L'Art de quérér les PE PRURS Paris, 1676, avertissement , p. 42.
d’armoirie , et ; portait un coussinet. On garnissait la ceinture et on formait le conssinet avec le canevas, la toile et le cuir de mouton, remplis de laine cardée , de coton, de . crin de cheval , ou debourre , suivant que l’on voulait rendre-le bandage plus ou moins. dur: Blegny reproche à ces brayers, 1° de manquer de souplesse; 2° de se déplacer par les mouvemens du COrps ; 3 8° d’être trop pesans , irop durs et si gros que les sujets qui les portent ne peuvent coucher avec, etc.; cependant il avoue que ceux de fil de fer sont un peu plus légers que les autres. Néanmoins il a cru devoir en imaginer un autre , qu ’ilnomme brayeräressort, Il choisit une longue branche de fil de fer, la contourna en spirale à son x CNILE pour en faire une espèce: de ressort à boudin de trois pouces de long ; il fléchit ce ressort à angle droit, de manière qu'il pût appuyér sur: la hernié , par son extrémité ; il courba le.corps et la queue du fer pour qu’il embrassât le bassin, et le garnit ‘convenablement en: y ajoutant même, en dedans. de sa courbure , le bandage que nous avons décrit sous le nom de T de l’aine. . I] plaçait ce brayer après avoir fait coucher le malade , ét en employait un semblable pour l’exomphale (1 )- #4
Dans la seconde édition de son ouvrage , qui a paru en 1693, Blegny a publié les figures de beaucoup d’autres bandages, et ses nouvelles teeotehés sur ce sujet. Il modifia encore la structure de la pelote; il y plaça des écrous: avec des vis de pression, des ressorts d'acier, des arcs- boutans, des charnières, etc., modifications que l’on a depuis abandonnées , et proposa de faire la ceinture en acier battu à froid et flexible comme le fil de fer de son premier brayer. Il est probable qu’il tenait son fer à bandage d’un nommé Delislo , Je s’acquit une Dh dans la fabri-
(à) Gétrac, cité, Euh #, Ch. mt, p. 182.
GENRE IV. BANDAGES HERNIAIRES, 347 cation de ces fers, et qu'il cite lui-même: honorablement, A cette époque, J.-B. Verduc recommandait aussi l'usage des brayers d’acier (1). Leclerc n’a décrit et deient 1 des brayers de-fil de fer (2). M
Arnaud , qui répandit un si grand jour sur les hernies ; n’a cependant pas fait subir de changemens bien importans aux bandages herniaires, Il recommande des brayers construits avec un mélange d’acier et de fer doux, afin qu’ils aient assez de souplesse pour pouvoir être, au besoin , tournés avec la main. Le fer doit se mouler sur la circonférence du bassin. La forme de la pelote doit varier suivant Fembonpoint du sujet, la saillie du pubis, la forme, l’espèce de la hernie, etc. ; le point d’appui doit être ferme et solide, Il blâme et rejette les bandages composés d’une pelote à ressort ; des bandages dont le fer était fracturé par plusieurs charnières ; les bandages élastiques, que la main ne peut tourner juste au corps sans les casser , et surtout les bandages souples , dépourvus de fer, à moins qu'ils ne soient destinés aux hernies du nombril ou du ventre; encore , dans certains cas, faut-il se servir d’une double ceinture de fer, de-l’invention de la demoiselle Guiton (3).
Le brayer élastique de Delaunay , dépourvu de la seconde pelote (4), nous a conduit directement aux brayers que
nous possédons aujourd’hui. Suret en a proposé un pourla
hernie ombilicale , qui est réellement trop compliqué (5). Les bandages à ressorts de pendule, imaginés peu de temps après par l’horloger Blackey, n’eurent qu'un moment de vogue. *
Si Camper a fait un étalage inutile de géométrie dans F
° (4) Ch. xxxr,t. 1x, p. 294. — (2) P. 202, pl. 36. — Traité des Hérnies, part. x, sect. x, eh. xvir, t. 1, p. 458. Paris, 1749. — (4) Mérm. de l’Acadèm. de Chirurg. ;p. 516.— (5) Id., tr, p. 432.)
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