HISTORIQUE DES MACHINES ORTHOPÉDIQUES
. e. 1e R | : 1 4 Les égaremens de l'esprit humain dans l'ignorance, sont
incroyables à l'esprit humain plus éclairé. Qui pourrait imaginer, aujourd’hui, la méthode de la saccade que des
. Chirurgiens de la Grèce mirent autrefois en usage pour re-.
dresser les difformités du rachis? Hippocrate dit bien que
l'on ne voit employer ce moyen que par les médecins
qui aiment les choses d'éclat; qu'il n’a jamais eu le caurage d’y avoir recours: mais il ne le proscrit pas avec. toute l’horreur qu’il doit inspirer : que dis-je ? il indique
même comment il faut en faire usage si l’on veut l’em…
ployer. « On attachera, dit-il, le bossu le long d’une échelle, par les pxeds, les genoux, les cuisses , les flancs " la poitrine, le cou, le front ; la tête sera dirigée en haut ou en bas, suivant la position de la gibbosité; les bras seront fixés au corps; l’échelle portée sur une tour élevée, ou le faîte de la maison, pour la précipiter du haut de l'édifice
| GENRE X. DES LITS. 921 sur la terre qui doit être ferme : » mais comme elle est soutenue par des cordes , il'ajoute : « ceux qui la tiennent suspendue doivent la lâcher également, subitement , de manière qu’elle tombe perpendiculairement à terre. Voilà, dit-il en finissant, ce qu'il ÿ à à faire , si l’on veut donner la saccade sur l'échelle ; en tout art il est honteux de faire beaucoup de bruit, avec de grands appareils, et de chercher à faire parler de soi pour n’opérer rien de bon (1). Hélas! combien de gens qui devraient profiter de cette lecon.
- Revenant un peu plus bas aux courbures de l'épine et à leur redressement, l’auteur du Traité des Articles indique d’autres moyens d'y remédier : on couche le patient, le dos en l'air, sur une poutre garnie de couvertures ; on le parfume après lui avoir donné un bain » on entoure la poitrine d’une large courroie immédiatement au dessous des aisselles, et on en ramène les chefs vers la tête où on les fixe à un billot qui peut servir de levier: on place d’autres courroies au dessus des genoux, des malléoles, des flancs: on les ramène du côlé des pieds pour les fixer à un autre billot, et on se sert.de ces deux leviers pour étendre le sujet, Cependant le médecin pétrit et presse la gibbosité pour la redresser, On peut même y faire asseoir ou montér un homme. Un autre moyen très-efficace à employer, de concert avec les précédens, c’est de coucher le palient le long d’un mur, d'engager le bout d’une planche de tilleul dans une rainure de la muraille, pratiquée au dessous du niveau de la gibbosité, et de ramener doucement cette planche en bas sur la courbure du rachis défendu par un coussin de cuir (2).
a Confiance avec laquelle l’auteur propose cette opération absurde, prouve qu’il ne l’a point employée, et qu'il écrit sous l'influence des préjugés. Cette observation critique ,
(1) Traité des Arts $xxr, LE, pe 395,22 (2) Zd. s SXXEVN LT, D aSt.
que l’on peut appliquer à tous les savans de te ne paraît avoir encore frappé personne. +: : Fhnér
Hippocrate a en outre parlé du traitement des pieds bots. On doit redresser les jambes aux malléoles, faire rentrer en dedans ce qui se porteen dehors ; on l’y assujettit avec dés emplâtres et de larges bandes ; on a une semelle de cuir ou de plomb que l’on applique par dessus le bandage ; on coud ensemble les bords des bandes (1 1). Les Arabes n étaient pas plus habiles que les Grecs. Le conseil d’Avicenne, , dit Guy de Chauliac, est qu’après le bain et les embrocations, la bosse soit traitée et réduite avec les mains... , puis soit emplâtrée, et que par dessus on mette du plomb.ou une attelle.. et soit bandée.… finalement, si les susdites choses ne suflisent, soit cautérisé d’un cautère fait en: cercle, comme l'enseigne Albucasis (2).
Aux ént bas de la colonne vertébrale, Paré oppose des corsets de fer délié, troués afin qu’ils ne pesentpas tant, et changés souventes fois si le malade croît encore (3). Il a tes aux bandages , aux compresses et aux bottines de cuir bouilli, ouvertes sealement par devant, pour la guérison des pieds-bots (4). Il est aisé de voir, à la lecture d’Heister, qu’il n’a jamais redressé un seul bossu. Cependant il propose avec confiance de comprimer la gibbosité ou de faire porter la croix imaginée par quelques chirurgiens (3). On n’a pas lieu d’être plus satisfait de sa méthode de redresser les pieds bots; il ne propose d’autres moyens que les bottines de Paré ou de Fabrice de Hilden : il conseille même de ne rien faire dans la plupart des cas , parce qu'il arrive souvent que-les jambes et les Hess torlus se redressent d'eux-mêmes (6).
(1) Traité des Art.,$ xxxn 1.7 ,p. 426. —@ Traité vrr, doct, 11, de ut, p. 596.—(3) Liv. xxxrr, ch. vu, p. 898.— (4) Liv. XXII, ch. IV, p. 900. —(5) Part. 11, sect, 1v, ch: cx. (6) Part. 1, sect. vr, eh; CEXXVIL.
& GENRE X. DES LITSe 523 41, Nicolas Andry publia son Orthopédie (1}, où on MPa toujours avec intérêt les livres 11 et rtr : éependant, nous devons avouer que l’on y rencontre parfois des idées ridicules. S'il a bien mérité de la physiologie par les observations fines qu’il y. a faites sur les différentes attitudes de l’homme , bien qu'il y ait quelques erreurs; et de l'hyg'ène par les conseils ralionnels qu’il y a donnés pour prévenir les déviations du tronc et pour les corriger quandelles commencent, les corsets qu'il propose pou acer la gibe bosité, et les tractions qu’il recommande pour séisblie: le formes d’un pied équin, prouvent qu’il ne connut jamais? l'influence de l’action prolongée des forces mécaniques sur les os : il a d’ailleurs parlé d’une foule de maladies étrangères à son sujet. C'est réellement à Levacher (2) que l’on doit la première machine extensive qui ait été proposée pour redresser la colonne vertébrale. Depuis, Portal a mis en usage une machine qui relevait l'épaule et aboutissait à la hanche du même côté (3). Ensuite, Jærg (4) a proposé un corset, espèce de demi-cuirasse qüi renverse le tronc d'un seul côté et est devenu l’idée mère des appareils à inclinaison.
La nouvelle Orthopédie de M. Desbordeaux (5) n’a pas eu d'influence sensible sur un art qui était encore à son berceau. M. Boyer a donné un bon extrait des moyens proposés par Andry pour corriger les difformités du cou, du tronc et des épaules, et a a quelques moyens d’exercice qu il a imaginés pour fortifier particulièrement certains muscles(6). L'article Orthopédie du Dictionnaire des Scien-
(4) Orthopédie, etc. Paris, 4741. — (2) Mémoires de l’Académie de Chirurgie, t. 1v, p. 97. — (3) Académie des Sciences, 1772, et Obsere. sur le rachitisme, p. 847, —(4) Uber die, etc. Leipzig, 4810:—(5) Nouvelle Orthopédie, etc. Paris, 4805. (GT. IV, P: 578, ch. xxrr, de cer= taines difformités, etc.
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ces médicales n'offre rien de nouveau. Les travau: | pliés des Anglais (1), les essais que l’on fait en Allér ] gne et en France pour redresser les courbures de la colonne verlébrale ont ouvert. une ère nouvelle pour l’orthopédie,
Tout récemment, M: Bouvier a donné dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, aux articles Onraoréoie, Verrèsres, les fruits de son expérience.
Lits orthopédiques. Depuis qu'Andry (2) a conseillé de faire coucher sf an lit ferme, sans oreiller, les enfans dent e rachis se courbe, les Anglais et les Allemands ont géné- Pralisé l'emploi du coucher en orthopédie. Venel (3) , en Suisse, ya joint l’extension continue. Il a été plus ou moins imité par Feiler (4), Schreger (5), Heine, Leithof. Les lits orthopédiques importés en France depuis quelques années, font dans le monde un grand bruit, qui ne répond pas encore à la cupidité du charlatanisme. Cette importation est, une grande histoire que l’on peut lire dans le premier numéro du journal ds M. Maisonabe sur l’orthopédie.
Lits d'immobilité: Les anciens, qui n’avaient pas de lits d'immobilité aussi perfectionnés que les nôtres, en avaient assez senti le besoin pour en imaginer qui remplissent le même usage à peu près. Dans le traitement des fractures ; pour plus grande cautelle, dit Guy de Chauliac, le romain situait les malades en un lit étroit et percé, afin qu'ils pussent aller à la selle sans se lever du siége, elc. (6): En 1741, Lecat (7) en fit construire un analogue à ceux que nous avons recommandés p. 515, et dans le même temps, en
(4) Journal de M. Férussac, Bullet. des Sc. médic. Juin, p. 457, 45. — (2) Orthopédie , iv. rr ».$ XVItr, p. 436. —(3) Description de plusieurs moyens mécaniques. Lausanne, 4788. — (4) Dissertatio de spinæ dorsi incurv: Altorf, 4797, — (5) Versuch, etc. Erlang, 4810. — (6) Traité + doct. 1, ch..vrr, p. 396. — (7) Bibliothèque choisie &e Planque, article Pate ,t. x, p. 553 , F ss be